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6 juin 2021

TAMANOIR - JEAN-LUC A. D'ASCIANO

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Si l’on en croit la postface, « Tamanoir » est né de la volonté de l’auteur d’écrire un « Poulpe » mâtiné de fantastique.

De ce simple point de vue le pari est plutôt réussi. Exception faite du titre en forme de jeu de mot, Jean-Luc A. d’Asciano a parfaitement respecté le cadre narratif et les règles institués  par Jean-Bernard Pouy, il y a près de trente ans. Son héros est une copie sinon physique du moins intellectuelle, du célèbre détective libertaire et ses comparses rappellent les personnages qui gravitent autour de ce dernier. Le récit commence également par les mêmes figures imposées avec la scène du troquet, la lecture du journal et la découverte du fait divers qui va mettre notre privé sur la piste d’une affaire criminelle que la police ne semble pas pressée de résoudre.

Ici, il s’agit du meurtre de deux bénévoles d’une association d’aide aux sans-abris abattus froidement dans le cimetière du Père-Lachaise. Une enquête qui va fort logiquement nous immerger dans le milieu interlope des laissés pour compte de la société, celui des clochards, des roms et des punks à chiens. De soupes populaires en terrains vagues, notre Tamanoir se démène pour retrouver la trace d’Ishmaël, témoin du double crime et, peut-être, véritable cible des tueurs.

Et c’est précisément lorsqu’il met la main sur le bonhomme que le fantastique fait son irruption dans le récit. Il le fait franchement, trop peut-être, au point de prendre l’ascendant sur le côté polar. Pour ma part, j’aurais préféré qu’il soit cantonné à la révélation finale ou qu’il n’apparaisse que par petites touches et non de façon aussi frontale. De plus, je ne trouve pas qu'il apporte une grosse valeur ajoutée à une intrigue qui se suffisait à elle-même. Une intrigue très bien ficelée qui, sur fonds d'arnaque au RSA, nous montre que ce sont encore et toujours les plus faibles qui font les frais du capitalisme sauvage. On appréciera d'ailleurs à ce sujet, le monologue glaçant du grand méchant de l'histoire dont les idées sont sans doute partagées par bien des PDG de multinationales.

L'enquête est menée tambour battant et sans le moindre temps mort. J'aurais aimé que l'auteur ménage quelques pauses dans son récit afin de permettre au lecteur de mieux s’imprégner de l’ambiance générale et faire davantage connaissance avec les lieux et les personnages. D'autant qu’il est également bien chargé par ailleurs. JLAD a de la culture. Les références littéraires (Lovecraft, Herman Melville) et cinématographiques (Autant-Lara…) sont nombreuses. Il écrit bien aussi. D’une écriture enlevée, vive, spirituelle… presque trop. Ca frise parfois l’exercice de style et là encore, le rythme trépidant et l’absence de pause empêchent d’apprécier toutes ses trouvailles à leur juste valeur.

Je  termine donc ce livre en ayant le sentiment d’avoir passé un agréable moment mais avec aussi une impression paradoxale de trop plein (de bons mots, de personnages, d’action) et de survol (les caractères, le cheminement de l’intrigue). Ceci étant, si Jean-Luc A. d'Asciano remet le couvert, je suis partant !

Aux Forges de Vulcain - 2020

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20 juin 2021

LEUR AME AU DIABLE - DOMINIQUE ARLY

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Pour sa troisième incursion dans la collection Angoisse, Dominique Arly renoue avec la même recette : un décor provincial, des personnages ambigus et une intrigue qui hésite entre fantastique et rationnel. Mais, alors que ses deux premiers romans étaient des quasi-huis clos avec très peu de protagonistes, il nous balade ici dans tous les recoins d’un village savoyard et convoque un grand nombre de personnages.

Et il fait bien. L’atmosphère hivernale d’une petite bourgade montagnarde à la fin des années soixante est très bien restituée. Les chemins glacés, le poêle à bois qui ronronne, la soupe mangée en famille, les parties de luge ou de boules de neige, les ateliers où les artisans exercent leur art, la messe de Noël dans la vieille église paroissiale, les parties de cartes au café du coin, toutes ces images reflètent parfaitement l’ambiance d’alors, dure et austère mais empreinte aussi d’une certaine bonhomie qui n’a plus cours.

Malheureusement, ce roman a les défauts de ses qualités. Dominique Arly s’éparpille. Trop de lieux et surtout trop de personnages interviennent dans l’intrigue sans que l’on sache sur lequel fixer son attention. Certains n’apportent presque rien à son déroulement et la multiplication des points de vue ne fait qu’égarer le lecteur dans des détails sans importances. On perd un peu le fil du récit. On se demande où l'auteur veut nous emmener et quand enfin il se décide à passer la seconde c'est pour nous embarquer dans une chasse au trésor somme toute assez banale.

Ce roman ne manquait pourtant pas de bonnes intentions. Je ne dirai rien du prétendu combat entre le démon Nathanaël et l’archange Gabriel qui n’est là que pour nous mettre sur une fausse piste. Je retiendrai en revanche le rôle joué par les enfants de la commune qui, me semble-t-il, n’a pas été exploité à sa juste valeur. Outre la fraîcheur de leurs jeux et de leurs discussions, ils auraient pu constituer un extraordinaire vecteur de diffusion de l’angoisse née des vieilles légendes et des peurs immémoriales qu’elles charrient. Ces mythes sont d’ailleurs l’autre bonne idée du récit. L’auteur s'en sert à bon escient pour illustrer la façon dont ils ont été créés et utilisés pour travestir la réalité et la rendre conforme aux canons de l’Eglise.

Fleuve Noir Anticipation - Angoisse - 1967

24 janvier 2021

PAYSAGES DE MORT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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L’humanité n’ira jamais dans les étoiles. Elle n’ira pas même sur Mars et la Lune sera sa seule conquête. Collée à la Terre, les pieds dans la fange originelle, elle restera victime de ses éternels travers et sa technologie n’y pourra rien. La famine, la guerre, la pollution, la surpopulation viendront à bout de ses meilleures intentions. Les hommes et les femmes peuvent bien continuer à s’agiter, à s’adonner au grand jeu de la vie, leur destin est déjà tracé et leur fin programmée. Ce sera le grand éclair nucléaire, la lente dégradation de la maladie ou la boucherie militaire. Chair à canon, chair à fantasme, chair à scalpel, faites votre choix, le résultat sera le même ! Chez Jean-Pierre Andrevon, l’avenir s’annonce rarement sous les meilleurs auspices. Dans « Paysages de mort » il est d’un noir profond. Noir comme le deuil. Profond comme la tombe.

Le recueil débute par une nouvelle étrange. « Ici » nous conte le quotidien d’un homme dans sa maison, ses menues occupations, ses petits plaisirs, ses maigres espoirs. Il s’en dégage une sensation de vacuité légèrement dérangeante. Et si la vie, ce n’était que ça.

On poursuit avec « Les rats » où quand l’histoire militaire de l’humanité, ses empires, ses conquérants, ses réformateurs se rejoue au fond d’une cave. Homme, rat, même combat ?

« Le grand combat nucléaire de Tarzan » nous prouve quant à lui que même les héros subissent les outrages du temps. Il nous rappelle également que pas un pays, pas une région, pas même les forêts de l’antique Opar, ne sont à l’abri des effets pervers de la civilisation, de l’industrialisation, du nucléaire, de la pétrochimie… Et ce n’est pas le dernier sursaut d’orgueil du grand singe blanc qui y pourra grand-chose !

« Jour de sortie » nous fait pénétrer dans un abri antinucléaire. Un cylindre de 12 mètres de diamètre sur 22 de haut où six hommes et cinq femmes ont trouvés refuge pour échapper aux radiations. La promiscuité, l’ennui, la jalousie, la rancœur font faire leur lot de victimes jusqu’à la sortie tant attendue. Mais que trouveront les survivants ?

Dans la France d’après la guerre atomique, on survit comme on peut. On mange son Extracanigou ou son Superonron, on boit son eau recyclée et on évite au maximum de quitter sa cellule  pressurisée par peur des radiations, des Brigades de Dépopulation, des voisins... : « Ainsi vont les jours ».

« Musique pour un départ » se présente sous la forme d’un dialogue. Une femme tente de retenir son homme – son mari ?, son amant ? – qui part combattre les alnubiens. Au fil de la conversation transparait l’embrigadement que l’homme a subit. Mais les militaires n’ont pas modifié que ses pensées.

« La grande révolte des robots de juin 2134 » est une nouvelle tragique et amusante qui nous démontre que le tout automatisé n’est pas forcément une panacée.

Avec « Opération de routine », on apprend que dans le futur, il sera possible de vivre sans travailler. Grâce à la rente de libre citoyenneté, on peut passer ses journées à glander, à baiser, à se camer, à s’envoyer en l’air de toutes les façons possibles. Rien à payer en retour. Enfin presque. Juste un petit don. Un peu de soi-même. Une nouvelle glaçante avec une chute à double détente !

« La dérive » reprend le thème de ces soldats japonais qui, des décennies après la fin de la seconde guerre mondiale, pensaient être toujours en guerre et continuaient de tenir leur poste sur des îles perdues dans le Pacifique. Ici, quatre militaires livrent, jour après jour, un combat acharné contre les insectoïdes de Sigma du Verseau. Mais le conflit est-il bien ce qu’on leur en a dit ? Sont-ils vraiment en route pour les colonies stellaires d’Epsilon où bien sont-ils encore sur Terre à lutter contre Dieu sait qui ?

« Sur le bord de la route » est une nouvelle qui aurait facilement sa place en littérature blanche. L’histoire de cette famille pauvre échouée en bordure de la forêt vierge, cultivant une terre ingrate et passant son temps à observer des convois militaires qui ne cessent de circuler sur la route toute proche pourrait en effet se situer n’importe où sur Terre. On pense bien sûr à l’Amazonie mais cela pourrait aussi bien être l’Indonésie ou l’Afrique équatoriale, ces régions où la misère et les dictatures poussent les populations à l’assaut des forêts et des minorités ethniques.

« Paysage des morts » est un récit étrange qui nous montre quelques-uns des différents aspects que la mort peut emprunter. Maladie, accident, homicide, à chacun sa chacune !

On remarquera enfin qu’entre chaque texte s’intercale une très courte nouvelle d’à peine une petite page et que le recueil s’achève sur un épilogue en forme de réflexion sur la destinée de l’homme et de sa planète.

Denoël - Présence du Futur - 1978

27 septembre 2020

FANTOMAS - PIERRE SOUVESTRE & MARCEL ALLAIN

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Quel rapport peut-il y avoir entre l’ignoble assassinat de la marquise de Langrune, la disparition de Lord Beltham et les audacieux vols commis au Royal Palace ? A priori aucun. Pourtant, l’inspecteur Juve en est convaincu, chacun de ces méfaits porte la marque de Fantomas. Avec une pugnacité que n’égale que sa perspicacité, le rusé policier va tout mettre en œuvre pour appréhender l’ignoble gredin. 

Pour les gens de ma génération, Fantômas évoque immanquablement les films de André Hunebelle dans lesquels l’acrobatique Jean Marais, l’inénarrable Louis de Funés et la sublime Mylène Demongeot nous distrayaient dans des aventures rocambolesques qui mélangeaient l’espionnage et l’humour avec même une petite pointe de SF. Si à l’époque je n’aurais manqué pour rien au monde l’une de leurs nombreuses rediffusions, j’étais en revanche bien loin de me douter que le vilain Fantômas était né en 1911 et que ces sympathiques adaptations cinématographiques n’avaient pas grand-chose à voir avec l’œuvre originale.

Bien loin des péripéties «jamesbondesques » qui me divertissaient tant, la création du duo Allain/Souvestre s’avère en effet beaucoup plus proche des romans de Gaston Leroux et Maurice Leblanc que de ceux de Ian Fleming. En fait, elle se situe quelque part entre le roman policier à énigme façon « Mystère de la chambre jaune » et les histoires de voleur insaisissable dont «  Arsène Lupin » constitue le prototype. D’ailleurs la principale singularité de ce roman est d’avoir pour héros un dangereux criminel ce qui n’était pas si fréquent  à l’époque où il fut écrit.

Même si la plupart du temps il n’apparaît qu’en creux, au gré de l’enquête et des déductions de l’inspecteur Juve, c’est donc bien Fantomas qui occupe le devant de la scène. Intelligent, audacieux, cruel et sans scrupules, il ose tout. Sons sens de l’organisation et l’emprise qu’il détient sur ses affidés lui donnent presque toujours un coup d’avance sur les autorités et, même dans les instants les plus critiques, il parvient à faire la nique à la police. Les pauvres Juve et Fandor qui, professions mises à part, n’ont absolument rien à voir avec les personnages des films, ne peuvent finalement pas grand-chose contre ce génie du crime. Ils ont beau s’employer comme de beaux diables, se grimer, fouiner, perdre leur temps en filatures, rien y fait. Toujours Fantomas leur échappe.

Si l’histoire n’est pas déplaisante à suivre, on regrettera cependant le côté un peu téléphoné de certains rebondissements et une intrigue qui avance à grand renfort de coïncidences, de rencontres fortuites et de hasards malheureux. De plus, la façon dont certains évènements nous sont rapportés, que ce soit par le biais des pensées de tel ou tel personnages ou de discussions impromptues entre deux complices, donne parfois au récit un côté un peu factice.

Pour le reste le roman fait bien son âge. Cela se sent à son style, au demeurant plaisant et facile à lire, et aux caractères des personnages. Gens du monde ou populo, c’est bien la France de 1911 que nous décrivent les auteurs, un monde où chacun est à sa place et doit s’y tenir. On saluera néanmoins les plongées dans les bas-fonds, dans les gargotes, les prisons, aux Halles en compagnie de tout un petit peuple de cheminots, de concierges et de domestiques. On notera aussi que l’histoire se termine par une exécution à la guillotine à laquelle les auteurs consacrent un chapitre entier, nous rappelant ainsi que jusqu’en 1939 les exécutions étaient publiques et que le bon peuple s’y rendait un peu comme au spectacle !

Le Livre de Poche

20 septembre 2020

WYST / ALASTOR 1716 - JACK VANCE

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Troisième et dernier roman du cycle d’Alastor, Wyst met une fois de plus en scène un personnage confronté à un redoutable complot. Une différence toutefois avec les deux premiers opus, et de taille, puisque la machination n’est pas dirigée contre lui mais contre les gouvernants de la 1716ème planète de l’amas d’Alastor ainsi que contre le puissant Connatic et les institutions qu’il dirige. Nous y suivons Jantiff Ravensroke,  un jeune artiste que les merveilleux couchers de soleils de la planète Wyst ont attiré en Arrabus où il va faire l’expérience de l’égalisme, une utopie selon laquelle une automatisation totale du travail doit permettre l’émergence d’une société des loisirs.

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ce roman est qu’il s’agit d’une critique un peu grossière et très partiale du communisme. L’auteur met l’accent sur les mauvais côté de la société « égaliste », nous montrant surtout ses travers et ses mauvais fonctionnement, ses carences et ses dérives. L’expérience que son héros fait du collectivisme s’avère en effet catastrophique. Les conditions de vie en Arrabus sont précaires, les habitants sont contraints de vivre dans des immeubles communautaires et de partager leur chambre avec des inconnus. Les repas se prennent au réfectoire où tout le monde mange la même nourriture - du bourron, du driquant et un peu de branluche pour colmater les crevasses – et le meilleur moyen pour obtenir ce qui vous fait défaut c’est le trafic ou le vol (la « fiquerie ») considérée comme une façon de soutenir l’égalisme, le meilleur remède contre ceux qui accumulent des biens.

Mais la partialité de l’auteur est encore plus visible dans la seconde moitié du roman qui voit Jantiff contraint de se débrouiller pour survivre dans une région reculée. Livré à lui-même, ne pouvant plus compter ni sur les subsides de sa lointaine famille ni sur les « bienfaits » de l’égalisme, il va devoir travailler pour s’en sortir. Nous le verrons ainsi jouer les hommes de peine et ramasser des coquillages pour le compte d’un aubergiste avant de réaliser qu’il y gagnerait plus en les lui vendant. Puis, sa situation s’améliorant, il décidera de les commercialiser lui-même, passant en quelques mois de l’état de mendiant à celui de prospère commerçant. Une véritable célébration de l’american dream et une démonstration un peu outrée des vertus du capitalisme !

Mais qu’on se rassure, ce roman n’a rien d’un pamphlet politique. Toutes les avanies, toutes les petites mesquineries que subit Jantiff tiennent en haleine le lecteur qui a hâte de le voir se rebeller. Et il le fera, en jouant d’abord quelques mauvais tours aux profiteurs de tout poil qui cherchent à le dépouiller puis en menant une véritable enquête qui l’amènera à risquer sa vie pour déjouer les sombres menées d’un trio d’aventuriers. C’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques de ce roman que de nous faire passer insensiblement de la grosse comédie à la tragédie. L’histoire qui débute dans une relative bonhomie glisse peu à peu dans le tragique : une mort malencontreuse, un suicide, une chasse à l’homme, tout s’emballe jusqu’à une conclusion qui nous réserve une jolie petite surprise…

Et puis il y a comme toujours avec Jack Vance un back ground particulièrement étoffé : la ville d’Uncibal avec ses gigantesques tapis roulants et les vieux immeubles communautaires dont chacun possède son caractère en fonction des habitudes de ses habitants, le Disjerferact, quartier de carnaval et de fête foraine permanente où l’on trouve aussi des « Pavillons de repos » qui vous proposent différentes façons de vous suicider, festive ou cérémonielle, seul ou en compagnie. On notera à ce propos que les corps des suicidés sont recyclés en « graviar » qui constitue la matière première de toute nourriture en Arrabus. Un petit emprunt au « Soleil Vert » de Richard Fleischer ? En revanche les « Terres étranges » où Jantiff trouve refuge, n’ont rien de particulièrement originales. Tout juste font-elles penser à une sorte de Far-West où le peuple des « sorcières » remplaceraient les amérindiens et seraient comme eux victimes d’un génocide qui ne dit pas son nom.

Tout cela fait donc de « Wyst » un volume bien sympathique qui conclut de jolie manière un cycle finalement assez cohérent où l’humour et le drame ne sont jamais bien loin l’un de l’autre.

J'ai Lu - Science-Fiction - 1983

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26 août 2020

LA GRANDE BALEINE - VINCENT DE OLIVEIRA

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Depuis une quinzaine d’années le post-apo a le vent en poupe. Réchauffement climatique et déliquescence sociale font prendre conscience à tous du futur pas joli-joli qui nous pend au nez et donnent aux écrivains une matière littéraire presque infinie. On trouve donc de plus en plus de ces romans déprimants avec, il faut le reconnaître, du bon et du moins bon. Vincent de Oliveira a placé le sien sous le signe de la course poursuite et du règlement de compte pour nous donner une sorte de post-apo mafieux et survitaminé où des bandes ultra violentes cherchent à mettre la main sur un magot dérobé au maire corrompu de ce qui reste de Varsovie.

Disons-le tout de suite, cette intrigue passe mal. Elle me semble même carrément inepte tant il est difficile de croire que vingt ou trente ans après la disparition du monde tel que nous le connaissons, des institutions et des pouvoirs qui le régissaient, l’argent puisse encore avoir la moindre importance. L’auteur s’en rend d’ailleurs parfaitement compte puisqu’il fait dire à l’un de ses personnages : « Désolé, je ne peux m’empêcher de croire à un mauvais film policier. C’est la fin du monde et on tue encore pour de l’argent ? ». Oui, il est vraiment difficile d’adhérer à cette histoire. Mais ce n’est pas trop grave car le roman a d’autres qualités.

Il y a d’abord un back-ground qui, pour être très classique n’en est pas moins convaincant. « Les Neiges de Juin » ont recouvert la planète d’une profonde couche de neige, provoquant l’éradication de presque toutes les espèces animales et obligeant les humains à se réfugier sous terre. Toutes les scènes du récit sont donc imprégnées par le froid, la neige et la glace. Des éléments hors de contrôle qui s’ajoutent aux nombreux autres dangers qui menacent les survivants.

Mais c’est surtout du côté des personnages qu’il faut aller chercher le principal intérêt du roman. Psychopathe incontrôlable ou colosse au grand cœur, homme de main cachant des blessures profondes ou chef de guerre sans morale, l’auteur nous propose un important panel d’individualités qui tiennent parfaitement la route. Des hommes et des femmes qui n’ont plus guère d’espoir en l’avenir et qui sont juste en quête d’un sursis pour satisfaire une vengeance, tenir une promesse ou accomplir un dernier rêve.

Nerveux et rythmé, noir sans être complètement désespéré, « La grande baleine » est un post-apo très sombre et en tout cas beaucoup moins poétique que ne laissent supposer son titre et le résumé de l’éditeur.

Autrement - 2016

19 août 2020

UNE DEESSE NE PLEURE PAS - HEINZ GÜNTER KONSALIK

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Après que leur avion se fut écrasé au beau milieu de la forêt amazonienne, Gloria et Hellmut essaye de regagner la civilisation. La forêt hostile et ses hôtes dangereux vont leur compliquer la tâche… 

Avant de lire ce roman je ne connaissais de Konsalik que sa réputation d’auteur de romans sentimentaux. Une réputation qui n’est pas usurpée mais à laquelle je substituerai plutôt celle de « touche à tout » populaire capable de distiller dans une même histoire de la romance, quelques frissons et le souffle épique de l’aventure. Car pour faire rêver ses lecteurs et les transporter loin de leur quotidien morose, Konsalik a l’habitude de faire visiter à ses personnages les coins les plus paumés de la planète pour les plonger dans des situations toujours dramatiques. Ici, il a choisi de les perdre dans les profondeurs de la forêt amazonienne, territoires vierges et méconnus où vivent encore des tribus qui n’ont jamais rencontrés l’homme blanc (le roman date de 1974).

Premier constat, l’auteur n’est pas parvenu - et n’a sans doute même pas essayé - à s’affranchir des lieux communs qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on songe à la jungle sud-américaine. Tous les poncifs ont été convoqués : la faune sauvage (panthère, crocodile et piranhas), la tribu de réducteurs de têtes, la jolie blonde prisonnière d’indiens qui la vénèrent et qu’elle parvient à subjuguer grâce à quelques gadgets modernes (allumettes, appareil photo), et jusqu’au fabuleux trésor d’or et de pierres précieuses qui n’attendait que sa venue pour faire parler de lui. Tout cela est assurément digne d’une série B hollywoodienne des années cinquante dans lesquels le décor et le dépaysement comptaient davantage que le scénario.

Bon, pour être tout à fait juste, on reconnaitra qu’à défaut d’être originale, l’histoire est honnête et rempli parfaitement son office. L’auteur s’en tire notamment grâce à des seconds rôles assez travaillés (le mercenaire bourru, le jeune indien qui s’émancipe des tabous de sa tribu) et quelques idées sympathiques dont celle de placer son couple de héros au beau milieu d’une guerre tribale. Et comme le roman se lit remarquablement facilement grâce à un style d’une extrême simplicité, on en vient rapidement à bout et l’on passe très vite à autre chose.

Pocket - 1998

12 août 2020

COMMENT BLANDIN FUT PERDU - JEAN-PHILIPPE JAWORSKI

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J’ai déjà dit ici et ici tout le bien que je pensais de Jean-Philippe Jaworski et de sa magnifique écriture. Je n’y reviendrai donc pas et me contenterai de signaler que cette qualité est toujours de mise dans ce petit recueil qui m’a ramené, le temps de deux nouvelles, dans ce cher Vieux Royaume. Et ce fut de nouveau une plongée époustouflante dans un moyen-âge alternatif où la fantasy n’est pas une fin en soi mais vient juste seconder l’histoire, la grande et la petite.

« Montefellone » nous précipite de plain-pied dans un conflit médiéval. Une cité est assiégée par les troupes du duc d’Arches. La ville doit tomber avant que des renforts venus de Ciudalia ne viennent les prendre à revers. Ici, la grande force de l’auteur est de nous faire ressentir, presque toucher du doigt, la violence des combats. Qu’il s’agisse des assauts sur les murailles ou des conciliabules qui les précèdent, des décisions tactiques et des actes de bravoures isolés, tout est parfaitement rendu et sonne terriblement vrai. Ca sent la peur et la mauvaise sueur, le sang et la tripaille. Les rêves de gloire s’effacent devant la mort aveugle qui ravale les puissants et les humbles à leur seul poids de chair et d’os. Cela nous donne une belle histoire de chevalerie sur fond d’amitié trahie et de fidélité mal placée. Un récit d’exploits guerriers teinté d’amertume, dans le même ton que « Le service des dames » du recueil « Janua Vera ».

Après cette mise en bouche guerrière, on change de registre avec une fort jolie nouvelle qui nous parle de passion amoureuse et d’amour de l’art. Le récit est plus intimiste. Il nous plonge dans le silence des monastères et des forêts profondes, dans le secret de l’imaginaire et de la création artistique. « Comment Blandin fut perdu » nous invite à suivre le maître peintre Albinello et son apprenti dans leur labeur quotidien, parmi les artisans des différents corps de métier, au milieu des échafaudages, des enduits et des pigments. D’églises en castels, de maisons nobles en couvent, nous voyons l’élève s’épanouir et dépasser le maître tandis que nous est progressivement révélée l’obsession qui l’habite. Une histoire d’une grande sensibilité avec un personnage déroutant et une fin ouverte juste ce qu’il faut pour clore le récit tout en laissant à chacun le choix de sa conclusion.

Gallimard - Folio - 2016

10 juin 2020

LES TRANSFORMES - JOHN WYNDHAM

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Des millénaires après un conflit nucléaire, la planète continue de subir les conséquences de la folie des hommes. Les continents demeurent largement inhabitables et l’humanité a régressé à un stade préindustriel. Au Labrador, un semblant de retour à la normale s’est amorcé. Quelques communautés paysannes se développent sur les terres les moins irradiées, éliminant impitoyablement les plantes et les animaux qui ont subis des mutations génétiques. Quant aux hommes et aux femmes « impures », ils sont exilés dans les Franges, ces territoires sauvages où la faune et la flore se sont développés de façon anarchique. Dans la petite ville de Waknuk, le jeune David Strorm comprend très vite qu’il doit cacher à tout le monde, et en particulier à son père, le don qui lui permet de communiquer par la pensée avec d’autres enfants de la région… 

John Wyndham est l’un des auteurs de SF britannique que je préfère. « Le jour des triffides » fait partie de mes post-apo favoris et ses histoires d’invasions extra-terrestres sournoises et insidieuses (Les coucous de Midwich, Le péril vient de la mer), sont excellentes. Et pour couronner le tout, il possède un style agréable et extrêmement fluide, très plaisant à lire. C’est donc sans véritable surprise que j’ai été une fois de plus séduit par ce nouveau roman dont on ne peut pourtant pas dire que l’originalité soit la qualité première. Il faut dire que lors de sa parution, les histoires de mutants n’avaient plus rien de très nouveau. Van Vogt, Sturgeon et quelques autres étaient déjà passés par là et ce type de récits était déjà bien ancré dans la culture SF.

De la même manière, le cadre du récit n’a rien de particulièrement innovant. On peut même dire que Wyndham n’est pas allé le chercher bien loin puisqu’il ressemble presque trait pour trait à l’Amérique des XVIIème et XVIIIème siècles. Nous sommes en effet plongés dans une communauté agricole comme il en existait beaucoup dans les colonies américaines d’alors, une petite bourgade où quelques dizaines de familles de fermiers et d’éleveurs tentent de tirer leur maigre pitance d’une terre ingrate. Remplacez les insurgés des Franges par les amérindiens, les fanatiques de la race pure par les puritains anglicans et la traque des mutants par la chasse aux sorcières et c’est bel et bien l’Amérique de Nathaniel Hawthorne et de Salem qui reprend vie.

Dans ces conditions, tout  le talent de Wyndham va consister à nous immerger dans cet univers et nous faire éprouver les sentiments de peur et de révolte de ses jeunes héros. Il va le faire en prenant tout son temps qui sera aussi celui de leur apprentissage. Lorsque l’histoire débute, David Strorm n’a que dix ans. Il en aura six de plus à la fin du récit. Six années pendant lesquelles il va être amené à comprendre la nature profondément sectaire et injuste de la communauté où il vit. L’extrême rigueur de la société labradorienne nous est donc dévoilée progressivement. Petit à petit, ceux que l’on considérait de prime abord comme de simples bigots arriérés montrent leur vrai visage, celui de fanatiques qui ne se contentent pas de brûler les récoltes génétiquement impures ou d’exiler les mutants, mais qui peuvent aussi torturer et tuer. La montée en puissance est parfaitement maîtrisée. Présente dès les premières pages, la menace qui pèse sur David et ses compagnons se fait de plus en plus précise. Ils doivent développer des trésors de prudence pour échapper aux inspecteurs de la foi et le plus gros du roman est consacré à cet effort constant qu’il doive faire pour dissimuler leur état, rester unis et préparer leur avenir.

Cette lutte d’un groupe d’enfants face à la communauté des adultes est à comparer à celle qui oppose la trentaine de « coucous » aux villageois de Midwich. Dans ce roman les enfants nés de « visiteurs » extra-terrestres sont clairement présentés comme une menace pour l’espèce humaine en raison de leurs capacités supérieure et notamment de leur don de télépathie. Un don que possèdent aussi les petits mutants des « Transformés » sauf qu’ici, ce talent particulier est présenté comme un atout, une évolution bénéfique de l’humanité. Bref, selon le point de vue où l’on se place, la menace n’est pas perçue de la même manière et les victimes changent de camp !

Fleuve Noir Anticipation - 1955

20 mai 2020

LES ENFANTS DE NOE - JEAN JOUBERT

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Un jour de février 2006 la neige se met à tomber sans discontinuer jusqu’à former, au bout de plusieurs jours, une couche de près de sept mètres d’épaisseur. Commence alors pour la famille du jeune Simon prisonnière de son chalet Alpin, une longue période d’isolement au cours de laquelle chacun de ses membres devra surmonter ses peurs et les multiples dangers d’un hiver qui n’en finit plus. 

J’ai déjà eu l’occasion de lire trois romans post-apocalyptiques écrits pour la jeunesse et, exception faite du très particulier « Nuage vert », les deux autres (« Le deuxième matin du monde » de Manuel de Pedrolo et « La dernière aube » de  Paul Berna) m’avaient agréablement surpris par le sérieux de leur propos et le fait qu’ils n’édulcoraient en rien le dramatique de la situation. La cruauté et la violence inhérents à ce type de récits étaient bel et bien présents même si les images les plus choquantes en étaient bien sûr exclues ou juste suggérées. Mon opinion est en revanche un peu plus réservée au sujet de ce roman de Jean Joubert.

Le fait qu’il s’agisse d’un quasi huis-clos participe sans doute beaucoup de cette impression. Les éléments naturels empêchant tous déplacements, les dangers véhiculés par les humains sont totalement absents de l’histoire. Ici, pas de pillards ni de fanatiques religieux, pas de tensions communautaires ou de réactions égoïstes. L’action se concentre exclusivement sur les quatre membres d’une même famille et se borne à nous décrire leurs réactions face à un phénomène extraordinaire et dangereux.

L’odyssée immobile de cette famille est envisagée sous le double aspect matériel et psychologique. Une bonne part du récit est donc consacrée à la vie quotidienne de nos quatre héros dans leur cocon de glace. Nous les verrons lutter contre le froid, la faim et les loups, s’adapter aux circonstances et apprendre à vivre sans électricité et sans les objets de la vie moderne. Ils devront aussi retrouver les gestes ancestraux (nourrir les bêtes, traire la vache, tuer les poules.. .) et apprendre à se servir des outils de nos grands-parents (le moulin à café, les lampes à huile). C’est sans doute là le côté le plus « enfantin » du roman avec de nombreux passages consacrés aux animaux de la ferme ou aux découvertes que le jeune Simon et sa sœur font dans les combles du vieux chalet.

Les conséquences de cet enfermement sur leur santé mentale sont autrement plus intéressantes. Sans contact avec l’extérieur, dans l’ignorance du reste du monde et prisonniers d’un avenir incertain, il est bien difficile de garder l’espoir. Et c’est là que le personnage du père de famille prend une dimension particulière. D’un bout à l’autre de l’aventure, c’est lui qui va se charger d’entretenir la flamme, se battant sur tous les fronts, improvisant sans cesse et resserrant les liens familiaux en partageant notamment avec les siens son goût de la lecture et de l’apprentissage.

Le roman, raconté par son fils, est d’ailleurs une sorte d’hommage rendu à cette figure paternelle. Une figure qui prend malheureusement sur la fin des allures de patriarche biblique. L’idée que la catastrophe est l’expression d’un châtiment divin, le rejet de la vie citadine, le retour aux choses essentielles, (travail manuel, veillées en famille…) bref tout ce côté « c’était mieux avant » m’ont un peu gênés aux entournures. Heureusement, cet aspect n’est pas trop prégnant. On laissera donc à l’auteur le bénéfice du doute et on se contentera de saluer son style sobre et efficace qui permet de s’immerger facilement dans cette histoire de dépassement de soi et de cheminement intérieur.

L'Ecole des Loisirs - Medium - 1992

1 avril 2020

TRULLION : ALASTOR 2262 - JACK VANCE

jl1476-1983

Alastor est un amas d’étoiles comptant plus de trois milles planètes habitées par près de cinq trillions de personnes. Toutes sont placées sous l’autorité du Connatic, autocrate tout puissant qui gouverne avec mansuétude et fermeté et n’intervient dans la destinée de ses administrés que lorsque cela s’avère strictement nécessaire. Il fait alors interveni sa terrible flotte spatiale : la Whelm. Située sur les confins de cette galaxie, Trullion est la 2262ème planète de l’amas. Une planète riche et prospère où tout pousse en abondance sans qu’il soit besoin de s’employer beaucoup. Les trills ne travaillent donc qu’en cas de besoin, pour remplacer un moteur de bateau, acheter du tissu pour se vêtir, organiser une fête… Le reste de leur temps, pour ne pas dire l’essentiel, ils le passent à rêvasser et à s’adonner à leur grande passion : la hussade. Après dix années passées dans la Whelm, Glinnes Hulden s’en retourne sur Trullion où il apprend que son père et son frère aîné sont morts dans des circonstances troubles. Désormais propriétaire du petit domaine familial situé sur l’île de Radembary, il espère bien couler des jours heureux mais les ennuis se mettent à pleuvoir sur le jeune homme et la liste  de ses ennemis s’allonge de jours en jours. 

La première chose qui saute aux yeux à la lecture de ce roman, c’est la sympathie de Jack Vance pour le peuple trill. On sent qu’il prend plaisir à mettre en scène ces gens simples qui savent profiter des bonnes choses de la vie sans perdre leur temps à gagner plus d’argent ou plus de pouvoir. Il prend tout son temps pour nous décrire leurs habitudes pastorales, les pique-niques au bord de l’eau, l’observation des étoiles et les flirts sur la plage. De fait, la région où il situe son histoire a des allures de jardin d’Eden cajun avec ses myriades d’îles appartenant à de petits propriétaires ayant pour seuls soucis les raids occasionnels des étoiliers et la présence des dangereux merlings qui infestent les eaux. Un petit paradis terrestre où le temps s’écoule lentement et où seule la hussade parvient à tirer les trills de leur torpeur.

Ce sport qui ressemble en un peu plus complexe au football américain, occupe une grande place dans le roman. Prétendre que Vance s’en sert pour meubler serait beaucoup dire. Il faut pourtant reconnaître que les parties de hussade sont fort nombreuses et que, le lecteur ayant beaucoup de mal à visualiser le jeu, leur attrait reste tout de même assez limité. Heureusement il les utilise intelligemment pour faire avancer son intrigue. Loin de n’être que des pions sur un jeu d’échecs, les personnages s’affrontent aussi bien sur le terrain que dans ses coulisses et les intérêts financiers et politiques n’y sont pas moins importants que les enjeux sportifs. Pirates de l’espace, fanatiques religieux, nobles corrompus et roués bohémiens vont en effet s’affronter dans un vaste jeu de dupes où le sympathique héros jouera un peu le rôle d’arbitre.

On s’amusera alors à observer de quelle façon tous ces affreux qui lui mirent des bâtons dans les roues, se prennent de méchants retours de manivelle. Car finalement, Glinnes n’aura pas à beaucoup s’employer pour faire triompher la justice en général et ses intérêts en particulier. Quelques empoignades, deux ou trois vilains tours, un peu de bravoure et beaucoup de chance suffiront à le tirer d’affaire. On s’en réjouira néanmoins grandement tant les avanies qu’il aura eues à subir de toutes parts auront fait naître en nous un fort désir de revanche.

Sans doute moins ambitieux que bien d’autres romans de l’auteur « Trullion : Alastor 2262 » constitue un honnête divertissement où l’humour tient une grande place et dans lequel Vance s’autorise malgré tout quelques petit tacles à destination de ces empêcheurs de tourner en rond que sont les religieux et les aristocrates.

J'ai Lu - 1983

25 mars 2020

ALIAS JANNA - MILENA MAKARIUS

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Lorsque sa fille Bojina commence à réaliser un documentaire sur ses origines bulgares, Milena Makarius est ravie de lui proposer son aide. Mais très vite, les relations entre la mère et la fille se tendent et, quand elles découvrent que Milena a été fichée comme agent du régime communiste alors que, jeune étudiante, elle participait à des colloques en tant qu’interprète, la situation s’envenime. Encore sous le choc de la révélation, Milena doit en effet faire face à sa fille qui souhaite se servir de son passé pour illustrer son travail. 

Budapest a eu son insurrection, Prague son printemps, Gdansk ses chantiers et Berlin son mur. Rien de tel à Sofia ou dans le reste de la Bulgarie, ce petit pays des Balkans qui ne s’est illustré ni par sa résistance au grand frère soviétique ni par un excès de zèle. Pourtant les bulgares ont eux aussi subis les rigueurs du totalitarisme stalinien. Le récit de Milena Makarius, même si tel n’est pas son propos, fourmille d’exemples du poids que le pouvoir communiste faisait peser sur son pays. La fiche de caractérisation qui résume tous vos faits et gestes, les interdictions de résidence, les restrictions de voyage et bien sûr, les camps, on trouve tout cela dans son livre. Il s’agit le plus souvent des souvenirs de l’auteur mais également d’histoires ou d’anecdotes qui lui ont été rapportées. Certaines sont amusantes ou rocambolesques d’autres carrément dramatiques, mais elles illustrent toutes les dérives d’un régime autoritaire où la majorité est brimée au seul profit d’un pouvoir dévoyé et d’une élite corrompue.

Tout cela est fort heureusement derrière nous. Pour autant il demeure important d’en garder le souvenir et de tirer les leçons du passé. Encore faut-il pour cela que le regard que l’on porte sur les « démocraties populaires », près de trente ans après la chute du rideau de fer, ne soit pas biaisé. Et c’est précisément là le sujet du livre de Milena Makarius, illustré de fort belle façon par l’incompréhension entre l’auteur et sa fille, entre celle qui a vécu dans la Bulgarie communiste et celle qui ne connaît ce pays et cette époque qu’à travers le prisme de ses études.

L’attitude de Bojina est d’une totale partialité. Son opinion est déjà faite, ses jugements sont péremptoires, définitifs. Il n’y a aucune nuance dans son approche. Les bons sont d’un côté, les méchants de l’autre et ses recherches ne servent qu’à valider ses convictions. Elle ne peut concevoir que l’on ait traversé cette période à peu près normalement, que l’on ait pu étudier, travailler, aimer comme tout le monde. Et si sa mère ne se considère pas comme une victime du régime, c’est donc qu’elle en a bénéficié, qu’elle a collaboré…

Pour autant le projet de Bojina va permettre à sa mère de prendre la mesure des dérives du stalinisme et l’obliger à reconsidérer son passé. Il y a bien sûr la découverte du fichage dont elle a fait l’objet et qui éclaire d’un jour nouveau les relations qu’elle a pu entretenir avec tel ami ou tel collègue. Il y a aussi la prise de conscience que son parcours, relativement épargné, ne fut pas forcément la norme et que tous les bulgares ne sont pas sortis indemnes ce cette période. On peut donc avoir vécu une époque, une situation particulière et ne pas être le mieux placé pour en parler. Il est en revanche bien difficile de juger l’attitude d’autrui sans la connaître parfaitement et sans être passé par les mêmes évènements.

Entre roman et récit autobiographique, « Alias Janna » est un livre passionnant, à la fois témoignage d’une époque particulièrement sombre et réflexion sur la perception que l’on peut avoir de notre passé.

Editions Anne Carrière - 2020

18 mars 2020

SOUDAIN, J'AI ENTENDU LA VOIX DE L'EAU - KAWAKAMI HIROMI

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A la mort de leur mère, une femme et son frère âgés d'une cinquantaine d'années, reviennent vivre dans la maison de leur enfance.

Encore un très joli roman dans lequel Hiromi Kawakami continue d’interroger les relations sociales du Japon contemporain. Après avoir traité de la différence d’âge au sein d’un couple (Les années douces) et de la famille monoparentale (Cette lumière qui vient de la mer) elle s’attaque à un sujet beaucoup plus délicat puisqu'il est cette fois-ci question d'une relation incestueuse entre un frère et sa sœur. Comme à l'accoutumé, elle le fait de façon extrêmement délicate, avec une approche très douce, s'ingéniant à suggérer plutôt que dévoiler brutalement la vérité. Une vérité que le lecteur est amené à deviner peu à peu, s’étonnant et s’interrogeant avant que de comprendre la nature exacte du lien qui unit Miyako et Ryô.

Et il met d'autant plus de temps à s’en rendre compte que le récit n'est pas tout à fait linéaire. La confession de Miyako prend des libertés avec la chronologie, fait des tours et des détours au gré de ses souvenirs. En réinvestissant la maison de son enfance, en redécouvrant les pièces et les objets qu’elle a jadis côtoyés, sa mémoire lui restitue des impressions, des odeurs, des images. Avec elles ressurgissent les questions sans réponses tandis que des réflexions nouvelles viennent troubler ses rares certitudes.

Ce rythme paisible, cette succession de scènes anodines ponctuées d’évènements plus sérieux, permet d’installer une certaine complicité entre elle et le lecteur. Aussi, lorsque son secret nous est révélé, il est alors bien difficile de s'en offusquer et c'est presque naturellement qu'on en vient à l'accepter. Et puis, de toute façon, ce n’est pas la question du tabou des relations sexuelles entre un frère et sa sœur qui préoccupe l’auteur. Ce qui constitue le cœur de son récit c’est la notion même de famille. Qu’est-ce qui la définit ? Les liens du sang ? L'hérédité ? Ou bien une histoire commune, des moments partagés et des habitudes ? Une proximité de cœur et d’esprit. Une question qui mérite d’autant plus d’être posée que celle de Miyako et Ryô n’a rien de conventionnelle avec cet oncle qui fait office de père et un géniteur qu'ils croyaient n'être qu'un simple ami de la famille. Ce faisant, Kawakami Hiromi nous pousse à nous interroger sur la nature des relations que l’on entretient avec nos proches, sur leur profondeur et leur signification, indépendamment des canons et des diktats de la société.

Philippe Picquier - 2016

4 mars 2020

AUTOCHTONES - MARIA GALINA

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J’ai toujours apprécié les bouquins un peu barrés, avec une atmosphère étrange et des personnages décalés, des récits qui nous bousculent un tantinet et nous amènent à nous demander à qui et à quoi l’on peut bien avoir affaire. Avec ce roman de Maria Galina, j’ai été servi. On y suit un historien de l’art parachuté en Ukraine dans la bonne ville de Lviv afin d’effectuer des recherches sur un groupe artistique des années 20. Au début tout est sous contrôle. Les déambulations de Christophorov répondent à une logique indéniable. Il essaye de remonter le fil de l’histoire, rencontrer les personnes qui ont connus les protagonistes d’alors et collecter les informations qui lui permettraient d'en apprendre davantage sur les membres dudit groupe et, qui sait, de mettre la main sur la partition de leur unique représentation. Son enquête l'emmène dans les lieux les plus divers et lui fait côtoyer toute sorte d'individus. Il se promène dans les cimetières, visite des musées, hante les marchés aux puces. Il rencontre des conservateurs et des archivistes, discute avec des collectionneurs, des artistes, des marchands d’art... Il fait deux ou trois découvertes et lève quelques lièvres bref, sa quête s'annonce plutôt bien.

Et puis, insidieusement, le récit bascule dans l'irrationnel. Ce n'est d'abord qu'une vague sensation. Une sorte de flottement dans le déroulé de l'intrigue. Les scènes se ressemblent étrangement, paraissent se répéter et l'on en vient à confondre les lieux et les personnages. Ces derniers sont le plus souvent assez étranges et se révèlent être bien plus que ce qu’ils prétendent. En fait, rien ni personne n'est vraiment ce qu'il semble être de prime abord. Un chauffeur de taxi peut cacher un prof d’histoire et une serveuse peut se transformer en artiste peintre ou en passionaria révolutionnaire. Les sous-sols dissimulent des partisans qui attendent l’heure de la révolte, les auberges de jeunesse sont squattées par des bikers et, en y regardant bien, on peut également y voir des loups-garous, un sylphe et peut-être même des extra-terrestres !

Raconté comme ça, le récit peut sembler confus. Mais attention c’est une confusion sous contrôle, un côté kafkaïen savamment entretenu pour nous offrir une plongée inattendue dans une ville, dans son passé comme dans son présent. On se rend alors compte que la ville n'est pas unique, monolithique, éternelle. De même que son nom - Lliv, Lwow, Lemberg - a changé en fonction de la puissance occupante, la perception que ses habitants ont de leur cité varie selon les époques et selon les personnalités. Rien n'est figé. Il y a l'histoire officielle et toutes les histoires personnelles. Chacun à sa vision de sa ville et son interprétation des évènements qui s'y déroulent. Elle est carnaval pour les touristes, palais et demeures luxueuses pour les élites, bidonville pour les ouvriers. Elle est multiple et labyrinthique. Elle est changeante et intrigante. Et pour Maria Galina, elle est roman.

Agullo Fiction - 2020

1 mars 2020

LE CIMETIERE DES ASTRONEFS - MICHEL PAGEL

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Gaba est un as de la démerde dont le métier consiste à transbahuter d’un bout à l’autre de l’univers tout ce qui se monnaye : drogues, armes, aphrodisiaques. Une occupation lucrative mais dangereuse qui lui fait côtoyer des individus peu recommandables. C’est ainsi qu’il se retrouve au service d’un richissime malfrat qui le charge de retrouver le légendaire cimetière des astronefs où les vaisseaux dotés d’un cerveau positronique sont censés aller s’échouer lorsqu’ils ont été gravement endommagés. Une mission a priori impossible mais quand Gaba est au commande, tout peut arriver… 

Comme j’ai déjà pu le constater à plusieurs reprises (« L’oiseau de foudre », « Pour une poignée d’Helix Pomatias »), Michel Pagel est parfaitement à l’aise avec l’humour et la parodie. Il le prouve une fois encore avec ce roman qui est indéniablement un bon gros pastiche de SF mais pas seulement. En fait, « Le cimetière des astronefs » ressemble même plutôt à un film noir assaisonné à la sauce Space-Op’. Les personnages sont d’ailleurs parfaitement raccords avec ce genre puisqu’on retrouve le détective solitaire et désabusé plongé dans une sale affaire, un redoutable maffieux qui vous fait une proposition que vous ne pouvez pas refuser et une charmante donzelle qui cache sans doute pas mal de choses derrière son joli minois.

C’est donc surtout dans le décor qu’il faut aller chercher la SF, la vraie. Et là, on est pas déçu ! Astronefs supra-luminiques, extraterrestres à tentacules, cités futuristes et planètes étranges, y a pas à dire, le bouquin a vraiment sa place au Fleuve Anticipation. Même les héros apportent leur touche d’exotisme intersidéral. Gaba est doté d’un troisième œil baladeur, sa compagne est une bipecto – elle possède une deuxième paire de seins – et leur compagnon de route est un néo-lepreuchaun concupiscent qui ne pense qu’à féconder toutes les humanoïdes qu’il croise.

Le souci c’est qu’en dépit de ce trio bien sympathique l’histoire ne casse pas trois pattes à un canard. L’humour se limite presque essentiellement à la libido des personnages ou à des jeux de mots lamentables sur leurs noms (Aykip D. Foot, Sylma Tantanavey…) et l’action est quasi inexistante, ce qui est tout de même sacrément handicapant pour ce type de roman. En fait, toutes ces loufoqueries se font aux dépens d’une intrigue extrêmement légère qui ne sera même pas sauvée par une chute que l’on qualifiera diplomatiquement d’un peu facile. Isn’t it Mister Pagel !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

9 février 2020

MISSION GRAVITE - HAL CLEMENT

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Une mission de scientifiques terriens est chargée de récupérer une sonde très couteuse sur une planète où il est difficile pour des hommes de séjourner. Ils se voient donc contraint de confier cette tâche à un équipage de marins locaux qui accepte d’entamer un long et dangereux voyage dans des contrées jusqu’àlors inexplorées. 

« Mission Gravité » est un Space- Opera relativement classique qui met en scène la traditionnelle équipe d’explorateurs confrontés aux spécificités d’une planète inconnue. L’essentiel de l’intrigue repose donc sur la découverte d’un monde bien différent du nôtre avec ses conditions de vie particulières et la présence de natifs plus ou moins bienveillants. La planète Mesklin est en effet dotée d’une gravité infiniment plus forte que sur Terre. Outre la forme ellipsoïdale que cela lui confère, les déplacements y sont rendus quasi impossibles pour des humains dont l’enveloppe corporelle ne supporterait pas une telle pression. Un postulat qui induit une certaine originalité puisque le périple que l’auteur nous propose de suivre n’est pas accompli par des humains mais par une espèce autochtone bien différente des humanoïdes que nous sommes.

Les mesklinites ressemblent en effet à des scolopendres de 45 cm de long qui, sur un monde où chuter de plus de quelques centimètres serait fatal, vivent à ras du sol et éprouvent une peur panique à l’idée de grimper, sauter et bien sûr voler. Heureusement pour eux, et pour nous, Barlennan, Dondragmer, Hars et leurs petits camarades sont plus intrépides que la moyenne de leurs congénères. Guidés par les terriens qui communiquent avec eux par radio, ils vont s’affranchir d’une partie de leurs craintes et acquérir des connaissances qu’ils n’auraient jamais soupçonnées.

La science est en effet au cœur de l’intrigue. Qu’il s’agisse de franchir gouffres et falaises, de se diriger dans des contrées désolées ou de faire face aux différentes peuplades rencontrées, c’est à chaque fois grâce à l’application concrète d’une théorie scientifique que nos petits héros se tireront d’affaire. Leur ingéniosité seule n’y suffisant pas, ils feront leur miel des avisés conseils des terriens jusqu’à entrevoir un avenir bien différent de celui qui leur était jusqu’alors promis.

Roman de hard-science très abordable, « Mission Gravité » démontre l’importance que Hal Clement, professeur de physique dans la vraie vie, apportait à la recherche scientifique et sa conviction que celle-ci peut triompher de tous les obstacles.

Pocket - SF - 1982

26 janvier 2020

HOLOCAUSTE - CHRISTOPHE SIEBERT

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Le monde s’est effondré. Il aura suffi d’une gigantesque panne des moyens de communication et d’une pandémie particulièrement virulente pour mettre à bas les sociétés. Sur une Terre en proie à la violence et aux exactions, Olivia, Sylvain, Jean et quelques autres, tentent de continuer à vivre.

Depuis une dizaine d’années, le post-apo est à la mode. On en trouve absolument partout, dans les romans de SF comme en littérature générale. On l’utilise pour spéculer sur les dérives de nos sociétés, pour mettre en scène les peurs de notre époque ou tout simplement pour s’éclater avec du zombie putride et des péquins libérés de toutes contraintes. Bref, il est assaisonné à toutes les sauces, et pas que des plus digestes.

Le roman de Christophe Siebert, lui, ne délivre aucun message. Il n'adresse aucune mise en garde ou critique sur notre mode de vie. Ce n’est pas non plus une énième histoire de survivance et de reconstruction. Pour autant il offre matière à réflexion en se penchant sur nos réactions face à l’effondrement des sociétés, des cultures, de la civilisation. Car ce qui intéresse l’auteur ce ne sont pas les causes mais les effets. C'est la façon dont les hommes et les femmes se comportent face à la perte de leurs repères et des béquilles sociales sur lesquelles ils sont accoutumés à se reposer. Le pourquoi de cet effondrement est d’ailleurs assez vite évacué : apocalypse sociale liée à la disparition des moyens de communication (internet, téléphonie, TV…) puis pandémie surpuissante, très vite, la messe est dite. La population mondiale est réduite à peau de chagrin et les rares survivants, groggys, ont perdu l’envie de se battre pour leur existence.

En dehors du personnage d’Olivia qui sert un peu de fil rouge et dont les apparitions illustrent les différents aspects de la catastrophe et les réactions les plus courantes qu’elle suscite (violence, résignation, solitude, mysticisme…), les autres acteurs du drame ne font que passer. Pas le temps de s’attacher. A peine apparus qu’ils disparaissent déjà, victimes de la folie ambiante. D’ailleurs, le roman se présente comme une succession de saynètes qui nous montrent la soudaineté et l’ampleur du naufrage social. Deux chapitres un peu plus longs que les autres viennent illustrer ce passage rapide de l’homme civilisé à la bête sauvage, de la société organisée au règne du chacun pour soi. On suit ainsi un homme qui essaie d’obtenir justice pour le viol et le meurtre de son épouse puis les efforts d’un policier parisien qui tente de maintenir un semblant de justice dans une capitale livrée au mal et à la corruption. Bien entendu, l’un et l’autre échoueront.

Les descriptions de l'apocalypse selon Saint Siebert sont crues. Celles et ceux qui ont déjà lu l’un de ses ouvrages savent à quoi s'en tenir. Pour autant il ne fait pas dans la surenchère gratuite. Les images qu’il suscite sont plus cliniques que véritablement gore, simple constat d'une réalité insupportable. Une émeute dans un quartier urbain, une salle d’hôpital transformée en mouroir pour pestiférés, des meurtres et des viols, des assassinats de masse, la liste est longue des avanies que l’homme peut faire subir à ses semblables pour assurer sa propre survie, pour dominer, pour se distraire… Et devant tant de douleur, de bêtise et de cruauté, on en vient à se demander s’il faut louer le génie créatif de l'homme ou au contraire se réjouir de voir disparaître une espèce abominablement égoïste qui représente une menace mortelle pour elle-même et pour son environnement tant sont grandes sa capacité de nuisance et sa propension à l’autodestruction.

Black Coat Press - Rivière Blanche - 2016

19 janvier 2020

GARE A LOU ! - JEAN TEULE

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Lou Moaï-Seigneur vit chichement avec sa mère au 276ème étage d’une tour HLM. Un jour qu’un camarade de classe se moque d’elle, la jeune ado constate avec stupeur que les malheurs qu’elle a souhaités au sacripant se réalisent. Utilisant dès lors son don pour punir les fâcheux de tout poil, elle finit par attirer l’attention de l’armée qui voit en elle une arme d’une redoutable efficacité.

Pour son, déjà, 18ème roman, Jean Teulé a laissé de côté les biographies de personnages célèbres (Le Montespan, Je, François Villon…) et les évènements tragiques de l’histoire de France (Mangez-le si vous voulez, Entrez dans la danse) pour renouer avec les ambiances surréalistes et poétiques de ses débuts. Mais c’est surtout avec « Le magasin des suicides » que « Gare à Lou ! »  partage le plus de points communs puisqu’on y retrouve la même atmosphère d’anticipation décalée et un jeune héros confronté à l’univers anxiogène des adultes.

Si l’histoire en elle-même est peu passionnante et un rien moralisatrice (les politiques et les militaires, c’est des méchants !), le ton général du récit reflète bien ce que j’apprécie chez l'auteur : un humour déjanté, des situations extraordinaires et des personnages hors normes. On regrettera sans doute que la découverte de son don par Lou et par les pouvoirs publics soit un peu trop rapide et que les nombreux passages où elle est enfermée dans un bunker en compagnie d’un trio de généraux pas en retraite, soient un tantinet répétitifs.

Il y a en revanche quelques jolies trouvailles linguistiques (les écorches-cieux) et de belles idées dont cette multinationale informatique siglée d'un fruit qui réclame un impôt aux Etats et le Bar des Sanglots où l’on peut commander un Chagrin Noir, une Secousse Nerveuse ou une Peine Infinie… Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous emporter par l’imaginaire et la bonne humeur perpétuelle de Teulé qui nous fait une fois de plus passer un agréable moment, tout de poésie et d'humour.

Julliard - 2019

18 décembre 2019

MORWENNA - JO WALTON

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Cela fait déjà quelques années que Jo Walton s’est fait une place de premier choix dans le petit monde de la SFFF avec des romans originaux qui apportent une petite touche de nouveauté aux différents genres de cette littérature dite populaire. Pourtant, celui qui lui a apporté notoriété et consécration avec rien moins qu’un Hugo et un Nébula n’a finalement pas grand-chose à voir avec lesdits genres. Dans « Morwenna », la SF n’est en effet présente que par le biais des lectures de l’héroïne et de ses discussions avec son père et ses amis. Quant au fantastique et à la fantasy, ils ne sont là que pour mieux illustrer ses sentiments, comme une sorte de métaphore du combat qu’elle livre contre les coups durs du destin et contre elle-même.

C’est que la vie de Morwenna n’est pas des plus roses. Sa sœur jumelle est décédée dans des circonstances tragiques, sa mère a sombré dans la folie et elle a dû quitter ses Galles natales pour une sinistre pension anglaise. Au travers de son journal intime dans lequel elle consigne jour après jour les grands et les petits évènements de son existence, nous découvrons donc une ado de 15 ans qui tente du mieux qu’elle peut de faire front. Pour résister à la solitude, au déracinement et au manque d’affection, Morwenna se réfugie dans deux univers où son imagination trouve à s’exprimer.

La lecture tout d’abord et pas n’importe laquelle puisque ses goûts la portent presque exclusivement vers la Science-Fiction. Les amateurs du genre seront donc en terrain de connaissance et retrouveront sans doute un peu d’eux même dans l’enthousiasme avec lequel la jeune héroïne découvre les œuvres d’Ursula Le Guinn, de Samuel Delany, de Philip K. Dick et bien d’autres encore. Ses échanges avec son père ou les membres de son club de lecture apportent d’ailleurs des éclairages assez intéressants sur certaines des œuvres évoquées et donnent au lecteur quelques pistes fort sympathiques.

Le second univers dans lequel Morwenna se réfugie est la magie. Une magie dont on a d’abord la tentation de croire qu’elle existe réellement. Il nous semble en effet que la petite héroïne est bel et bien dotée de pouvoirs magiques dont elle use pour faire obstacle aux sombres visées de son abominable mère. Mais, au fur et à mesure que nous faisons sa connaissance et que nous décryptons ses réactions et ses commentaires, on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une illusion, d’un moyen qu’elle a trouvé pour échapper à un quotidien qui l’oppresse. Si Morwenna invoque l’esprit de sa sœur, c’est pour essayer de faire son deuil. Si elle pense que sa mère et ses tantes sont des sorcières dont il faut se méfier, c’est parce que ses relations avec elles sont conflictuelles. Si elle compose des charmes et s’entoure d’objets magiques, c’est pour ériger un mur entre elle et les autres élèves de son pensionnat.

Morwenna n’est donc - mais c’est déjà beaucoup - que le portrait d’une enfant solitaire qui finit par réaliser que d’autres personnes partagent ses goûts et ses passions. C’est en même temps une jolie peinture de l’adolescence, période de l’existence parfois douloureuse où l’on pense être le premier à ressentir émois et désillusions, crainte en l’avenir, sentiment de ne pouvoir se dépasser, tentation du suicide…

Un roman qui parlera donc aux passionnés de SF et qui démontrera aux autres que la magie existe bel et bien : il suffit d’ouvrir un livre, n’importe lequel, pour s’en convaincre !

Denoël - Lunes d'Encre - 2014

13 novembre 2019

LES ENVOUTEES / LA FILLE AU DOUBLE CERVEAU - JEAN DE LA HIRE

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Madeleine et Lucie Font-Romain ont été envoûtées par un puissant médium qui entend faire d’elles ses esclaves. Leurs fiancés, Maxime Lystrac et Paul d’Oria, aidés par Edmond Royer, un policier versé dans les sciences occultes et par Léna Christiansen, une jeune danoise, vont tenter de faire barrage aux sombres visées du spirite. Ils ignorent qu’ils se préparent à affronter une organisation redoutable dirigée par un esprit brillant et sans scrupules.  

Il est des livres qui, alors même qu’ils ne sont pas si vieux que cela, ont vraiment mal vieillis. C’est le cas de ces romans de Jean de la Hire écrits il y a une soixantaine d’années mais qui en paraissent infiniment plus. Tout y est en effet très, très daté. L'écriture est passablement désuète sans pour autant avoir l'intérêt stylistique d'un roman du XIXème et les personnages sont abominablement démodés, lisses et sans saveur. Les héros y sont de beaux jeunes gens bien propres sur eux, courageux et prêt à faire le don de leur vie pour faire triompher l’amour et le bon droit. Les méchants sont d’infâmes crapules ne cherchant qu’à assouvir leurs sinistres passions. Aucune nuance, guère de doutes, les uns sont blancs, les autres noirs et seule la chute nous réserve une petite surprise.

L’histoire quant à elle, fait penser à ces vieux James Bond où il est question d’un dangereux mégalomane qui veut devenir maître du monde grâce à sa fortune ou une invention extraordinaire. Le comte d’Armanza a effectivement tout du Grand Méchant qui dirige ses affidés à partir de son repaire secret, ici un laboratoire ultra moderne caché derrière les remparts d’une forteresse médiévale. Bien qu’il s’agisse d’un sujet maintes et maintes fois utilisées, en littérature comme au cinéma, ce n’est pas ce manque d’originalité qui m’a gêné, mais la façon dont il est traité ainsi que le changement radical qui s’opère entre les deux volumes.

Le premier possède le charme discret d’une histoire un peu provinciale. On séjourne en Touraine, en Bretagne ou dans l'Hérault en compagnie de personnages tout simples projetés au coeur d'une aventure dangereuse. L’enquête est un peu simplette mais bien amenée, riche de détails en tout genre et la lutte inégale qui s’engage entre les victimes et le puissant médium n’est pas déplaisante à suivre.

jaeger15-1954

Avec «  La fille au double cerveau », la donne change. Exit Edmond Royer, Maxime Lystrac, Paul d’Oria et Lena Christiansen. Tous les personnages qui étaient au cœur de l’intrigue ne réapparaîtront plus alors que d’autres apparaissent ex abrupto. Une espionne russe, un diplomate périgourdin, un jésuite entrent dans la danse et l’on est projeté dans une histoire d’espionnage (James Bond again) avec commandos, filatures et séquences de drague dans les meilleurs hôtels de la Riviera. Tout cela se termine comme de juste par la destruction du repaire, la mort de l’affreux et les tendres retrouvailles de nos gentils héros.

C’est donc un récit très convenu que nous a pondu-là le très prolifique Jean de la Hire. On lui reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir tenté de renouveler les bons vieux thèmes de la possession et des médiums en les associant à des éléments d’ordre scientifique (poupées vaudou et hypnose d’un côté, prises de sang, photographies et enregistrements sonores de l’autre). Cela donne un mélange qui aurait pu être passionnant s’il avait été traité avec davantage de maîtrise et de conviction.

 

Jaeger D'Hauteville - Fantastic - 1954

6 novembre 2019

SCORIES - BRUNO POCHESCI

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Il y a cinquante ans, une bombe atomique a pulvérisé un petit bout de France, faisant du même coup basculer le pays dans le repli sur soi et la dictature. C’est dans ces circonstances dramatiques que François, indécrottable anarchiste qui s’accroche envers et contre tout à ses idéaux, a rencontré Pierre-Etienne qui devait devenir le tout-puissant Président de ce qui reste d’une république attaquée de toutes parts. Alors que les deux hommes n’entretiennent plus que des rapports ambigus fondés sur leurs souvenirs communs , Pierre-Etienne fait appel à son vieil ami pour intervenir auprès de terroristes fermement décidés à faire exploser une centrale nucléaire… 

Bien qu’encore tout nouveau sur la scène SFFF française, Bruno Pochesci fait pas mal parler de lui et cela fait déjà un petit moment que je tourne autour de ses nombreuses publications sans oser sauter le pas. C’est désormais chose faite grâce aux Editions 1115 qui nous proposent avec « Scories » une novella percutante et sans complexe.

Ce que l’on remarque au premier abord, c’est la qualité de l’écriture. Une prose brillante, recherchée et inventive qui dénote une grande maîtrise de la langue française même si l’on a parfois le sentiment que l’auteur s'écoute écrire comme d'autres s'écoutent parler, goutant à l’avance l’effet produit par ses bons mots et ses jolies formules. Personnellement cela ne me dérange pas. Je serais même plutôt fan. D’autres en revanche pourraient s’en agacer, d’autant qu’ils ne trouveront peut-être pas leur pitance avec ce récit qui manque de substance et d’unité.

En fait, on ne sait pas trop à quoi on a affaire. Une énième histoire de futur dystopique avec un vilain tyran opposé à de gentils rebelles ? Un road-trip survitaminé avec un as du volant lancé dans une équipée sauvage façon « Route 666 » de Zelazny ? Une utopie post-apocalyptique où les barbus du Larzac se seraient réfugiés à Tchernobyl ? « Scories », c’est un peu tout ça à la fois, sans qu’aucun de ces aspects ne prennent vraiment le dessus. Trois idées, trois atmosphères, trois instantanés d’un futur bien pourri, reliés un peu artificiellement les uns aux autres et ne réussissant pas à former un tout crédible. C'est rapide, c'est nerveux, avec un petit côté pulp au niveau des personnages. L’humour est décapant, les réparties fusent, les cadavres s’empilent mais, n’eut-été la chouette plume de l’auteur, je me serai passablement ennuyé.

Sentiment mitigé donc. Je suis conquis par la forme, beaucoup moins par le fonds. Ceci étant, Bruno Pochesci est indiscutablement une plume à suivre. Je le garde à l’œil. Il n’a qu’à bien se tenir !

Editions 1115 - 2019

30 octobre 2019

LA TOILE DU PARADIS - HARADA MAHA

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Avant de se tourner vers l’écriture, Harada Maha a longtemps travaillé comme conservatrice de musée, au Japon et à New York. Cela explique ses connaissances en matière de peinture et, bien évidemment, le sujet de son roman.

"La toile du paradis" a en effet pour cadre le monde l'art. Nous y suivons plus particulièrement un assistant-conservateur du MoMA et une historienne de l’art, tous deux grands admirateurs de l’œuvre du douanier Rousseau. Et ça tombe bien puisqu’ils sont conviés par un richissime collectionneur bâlois à venir expertiser un tableau inconnu de ce peintre. Les voici donc partis pour le pays du chocolat et des coffres forts où leur commanditaire leur réserve une belle surprise. Non seulement ils vont pouvoir admirer la fameuse peinture mais ils vont aussi avoir accès à un manuscrit qui relate les dernières années de l’artiste. Un récit en sept parties qui doit leur permettre de se faire une opinion sur l’authenticité du tableau et qu’ils découvriront à raison d’un chapitre par jour.

Le récit se déroule donc sur deux plans. Il y a d’abord l’histoire relatée dans le manuscrit qui fait revivre le Paris des années 1906 à 1910. On y côtoie Picasso et Apollinaire, on passe du Bateau-Lavoir aux galeries des marchands d’art et on accompagne un Rousseau qui use ses dernières forces à la création de son ultime chef-d’œuvre. L’érudition de l’auteur fait merveille. On y apprend beaucoup sur l’art naïf et les débuts du surréalisme et sur la façon dont quelques peintres novateurs ont révolutionné leur art.

L’autre fil narratif se déroule en 1983 et tourne autour de la fameuse expertise. On se trouve alors plongé dans un beau panier de crabes où s’affairent des marchands véreux, des collectionneurs sans scrupules, des voleurs, des faussaires. Si les enjeux économiques qui entourent l’apparition sur le marché d’une telle œuvre sont plutôt bien explicités, les autres idées de l’auteur m’ont parues assez éculées. Le tableau est-il une œuvre volée ? Est-ce un faux ? Dissimule-t-il une autre peinture ? Toutes ces pistes ont déjà servies dans maints récits du genre et ce ne sont pas la petite intrigue sentimentale ou les rebondissements de derrière minute, hélas très prévisibles, qui changent la donne.

Philippe Picquier - 2018

23 octobre 2019

CINQ SEMAINES EN BALLON - JULES VERNE

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Le docteur Samuel Ferguson a mis au point une montgolfière dotée d’un système révolutionnaire lui permettant de rester gonflée en permanence. Pouvant désormais parcourir des distances considérables, il décide de tenter la traversée de l’Afrique d’est en ouest, de Zanzibar au Sénégal. Son ami Dick Kennedy et Joe son serviteur se joignent à son entreprise. 

S’il est le premier des 62 volumes que Jules Verne consacra à sa série des « voyages extraordinaires »,« Cinq semaines en ballon » n’en est assurément pas le meilleur. On y trouve pourtant déjà tout ce qui fera le charme de ses futurs chef d‘œuvres et notamment sa triple volonté de dépayser, de divertir et d’instruire ses lecteurs.

Côté spéculation scientifique, on est encore à des années lumières de l’inventivité dont il fera preuve plus tard en envoyant ses héros dans l’espace, sous la terre ou au fonds des océans. Il faut ici se contenter d’un voyage en ballon qui, s’il était encore très peu usité à l’époque, fera sourire le lecteur du XXIème siècle. D’autant que la montgolfière en question n’est pas des plus maniable. Comme un bateau dépourvu de gouvernail, elle doit s’en remettre à la fantaisie des vents et dérive donc au gré des courants d’air, des orages et des tempêtes. La comparaison avec un navire est d’ailleurs constante. Equipée d’une ancre qui lui permet de s’arrimer aux arbres, l’aéronef fait de fréquentes haltes pour s’approvisionner en eau et en viande fraîche et, bien sûr, pour explorer.

Comme des marins abordant une terra incognita, le Docteur Fergusson et ses compagnons découvrent un continent encore largement méconnu. Par l’entremise de son professeur de héros, Jules Verne en profite pour nous faire un exposé assez complet des différentes missions entreprises par les européens pour percer le secret des sources du Nil, remonter le cours du fleuve Niger ou pénétrer au plus profond des jungles. On fait donc connaissance avec les Mungo Park, les Livingstone, les Speke et autres Burton tandis que nous sont révélés leurs exploits ou leurs échecs.

Pour intéressante qu’elle soit, la leçon de géographie est heureusement entrecoupée par les nombreuses péripéties qui émaillent l’épopée volante de nos trois héros. Confrontés aux caprices de mère nature, ils devront protéger la fragile enveloppe de leur ballon des griffes des rapaces et des éclairs, affronter les bêtes sauvages et survivre à la faim et à la soif au cœur de l’immensité désertique. Il leur faudra aussi compter avec les autochtones, échapper aux rebelles musulmans, triompher des tribus cannibales et donner une belle leçon au cheikh de Mosfeia.

Ils se tireront toutefois d’affaire grâce à la science de Fergusson, au fusil de Dick Kennedy et, surtout, au dévouement et à l’esprit d’à-propos de Joe. Ce valet qui préfigure le Passe-Partout du « Tour du monde en 80 jours » est peut-être le véritable héros du récit. C’est en tout cas celui dont le rôle s’étoffe le plus. Aussi drôle que courageux, il sera pour beaucoup dans la réussite de leur entreprise alors que les deux gentlemen qui l’accompagnent ne feront finalement guère plus que ce que l’on attendait d’eux.

Le Livre de Poche - Collection Jules Verne - 1979

22 septembre 2019

RAFALES D'AUTOMNE - SÔSEKI NATSUME -

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Nakano et Takanayagi sont deux jeunes hommes que tout oppose. Le premier, parfaitement à l’aise en société, est issu d’une famille fortunée et jouit d’un certain succès auprès des femmes. Le second, souffreteux et solitaire, tire le diable par la queue. Ils sont néanmoins liés par une amitié profonde datant de leurs années d’université et espèrent l’un et l’autre s’illustrer dans le domaine littéraire. Leur rencontre avec un professeur anticonformiste va leur faire reconsidérer leurs vies et leurs ambitions. 

Malgré déjà un bon siècle « Rafales d’automne » est un roman qui ne parait pas son âge. Son style est relativement moderne et son contenu l’est plus encore. Il faut dire que le message que Sôseki nous délivre par l’entremise de Shirai Dôya, le personnage central de son roman, est plus que jamais d’actualité. Il nous rappelle, entre autres choses, que le but de l’existence n’est pas d’accumuler les richesses mais de créer. Selon lui, une vie ne vaut que si elle est vécue pour la réalisation d’un idéal quel qu’il puisse être, grand ou petit. Ce qui doit nous motiver, ce n’est pas l’enrichissement, la recherche de la gloire ou le désir de conquérir la postérité, mais juste l’envie d’apporter sa petite pierre à l’édifice commun qu’est la société des hommes et des femmes. Un chemin bien difficile à emprunter comme le constateront les deux élèves de maître Dôya qui, chacun à leur manière, se fourvoieront.

« Rafales d’automne » est aussi une belle illustration du Japon à l’orée du XXème siècle. L’occidentalisation du pays est en marche. Les mentalités changent et les fondements de la société – shogunat, religion… - vacillent et cèdent la place à de nouvelles aspirations. Le pays ne semble plus guère résister aux sirènes du modernisme et les anciennes traditions perdent chaque jour un peu plus de terrain. Les costumes trois pièces remplacent les kimonos, on fume des cigarettes et partout l’argent est roi. Sôseki se lance d’ailleurs dans une violente diatribe contre la puissance de l’argent et contre les bourgeois qui, fort de leur richesse, voudraient tout régenter, se mêlant de politique, d’éducation et même d’art…

Tout cela nous donne un roman qui flirte avec l’essai philosophique tout en nous proposant une belle histoire sur l’amitié et la confrontation des idéaux de la jeunesse avec les tristes réalités de l’âge adulte.

Philippe Picquier - 2015

 

15 septembre 2019

CONAN LE DEFENSEUR - ROBERT JORDAN

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Belverus est en effervescence. Le peuple a faim, la révolte gronde et le pouvoir du roi Garian ne tient plus qu’à quelques fils que d’ambitieux courtisans sont en passe de trancher. C’est donc dans une véritable poudrière que Conan fait son entrée pour rejoindre son vieil ami Hordo avec lequel il espère fonder une compagnie de mercenaires. Son intérêt pour une jeune frondeuse et la secrète présence d’une vieille connaissance vont le précipiter au cœur d’un jeu de pouvoirs où il sera balloté d’un camp à l’autre et risquera sa vie à plus d’une reprise. 

J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises : la collection « Conan » des éditions Fleuve Noir ne rend pas franchement hommage au héros de Howard. Elle nous propose la plupart du temps des récits insipides dans lesquelles les auteurs pensent s’en tirer avec quelques combats, de jolies donzelles et un vilain sorcier qui veut dominer une ville, un pays, le monde… Celui-ci ne fait pas exception à la règle. On y suit Conan en jeune mercenaire qui flirte, se castagne et finit comme toujours par endosser le rôle du gentil héros qui sauve le monde d’une horrible menace. Le scénario est affreusement prévisible et totalement dénué d’originalité et c’est d’autant plus dommage qu’il y avait, une fois n’est pas coutume, un arrière-plan et une atmosphère intéressants.

« Conan le défenseur » nous offre en effet une aventure totalement citadine. Du début du roman jusqu’à sa conclusion, nous ne franchirons jamais les remparts de Belverus, passant d'un palais à une auberge, d’une salle d’arme aux arènes, des catacombes aux toits des immeubles. Là, dans cet espace finalement assez restreint, s’affrontent légitimistes, rebelles et intrigants dans une ambiance d’urgence, de révolte et de trahison.

En gommant toutes références à la magie, l’intrigue n’aurait rien perdu de son attrait, bien au contraire. L’auteur aurait été contraint de fignoler l’aspect politique de l’histoire et de soigner certains personnages qui ne sont qu’esquissés. Je pense notamment à celui d’Arianne qui n’est ici guère plus qu’une fille à papa un peu idéaliste alors qu’elle aurait pu incarner une remarquable pasionaria révolutionnaire ainsi qu’à celui de Garian qui est tout de même au centre de l’histoire puisque son pouvoir est contesté et son trône convoité et qui joue néanmoins les faire-valoir. Mais il y en avait bien d’autres : le capitaine de la garde, les représentants de la noblesse, les contrebandiers et les profiteurs, les idéalistes et les opportunistes, les traîtres des deux camps bref un beau panel de bons et de méchants qui offrait bien des possibilités.

Robert Jordan a malheureusement choisi la facilité. Ses personnages sont monolithiques, guidés par l’attrait du pouvoir et de la fortune, par la haine ou la concupiscence. Ils ne font que ce que l’on attend d’eux, sans surprises ni nuances. Dans ces conditions, il faut s’en remettre aux fondamentaux de la fantasy pour faire décoller l’histoire et c’est bien sûr à grand renfort de sorcellerie et d’objets magiques que l’auteur s’en sort. Il sera donc question d’une épée enchantée qui rend quasi invincible celui qui s’en sert, d’une pierre hypnotique qui asservit ses victimes et même du golem de la tradition juive ! Le récit se termine bien entendu par une démonstration de force de notre barbare préféré avec du muscle, de l’acier, du sang, de la chique et du mollard comme c’est qu’on disait quand j’étais gosse.

Signalons pour finir une chute plutôt amusante où l’on voit un Conan perdre sur tous les fronts : la fille qu’il courtise tout au long du roman lui préfère son vieux pote et la richesse et les honneurs dont le couvre le roi de Némédie ne l’inspire guère en raison de l’humeur changeante des souverains.

Fleuve Noir - Conan - 1994

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