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31 janvier 2019

L'HERESIARQUE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 7) - ADAM SAINT-MOORE

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Et encore un androïde et des mutants au menu de « L’hérésiarque ». La comparaison s’arrête toutefois là puisque ce septième tome nous conte la destinée d’Orsa, une matriarche appelée à réformer l’Eglise de l’UMAT.

Jeune milicienne solitaire et mystique Orsa se croit en effet investie d’une croisade par la Grande Mère depuis qu’elle a découvert d’antiques fresques représentant plus vraisemblablement la Vierge Marie. Au hasard d’une mission de reconnaissance avec quelques militaires de la ferme d’état où elle est affectée, elle est capturée par une tribu de mutants qui prospère au milieu des marais. Ces derniers sont dirigés par un androïde qui souhaite régénérer ses protégés en les croisant avec les jeunes matriarches.

Orsa va devoir s’employer pour éviter ce destin de reproductrice et parvenir à s’échapper, non sans avoir volé à l’androïde des armes susceptibles de permettre la réalisation de ses ambitions religieuses. A noter que le personnage d’Ouro, le beau mâle du tome précédent, fait une courte apparition en fin de roman.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

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30 janvier 2019

LA TRAQUE D'ETE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 6) - ADAM SAINT-MOORE

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« La traque d’été » ressemble beaucoup au premier volume de la série puisqu’il est de nouveau question d’un groupe de jeunes guerrières qui se lance dans une chasse à l’homme au cœur des zones d’insécurité et d’une jeune et athlétique Alpha qui va voir s’évanouir ses préjugés contre les hommes après sa rencontre avec un mâle aussi beau que courageux.

Ensemble, ils vont lutter contre les traditionnels périls des zones d’insécurité au premier rang desquels d’affreux mutants ainsi que les dangereux séquelles de l’antique technologie. Ils affronteront successivement les redoutables Yakis, humains dégénérés aux membres démesurés qui se nourrissent de sang frais et un androïde extrêmement puissant qui continue de veiller sur une cité souterraine.

Cet opus n’apporte pas grand-chose au cycle en termes de découvertes et de révélations et les aventures de Jova et d’Ouro seront sans doute bien vite oubliées. Ceci étant il remplit parfaitement son rôle d’ouvrage de détente, agréable à lire et sans prise de tête.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

29 janvier 2019

LA VINGT-SIXIEME REINCARNATION (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 5) - ADAM SAINT-MOORE

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« La vingt-sixième réincarnation » nous dévoile un nouvel aspect du Matriarcat Universel au travers de sa religion d’état. Nous y suivons une expédition de matriarches chargée de découvrir la réincarnation de la défunte Mat Or, cheffe de l’Eglise de l’UMAT, un peu à l’image de ce qui se fait lors du décès du Dalaï Lama.

Alors que le petit groupe de religieuses et de guerrières que dirige Blinska vient de mettre la main sur la jeune élue, il est attaqué par un fort parti de déviants qui parvient à les capturer. Elles se retrouvent prisonnières des adeptes du Grand Revenu, une communauté religieuse dirigée par un chef charismatique et qui prospère dans une ancienne forteresse.

L’histoire se résume alors au récit de la révolte des femmes asservies par ces moines revanchards et lubriques qui leur font subir les derniers outrages. C’est bien sûr l’intrépide Blinska qui prendra la tête de l’insurrection qu’elle fera triompher grâce à ses qualités de stratège. Un opus où, pour la première fois, ce sont les hommes qui ont le mauvais rôle.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

28 janvier 2019

LA MEMOIRE DE L'ARCHIPEL (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSERAU 4) - ADAM SAINT-MOORE

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« La mémoire de l’archipel » tue dans l’œuf la monotonie qui était en train de s’installer à l’issu du troisième volet des chroniques. Nous quittons les fermes d’état, les ruines de la mégapole et la Montagne Bleue pour un décor radicalement différent. Place à la mer, aux océans et aux îles mystérieuses dissimulées par les inquiétantes Brumes Jaunes.

C’est en compagnie d’Igio et d’Irina que nous découvrons ce nouvel environnement. Igio est une plongeuse entraînée depuis l’enfance à assurer la protection des Galiors et des pêcheries d’état en compagnie de son dauphin attitré avec lequel elle communique par télépathie. Irina est une jeune Filob, une apprentie guerrière de 13 ans au caractère affirmé et volontiers manipulatrice. Toutes deux se retrouvent prisonnières de pirates particulièrement bien organisés et dirigés par un chef charismatique qui se prend pour le descendant d’Alexandre le Grand.

L’histoire prend donc tout naturellement des couleurs de Grèce antique avec temples, palais à colonnades, banquets et orgies pour se terminer sur une jolie bataille navale entre les pirates et les palmés, une race de mutants aquatiques. Le roman se conclue par une fin au goût amer pour l’héroïne qui se montre incapable de remettre en cause la doctrine de l’UMAT et accepter son inclination pour le beau pirate mais qui perçoit néanmoins les failles et les dérives du système matriarcal.

Cet opus nous montre en effet les mauvais côté d’un régime qui, outre l’esclavage et l’extermination des hommes auxquels il se livre, apparait de plus en plus comme une dictature militaire où la corruption et les passe-droits sont monnaie courante.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

27 janvier 2019

3087 (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 3) - ADAM SAINT-MOORE

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Dans « 3087 », nous assistons à un retournement de perspective puisque la jeune Mouira va connaître un parcours exactement inverse à celui de son aïeule Goveka. Confrontée à l’organisation patriarcale de sa tribu et à la violence de certains hommes, elle prend la décision de quitter la Montagne Bleue après avoir sauvé une gradée de l’ORGA. Cette dernière lui propose d’intégrer les rangs de la SEGOR, le plus puissant des organes de contrôle de l’UMAT.

Adam Saint-Moore nous propose ici un récit assez simple et sans beaucoup de relief mais qui a néanmoins le mérite de montrer comment se fait l’éducation d’une jeune recrue. Nous assistons donc aux différents aspects de sa formation, l’embrigadement permanent, la discipline de fer, les nombreux examens médicaux et l’enseignement sexuel obligatoire visant à s’assurer que les recrues s’adonneront sans difficultés aux plaisirs de sapho…

On notera une fin particulièrement émouvante qui illustre avec beaucoup de finesse le regard que porte sur son passé l’ancienne sauvageonne parvenue au sommet de la hiérarchie, sa certitude d’un avenir dénué d’intérêt et ses regrets d’une autre existence.

Fleuve Noir Anticipation - 1980

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27 janvier 2019

LES JOURS DE LA MONTAGNE BLEUE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 2) - ADAM SAINT MOORE

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Avec « Les jours de la Montagne Bleue » nous retrouvons Goveka et Kerval. Une dizaine d’années s’est écoulée depuis leur fuite des terres soumises à l’UMAT et leur installation parmi le libre peuple des Eghors. Ils y mènent une vie pastorale épanouissante, mais leur petit paradis montagnard reste sous la menace constante d’une expédition de Matsurs ou des fourberies des Sous-Hums qui infestent les ruines de la mégapole toute proche. Et précisément l’ORGA a décidé d’éradiquer une fois pour toutes le nid de rebelles que représente la vingtaine de clans Eghors. Trente milles matriarches s’apprêtent à investir les villages et tout espoir semble perdu. Le réveil impromptu d’un militaire cryogénisé sept cent ans plus tôt va heureusement changer la donne…

Beaucoup de combats dans cet opus, des duels à l’arme blanche, des embuscades et des affrontements avec les redoutables Nains Chauves et une bataille finale ou l’antique technologie se mesure aux armes rétrogrades des matriarches. Et, si le personnage de Goveka continue de jouer les premiers rôles, celui de Kerval passe en revanche au second plan, remplacé par le sergent Wilcox, ses connaissances du passé et son humour potache.

Fleuve Noir Anrticipation - 1980

26 janvier 2019

LES LOIS DE L'ORGA (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 1) - ADAM SAINT-MOORE

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Si Adam Saint-Moore a été l’un des piliers du Fleuve Noir c’est surtout pour sa participation aux collections « Espionnage » et « Spécial police » auxquelles il a contribué à hauteur de plus de 150 romans. Son incursion dans la collection « Anticipation » fut en revanche beaucoup plus anodine puisqu’elle se limita aux seules « Chroniques de l’Ere du Verseau » et ses 9 tomes parus de 1979 à 1985. Toutefois et sans être un spécialiste de la SF, il est parvenu à nous trousser de petites histoires bien sympathiques et un univers post-apocalyptique cohérent dans lequel les femmes ont pris le pouvoir et réduits les hommes en esclavage.

Adam saint-Moore a en effet situé son cycle dans un lointain futur. Nous sommes en l’an 3000 et des bananes et la terre est dirigée par l’Umat, le matriarcat universel. Comme on peut s’en douter, les hommes n’ont pas galamment cédé leur place à la gent féminine. Il aura fallu pour cela une bonne grosse guerre nucléaire et plus d’un siècle d’épidémies et de famines pour que les femmes se rebellent et conquiert le pouvoir au terme d’une gigantesque insurrection. Et comme les donzelles sont un tantinet revanchardes elles mirent en place un système politique dont ces messieurs furent totalement exclus. Ce système, c’est l’ORGA, l’Organisation Suprême. Une dictature matriarcale construite sur une structure pyramidale ressemblant à s’y méprendre au régime soviétique avec ses kolkhozes (les comités de districts), son KGB (La SEGOR, Sécurité Générale de l’Orga), ses jeunesses communistes (Les Filumats) et même son dogme fondé sur le culte de Gaïa Terre-Mère, l’Elément Féminin Primordial !

Une société totalitaire donc mais aussi rétrograde. Sur les territoires soumis à l’UMAT, la science est persona non grata ou du moins elle n’est autorisée que dans les strictes limites du nécessaire. Les matriarches disposent ainsi de matériels utilitaires (radios) ou ludique (TV) et surtout d’un armement (radiants, véhicules blindés) encore assez sophistiqué bien que très en deçà du seuil de développement atteint par l’humanité avant son écroulement. Ceci étant, l’essentiel de l’entrainement des matriarches et la plupart des combats se déroulent à l’arme blanche : épée, arc et javelot.

Le troisième pilier du régime matriarcal repose sur un féminisme extrémiste et dénaturé. Le lesbianisme y est obligatoire, la reproduction se fait exclusivement par insémination artificielle et les relations sexuelles avec les hommes sont interdites. Celles qui pratiquent ce « crime contre l’espèce » sont sévèrement punies et leurs partenaires purement et simplement éliminés. Les hommes sont considérés comme des êtres inférieurs et à peine mieux considérés que les animaux. Ils n’ont aucuns droits et sont maintenus en captivité pour servir aux tâches ingrates ou fournir des cibles pour l’entrainement des guerrières.

Pour clore le tableau il convient enfin de préciser que l’UMAT ne règne pas sur la totalité des territoires. Son empire est bordé par les « Zones d’Insécurité » où s’abattit jadis le feu nucléaire. C’est là que les rares mâles qui parviennent à s’enfuir ont trouvé refuge parmi les clans de Sous-Hums, c’est-à-dire les hommes et les femmes qui refusent la soumission aux lois de l’ORGA. C’est également là que vivent les nombreux clans de déviants et autres mutants dont les caractéristiques physiques et les coutumes sont sources de surprises aussi étonnantes que dangereuses.

Voici donc pour le cadre. Pour le reste, on se contentera d’évoquer une écriture et un style relativement moyens avec un recours un peu trop fréquent à des scènes érotiques qui, la plupart du temps, n’apportent pas grand-chose au récit. On reprochera aussi à l’auteur d’avoir construit presque tous ses romans sur le même modèle en mettant systématiquement en scène une jeune et athlétique héroïne qui se trouve confrontée aux multiples dangers des zones d’insécurité. Cette redondance enlève beaucoup d’attrait à ce cycle qui aurait pourtant pu déboucher sur un projet plus ambitieux si l’auteur avait davantage axé son récit sur la société matriarcale. Il est en effet tout à fait paradoxal – et vraiment dommage – d’avoir conçu un univers avec autant de précision pour ne l’exploiter qu’a minima. Pour ma part, j’aurai beaucoup apprécié qu’il nous fasse pénétrer les institutions et les différents rouages de cette matriarchie dont on sent qu’elle n’est finalement qu’un colosse aux pieds d’argile rongé de l’intérieur et menacé à ses frontières. Il aurait pu alors nous concocter des intrigues bien plus complexes et passionnantes où la politique l’aurait disputé à l’action, faisant ainsi entrer son cycle dans une autre dimension. 

Premier volume de ces « Chroniques de l’ère du verseau », « Les lois de l’ORGA » permet surtout à l’auteur de mettre en place son univers. L’histoire débute très logiquement dans l’une de ces fermes d’état qui constituent le socle de l’organisation économique et sociale du matriarcat. Nous y faisons tour à tour connaissance de Kerval, un Eti c’est-à-dire l’un de ces hommes utilisés comme bêtes de somme, et de Govaka une jeune gradée de la matriarchie. L’histoire nous relate la rencontre de ces deux personnages que tout oppose mais qui, tombés amoureux l’un de l’autre, vont tenter de s’inventer un avenir dans ce monde où les femmes exècrent les mâles qu’elles dominent et asservissent. Ils devront pour cela surmonter bien des épreuves avant de trouver leur Eldorado dans les terres sauvages qui refusent l’autorité des femmes. Entre temps, il y aura eu une chasse à l’homme, des jeux du cirque et moult autres aventures fort distrayantes dans les décombres de l’ancienne civilisation. Un volume qui remplit parfaitement son rôle d’entrée en matière avec deux personnages charismatiques et de l’action à revendre. Vivement la suite !

Fleuve Noir Anticipation- 1979

 

 

 

20 janvier 2019

POUR UNE POIGNEE D'HELIX POMATIAS - MICHEL PAGEL

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Chris Malet est un mutant capable de pénétrer au cœur des œuvres romanesques pour en vivre les aventures et, à l’occasion, en changer le déroulement. Il travaille pour le compte des services secrets français qui utilisent son don pour modifier les romans qui porteraient atteinte au prestige de la nation. Sa dernière mission consiste à protéger la gastronomie française en empêchant qu’un personnage ne meure après avoir mangé des escargots de Bourgogne. Un travail qui pourrait être facile si le gourmet en question n’avait élu domicile dans un roman gore... 

Encore un Fleuve Noir Anticipation construit sur une idée foncièrement originale mais dont le traitement laisse malheureusement à désirer. Il y avait pourtant de quoi faire avec ce personnage capable de s’immiscer à l’intérieur des romans et d’en modifier la trame. Avec un tel sujet, on était en droit d’espérer une histoire passionnante qui nous aurait, pourquoi pas, permis de revisiter quelques-unes des grandes œuvres de la littérature.

Hélas, Michel Pagel a choisi une approche purement humoristique et son livre n’est, de bout en bout, qu’une parodie poussive des différents genres de la litt’ pop. Cela commence comme un roman gore, se poursuit à la manière d’un polar avant de se transformer en roman d’espionnage puis en roman d’aventures. Il fait appel à tous les stéréotypes et poncifs de ces genres et convoque sans aucune vergogne les figures traditionnelles du policier désabusé, du serial killer, de la jolie espionne et du savant fou.

Sans doute faut-il voir ce livre comme un hommage appuyé à la littérature populaire. C’est bourré de clins d'œil ou d’images assez sympathiques et les apparitions de l’écrivain en plein milieu de son histoire ainsi que les innombrables notes de bas de page entretiennent une certaine complicité entre l’auteur et son lecteur. Le souci, c’est qu’on ne dépasse jamais le stade de la gentille pochade, celle qui vous arrache un sourire de temps en temps mais qui peine à vous tenir en haleine.

Le livre étant heureusement fort court on parvient tout de même à son terme sans trop s’ennuyer mais il s’agit là d’une bien maigre consolation. Et comme si ce n’était pas suffisant, l’auteur ne nous offre même pas une fin digne de ce nom et conclut son histoire sur la promesse d'une suite qui, bien sûr, ne vit jamais le jour. "Pour une poignée d'Helix Pomatias" rejoint donc la longue liste de ces FNA qui, sans être franchement mauvais, ne contribuent pas à relever le niveau général de la collection. 

Fleuve Noir Anticipation - 1988

13 janvier 2019

LE GRAND MEAULNES - ALAIN-FOURNIER

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François Seurel entame sa dernière année à l’école communale de Sainte-Agathe dont son père est le directeur. L’arrivée dans sa classe d’Augustin Meaulnes, un grand adolescent attachant et fantasque va bouleverser son quotidien. Ce dernier l’entraîne en effet dans sa recherche d’une mystérieuse jeune fille entrevue l’espace de quelques heures dans un étrange domaine peuplé d’enfants où il accéda par hasard après s’être perdu.

Oui, je sais, «  Le grand Meaulnes » est un roman qu’on lit habituellement à l’adolescence, le plus souvent dans le cadre scolaire. Mais que voulez-vous, ma culture littéraire a des lacunes que je m’efforce de combler quand bien même la cinquantaine approche dangereusement. J’ai donc essayé de retrouver mon âme d’enfant l’espace de quelques heures pour apprécier au mieux cette histoire de passage à l’âge adulte et je dois dire que je ne suis pas resté insensible au charme qui se dégage de cette œuvre assez surprenante où se mêlent régionalisme, symbolisme et onirisme,

« Le grand Meaulnes" est une formidable illustration de l’enthousiasme juvénile, de la recherche de l’amour et de la quête d’absolu des adolescents. Augustin, Franz et dans une moindre mesure François sont des jeunes gens avec une sensibilité à fleur de peau. Tout leur est motif à exaltation. Une partie de campagne, l’arrivée d’une troupe de saltimbanques, un nouveau venu dans la classe suffisent à enflammer leur imagination et sublimer leur quotidien. Ce faisant, ils cherchent autant à s’amuser et stimuler leur potentiel imaginaire qu’à retarder leur entrée dans le monde adulte dont ils pressentent qu’il leur réserve une vie terne et monotone. Ils préfèrent fantasmer, s’illusionner, se mentir à eux-mêmes plutôt que d’accepter une triste réalité.

Bien sûr, les personnages de Fournier sont excessivement romantiques. Ils sont prêts à toutes les extrémités, tous les sacrifices pour conquérir leur belle ou respecter un serment. Mais, si l’on excepte ce romantisme un peu daté, sont-ils vraiment si différents de nos ados d’aujourd’hui au caractère parfois si entier, si intransigeant ? Pas sûr. En revanche il y a peu de chances que ces derniers se retrouvent dans les aventures de nos trois héros parce que, franchement, à l’époque des réseaux sociaux et de Google Map, ils trouveraient en un tournemain Yvonne, Valentine et le Domaine Mystérieux ! Sans doute était-il beaucoup plus facile de rêver en ces temps où l’on connaissait à peine le pays situé à une journée de marche de chez soi et où l’étranger, le bohémien, représentait à lui seul un monde de mystère et de nouveauté.

Quant à moi, c’est justement cette atmosphère surannée qui m’a plu. Cette plongée dans la France d’il y a un siècle et sa belle évocation de la campagne solognote avec son petit peuple de paysans, d’ouvriers et de boutiquiers est tout à fait charmante. Les chevauchées en carrioles ou à vélo, la vie d’une école communale, les occupations des uns et des autres témoignent avec beaucoup de finesse et de poésie d’une époque désormais bien lointaine.

Gallimard - Folio - 2009          

6 janvier 2019

LE SENTIMENT DU FER - JEAN-PHILIPPE JAWORSKI

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Enchanté par ma lecture de Janua Vera, je n’ai pas tardé à éprouver l’irrépressible besoin de retourner baguenauder du côté du Vieux Royaume. J’ai d’abord été tenté par l’idée de Gagner la guerre mais devant l’ampleur de la tâche (et son nombre de pages) j’ai jugé plus raisonnable de m’en tenir à ce petit recueil où j’ai retrouvé presque tout ce qui m’avait séduit la première fois et en premier lieu la magnifique écriture de Jean-Philippe Jaworski. D’une finesse et d’une richesse hors pairs, elle contribue pour une très large part au plaisir de la lecture. Précise et délicate, ronflante ou intimiste, recherchée sans être pédante, elle sait aussi se faire changeante comme en témoigne la façon dont elle nous restitue le caractère et la personnalité des différents personnages au travers de leur langage : la gouaille du maître assassin, le parler ampoulé du troubadour, la cautèle du voleur, le ton de commandement d’un seigneur nain… Une parfaite réussite qui accompagne admirablement le récit et facilite grandement notre immersion dans l’univers de l’auteur.

Si la forme est admirable, le fond n’est pas en reste. C’est de guerre que nous parle ici Maître Jaworski. La guerre sous toutes ses facettes avec ses artisans, ses victimes et ses atrocités. Il nous fait tour à tour ressentir l’atmosphère d’urgence et de fébrilité d’une ville qui s’apprête à subir un siège, le dégoût suscité par les méfaits d’une bande de soudards ou l’horreur d’un champ de bataille au petit matin quand voleurs et détrousseurs récoltent leur ignoble provende. Il nous entrainera aussi dans une expédition guerrière à travers montagnes et cavernes puis nous fera assister à un épisode de la lutte souterraine que se livrent sorciers et magiciens. Cinq nouvelles que rapproche un thème commun mais qui demeurent néanmoins très différentes grâce au ton et à la nature des héros qu’il nous propose avec en prime, des chutes toujours inattendues et la plupart du temps fort caustiques.

Le sentiment du fer nous ramène à Ciudalia, capitale de cette république corrompue où s’affrontent condottiere et sénateurs dans un jeu de pouvoir où les assassins jouent les arbitres. Alors que la cité s’attend à être investie d’un jour à l’autre par les troupes du roi Maddan, nous suivons le maître assassin Cuervo Moera chargé de récupérer un manuscrit de grande valeur dans la demeure d’un illustre patricien. Un récit vif et haletant dans lequel un malfrat de la pire espèce se transforme sous nos yeux en héros de légende.

Dans L’elfe et les égorgeurs nous retrouvons l’elfe Annoeth qui faisait déjà une courte apparition dans Janua Vera. Et c’est de nouveau un petit bijou - de drôlerie et de cynisme cette fois – où nous voyons le troubadour aux oreilles pointues se jouer d’un quatuor de reîtres et démontrer ainsi la supériorité de l’intelligence et de la parole sur la force brute. S’il pouvait en aller toujours ainsi !

Profanation se présente sous la forme du procès d’un détrousseur de cadavre. En un long monologue à peine entrecoupé par les questions des prêtres du desséché qui président le tribunal, le prévenu Sabaude Cufart témoigne de la présence de morts vivants dans les contrées ravagées par la guerre. Un récit époustouflant de maîtrise, porté par l’aplomb et la parfaite mauvaise foi de l’ignoble sacripant.

Avec Désolation, Jaworski adresse un gros clin d’œil à Tolkien en mettant en scène des nains et des gobelins qui s’affrontent dans un décor qui ressemble à s’y méprendre à la Moria et à la désolation de Smaug. Mais les similitudes s’arrêtent là. Hjalmberich n’est pas Gimli et le dragon veille ici sur un secret bien plus précieux qu’une montagne d’or…

La troisième hypostase est un récit plus introspectif qui nous dévoile les états d’âme de la magicienne Lusinga séparée de ses compagnons elfes partis guerroyer en Léomance. D’abord purement mélancolique, le récit sombre peu à peu dans la noirceur et dans la peur avec l’apparition des archontes du Desséché.

Les Moutons Electriques - Hélios - 2017

 

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FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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