Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
30 décembre 2018

PIERROT-LA-GRAVITE - KOTARO ISAKA

51IgmM0L6ZL

A mi-chemin du polar et du roman de mœurs «  Pierrot-la-gravité » est un livre dans lequel on pénètre très rapidement grâce à une enquête passionnante et un trio de détectives pour le moins original. Nous avons là un nettoyeur de tags, le commercial d’une entreprise de génétique et un vieux monsieur atteint d’un cancer en phase terminale. Deux frères et leur père unis par les liens du sang - mais pas que -  qui fédèrent leurs efforts pour démasquer un incendiaire. Le pyromane laisse en effet sur les lieux de ses méfaits des messages que les trois héros tentent de décrypter afin de cerner sa personnalité et décoder son modus operandi. Une enquête qui s’avère riche en surprises et en révélations d’autant qu’un détective privé, une jeune et jolie stalker et un ignoble proxénète viennent brouiller les pistes.

On est tout de suite captivé par les déductions du père et les investigations de ses fils qui nous baladent un peu partout dans Tokyo. Hôtels miteux, immeubles high-tech ou petits restos à ramen, on enchaîne les visites et les rencontres en s’offrant au passage un panorama assez complet de la capitale japonaise. Et c’est un plaisir de suivre Haru et Izumi, d’assister à leurs rencontres et de suivre toutes leurs discussions où ils confrontent leurs idées. Car les deux frangins ne parlent pas seulement de leur enquête. Ils échangent sur quantité d’autres sujets, littéraires, scientifiques ou philosophiques sans oublier bien sûr les préoccupations des jeunes de leur âge : le boulot, les sorties, les filles… »

Le récit est également émaillé de nombreuses incursions dans leur passé qui nous dévoilent quelques épisodes touchants ou cocasses de leur jeunesse ou de celle de leurs parents. Loin d’alourdir l’histoire, ces flash-backs éclairent la personnalité des deux frères et les rapports qui les unissent l’un à l’autre. La famille et tout ce qui gravite autour de cette notion, est en effet au centre du récit. Kotaro Isaka s’interroge sur quantité de sujets qui ont trait aux relations familiales : la part de l’éducation et de l’hérédité, l’amour filial et fraternel, l’inné et l’acquis…. Tout cela donne au roman une dimension un peu plus large que celle d’un simple polar et invite le lecteur à s’interroger et se poser les mêmes questions que les personnages.

Picquier Poche - 2015

Publicité
22 décembre 2018

LES DAMNES DE L'ASPAHLTE - LAURENT WHALE

51EYb6sCl0L

Après « Les étoiles s’en balancent », « Les damnés de l’asphalte » est le second roman que Laurent Whale consacre aux aventures post-apocalyptiques des frangins Costa. Disons-le de suite, il n’est pas du même niveau que le premier. Pour cela, il lui aurait fallu une intrigue digne de ce nom. Ici, nous n’avons qu’un simple fil conducteur qui se résume à peu de choses près au dangereux voyage d’un groupe de compagnons parti à la recherche de deux des leurs disparus dans le nord de l’Espagne.

Cela nous donne une sorte de road trip assez violent, pas particulièrement imaginatif, mais néanmoins très efficace. Beaucoup d’action, de nombreux combats dont certains à l’arme blanche, de belles chevauchées dans des décors variés, bref on ne s’ennuie pas un instant. Il y manque cependant ce petit quelque chose qui lui apporterait une dimension supérieure, peut-être le côté « politique » du premier opus avec ses négociations âpres entre les communautés de survivants ou bien la menace d’une invasion qui pesait sur nos héros. Ici, la seule question qui se pose est de savoir s’ils retrouveront leurs amis vivants. Il y a bien aussi la crainte suscitée par la présence des « Rugosos », créatures amphibies et apparemment dangereuses mais cela reste tout de même assez mince d’autant que l’environnement dans lequel évoluent les personnages n’est guère plus imaginatif.

C’est un univers très classique que nous propose Laurent Whale. Qu’il s’agisse des dangers rencontrés (chiens sauvages, despotes locaux, vilains religieux) ou du décor (pollution, ruines, climat détraqué…) on n’y trouve rien ou presque qui n’ai déjà été utilisés maintes et maintes fois dans ce type de récit. Ceci dit, pour être conventionnelles, ces idées n’en sont pas moins parfaitement utilisées. Ainsi des « sectiens », ces fanatiques religieux qui rappellent très opportunément les heures sombres de l’inquisition - après tout nous sommes en Espagne ! - ou des différents modes de transport utilisés tout au long du périple de nos héros (chars à voiles, radeaux…) qui permettent de rompre la monotonie du voyage.

Le décor est plutôt bien planté lui aussi. On passe des cols enneigés aux bords de mer en buttant çà et là sur des bidonvilles ou des villages fortifiés, à la découverte d’un monde qui retourne progressivement à la barbarie. Car c’est bel et bien une humanité en train de régresser que nous propose l’auteur. Les survivants du vingt et unième siècle ne créent plus rien. Ils se contentent de recycler, de réparer, de troquer. Même les armes à feu commencent à se faire rares et ceux qui en possèdent encore disposent d’une force de frappe qui fait d’eux des véritables demi-dieux.

Tout cela, Laurent Whale nous le montre avec un grand sens du détail. Chez lui, rien n’est passé sous silence ou simplement suggéré. Il faut chasser pour se nourrir et ramasser du bois pour faire du feu, les fusils ne fonctionnent que si on les entretient et les chevaux ont besoin d’être bouchonnés Cela peut paraître futile, mais je trouve au contraire que le récit s’en trouve enrichit. Cela lui donne de la matière et rend tout à fait crédibles les aventures que vivent les personnages. Bon, j’avoue qu’au bout de la vingtième scène de bivouac, aussi criante de vérité soit-elle, j’ai eu envie que l’auteur accélère. Et justement il maîtrise suffisamment bien son sujet pour relancer l’action au bon moment et mettre constamment en danger ses héros. Des héros bien sympathiques avec lesquels on a tout le temps de faire connaissance et envers lesquels on éprouve une grande sympathie. C’est d’ailleurs l’une des grandes réussites de ce roman que de nous proposer des héros tout simples auxquels il est très facile de s’identifier. L’empathie fonctionne à fond, on prend fait et cause pour « ces damnés de l’asphalte » qui devront s’employer tant et plus pour mener à bien leur mission !

Au moment où je referme ce livre, sort un troisième volume consacré aux aventures de la famille Costa dans ce monde qui sombre dans un nouveau moyen-âge. Et vous savez quoi ? Je crois bien que je vais me laisser tenter.

Gallimard - Folio SF - 2016

16 décembre 2018

LE FACTEUR FATAL - DIDIER DAENINCKX

41Y3V3B8T8L

Cinquième et dernier ouvrage que Didier Daeninckx a consacré à l’inspecteur Cadin, « Le facteur fatal » est un peu le testament de son personnage fétiche. Il se compose de sept nouvelles dont quatre se déroulent dans les villes qui ont servis de cadre à ses premières enquêtes. Nous repassons donc par Marsheim, Hazebrouck, Courvilliers et Toulouse pour y vivre en sa compagnie le quotidien d’un inspecteur de police. Agression sexuelle, viol, meurtre ou délit de fuite, rien que du sordide et du bien moche engendré par la solitude, la bêtise et la misère. Ajoutons-y la corruption et le poids du politique et nous avons  là les piliers de presque toutes les saloperies auxquelles l’ami Cadin se trouve confronté. On notera aussi dans chacun de ces textes les allusions aux affaires que son personnage a précédemment démêlées. Cela réveille quelques souvenirs chez le lecteur et lui démontre s’il en était besoin, qu’un policier s’occupe rarement d’une seule affaire à la fois, aussi importante soit-elle.

Les trois nouvelles suivantes nous montrent un Cadin toujours plus désespéré. Dans « «Un privé à la dérive », il a quitté la police nationale pour devenir détective privé. Entre les affaires d’épouse adultère et sa fiasque de whisky, notre héros est sur la mauvaise pente. Ca se confirme avec la suivante qui nous présente un Cadin en voie de clochardisation : « Souvenir à la fenêtre » est une nouvelle dans la nouvelle puisqu’elle est constituée d’un texte rédigé par Cadin lui-même. Un récit d’une incroyable noirceur qui nous permet de découvrir sa famille, la raison de son pessimisme naturel et de son intérêt pour les faits divers les plus surprenants. Quant à la dernière nouvelle, je ne vous en dirai rien si ce n’est qu’elle met un terme définitif à la carrière du plus dépressif des flics français !

Gallimard - Folio Policier - 1999

9 décembre 2018

ROCHE-LALHEUE - HUGUES DOURIAUX

FnAnt1844

Marie et Jeanne de Roche-Lalheue vivent chichement dans le vieux château de leurs ancêtres et partagent leur temps entre leur boulot et les soins qu’elles prodiguent à leur grand-mère grabataire. Une vie sans perspectives que Jeanne tente d’oublier dans des aventures sans lendemain tandis que sa sœur se réfugie dans son travail de libraire et ses rêveries. Mais depuis peu, ce sont des rêves un peu particuliers qui viennent la visiter. Des rêves ou bien des cauchemars ? Illusion ou réalité ? 

Roche-Lalheue est un roman qui n’a pas été publié au bon moment. Vingt ans plus tôt, il avait sa place dans la collection Angoisse du Fleuve Noir. Trois plus tard, il pouvait intégrer la collection Frayeur du même éditeur. Hélas, sorti en 1991, il dut se contenter de la collection Anticipation devenue dans ses dernières années une sorte de fourre-tout où l’on trouvait aussi bien de la SF que de la fantasy ou du fantastique. C’est dommage car cela ne lui a sans doute pas permis de trouver son véritable public, celui des amateurs de frissons et d’hémoglobine.

Pour ma part c’est son côté « Angoisse » qui m’a séduit, c’est-à-dire grosso modo la première partie de l’histoire, celle qui met en place l’ambiance et le décor. Oh, rien que de très classique puisque nous n’avons là qu’une petite bourgade de campagne, un vieux manoir décrépi et deux jeunes femmes prisonnières du carcan familial qui se trouvent confrontées à l’irruption de l’irrationnel dans leur vie terne et maussade. Mais le caractère des deux héroïnes, l’une volage, l’autre un peu coincée, la tyrannie qu’exerce sur elles une aïeule acariâtre et, malgré leur particule, les problèmes d’argent auxquels elles sont confrontés, tout cela donne au récit une matière sociale assez intéressante. A tel point que l’on est presque surpris, pour ne pas dire déçu, lorsque surviennent les premières manifestations maléfiques.

Il faut dire que ces dernières ne sont guère passionnantes et se limitent pour l’essentiel à des scènes de possession démoniaque au cours desquelles Marie et Jeanne se livrent à des galipettes classées X. Quant à l’aspect « Frayeur » de l’histoire, on le trouvera uniquement dans les descriptions très explicites et écœurantes des scènes de crimes puisque l’auteur se contente de nous montrer le résultat (les flots de sang, les corps démembrés…) et non l’acte meurtrier. Je ne suis pas un grand fan de romans d’horreur mais il me semble que dans ce type de littérature, c’est justement la confrontation entre l’assassin et sa victime, entre le monstre et sa proie qui apporte au récit une bonne part de sa tension et de son intérêt. Ici, cette absence est d’autant plus dommageable que l’on sait très vite d’où vient le mal et que le seul mystère qui reste dès lors à éclaircir a trait à l’identité du démon. S’agit-il du beau peintre, de l’abominable grand-mère, du père qui réapparait un peu trop opportunément, de l’idiot du village ? Quel suspens !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

2 décembre 2018

FUGHT CLUB - CHUCK PALAHNIUK

foliosf095

La première règle du fight club c‘est qu’il est interdit de parler de fight club

La deuxième règle du fight club c‘est qu’il est interdit de parler de fight club

Deux mecs par combat, pas plus

Un combat à la fois

On combat sans chemise ni chaussures

Les combats durent aussi longtemps qu’il faut

Si c’est votre première soirée au fight club, vous devez vous battre 

C’est donc sans vergogne que je viole les deux premières règles du Fight Club pour vous parler de cet excellent roman de Chuck Palahniuk rendu célèbre par le film qu’en a tiré David Fincher à la toute fin des années 90. Un film lui-même tellement bon (Edouard Norton y est fantastique et le beau Brad pas mauvais non plus) que j’ai craint un moment que ma lecture ne soit phagocytée par les souvenirs qui m’en restait. Mais non. Le roman reste supérieur à son adaptation, plus complet, plus déconcertant, plus radical. Alors que le film était imprégné d’un humour certes déjanté mais néanmoins bien présent, le livre en est presque totalement dépourvu. Le ton est bien ironique, mais la tension qui imprègne le récit, son atmosphère de cocotte-minute prête à exploser, nous ôte l’envie d’esquisser plus qu’un sourire.

C’est que le sujet dont traite l’auteur est sérieux. Ses personnages ne sont pas seulement des trentenaires émasculés par une société castratrice, qui souhaitent retrouver leur virilité malmenée en se foutant sur la gueule. Non, le mal est beaucoup plus profond et sa cause tout autre. Ce responsable, Chuck Palahniuk le désigne sans la moindre ambigüité : c’est cette putain de société de consommation qui nous prend dans ses rets à grand coup de soldes et de promotions puis nous tient par les couilles grâce aux emprunts souscrits pour s’acheter un bel appart que l’on s’empresse de meubler avec des meubles scandinaves. Il ne s’agit pas d’un simple malaise mais d’une maladie incurable.

C’est en tout cas le diagnostic que pose Tyler, le héros de Palahniuk. Et le remède qu’il propose c’est de trancher dans le vif. Mais avant d’en arriver là, avant de faire ce constat sans appel, il passe par différents paliers. Des phases qui sont, là encore, nettement plus visibles dans le roman. On le voit ainsi commencer par pisser dans la soupe des clients du resto dans lequel il travaille, pousser une bourgeoise à la crise de nerf et faire du chantage à son employeur. On est encore très loin du projet Chaos (le lecteur en découvrira la nature en temps utile) et bien des choses se passeront encore avant qu’il ne franchisse son Rubicon à commencer bien sûr par la création des fight-clubs et par l’évolution de ses rapports avec sa copine Marla. Tout cela permet de mieux appréhender la montée en puissance de sa psychose et l’émergence de son dédoublement de personnalité. Une schizophrénie parfaitement restituée grâce notamment à la construction particulière du récit qui fait des allers-retours incessants entre passé et présent et un style saccadé qui lui apporte un ton obsessionnel parfaitement raccord.

Par bien des aspects, ce roman fait écho à d’autres parus à la même époque. Je pense bien sûr à « American Psycho » de Bret Easton Ellis qui nous montrait un yuppie new-yorkais qui ne parvenait à tenir sa place en société qu’en se défoulant à l’occasion d’effroyables crises d’ultra violence. Mais c’est surtout de « La plage » d’Alex Garland, sorti la même année, que « Fight Club » se rapproche le plus. Certes, l’atmosphère et l’histoire n’ont que peu en commun. Pourtant, ce qui guide les deux héros et les pousse à aller au bout de leur trip, c’est un même rejet de la société et une même volonté de vivre quelque chose de différent. S’ils se mettent en danger, c’est pour se sentir tout à fait vivant et, ainsi que le conclu Richard de retour de Thaïlande ou comme le dit Tyler à deux reprises, en retirer des cicatrices, c’est-à-dire conserver les traces patentes et indélébiles de leurs actes, la preuve de n’avoir pas vécu en vain.

Gallimard - Folio SF - 2011

Publicité

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité