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31 août 2015

LES CINQ SOUS DE LAVAREDE - PAUL D'IVOI & HENRI CHABRILLAT

jl1512-1983

Pour hériter de la fortune de son cousin Richard, le journaliste parisien Armand Lavarède doit respecter de biens étranges volontés : effectuer un tour du monde en une année avec cinq sous pour seul viatique. A défaut, l'héritage reviendra à sir Murlyton auquel échoit aussi le rôle d'arbitre. Deux autres personnes seront aussi du voyage : Bouvreuil, un usurier qui veut obliger Lavarède à épouser sa fille et qui, craignant de voir son débiteur s'émanciper, va tout faire pour le ralentir et Aurett, la fille de Murlyton qui ne tardera pas à tomber amoureuse du sympathique globe-trotter.

"Les cinq sous de Lavarède" est sans conteste le plus connu des roman de Paul d'Ivoi. Son adaptation au cinéma avec Fernandel dans le rôle-titre et sa ressemblance, tout sauf fortuite, avec "Le tour du monde en 80 jours" y sont sans doute pour quelque chose. Mais il faut aussi lui reconnaître des qualités intrinsèques au premier rang desquelles un rythme absolument échevelé.


Tout au long des cinq cent pages que compte le roman, les auteurs ne laissent pas une seconde de répit à leur héros. Faire le tour du monde avec seulement cinq sous en poche (ça fait combien en euros ?) n'est déjà pas chose facile. Si en plus des rivaux malintentionnés multiplient les embûches et les contretemps, cela devient carrément mission impossible. Mais impossible n'est parait-il pas français et Lavarède est le parangon de toutes les vertus cocardières. Grâce à son charme gaulois et son bagout parisien, il se tirera de tous les mauvais pas, tournant à son profit les coutumes locales, utilisant la superstition des uns et la crédulité des autres.


Pour voyager sans frais il exercera les métiers les plus divers, postier, camelot, peintre, mécanicien, pêcheur... On le verra aussi occuper des fonctions plus inattendues telles que président du Costa-Rica, réincarnation de Bouddha dans un monastère tibétain ou encore champion cycliste. Il traversera le pacifique dans un cercueil, l'Hymalaya en montgolfière et utilisera tous les moyens de transport imaginables : train, bateau, vélo, radeau, dirigeable, sous-marin, que sais-je encore ! Quant à l'action pure et dure, elle ne manquera pas non plus puisque notre brave journaliste affrontera tour à tour des bandits sud-américains, des guerriers kirghizes, la police autrichienne et la maffia sicilienne. Bref, un emploi du temps plutôt bien rempli.


Comme de juste, les différentes haltes des personnages nous permettent de découvrir les pays traversés tels qu'ils étaient à l'époque. Nous visitons ainsi un Japon en pleine mutation, quittant la féodalité pour un modernisme tout occidental, nous assistons aux travaux de percement du canal de Panama et parcourrons une Russie ravie de sa récente alliance avec la France. Les auteurs profitent également des conversations entre Lavarède et Murlyton pour "éduquer" leurs lecteurs sur des sujets aussi divers que le peuplement des Açores ou les origines du baptême de la ligne des tropiques.

Il faut bien avouer que la croyance populaire et le chauvinisme l'emporte parfois sur la rigueur scientifique ou la réalité historique. Ces apartés sont néanmoins intéressants et donnent une idée de l'état des connaissances à la fin du XIXème siècle et de l'état d'esprit qui avait cours. On ne sera donc ni surpris, ni choqué par des réflexions parfois un peu limites sur les populations rencontrées. Elles dénotent davantage le sentiment de supériorité de l'européen d'alors qu'un réel racisme. En revanche le sexisme est beaucoup plus notable. Tout au long du roman, Aurett est traitée comme une mineure qu'il faut protéger et éduquer, une belle chose un peu encombrante et parfois agaçante : « … une femme, pouvant parler deux fois plus vite et plus longtemps qu'un homme, finit toujours par avoir raison ».


Si l'action et omniprésente, l'humour ne l'est pas moins. Il est presque toujours lié aux mauvais tours joués à l'infâme Bouvreuil. Ce dernier, gros propriétaire, usurier, est en effet un anti-Lavarède, un reflet en négatif de l'intrépide voyageur.
Plus ridicule que véritablement mauvais, soumis à sa diablesse de fille, ce n'est donc pas lui qui joue le rôle de méchant de service. Cette fonction est échue à un personnage beaucoup plus rébarbatif et qui, cocorico oblige, n'est pas français mais colombien, j'ai nommé, José de Courramazas y Miraflor (précisons que Mazas était à l'époque une prison bien connue).

« Les cinq sous de Lavarède » ouvre donc de fort belle manière la série des « Voyages Excentriques » qui comptera pas moins de 21 volumes.

J'ai Lu - Voyages Excentriques - 1983

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12 août 2015

LE SOLEIL N'EST PAS POUR NOUS - LEO MALET

9782266202008Paris, 1926. André Arnal, jeune orphelin de 16 ans, survit péniblement grâce à son emploi de manœuvre. Il se livre aussi à quelques combines dont une escroquerie à l'assurance maladie au cours de laquelle il rencontre Fredo et sa sœur Gina dont il tombe immédiatement amoureux. La jeune femme partageant ses sentiments, André va tenter de les extraire de l'abîme de misère où  ils se débattent l'un et l'autre. Mais le destin semble parfois s'acharner...

Avec le second volume de sa trilogie noire, Léo Malet fait un pas supplémentaire sur le chemin de la noirceur et du désespoir. Un désespoir d'autant plus marquant que le jeune Dédé Arnal n'a rien à voir avec le héros de "La vie est dégueulasse". Lui souhaite réellement s'en sortir. On sent même qu'il suffirait de pas grand-chose - un petit coup de pouce du destin, une main tendue au bon moment - pour qu'il puisse se faire sa place au soleil. Mais, comme le dit si justement le titre du roman, le soleil n'est pas pour lui. Les dés sont pipés, les places distribués à la naissance et pour ceux de son espèce, orphelins ou fils d'ouvrier, il n'y a que la misère et la poisse.


Loin d'être un atout ou même une excuse à leurs erreurs, leur jeunesse les dessert. Elle attire les ordures de tout poil à l'affût de jeune chair et de proies facile. Patrons indélicats, souteneurs, vieillards libidineux, les adultes cherchent presque toujours à profiter d'eux. Dès lors, il ne leur reste plus qu'une juste mais dangereuse révolte qui les mène le plus souvent en prison ou à la guillotine.


C'est ce destin joué d'avance, ce sentiment d'inéluctabilité qui fait le plus de mal. Malgré toutes les tentatives, malgré quelques instants de bonheur et d'oubli, les jeunes héros ne peuvent rien contre le sort. La populace aux idées toutes faites et les policiers bas de plafond les ramènent irrémédiablement dans le droit chemin, celui de la dèche.


« Le soleil n'est pas pour nous » est un roman percutant porté par un style nerveux auquel le récit à la première personne et l'utilisation intensive de l'argot parisien tonne un ton réaliste et imagé. A signaler aussi quelques belles évocations du Paris des années vingt, les entrepôts de Bercy, la prison de la Petite Roquette et les bidonvilles du XIIIème Arrondissement.

Pocket - 2010

7 août 2015

LE VOYAGE D'ANNA BLUME - PAUL AUSTER

 

actessud950-1995

Partie quelques années plus tôt chercher son frère dans un pays qui a sombré dans le chaos et la misère, la jeune Anna Blume survie depuis dans des conditions apocalyptiques. Elle décide un jour de conter son histoire à un ami d'enfance dans une longue lettre qui ne lui parviendra probablement jamais.

J'ignore qui du traducteur ou de l'éditeur a choisi le titre français de ce roman mais ce fut une belle erreur. L'histoire d'Anna Blume commence en effet alors qu'elle a déjà atteint ce "Pays des choses dernières" qu'évoque le titre original. S'il y a voyage, c'est donc un voyage immobile, un cheminement intérieur que l'héroïne accomplit.


Ce pays où vit désormais Anna, ou plutôt cette ville, est un bien étrange endroit. On ne sait pas où elle se situe exactement même si quelques allusions laissent supposer que c'est en Amérique. Cela n'a toutefois guère d'importance. Ce qui compte, c'est ce qui s'y passe, c'est l'état de délabrement généralisé où elle se trouve et dans lequel se débattent ses habitants. On ignore aussi l'origine de cette situation catastrophique mais l'Effondrement, comme le nomme les citadins, a sans doute plusieurs causes : économique assurément mais aussi climatique (hivers incroyablement rigoureux) et peut-être même chimique (absence de naissances).


Le premier tiers du roman, très immersif, fourmille de détails. Paul Auster n'avait sans doute pas prévu d'écrire un roman de Science-Fiction pourtant son récit a tout de la dystopie post-apocalyptique. Je lui ai même trouvé bien des ressemblances avec les bouquins de Serge Brussolo notamment dans sa description des différentes corporations et sectes qui prolifèrent dans la cité. Il y a d'abord de nombreuses associations de suicidaires comme les Coureurs qui se livrent à un jogging mortel ou les Sauteurs qui se jettent des plus hauts immeubles ainsi que des cliniques d'euthanasie qui font penser à celles de "Soleil vert" ou encore ces Clubs d'Assassinats qui rappellent le bureau du même nom imaginé par Jack London. Il y a ensuite des groupes religieux aux noms et aux croyances les plus fous tels les Tout-sourires ou les Rampants. Il y a enfin quelques rares professions dont les Fécaleux chargés de récupérer les déchets biologiques pour les transformer en méthane et les Charognards qui, dans ce monde qui ne créée plus grand chose, vivent de récupération.


Anna est justement l'une d'entre eux. Nous la suivons dans ses tournées à travers les différentes "zones de recensement", poussant le caddie dans lequel elle entasse ses maigres trouvailles, se défiant des voleurs et des concurrents pour gagner à peine de quoi se nourrir et même pas de quoi se loger. Une vie de misère et d'incertitude, jour après jour plus difficile. C'est d'abord le confort qui disparaît, puis l'utile, le nécessaire et enfin le vital. La précarité devient la règle et l'insécurité le lot de tous. Pourtant, les habitants de la cité s'habituent à ces conditions et s'adaptent à la détérioration de leur environnement. Ils continuent à espérer et font tout leur possible pour s'assurer une journée d'existence supplémentaire, puis une autre et une autre encore.


On se demande alors s'il faut s'émerveiller de cet acharnement à vivre ou si cela dénote au contraire une incroyable passivité face aux évènements, une sorte de renoncement à faire changer les choses. Il y a bien quelques émeutes lors des distributions de nourriture par exemple, mais jamais de révolte qui viendrait réformer la société en profondeur et la remettre sur de bons rails. Il est sans doute bien difficile de penser à faire bouger les choses lorsque la survie quotidienne occupe votre temps et vos pensées, néanmoins cette régression matérielle et culturelle, ce lâcher prise généralisé a quelque chose d'effrayant.


Heureusement, ce recul n'efface pas totalement les sentiments altruistes. L'amour, l'amitié, le dévouement subsistent encore. Pour Anna, ils se pareront des noms de Sam, Isabelle et Victoria, preuve qu'il est toujours possible de trouver un peu de bien au milieu du pire.

Actes Sud - Babel - 1995

2 août 2015

LE CHATEAU DES POISONS - SERGE BRUSSOLO

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Jehan de Montpéril est un ancien bucheron anobli pour sa bravoure sur le champ de bataille. Désormais chevalier sans fief, sans écuyer et sans armure, il est contraint de monnayer son épée pour gagner de quoi vivre. Engagés par le moine Dorius pour l'aider à convoyer des reliques sensés guérir un haut seigneur breton de la lèpre, il va se retrouver plongé dans une obscure histoire d'empoisonnement en compagnie d'une jolie trouvère et d'un vieux croisé.

Le moyen-âge est une période de l'histoire qui va comme un gant aux romans de Serge Brussolo. Une époque de violence et de superstition où son goût du morbide et son imagination débridée peuvent s'exprimer sans trop de contraintes. Il faut dire qu'il ne s'embarrasse pas trop de réalité historique, se contentant d'utiliser les éléments médiévaux qui lui conviennent le mieux : l'inquisition et son cortège de tortures, les tournois où l'on s'étripe à qui mieux-mieux, la lèpre, l'ordalie, bref, tout ce folklore médiéval enraciné dans l'imaginaire collectif. Il en va bien sûr de même pour ses personnages et c'est tout naturellement que sont évoqués le cruel seigneur, le moine retors, la jolie trobairitz (oui, ça sonne mieux que troubadour), les gueuses, les routiers et les serfs.


Mais Le château des poisons n'est pas qu'un un roman historique. C'est aussi un roman policier qui débute par une affaire de trafic de reliques, dérive sur une sombre histoire d'empoisonnement pour finir par la traque d'une bête fabuleuse. Une enquête guère palpitante puisque la recherche du coupable se limite, selon une méthode désormais bien ancrée chez l'auteur, à une succession de fausses pistes dans lesquelles son héros plonge à chaque fois. Habituellement, ce procédé fonctionne plutôt pas mal, nous embarquant dans toutes sorte d'hypothèses, des plus réalistes au plus folles. Ici en revanche, je l'ai trouvé trop répétitif. Tour à tour, ce sont presque tous les personnages qui seront soupçonnés par un Jéhan décidément bien crédule et ce, jusqu’à une révélation finale légèrement tirée par les cheveux.

Le roman reprend heureusement des couleurs lorsque la ville de Kandarec est victime d'un empoisonnement généralisée de ses ressources vivrières. Dans ces conditions particulières où cueillir et manger un fruit revient à jouer à la roulette russe, l'auteur peut se laisser aller à ces délires contrôlés qui forment le sel de ses romans. Il imagine alors à quelles étranges pratiques peuvent être conduits des habitants contraints de se méfier de tout ce qu'ils mangent. Une atmosphère de suspicion généralisée s'installe ainsi qu'une famine d'autant plus paradoxale que les greniers sont pleins. Chats, chiens ou prisonniers sont forcés de jouer les gouteurs tandis que les plus gourmands sont victimes de denrées tentantes mais mortelles. Pire encore, l'empoisonnement des fontaines, des mares et des ruisseaux oblige le peuple à ne consommer que du vin et c'est bientôt une populace plongée dans une ivresse permanente qui parcourt les rues de la petite cité.

Le château des poisons n'est donc pas le meilleur des polars médiévaux écrits par l'auteur mais son héros un peu pataud, chevalier malgré lui, est plutôt attachant. Je le retrouverai donc avec plaisir dans le tome deux de ses aventures : « L'armure de vengeance ».

Le Livre de Poche -1998

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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