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26 septembre 2017

LE TRAIN DU MATIN - ANDRE DHOTEL

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Gabriel Lefeuil est le fils du garagiste de Mocquy-Grange une petite ville des Ardennes. C’est un jeune dilettante qui partage son temps entre ses études de grec ancien et son activité de brocanteur amateur sans parvenir à se décider pour une carrière précise. Ses amours sont tout aussi floues puisqu’il n’ose déclarer sa flamme à la fière Jeanne Merandet qui ne songe qu’à partir à la recherche de son frère disparu en orient. Pour meubler son temps libre le jeune homme a l’habitude de se promener le long de la voie ferrée sans savoir que c’est là que va se jouer son avenir et celui de quelques autres.  

Exception faite du « Pays où l’on arrive jamais » - que l’on a sans doute un peu trop tendance à classer en littérature jeunesse - les romans d’André Dhotel sont encore largement méconnus du grand public. Il s’agit pourtant d’une œuvre originale et pleine de poésie qui rappelle un peu celle d’un Raymond Queneau par sa façon de créer des atmosphères quasi surréalistes à partir des objets et des lieux les plus banals. De manière insensible, à grand renfort de hasards et de coïncidences, il nous fait glisser dans une ambiance fantasmagorique et parfois absurde, mais sans jamais vraiment perdre pied avec la réalité. Une manière de nous inviter à considérer les choses et les gens autrement, à prendre notre temps pour regarder au-delà des apparences.

"Le train du matin" baigne dans cette étrangeté. Il débute comme une petite chronique provinciale, dans cette campagne ardennaise si chère à l’auteur. Là, entre Reims en Rethel, dans un pays de collines et de prairies, nous faisons connaissance avec des individus a priori tout à fait normaux. Il y a un brocanteur, une riche héritière, un arriviste et un jeune homme un peu simplet, la fille du garde-barrière et quelques autres. En leur compagnie, on semble être partie pour une comédie de mœurs où l’humour et l’amour vont se disputer les premiers rôles.

Et puis, sans que l’on s’en rende compte, le mystère s’insinue. Il est soudain question d’un vol de bijoux et d’un frère disparu dans d’étranges circonstances tandis que les personnages prennent des allures surprenantes. On croise désormais un amnésique et un hypnotiseur, il y a des femmes qui tombent des trains et des cheminots qui jouent les détectives. Car c’est aussi une véritable enquête qui nous est proposée avec pour seuls indices une carte postale, un camée et une statue grecque !

Le récit semble alors complètement embrouillé. Et pourtant tout est parfaitement sous contrôle. Toutes les pièces s’emboitent à la perfection pour une conclusion absolument logique et une fin bien entendu heureuse. Mais d’ici-là que de rencontres et de découvertes le long d’une ligne de chemin de fer qui devient pour l’occasion le centre d’un voyage initiatique. Elle est au cœur de l’histoire comme un trait d’union entre rêve et quotidien, entre passé et avenir. Elle est la promesse de changements nombreux et d’une vie moins monotone pour Gabriel Lefeuil, héros improbable d’une histoire qui ne l’est pas moins.

Gallimard - Folio - 2004

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20 septembre 2017

LE PETIT GARCON QUI VOULAIT ETRE MORT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Avec ce recueil, Jean-Pierre Andrevon nous confronte à toutes nos angoisses, de la simple inquiétude à l'égard d'un futur que l'on pressent hostile aux peurs primales qui nous rongent face à la mort, la guerre, la vieillesse. Ce faisant, il nous met aussi face à nos responsabilités puisque c'est l'homme lui-même qui, la plupart du temps, est cause de cet environnement anxiogène, en détruisant son milieu naturel ou en s'en prenant à ses semblables.

Le petit garçon qui voulait être mort est une nouvelle qui nous invite à reconsidérer notre façon de nous adresser aux enfants, à éviter les périphrases et les métaphores pour aborder les sujets graves. Faute de quoi ils risquent de prendre nos explications au pied de la lettre.

Regarde-le ! nous rappelle que Jean-Pierre Andrevon est un écologiste convaincu. Il établit ici un parallèle entre la disparition des dinosaures et celles, déjà plus ou moins programmées, de nombreuses espèces animales.

Et si nous allions danser ? est une excellente démonstration de la façon dont une politique concentrationnaire se met en place. L’auteur met notamment en avant l'incrédulité des victimes, leur volonté de ne pas croire au pire ou encore la passivité des autres voire leur adhésion tacite (il y a bien une raison…).

Demain, je vais pousser donne à réfléchir sur le regard que nous portons sur l'autre, immigré ou étranger. Nos réactions épidermiques, notre égoïsme feutré tiendraient-ils longtemps au contact de réfugiés miséreux ?  Comment réagirions-nous face à des hommes et des femmes de chair et de sang et non face à la multitude anonyme que nous montre les écrans de nos télés ? Un texte de 1999 qui demeure d'une actualité brûlante.

Mort aux vieux ! est une métaphore sur le temps qui passe et sur la brièveté d’une vie qui n’a de valeur que ce que l’on en fait. On rapprochera bien sûr ce texte de la nouvelle « Chasseurs de vieux » de Dino Buzatti qui figure dans son excellent recueil : « Le K ».

Qu’est-ce qui va encore arriver ? et Condamné sont deux nouvelles assez semblables qui nous parlent, l’une de la guerre, l’autre de tortures et d'exécutions. Toute deux sont joliment écrites mais l'accumulation de scènes violentes finit par être ennuyeuse. Certes on comprend bien que cette répétition est voulue, qu'elle participe au propos de l'auteur en accentuant sa démonstration. Il n'empêche qu'elles m'ont parues un peu redondantes et guère significatives.

Une erreur au centre est le texte le plus long du recueil. Il met en scène un homme qui s’avère n’être qu’une réplique, la troisième, de l’individu original. L’histoire est bien menée et bénéficie d'une bonne chute mais elle laisse malheureusement dans l'ombre les raisons de ces dédoublements : clones, incident technologique, cause surnaturelle ?

Les Belles Lettres - Le Cabinet Noir - 1999

14 septembre 2017

LE ROUGE ET LE VERT - JEAN-BERNARD POUY

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Au cours d'un dîner mondain et d'une discussion autour du roman policier, Averell relève le défi de son hôte : enquêter sur quelque chose qu’il ne connaît pas à l’avance. Le voici donc à la recherche de tout et n’importe quoi, des petites et des grosses saloperies de notre monde. Et c'est bien connu, quand on cherche, on trouve !

Jean-Bernard Pouy a l’habitude d’écrire des polars qui, justement, ne ressemble pas à des polars. « Le rouge et le vert » est peut-être celui qui s’éloigne le plus du genre puisqu’il met en scène un personnage qui ne sait pas exactement sur quoi il doit enquêter. Averell cherche une piste, un sujet d'étude. C'est un « fouille merde aux aguets », "cynique et cinoque", à l'affût  d'une "affaire" qui ferait bien les siennes. Et forcément quand on remue la merde, ça finit toujours par sentir : « Toutes les personnes que je croisais avaient forcément quelque chose à se reprocher. Un gros truc dégueulasse. Ou une petite lâcheté nulle et dérisoire mais qui, empilée aux milliards d’autres petites lâchetés nulles et dérisoires entraînait le monde vers le Chaudron».

Il va ainsi s’intéresser successivement à la disparition de son patron, à la violence domestique chez ses voisins et aux conneries de son neveu. Mais ce sera finalement grâce à l’un de ses curieux hasards que vous réserve l’existence qu’il trouvera son bonheur. Enfin bonheur, c’est vite dit ! Car la surprise va prendre l’apparence d’un boomerang, du genre qui vous revient en pleine gueule, celle de son commanditaire d’abord, puis la sienne. Juste retour des choses, justice immanente ? Sans doute pas, mais en tout cas de quoi donner à réfléchir.

Et parmi les très nombreuses réflexions d'Averell, certaines nous éclairent sur la façon dont l’auteur conçoit le roman policier : «Le roman noir est un roman de crise, voire de crise de nerfs. Il décrit par essence, le rapport de chacun aux dysfonctionnements et à la douleur du monde. Il participe, en cela, de la critique sociale». Pour J-P-B, le polar est donc indissociable de l’observation et de l’analyse de la société. Tous les thèmes du roman policier, vol, meurtre, trafic, extorsion, trouvent leur origine dans une défaillance d’un système qui ne trouvera pas de solutions à ses problèmes tant  qu’il ne se posera pas les bonnes questions, dans les carences d’une société qui a remplacés les  « Où ? Quand ? Pourquoi ? Comment ?  par le seul Combien ? ».

L'intrigue et la chute de ce très court roman ne sont sans doute pas à la hauteur de l'attente suscitée par son originalité mais cela n'est pas bien grave car on y retrouve le style inimitable de l’auteur, cette écriture de cirque, clownesque et acrobatique, qui se grime et se contorsionne à coups de jeux de mots, d’aphorismes et d’allitérations.

Gallimard - Folio Policier - 2010

8 septembre 2017

LES FEMMES DE STEPFORD - IRA LEVIN

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Joanna Eberhart, son mari et leurs deux enfants ont quitté New-York pour s’installer à Stepford, une petite commune du Connecticut. Femme active et photographe semi-professionnelle, elle est très vite intriguée par l’attitude de ses concitoyennes qui semblent n’avoir d’autre centre d’intérêt que les tâches ménagères. Les premières investigations à laquelle elle se livre la conduisent à s’intéresser au mystérieux Club des hommes où tous les époux de Stepford passent leurs soirées. Et notamment le sien…

J’ai littéralement dévoré ce petit roman d’Ira Levin. L’extrême fluidité de son style, la simplicité de sa prose facilitent il est vrai la lecture mais une chose est certaine, une fois commencé, il est bien difficile de le lâcher. On est immédiatement happé par l'histoire de cette jeune femme qui se rend compte que la petite bourgade dans laquelle elle vient d'emménager dissimule une bonne grosse saloperie derrière ses façades rutilantes et ses pelouses impeccables. Ira Levin gère parfaitement la montée en puissance de son intrigue. La tension grimpe lentement à mesure que les doutes de Joanna se transforment en certitudes et qu’elle soupçonne les hommes de la petite bourgade de transformer leurs épouses en femmes dociles et parfaites ménagères.

Tout commence par la surprise de la citadine confrontée à l’ambiance « provinciale » de son nouvel environnement, au manque de dynamisme de la communauté et à la passivité de ses voisines. Puis vient le temps des premières interrogations et des réflexions échangées avec les dernières arrivées. Quelques soupçons se font jour, des idées sont échangées et des théories élaborées. Enfin, lorsqu’un changement radical s’opère chez l’une d’entre elles, c’est la peur qui s’installe, l’envie de fuir et enfin la nécessité d’enquêter et de contre-attaquer…

On pourra certes trouver que ce roman constitue une critique un peu facile de la place des femmes dans la société américaine. Mais dans les années soixante-dix (le roman date de 1972) tout restait encore à faire en matière de libération de la femme et la satire, pour grossière qu’elle soit, fait indiscutablement mouche. Certains seront peut-être aussi déçus par une fin un peu abrupte et relativement attendue même si l'on espère jusqu'au bout qu'il en ira différemment. Elle n’en est pas moins glaçante dans sa simplicité et dans ses implications.

Pour ma part, ce qui m’a le plus gêné est l’absence d’explication concernant les motivations des hommes. Trouvent-ils leurs femmes trop émancipées, se sentent-ils menacés par le rôle grandissant qu’elles entendent jouer dans la société, ont-ils un projet à plus grande échelle ? Ces questions resteront sans réponses. Dommage.

J'ai Lu - Science-Fiction - 1976

 

2 septembre 2017

GUERRES - TIMOTHY FINDLEY

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En 1915, le jeune Robert Ross s’engage dans l’armée canadienne pour rejoindre ses compatriotes engagés sur le front belge. Après une traversée de l’Atlantique éprouvante et dangereuse il découvre l’enfer des tranchées mais aussi l’angoisse et la tristesse où sont plongées les familles des soldats.

Pour célébrer à ma façon le centenaire de la première guerre mondiale, j’ai décidé de lire chaque année, entre 2014 et 2018, un roman consacré à la fameuse der des ders. J’ai ainsi lu il y a trois ans « Derrière la colline » de Xavier Hanotte » puis « Schlump » de Hans Herbert Grimm et l’année derrière ce fut « Les croix de bois » de Roland Dorgelès. Or donc, après avoir suivis tour à tour les anglais, les allemands et les français, j’ai eu envie de m’intéresser à l’une des « petites » nations de ce conflit. Mon choix s’est porté sur le Canada avec ce roman de Timothy Findley au titre on ne peut plus évocateur.

« Guerres » se présente sous la forme d'un reportage sur un jeune volontaire canadien effectué par un journaliste, une soixantaine d'années après la guerre. Il fait alterner entretiens avec des témoins de l'époque, compte rendus d'archives, description de photographies et extraits de journaux intimes avec un récit beaucoup plus conventionnel lorsqu'il s'agit d'évoquer la vie du jeune Robert Ross sur le front ou lors de ses permissions en Angleterre. Cela donne une intrigue parfois un peu confuse et malaisée à suivre mais lui apporte aussi une dimension bien plus importante que celle du simple récit de guerre.

L’histoire s’attache en effet beaucoup à la personnalité de son héros ainsi qu’à son environnement, à sa famille et ses connaissances bref à tout ce qui pourrait expliquer sa conduite lors d’un évènement qui ne nous sera dévoilé qu’à la fin du livre mais dont on sait dès le début qu’il motive cette enquête. Les scènes guerrières sont néanmoins bien présentes et d’une violence glaçante sans toutefois l’emporter sur tout ce qui se passe à l’arrière. Et c’est tout l’intérêt de ce livre que de nous faire vivre à parts presqu’égales la vie dans les tranchées et les conséquences du conflit sur le reste de la population.

Car, au-delà des conditions épouvantables que subissent les soldats canadiens dans les environs d’Ypres, il est surtout question des autres effets de cette guerre et notamment du profond désarroi dans lequel elle plonge tout un chacun. Désarroi des soldats qui sombrent dans la folie ou le suicide, dans l’autoritarisme ou la violence gratuite. Désarroi des mères qui perdent leurs enfants, des épouses transformées en veuves ou des femmes qui à l’instar d’une Barbara d’Orsey, s’étourdissent dans les conquêtes pour éviter de s’attacher à un homme qu’elles pourraient perdre.

« Guerres » nous rappelle donc avec justesse à quel point les esprits autant que les corps ont été ravagés par cette abominable guerre.

Editions du Rocher - 2000

 

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