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26 décembre 2019

BAIGNADE ACCOMPAGNEE - SERGE BRUSSOLO

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A Key West en Floride, Peggy Mitchum gère une réserve naturelle de requins utilisés pour la recherche scientifique. Un boulot pas trop contraignant qui pourrait être sympa si elle n’était harcelée par les victimes de ces dangereux prédateurs qui souhaitent assouvir leur vengeance sur l’un des squales. Alors que la pression se fait jour après jour plus forte, la jeune femme est confrontée à une menace encore plus grande : des trafiquants souhaitent récupérer l’échantillon unique d’une drogue révolutionnaire dissimulée par son compagnon. 

C’est décidément dans le désordre que j’aurai lu les aventures de Peggy Mitchum. Après « Iceberg Ltd » troisième et dernier volet de la série, voici que j’embraye avec cette « Baignade accompagnée » qui le précédait d’une année. Me restera donc à lire « Les enfants du crépuscule » qui introduisait pour la première fois le personnage de Peggy.

Je précise de suite que cette lecture à rebours ne m’a posée aucun souci. La présentation que nous fait l’auteur de son héroïne est tout à fait suffisante pour se faire une idée du genre de personne à laquelle on a affaire, une héroïne brussolienne typique c’est-à-dire totalement borderline et asociale. Les autres personnages ne sont pas plus équilibrés puisqu’on rencontre également un cascadeur dopé à l’adrénaline, un handicapé mystique et revanchard et un vétéran du Vietnam qui vit en ermite au fin fond des Everglades. L’auteur consacre d’ailleurs une bonne part de son récit à brosser leur portrait de façon aussi complète que passionnante.

Côté histoire, on est dans le bon gros thriller avec un récit qui va à cent à l’heure, sans le moindre temps mort ou la plus petite digression. Serge Brussolo nous embarque tout d’abord dans une confrontation entre Peggy et le Club des Dévorés Vifs, une association regroupant les rescapés d’attaques de squales. Puis, très vite, il vient y greffer un nouveau fil narratif où il est question d’une drogue surpuissante capable d’améliorer les performances physiques mais dont les effets secondaires s’avèrent redoutables.

Il mélange un peu tout et n’importe quoi, la science-fiction (la drogue décuple les performances physiques) et le polar (trafic de stupéfiants, braquage de banque), pour un résultat relativement efficace même si l’on est plus impressionné par quelques images chocs et par la tension qui accompagne certaines scènes (la plongée au milieu des requins) que par le contenu de l’intrigue. C’est efficace, rythmé, imaginatif, on est happé par l’histoire, assommé par les idées démentielles de l’auteur mais on ressort de tout cela légèrement déçu, avec l’impression qu’il y manque ce petit rien qui aurait transformé ce chouette divertissement en quelque chose de plus abouti.

Le Livre de Poche - 2000

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18 décembre 2019

MORWENNA - JO WALTON

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Cela fait déjà quelques années que Jo Walton s’est fait une place de premier choix dans le petit monde de la SFFF avec des romans originaux qui apportent une petite touche de nouveauté aux différents genres de cette littérature dite populaire. Pourtant, celui qui lui a apporté notoriété et consécration avec rien moins qu’un Hugo et un Nébula n’a finalement pas grand-chose à voir avec lesdits genres. Dans « Morwenna », la SF n’est en effet présente que par le biais des lectures de l’héroïne et de ses discussions avec son père et ses amis. Quant au fantastique et à la fantasy, ils ne sont là que pour mieux illustrer ses sentiments, comme une sorte de métaphore du combat qu’elle livre contre les coups durs du destin et contre elle-même.

C’est que la vie de Morwenna n’est pas des plus roses. Sa sœur jumelle est décédée dans des circonstances tragiques, sa mère a sombré dans la folie et elle a dû quitter ses Galles natales pour une sinistre pension anglaise. Au travers de son journal intime dans lequel elle consigne jour après jour les grands et les petits évènements de son existence, nous découvrons donc une ado de 15 ans qui tente du mieux qu’elle peut de faire front. Pour résister à la solitude, au déracinement et au manque d’affection, Morwenna se réfugie dans deux univers où son imagination trouve à s’exprimer.

La lecture tout d’abord et pas n’importe laquelle puisque ses goûts la portent presque exclusivement vers la Science-Fiction. Les amateurs du genre seront donc en terrain de connaissance et retrouveront sans doute un peu d’eux même dans l’enthousiasme avec lequel la jeune héroïne découvre les œuvres d’Ursula Le Guinn, de Samuel Delany, de Philip K. Dick et bien d’autres encore. Ses échanges avec son père ou les membres de son club de lecture apportent d’ailleurs des éclairages assez intéressants sur certaines des œuvres évoquées et donnent au lecteur quelques pistes fort sympathiques.

Le second univers dans lequel Morwenna se réfugie est la magie. Une magie dont on a d’abord la tentation de croire qu’elle existe réellement. Il nous semble en effet que la petite héroïne est bel et bien dotée de pouvoirs magiques dont elle use pour faire obstacle aux sombres visées de son abominable mère. Mais, au fur et à mesure que nous faisons sa connaissance et que nous décryptons ses réactions et ses commentaires, on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une illusion, d’un moyen qu’elle a trouvé pour échapper à un quotidien qui l’oppresse. Si Morwenna invoque l’esprit de sa sœur, c’est pour essayer de faire son deuil. Si elle pense que sa mère et ses tantes sont des sorcières dont il faut se méfier, c’est parce que ses relations avec elles sont conflictuelles. Si elle compose des charmes et s’entoure d’objets magiques, c’est pour ériger un mur entre elle et les autres élèves de son pensionnat.

Morwenna n’est donc - mais c’est déjà beaucoup - que le portrait d’une enfant solitaire qui finit par réaliser que d’autres personnes partagent ses goûts et ses passions. C’est en même temps une jolie peinture de l’adolescence, période de l’existence parfois douloureuse où l’on pense être le premier à ressentir émois et désillusions, crainte en l’avenir, sentiment de ne pouvoir se dépasser, tentation du suicide…

Un roman qui parlera donc aux passionnés de SF et qui démontrera aux autres que la magie existe bel et bien : il suffit d’ouvrir un livre, n’importe lequel, pour s’en convaincre !

Denoël - Lunes d'Encre - 2014

11 décembre 2019

SORTIE 32.b - ANTONIO DA SILVA

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Comme son titre le laisse supposer, « Sortie 32.b » emmène son lecteur dans un long voyage autoroutier, un road trip aussi pêchu et survitaminé que la Camaro qui figure sur sa couverture. Toute l’histoire se déroule en effet le long d’une autoroute avec tout juste quelques haltes dans les stations essences ou sur les aires de repos. Impossible de quitter le long ruban d’asphalte. Les sorties sont bloquées par la police ou des barrages d’une nature inconnue et les automobilistes sont contraint de tracer leur route. Lucille et son équipe de basket, Aaron et ses frères se retrouvent lancés dans ce qui ressemble à un jeu vidéo grandeur nature où il faut triompher d’obstacles qu’on croirait inventés par un geek morbide, pour passer au « next level » et conserver une chance de survie.

On sent tout de suite les emprunts à la littérature de genre et notamment à l’univers de Stephen King auquel il fait d’ailleurs un petit clin d’œil. L'atmosphère inquiétante de son roman m’a un peu rappelé celle des Langoliers puisqu'il est là aussi question d'un groupe d’individus d’origines diverses confrontés à un évènement incompréhensible et contre lequel ils n’ont aucune prise. Une grosse différence toutefois : le roman de Da Silva est bourré d'action. Passés quelques chapitres introductifs qui servent à nous présenter les différents protagonistes de l'histoire et les premières manifestations du phénomène contre lequel ils devront lutter, le récit prend un rythme redoutablement vif.

En un crescendo presque exténuant, les personnages sont soumis à une succession d’épreuves aussi folles que dangereusement mortelles et doivent faire preuve d’imagination et de volonté pour rester en vie. Il leur faudra tour à tour affronter des adultes transformés en meurtriers psychopathes, des poulpes volants, des drones canardeurs et bien d’autres mauvaises surprises. C’est intriguant et haletant. On ne sait rien de ce qui se passe, on a quelques idées, on formule des hypothèses mais l’enchainement des évènements les rend vite obsolètes. On finit alors par se laisser porter par le rythme étourdissant du récit en se contentant de frémir et d’espérer pour nos jeunes héros.

La plume d’Antonio Da Silva est idéale pour le public « young adult » auquel son roman est a priori destiné. D’une lecture aisée, sans termes ou concepts trop compliqués (exception faite de certaines explications sur la nature du phénomène dont je ne dirai rien pour ne pas déflorer l’intrigue), son écriture coule facilement et permet d’enquiller les chapitres sans s’en rendre compte. Pour autant l’auteur ne se censure nullement et ses descriptions sonnent justes avec des images parfois dures mais jamais choquantes. En fait, le côté « littérature jeunesse » est surtout palpable au niveau des personnages. Nous suivons en effet des ados de 15-17 ans, un groupe de filles et un autre de garçons, avec toutes les histoires de cœur, les petites rivalités et les clashs auxquels on peut s’attendre de la part de jeunes de cet âge. Les individualités sont bien marquées et les personnalités fouillées. L’auteur parvient à nous les rendre proches grâce à un important travail sur les caractères, nous dévoilant peu à peu leurs qualités et leurs faiblesses, leurs fêlures et leurs espoirs et toute leur histoire intime. Un joli travail sur la psychologie de chacun qui constitue sans conteste l’une des réussites de ce roman.

On est donc d’autant plus surpris du changement radical (dont je ne dirai rien pour ne pas déflorer l’intrigue) qui s’opère chez eux en cours de route. Un bouleversement déstabilisant pour le lecteur, dangereux pour la cohésion du roman et qui, tout compte fait – n’apporte pas de réelle plus-value à l’intrigue. L’auteur s’en sort heureusement bien en conservant l’essentiel, c’est-à-dire l’esprit de corps qui nait des épreuves, l’amitié forgée dans l’adversité et l’amour triomphant des difficultés ! La conclusion m’a en revanche laissé un peu sceptique par son côté un peu trop ouvert. A moins qu’une suite ne soit prévue ?

Editions du Rouergue - Epik - 2019

 

4 décembre 2019

LA CITE DU FUTUR - ROBERT CHARLES WILSON

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1872 : les hommes du futur ont créé dans les plaines de l’Illinois la cité de Futurity, deux immenses tours jumelles servant de porte d’accès aux touristes du XXIème siécle et de barnum technologique à destination des américains du cru. Pour avoir sauvé la vie du président Grant, Jesse Cullum, un autochtone affecté à la sécurité, se voit proposer une promotion. En compagnie d’une ancienne « marine », il enquêtera désormais sur le trafic d’objets du futur. Leurs investigations vont emmener les deux partenaires bien plus loin qu’ils ne le supposaient 

Le thème du voyage temporel est un sujet qui intéresse visiblement beaucoup Robert Charles Wilson. Il lui a consacré plusieurs romans dans lesquels il a exprimé cet intérêt de façon tantôt classique (A travers temps), tantôt  insolite (Les chronolithes). Ici, l’approche apparaît de prime abord très conventionnelle. Il y a une porte temporelle au fonds d’un bunker ultra protégé qui n’est pas sans rappeler la Stargate de la série télévisée, ainsi que ces inévitables scènes où les héros se tirent d’affaire grâce à leurs connaissances du futur et quelques objets d’une technologie toute neuve. Pourtant, ce n’est pas le voyage en lui-même qui intéresse l’auteur, ni les paradoxes qui l’accompagnent et qui sont d’ailleurs très vite évacués grâce à la notion de futurs multiples. Non, ce qui semble le passionner, c’est la confrontation de deux mondes et les réactions des gens face à l’inconnu et l’incompréhensible.

Ce choc des cultures – presque de civilisation - est plutôt bien restitué. Il occupe l’essentiel de la première des trois parties du livre, laquelle nous permet d’appréhender la nature des relations que les visiteurs du futur entretiennent avec les « locaux ». On est ainsi à même de mesurer le gouffre qui sépare leurs mentalités respectives, les premiers reprochant aux seconds leur racisme et leur misogynie tandis que ces derniers ont bien du mal à s’habituer à ces touristes venus d’un monde « de putains, de tapettes, de chinois et de nègres ». Le roman est riche de détails qui illustrent fort bien l’état d’esprit des uns et des autres, en particulier le sentiment de supériorité des « touristes » qui s’offusquent du manque d’hygiène de leurs hôtes mais s’interrogent aussi sur leurs responsabilités vis-à-vis d’eux (Peut-on influer sur leur destinée ? Est-il juste de leur refuser les connaissances qui permettraient de soulager certains de leurs maux ?).

Côté scénario, j’ai été moins séduit. Passées les deux premières parties où il est question de trafic d’armes du XXIème siècle et de fugitifs qui comptent refaire leur vie dans une jeune Amérique fantasmée, le récit se transforme en un thriller qui reprend le thème archi connu de la gosse de riche qui s’est enfuie pour faire la nique à son paternel et qu’il faut retrouver avant que le fenêtre temporelle ne se referme. C’est mené tambour battant, l’action est au rendez-vous, la reconstitution historique tient la route mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Fort heureusement, tout cela nous est raconté par Jesse, employé local de Futurity, qui traîne derrière lui un passé compliqué et un ennemi aussi vicieux que revanchard. Le duo qu’il forme avec Elisabeth, lui l’homme du passé, elle la femme du futur, et leur impossible histoire d’amour apporte au récit une touche sentimentale qui lui va bien sans toutefois le faire sombrer dans le sirupeux ou le larmoyant.

La qualité de ces personnages et la belle écriture de l’auteur m’ont donc une fois de plus happé dès les premières pages et j’avoue avoir eu du mal lâcher cette histoire avant que de l’avoir fini. D’autant qu’elle n’est pas seulement divertissante mais invite aussi à réfléchir. Peut-être verra-t-on alors dans les reproches adressés à Futurity par Jesse et quelques autres, une critique d’un capitalisme sans conscience qui s’installe, fait des profits en exploitant les richesses et les populations locales et se retire quand il n’y a plus rien à gagner, sans se soucier des conséquences de ses activités.

Denoël - Folio SF - 2019

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