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28 octobre 2014

LES NOMBRES - VIKTOR PELEVINE

ACH003558619_1412913479_320x320Dès son plus jeune âge, Stepan Arkadievitch Mikhaïlov a passé un pacte avec le nombre 34. En échange d'une dévotion sans faille, il espère s'attirer ses bonnes graces et l'utiliser comme une sorte d'oracle dont les manifestations le guiderait sur le chemin de la réussite. Mais dans une Russie qui se transforme en profondeur, la conviction de Stiopa sera-t-elle suffisante ?

Viktor Pelevine a l'habitude de nous offrir des romans qui ne ressemble à nuls autres, innovants, surprenants, décapants. C'est une nouvelle fois le cas avec cette histoire d'homme convaincu de l'influence des nombres sur sa vie. Il faut dire que la confession de ce jeune loup de la finance ressemble, du moins dans ses débuts, à un conte merveilleux, une sorte de récit initiatique avec son apprenti sorcier, sa bonne fée-chamane, une malédiction qu'il faut conjurer et un double maléfique.

Et ça marche plutôt pas mal. On est de suite accroché par l'itinéraire de ce russe qui cherche à se faire sa place au soleil dans cette Russie fin de siècle qui découvre les « bienfaits » du capitalisme. Comme lui, on se prend au jeu de la numérologie et l'on en vient à croire qu'il parviendra à surmonter tous les obstacles grâce à cette aide surnaturelle.

Avec une grande virtuosité, Viktor Pelevine construit tout son roman autour des nombres. Chaque chapitre est d'ailleurs précédé de l'un d'eux qui, bénéfique ou néfaste, donne le ton de la tranche de vie qui nous est contée. L'auteur déploie des trésors d'inventivité pour faire surgir une référence à tel ou tel d'entre eux et se livre à d'étranges constructions intellectuelles pour déterminer leur valeur : une fourchette avec ses quatre pointes et les trois espaces entre celles-ci représente-t-elle un quatre et un trois (43) ou un trois et un quatre (34) ? Peut-on se fier au 6, ce chiffre ambigu qui se camoufle trop aisément en 9 ? Et que penser de certains caractères de l'alphabet cyrillique qui ressemblent de façon troublantes à des chiffres ?

Les nombres et toutes leurs combinaisons déterminent donc l'existence du héros. Elles influencent toutes ses décision, ses investissements, sa façon de manger et même ses pratiques sexuelles. Bien sûr, cette marotte sera cause de bien des situations rocambolesques et on hurlera de rire à certaines des mésaventures du pauvre Stiopa.

Mais derrière le récit joyeux et déjanté se cache une redoutable satyre. L'histoire de Stiopa se confond en effet avec celle de la Russie post-soviétique et lui-même dissimule sous son allure de Pikachu rondouillard un financier prêt à tout pour réussir. L'air de rien, Pelevine nous retrace ces années troubles qui, de Eltsine à Poutine, virent l'ascension et la chute des fameux oligarques, ces hommes d'affaires qui s'engraissèrent sur le cadavre de l'URSS.

Il nous montre de quelle manière ils s'y sont pris pour s'enrichir, achetant la protection des mafiosis, pratiquant le pot de vin à grande échelle et la collusion avec le politique. Sur le ton de la comédie, il dénonce les meurtres et le chantage, les comptes off shore, les "banques de poche" qui ne servent qu'au blanchiment de l'argent sale, bref tous les rouages du capitalisme à la sauce slave. Il en profite aussi pour se moquer de ce microcosme vain qui gravite autour d'eux, publicitaires escrocs, pseudo artistes et mannequins prostituées sans oublier bien sûr le sommet de l'état qui en prend aussi pour son grade : « Le pouvoir russe possède deux fonctions principales qui ne changent pas depuis de très nombreuses années. La première, c'est de voler. La deuxième, c'est d'étrangler tout ce qui est sublime et pur. » Pas sûr que Poutine apprécie beaucoup.

Avec « Les nombres » Viktor Pelevine dresse donc un nouveau portrait au vitriol de cette société russe tellement désorientée qu'elle préfère s'en remettre à la superstitions et à ses gourous plutôt qu'à leurs dirigeants.

Editions Alma - 2014

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20 octobre 2014

LA RECUP' - JEAN-BERNARD POUY

57391521Antoine est un honnête artisan spécialisé dans la serrure ancienne. Enfin, honnête il ne le fut pas toujours, et seul un petit séjour au placard l'a remis dans le droit chemin. Alors, quant on lui propose 10.000 euros pour une affaire rapide et sans risque, il n'hésite pas bien longtemps. Mais si le cambriolage s'avère aussi facile que prévu, ses commanditaires se montrent nettement moins honnêtes et le laisse a moitié mort sur un quai de gare. Quant il reprend conscience sur son lit d'hôpital, Antoine sent la moutarde lui chatouiller les narines. Il décide alors de se faire justice et de récupérer son dû. Ses 10.000 euros. Comme Lee Marvin dans Blank Point. Sauf que là, c'est pas du cinéma.

Et encore un J-B Pouy qui se lit à la vitesse de l'éclair. Faut dire qu'on y retrouve tout ce qui fait le sel de ses romans : du rythme, de l'action, de l'humour et, bien sûr, quelques unes des belles saloperies dont les puissants de ce monde ont le secret ; ici la spoliation des biens juifs et les magouilles politico-mafieuses.

Son récit est mené tambour battant avec à peine quelques respirations, le temps d'une planque en Corse où d'un séjour en Bretagne. Il nous tient en haleine avec une traque où l'on ne sait plus très bien qui est le chasseur et qui est le gibier. Les découvertes s'enchaînent et les emmerdes vont crescendo. On en sort aussi essoufflé que le héros qui passe par toute la palette des émotions : surprise, abattement, colère, peur, accablement, excitation. Comme lui, on se laisse embarquer dans un dangereux engrenage dont on se demande s'il parviendra à se sortir.

L'empathie avec le bonhomme fonctionne à merveille. Avant de le jeter dans la clandestinité l'auteur nous a fait pénétrer son quotidien. Il nous a présentés ses rares amis, sa chouette voisine, les habitués du Balto. On a découvert sa passion des vieux mécanismes et son goût de l'authentique. On a même versé une petite larme à l'évocation des funérailles de son père. Et puis, un gars né en mai 68 ne peut pas être un mauvais bougre.

De fait, Antoine représente un peu la revanche des humbles sur les puissants. C'est David face aux Goliath de la mafia et de la finance. On se rend vite compte qu'il n'arrivera pas à faire chuter ses adversaires, mais on est quand même bien content de le voir se rebiffer, jouer le rôle du caillou dans la chaussure.

La récup' est l'un des polars les plus classiques de l'auteur, avec des mafiosis, des détectives, des journalistes et des baveux. Ce n'est en revanche pas le meilleur, à cause, peut-être, de ce « clacissisme ». J'ai néanmoins pris un grand plaisir à me laisser porter par l'écriture savoureuse de J-B Pouy, avec ses jeux de mots et ses calembours qui, parfois, prennent des allures de poésie : « Je ne parvenais plus à mettre les points sur les i, ni l'accent sur la cime qui est tombée dans l'abîme ».

Fayard - Points Roman Noir - 2009

15 octobre 2014

LA MONTAGNE MORTE DE LA VIE - MICHEL BERNANOS

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Un jeune homme est enrôlé de force sur un Galion en route vers les colonies espagnoles. Sous la houlette du cuistot, un vieux loup de mer bourru mais sympathique, il découvre la dure réalité de la vie à bord jusqu'à ce que le navire fasse naufrage. Seuls survivants, les deux compagnons accostent une île étrange, déserte et dominée par une montagne de couleur ocre. Espérant trouver de l'aide sur le versant opposé, ils entreprennent son ascension.

Curieux roman que ce livre de Michel Bernanos, le fiston du grand George. Il débute à la façon d'une bonne petite histoire d'aventures maritimes et l'on pense immédiatement à L'île au trésor de Stevenson ou L'ancre de miséricorde de Mac Orlan.

Cependant, on se rend vite compte que l'on a pas affaire à de la littérature de jeunesse. L'univers de la marine à voile qu'il nous dépeint est fait de cruauté et de souffrance. Les conditions de vie y sont précaires, l'équipage violent et la mutinerie, ce classique des histoires de pirates, débouche ici sur une scène de cannibalisme absolument hallucinante.

Les péripéties qui se déroulent sur l'île où les deux compagnons trouvent refuge sont tout aussi dantesques. Baignés en permanence par une atmosphère rouge sang, ils vont pénétrer un monde angoissant, déserté de toute vie animale et seulement peuplée de statues d'une inquiétante expressivité. Tenaillés par la peur et la soif, ils vont vivre un long cauchemar éveillé. Ils traverseront des forêts mystérieuses, franchiront des gouffres redoutables et affronteront des fleurs carnivores ou des lianes suceuses de sang.

Un voyage au bout de la vie étrange et émouvant, raconté avec une grande simplicité. Presque un long poème en prose d'une beauté envoûtante.

Livre de Poche - SF - 1977

10 octobre 2014

FOETUS-PARTY - PIERRE PELOT

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Sur une terre polluée et peuplée d'une humanité pléthorique, une journée de la vie de quatre individus partagés entre révolte et résignation.

A la fin des années soixante-dix, Pierre Pelot a écrit une série de romans qui ont en commun des univers dystopiques particulièrement sombres et des titres latino-saxons qui se la pètent : Delirium Circus, Parabellum Tango, Canyon Street et ce Foetus-Party dont c'est que j'vais vous causer aujourd'hui.

Dystopie donc, et des plus noires. Pelot n'y va avec le dos de la cuiller et nous offre une vision du futur proprement abominable. La Terre n'est plus qu'une vaste conurbation, bitume et béton partout et par-dessus, quinze milliard d'humains affamés. Le régime qui préside aux destinées de cette multitude est comme il se doit totalitaire et s'est donné pour mission de lutter contre la surpopulation. Tous les moyens sont bons : on pousse les vieux au suicide, on supprime les délinquants puis on recycle tout ce beau monde. Rien ne se perd, tout se transforme. Ici, pas d'hypocrisie. C'est expliqué, assumé, revendiqué. Harry Harrison et son Soleil vert peuvent aller se rhabiller.

Mais le Saint Office Dirigeant a trouvé encore mieux. Plutôt que de supprimer les vivants, pourquoi ne pas leur passer l'envie de naître ? Pour ce faire on donne au fœtus une petite vision de ce qui l'attend, comptant sur le choc salutaire qui provoquera la mort avant la naissance. Et si jamais le fœtus persiste dans son désir de vivre, il n'aura qu'à s'en prendre à lui-même ! Voilà pour le cadre.

Côté intrigue, c'est en revanche moins spectaculaire. Pelot utilise la méthode de la pelote qui rembobine plusieurs fils conducteurs finissant par se rejoindre. Autant de tranches d'une vie de merde, sans perspectives et sans espoir. Il y a celle de Trash le dealer à la petite semaine, de Mark et Eva Lipton qui tentent pour la troisième et dernière fois d'avoir un enfant et de Ross/Jent un « visiteur » dont on ne sait à peu près rien. Enfin au début, car on devine très vite de qui il s'agit réellement, ce qui enlève une bonne part de son intérêt au récit.

On reste néanmoins scotché par les visions dantesques que suscite l'écriture de l'auteur. Une prose d'une grande beauté avec des phrases sèches comme des sentences (« Le bien, comme le mal, n'existe pas. Rien n'existe. Sauf la connerie. ») ou empreintes d'une poésie désespérée (« Et les vagues-montagnes se lèvent, gercent, frisent coagulées, s'empustulent et se ratatinent, se boursouflent, s'emmêle-hérissent et s'emberlicripottent, s'explosiforment, s'enchiassent. »).

« Foetus-Party » est donc un roman dur qui nous montre un résultat possible de l'utilisation abusive des ressources de notre planète. Un monde qui, à l'instar du jeu du Poniachet auquel s'essaie l'un des personnages, ne laisse de choix qu'entre la mort et... la mort.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

5 octobre 2014

LES PILLARDES - JEAN ROLLIN

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Alors qu'elle dîne en famille dans un restaurant du XXème arrondissement, Anissa se sent irrésistiblement attirée par le cimetière du Père Lachaise. Là, elle rencontre une vieille connaissance en la personne de L'homme chantant qui lui propose de lui conter la suite des aventures de ses deux redoutables amies.

"Les orphelines vampires", quatrième ! Eh oui, voici déjà le quatrième volet des aventures des vilaines petites goules de l'ami Rollin. Pas vu le temps passer, moi. Faut dire que ces petits romans ont une fâcheuse tendance à tous se ressembler et j'ai eu cette fois encore l'impression de lire la même histoire... à quelques différences près.

On retrouve ainsi les mêmes héroïnes qui, après s'être appelées Henriette et Louise puis Judith et Edith, se prénomment désormais Ethel et Rachel, et l'on côtoie les mêmes personnages (L'homme chantant, L'homme pourpre, le renard, Nicole...), les mêmes lieux (le père Lachaise et les falaises de craie de la côte d'albâtre) et les mêmes décors (horloges, rails...). Maisen dépit de toutes ces ressemblances, il y a quand même un peu de nouveauté.

Tout d'abord, cet opus est de loin le plus sanglant des quatre. Il s'ouvre sur un véritable massacre au cours duquel les convives d'un repas d'anniversaire sont trucidés à coup d'épée et de tisonnier puis enchaîne tout du long les scènes de meurtres et d'anthropophagie. Il y a ensuite quelques nouveaux personnages dont Fleur de rail, une dangereuse hyène-garou à l'appétit insatiable, et Maurice, le mari d'Anissa qui jouera un rôle non négligeable dans le cours du récit.

Enfin,ce roman dévoile un peu du mystère qui entoure l'existence des deux héroïnes. Quelques indices laissent en effet penser que tout ne serait qu'un rêve issu de l'imagination d'Anissa : « Tu sais bien qu'Anissa vit tout un tas d'aventures qu'elle se raconte à elle-même » confesse son époux à ses enfants. Une révélation qui semble se confirmer puisqu'à deux reprises elle parvient à changer le cours de l'histoire que l'homme chantant est en train de lui raconter.

L'histoire se terminera néanmoins par la traditionnelle chute des sanguinaires petites pestes dans une fosse commune et par la promesse d'une suite prochaine.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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