VISAGES ET CHOSES CREPUSCULAIRES - JEAN RAY
Publiées dans diverses revues entre 1932 et 1961, les dix huit nouvelles qui composent ce recueil ne forment pas un tout homogène. On peut toutefois les regrouper en trois catégories principales.
La première rassemble des récits d'ambiance qui ont pour cadre des villes d'Europe du Nord, ports allemands ou flamands où règnent le brouillard, l'obscurité des ruelles et la fumée des troquets. Le plus souvent le fantastique n'y est que suggéré. Entre cauchemars et racontars de marins ivrognes, difficile de faire la part de la vérité et celle de la superstition. Dans Storchaus ou La maison des cigognes, une maison organique propose un bien étrange marché à ses occupants, Le bout de la rue est une allégorie sur le destin et la mort, Baraterie interroge le sentiment de culpabilité d'un capitaine hanté par les fantômes de marins disparus en mer et Passez à la caisse ! est une insignifiante histoire de pesée des âmes. La présence horrifiante est sans doute la meilleure du lot. Elle parvient en tout cas à installer une vraie tension jusqu'à une chute qui ferait presque sursauter.
Les six nouvelles suivantes ont pour sujet des thèmes d'un fantastique plus traditionnel : Mondschein-Dampfer nous propose une gentille variation sur la légende de Faust, Dieu, toi et moi est un récit de vampire assez banal et Merry-go-round met en scène un objet possédé par une force mauvaise, en l'occurrence le cheval de bois d'un manège. Secte malaise et lycanthropie sont au cœur de La Princesse Tigre tandis que La trouvaille de Mr Sweetpipe nous parle de quatrième dimension d'une façon assez terne et confuse.
Coïncidence ou pas, les nouvelles les plus intéressantes sont celles qui ne comportent aucun élément d'ordre surnaturel. Celles-ci se déroulent presque toujours en Angleterre et se distinguent par un humour particulièrement grinçant. Ainsi de Mr Gless change de direction ou comment un épicier est conduit à jouer les émules de Jack l'éventreur, La chandelle du réveillon qui nous dévoile une façon originale mais peu charitable d'échapper à une malédiction, Je cherche Mr Pilgrim, un modèle de vengeance et de réalisme, Dents d'or ou quant un pilleur de tombes doit faire face à une coriace concurrente, J'ai tué Alfred Heavenrock ! récit dans lequel un séducteur beau parleur apprend à ses dépens que les mensonges se réalisent parfois. Enfin, L'idylle de Monsieur Honigley est une histoire d'amours contrariées entre un lord anglais est une jeune allemande un peu simplette qui vient confirmer le fameux adage : "le cœur à ses raisons que la raison ignore".
Le recueil se termine sur deux versions inachevées d'un même texte. Prélude à Saint-Judas-de-la-nuit et Saint-Judas-de-la-nuit nous parlent d'un livre maudit, de bateleurs et d'envoutement. Malheureusement les récits sont bien trop tronqués pour se faire une juste opinion de leur valeur.
Nouvelles Editions Oswald - 1982






