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26 février 2017

FRANCOIS LE CHAMPI - GEORGE SAND

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Abandonné au beau milieu des champs, d'où son surnom, le petit François est recueilli par la Zabelle, une vieille paysanne démunie. Tous deux sont hébergés dans une vieille masure appartenant à Cadet Blanchet un meunier peu sympathique. Ils peuvent heureusement compter sur la générosité et le dévouement de son épouse Madeleine qui ne ménage ni ses efforts ni sa tendresse pour élever au mieux le petit François. En grandissant, l'enfant trouvé va vouer un amour inconditionnel à sa presque mère...

Je n’avais encore jamais lu de livre de George Sand et ne connaissait son œuvre qu’au travers des adaptations pour le petit écran des plus connus de ses romans champêtres, « La mare au diable », « La petite Fadette » ou « Les maîtres sonneurs ». « François le Champi » appartient lui aussi à cette série d’histoires régionalistes par lesquelles elle a rendu une sorte d’hommage à son Berry tant aimé.

Elle a cherché au travers de ces textes à composer des récits qui garderaient la fraîcheur et l’authenticité d’un conte campagnard tout en étant accessibles à l’ensemble de ses lecteurs. Elle s’est donc attachée à gommer le plus possible la rudesse du parler berrichon tout en conservant une grande simplicité de style et de nombreux emprunts au patois local. Cela donne à son roman la couleur d’un fabliau raconté au coin du feu, un soir de veillée. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle présente son roman dans l’avant-propos : la simple retranscription d’une histoire contée par un chanvreur et la servante du curé.

Outre la fraîcheur de son thème et de son écriture, on retrouve dans ce livre ses idées libérales. Elle y dénonce notamment les a priori et la médisance populaire qui veulent qu’un enfant trouvé soit mauvais par nature. Ce faisant elle démontre que la valeur et les qualités de cœur n’ont rien à voir avec la position sociale et que, à l’instar du bon sauvage de Rousseau, le paysan vaut souvent bien mieux que le citadin.

Pour autant le grand thème du roman reste l’amour. Amour maternel et filial mais aussi amour charnel par-delà la différence de condition et la différence d’âge. On reconnaît là encore les idées d’ouvertures et de tolérance de l’auteur, son affranchissement des conventions sociales de l’époque et sa volonté de vivre pleinement sa vie de femme émancipée.

Le livre de Poche - Classiques

 

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22 février 2017

LES HOMMES SALMONELLE SUR LA PLANETE PORNO - YASUTAKA TSUTSUI

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Une expédition scientifique japonaise explore la planète Nakamura surnommée la planète « Porno » en raison de la tendance de sa faune et de sa flore à copuler et se reproduire à tout va. Lorsque la botaniste de l’équipe tombe enceinte après avoir été fécondée par une spore, une expédition est montée pour se rendre auprès des nunubiens, une race humanoïde dont on pense qu’elle connaît un remède à cette grossesse non désirée.

Yasutaka Tsutsui est principalement connu en France  pour « La traversée du temps », un roman de SF jeunesse adapté avec succès pour le cinéma. Avec « Les hommes salmonelle sur la planète porno » on change de public. Mais attention, malgré son titre racoleur et sa couverture explicite il ne s'agit pas de littérature pornographique. En fait, nous sommes toujours en présence de science-fiction et, pour être plus précis, de hard-science.

Une bonne part de l'histoire de ce court roman consiste en effet en débats scientifiques entre un bactériologiste et un biologiste. L’auteur en profite pour élaborer quelques théories originales à propos de la faune et de la flore de la planète dont une surprenante « théorie de la dégénérescence » qui prend le contre-pied exact de celle de Darwin. Il imagine aussi un écosystème libidinal où les relations entre espèces ne se feraient pas de prédateurs à proies mais consisteraient en une sorte de symbiose sexuelle, quelque chose comme la victoire d'Eros sur Thanatos.

N’allez surtout pas croire au vu de ce qui précède que le texte de Tsutsui soit rébarbatif. L’expédition des professeurs Mogamigawa, Sona et Yohachi à travers la jungle de la planète Nakamura leur réserve bien des surprises,  pas toutes désagréables puisque les rouges-glands, les touches-pipettes et autres farfouilleuses n’en veulent pas à la vie de nos héros mais simplement à leurs attributs virils. Ils devront aussi se méfier des réveille-bobonnes dont le cri provoque des rêves érotiques et des champs de myosotristes dont le parfum provoque un phénomène « Algernon » de perte de mémoire et de régression intellectuelle…

Humour et réflexion sont donc présents en parts à peu près égales et je regrette juste d’en avoir appris si peu sur les nunubiens qui constituent pourtant le but de l’expédition. A part leurs mœurs libérées et leur don de télépathie on n’apprend guère de choses sur eux, leur origine, leur organisation sociale et leur vie sur cette planète obscène et vicieuse. De même, les autres personnages de la mission scientifique entrevus au début de l’histoire sont trop peu utilisés. Il y avait me semble-t-il matière à nous concocter quelque chose comme un MASH spatial avec ces scientifiques et leurs histoires de cul confrontés à un environnement riche de découvertes extraordinairement grivoises.  

Cela n’est cependant pas bien grave puisque j’ai passé une heure bien réjouissante sur cette étonnante planète et je pense m’attaquer très bientôt à « Hell » l’autre roman de Tsutsui édité dans cette collection Iwazaru que les éditions Wombat consacrent aux auteurs nippons.  

Nouvelles Editions Wombat - Iwazaru - 2017

12 février 2017

COMME DES RATS - PATRICK RAMBAUD

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Chassés des Halles de Paris à l’occasion de leur transfert à Rungis, la tribu de Martuccio est contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons. Mais trouver des terriers accueillants et suffisamment de nourriture pour vingt mille rats affamés n’est pas chose aisée. Le vieux chef et sa nombreuse progéniture devront faire preuve d’inventivité et de témérité pour trouver un nouveau havre.

Même si les studios Disney en ont fait un héros de dessins animés, le rat continue de provoquer chez la plupart des gens un dégoût instinctif. On a beau le savoir sous nos pieds, dans les égouts, les caves et les tunnels du métro, on a beau lui reconnaître une certaine utilité dans l’élimination de nos déchets, on ne peut s’empêcher de frissonner quand on aperçoit sa silhouette ramassée et sa queue annelée. Bref, à part les gothiques et quelques originaux, le rat n’est pas un animal dont on recherche la compagnie. Cela explique qu’on ne sache finalement que très peu de choses sur ce rongeur qui n’est pourtant jamais bien loin de l’homme.

Le roman de Patrick Rambaud nous permet de combler cette lacune. Grace à lui on apprend pas seulement beaucoup sur les rats mais on devient rat, parcourant le monde au « ras du sol », le nez dans le caniveau et la gueule dans les poubelles. On découvre ainsi un animal particulièrement intelligent, capable de s’adapter à presque toutes les situations et mené par une fringale inextinguible qui l’oblige à une perpétuelle quête de nourriture. Heureusement pour lui le rat fait ventre de tout : poisson, viande, légume, papier, tissu, la moindre parcelle comestible le contentera. Il peut même à l’occasion se faire anthropophage lors des périodes de disette ou après avoir massacré ses ennemis.

C’est que le rat n’est pas commode. Pas question d’empiéter sur un territoire toujours trop petit en raison des quatre à cinq portées annuelles de chaque femelle mature (elles le sont dès trois mois). Cette démographie galopante l’oblige à chercher constamment de nouveaux territoires d’où de fréquents combats avec les tribus voisines. Une existence mouvementée et dangereuse qui explique que la durée de vie moyenne d’un rat sauvage n’excède pas les neuf mois.

Mais neuf mois d’une vie de rat, ça peut être diablement rempli. On s’en rend compte en suivant les tribulations de Gaspardino, Hubert et Eudipe au cœur de Paris. Nous visitons en leur compagnie les coulisses de la capitale, des vieilles Halles aux chambres luxueuses d’un palace, des berges de la Seine aux cuisines de restaurants, des taudis les plus crasseux aux cages aseptisées d’un laboratoire. Bien des surprises attendent nos malheureux gaspards aux cours de leurs escapades, à commencer par les multiples pièges que les « gros », c’est-à-dire nous autres les humains, sèment sur leur route. Poison, sucre additionné de plâtre, glu, tapettes, les périls sont nombreux et presque toujours mortels. Ils doivent aussi compter avec les autres animaux, en particulier les vilains matous, et surmonter des problèmes forts compliqués tels que sortir d’une baignoire aux parois bien lisses et traverser les rues sans se faire ratatiner !

Ce roman éminemment sympathique, souvent drôle, parfois moins (la scène avec le bébé, brrr !!!) est donc une belle occasion de nous documenter sur cet animal que nous qualifions de nuisible. Un qualificatif plutôt paradoxal de la part d’une espèce qui est en train de foutre en l’air sa planète !

Grasset - 2002

 

5 février 2017

FRANKENSTEIN OU LE PROMETHEE MODERNE - MARY SHELLEY

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Passionné par ses études sur la « philosophie naturelle » et la chimie, le jeune Victor Frankenstein entreprend de percer le secret de la vie. Au bout de longs mois de recherche et d’expérimentation, il parvient à créer un être vivant. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances. Le fruit de son travail n’est qu’une caricature d’être humain et, pour achever son désarroi, il lui échappe et entreprend de semer la mort dans son entourage.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert les films consacrés à Frankenstein bien avant de lire l’œuvre originale dont ils étaient tirés. En entamant la lecture du roman de Mary Shelley, j’avais donc présentes à l’esprit un certain nombre d’images bien ancrées désormais dans l’imaginaire collectif. J’en fus pour mes frais. Pas de château isolé ni de de laboratoire dans la plus haute de ses tours, pas de profanation de sépultures ni de cadavres, pas d’orage, pas de foudre et pas plus de paysans brandissant torches et fourches.

Qui plus est, la créature n’est pas ce monstre maladroit et abruti que la Hammer ou Hollywood en ont fait. Son allure est certes monstrueuse au point de faire fuir quiconque l’aperçoit mais sous son apparence repoussante elle dissimule une rare sensibilité. Prévenante, accessible à la beauté, respectueuse de la vie au point de refuser de se nourrir d’êtres vivants, elle se montre supérieur à son créateur à bien des égards. Certes la créature va tuer à plusieurs reprises mais ses crimes seront le fruit de son désespoir et non le résultat d’une quelconque perversion. Rejetée par les hommes et notamment par celui à qui elle doit la vie, affreusement seule, elle ne s’en prend aux proches de Victor Frankenstein que pour le contraindre à lui « fabriquer » une compagne faite à son image.

En comparaison, le savant fait preuve de beaucoup moins de grandeur d'âme. Il délaisse les siens pour s'occuper de son Grand Oeuvre et n’éprouve aucune compassion envers la « chose » qu’il a créée. Tout juste peut-on lui reconnaître un certain courage et une grande pugnacité dans sa traque du monstre qui le mènera jusqu'aux étendues glacées du pôle nord. Et même à l’heure de sa fin, alors que sa créature fait preuve d’un remord sincère, il reste inaccessible à la pitié et continue de se poser en victime, rejetant sur elle la responsabilité de ses malheurs. Victor Frankenstein est donc un homme peu équilibré guidé successivement par la passion, la peur et la vengeance.

On est finalement bien loin des histoires d'horreur auxquelles le nom de Frankenstein est généralement associé. Ceci étant, le titre complet du roman qui nous renvoie au mythe de Prométhée aurait dû me mettre la puce à l’oreille. L’auteur ne voulait sans doute pas tant effrayer le lecteur que lui donner à réfléchir sur la nature humaine et la vanité qui pousse l’homme à s'engager sur le chemin de la connaissance sans réfléchir aux conséquences de ses actes. En ce sens « Frankenstein » nous parle bel et bien de responsabilité. Responsabilité du scientifique à l’égard de la société, responsabilité du père envers son enfant et peut-être, responsabilité de Dieu envers sa création, ces hommes et ses femmes dont il ne semble guère s’occuper….

Marabout 1964

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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