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27 août 2017

LA GUERRE DES MONDES - H. G. WELLS

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En 1896, la paisible campagne du Surrey est le théâtre de la première rencontre avec des extra-terrestres. Mais ce qui devait être un évènement scientifique considérable se transforme rapidement en cauchemar. Les martiens ne sont en effet pas animés de bonnes intentions et entreprennent de conquérir la planète. 

H. G. Wells est à juste titre considéré comme le père de la science-fiction moderne. En seulement quatre ou cinq romans il a jeté les bases des grands thèmes de ce genre littéraire, du voyage temporel ( La machine à explorer le temps) au savant fou (L’homme invisible, L’île du docteur Moreau) et du voyage interplanétaire (Les premiers hommes dans la lune) à l’invasion extra-terrestre, sujet de cette « Guerre des mondes » dont je vais vous entretenir.

Le roman se présente comme un long témoignage, celui d’un écrivain philosophe, une qualité qui permettra à l’auteur quelques apartés et réflexions sur la nature humaine. Ce narrateur, personnage principal de l’histoire, n’a cependant rien d’un héros et c’est tout à fait par hasard qu’il se retrouve au plus près des évènements dont il nous parle. Il n’y jouera cependant aucun rôle et restera de bout en bout un simple observateur. Il va néanmoins faire œuvre de journaliste en nous contant le plus exactement possible cette invasion dont il vécut la plupart des péripéties ou dont il eut connaissance par le biais de son frère ou de quidams rencontrés en chemin.

Nous n’ignorerons donc rien des différentes phases de l’attaque, de l’atterrissage des premiers « cylindres » martiens aux ultimes combats. Il s’étend tout particulièrement sur les destructions spectaculaires provoquées par les envahisseurs : campagnes ravagées, villes anéanties, populations massacrées. Il s’attarde aussi beaucoup sur leur technologie en nous expliquant assez précisément le fonctionnement de leurs machines et de leur armement. Enfin, il consacre également quelques pages aux martiens, à leur particularités anatomiques et leur curieuse façon de s’alimenter.

Ce qui surprend toutefois le plus dans son récit c’est le ton dépassionné et raisonné avec lequel il relate son histoire. Il est bien sûr choqué par ce qu’il voit et horrifié par les effets de l’invasion. Il se sent comme tous les autres, démuni face à cet ennemi tout puissant et sera bien évidemment soulagé de leur échec final. Pour autant, il ne vitupère pas contre les martiens et semble même comprendre les raisons de leur attaque, presque les justifier. Il assimile d’ailleurs leur attitude à celle des hommes envers la gent animale qu’ils dominent et exploitent. Il compare aussi à plusieurs reprises les hommes à des fourmis qu’on écarte de son chemin lorsqu’elles vous gênent, qu’on écrase sans presque s’en rendre compte et se demande même si les martiens ont conscience de l’intelligence des hommes.

C’est paradoxalement à l’espèce humaine qu’il réserve ses jugements les plus sévères ; Au travers des quelques portraits qu’il brosse – la couardise du vicaire, la forfanterie de l’artilleur – et des scènes de sauve qui sait général où l’égoïsme et les plus bas instincts réapparaissent rapidement, il montre le peu d’estime et de confiance qu’il porte à ses congénères. Et finalement on peut se demander si son roman, avec ses engins de guerre futuristes (véhicules blindés, mise au point d’engins volants, gaz asphyxiants), ses scènes de destructions massives et ses exodes, ne préfigurerait pas davantage les futures guerres mondiales qu’une véritable guerre des mondes.

Gallimard - Folio - 1987

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8 août 2017

LA BROCANTE NAKANO - HIROMI KAWAKAMI

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Dans la même veine que « Les années douces », « La brocante Nakano » est la chronique douce-amère de la vie d’une brocante et de ses habitués dans un quartier populaire de Tokyo. Il y a là Haruo Nakano le propriétaire, un quinquagénaire impulsif mais néanmoins fort sympathique, sa sœur Masayo, une artiste du même âge, et deux jeunes employés, Hitomi la vendeuse et Takeo le chauffeur. D'autres personnages gravitent autour de ce noyau dont Sasiko et Murayama les compagnons respectifs des Nakano.

Tout au long des douze chapitres qui composent le roman nous assistons à la façon dont se nouent et se dénouent les histoires de cœur de ce quatuor. Nous suivons plus particulièrement celle qui se dessine entre le très renfermé Takeo et la non moins timide Hitomi et qui sert un peu de fil conducteur au récit. Avec beaucoup de tact et de simplicité, mais sans fausse pudeur, Hiromi Kawakami décrit fort joliment les rapports des uns et des autres. Il y a beaucoup de non-dit dans cette histoire. Les japonais semblent avoir du mal à dévoiler leurs sentiments et à se confier. Ils tournent autour du pot, s’épient, extrapolent mais répugnent à avoir une discussion franche. Cela génère forcément pas mal d’incompréhension et de frustration, de malentendus et de rendez-vous manqués.

Le lecteur amateur d’intrigues complexes ou d’histoires à rebondissements sera déçu car il faut bien avouer qu’il ne se passe pas grand-chose de notable. Chaque chapitre est axé sur un objet de la brocante et constitue une petite nouvelle qui permet à l’auteur d’égrener une succession de menus faits quotidiens sans grande importance. Mais pour anodins qu’ils soient, ils permettent de se faire une représentation précise du caractère de chaque personnage. Leur portrait n’est pas peint une fois pour toute mais se dessine chapitre après chapitre, jour après jour au gré des évènements qui surviennent dans leur vie quotidienne.

Se dessine ainsi une géographie intime des personnes et des lieux. Car la réussite du roman doit beaucoup à l’environnement dans lequel évoluent les personnages et à la façon dont l’auteur restitue l’ambiance de quartier. Il y a la brocante bien sûr, ce fourre-tout magique et dérisoire où se déroule une bonne part de l’histoire mais d’autres décors apportent leur touche de réalisme : la pâtisserie Poésie, la pension Kanamori avec son joli parc paysagé et ses hôtes acariâtres, les salles de vente ou le minuscule studio d’Hitomi. Cela permet également de se faire une idée du mode de vie des japonais, de leurs habitudes de consommation ou encore du regard qu'ils portent sur leur passé récent.

Au final, « La brocante Nakano » est un roman bien rafraîchissant dont on ressort avec le sentiment de quitter de vieux amis et le regret qu’un tel lieu n’existe que dans l’imagination de l’auteur. 

Editions Philippe Picquier - 2007

  

2 août 2017

ROMA AETERNA - ROBERT SILVERBERG

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Roma Aeterna est un livre qui mérite d’être lu. Onze nouvelles, deux mille ans d’histoire, des dizaines de personnages de premier plan, un travail de recherche considérable, une écriture solide et agréable de bout en bout, ce gros volume de plus de cinq cent pages ne manque pas de qualités. Mais malgré ces nombreux atouts, Robert Silverberg n’est pas parvenu à en faire le grand roman uchronique qu’il espérait. La faute à qui ? A son manque d’audace.

Cette histoire alternative où l’empire romain n’a jamais succombé aux assauts des barbares germains et des ottomans reste beaucoup trop sage. Une fois le concept posé, la nature et la chronologie des événements sont à peu près calquées sur celles que nous connaissons : découverte du nouveau monde, renaissance, première circumnavigation, terreur révolutionnaire, sa réalité bis ressemble beaucoup trop à la nôtre. L’évolution technique n’a été ni accélérée ni ralentie, pas d’invention surprenante ou de système politique novateur, tout reste très conventionnel ; jusqu'aux touristes qui visitent les ruines de Pompeï et font bronzette à Capri.

Les intrigues de ces récits ont également tendance à se répéter. Ainsi, deux nouvelles mettent en scène le frère d'un empereur qui se révèle à la faveur de circonstances exceptionnelles et deux autres traitent d'un coup d'état. Il y a bien ici et là quelques sympathiques trouvailles comme la conquête de l'empire aztèque par un viking ou la façon dont l’islam est tué dans l’œuf par l’élimination de celui qui n’est encore qu’un marchand un peu excentrique, mais il faut attendre la toute dernière nouvelle du recueil pour avoir une idée vraiment originale avec ces juifs du XXème siècle bien décidés à trouver la Terre Promise parmi les étoiles.

Il faut dire aussi que Silverberg a choisi ses personnages parmi les classes supérieures - empereurs, généraux, consuls, riches marchands - s’empêchant par là même de nous faire découvrir la vie du petit peuple. J'aurais pourtant aimé découvrir en quoi le maintien de l’ordre impérial par-delà les siècles a pu influer sur leur existence quotidienne (rapport à l'autorité, justice, aspirations diverses, déplacements...). C’est d’autant plus dommage que la seule nouvelle (« Une fable des bois véniens ») qui ait pour héros des gens du commun permet d’apprendre beaucoup sur la perception que les peuples fédérés – ici les germains – ont du régime impérial et de leur qualité de citoyens romains.

Ceci étant, "Roma Aeterna" a les qualités de ses défauts. En nous faisant évoluer dans les hautes sphères du pouvoir, l’auteur nous donne un ouvrage très politique, une intéressante réflexion sur le pouvoir et l’usage que l’on en fait. Et puis ses personnages, pour mondains et haut placés qu’ils soient, sont extrêmement intéressants. Des personnages pas toujours très sympathiques mais forts convaincants. Qu’ils soient horripilants, attachants ou émouvants, ce sont eux qui apportent aux nouvelles, saveur et profondeur. J’ai notamment beaucoup aimé ce courtisan exilé à La  Mecque et qui cherche l’occasion de rentrer en grâce, ce diplomate en poste à Venise qui hésite entre amour et ambition ou encore ce militaire parti conquérir le nouveau monde et qui voit s’effondrer ses rêves de gloire.

Bref, si le fond est indéniablement bon, les choix de l’auteur ne permettent pas au lecteur de s’immerger totalement dans son univers. C’est regrettable car, avec davantage d'audace, de folie peut-être, Robert Silverberg aurait pu nous concocter un grand roman uchronique comparable au « Pavane » de Keith Roberts.

Le livre de Poche - 2009

 

FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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