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30 septembre 2016

CONAN LE MAGNIFIQUE - ROBERT JORDAN

fn-conan10-1994Pour dérober les joyaux de Dame Jondra, Conan s’est associé à une jeune voleuse du nom de Tamira. Tous deux intègrent la suite de la riche zamorienne passionnée de chasse qui s’est lancée sur les traces d’un mystérieux et redoutable gibier. Ils ignorent alors qu’ils ne sont pas les seuls à courser la bête fabuleuse et qu’un sorcier aussi retors qu’ambitieux s’apprête à les piéger tous.


La dernière fois que j’ai lu un de ces pastiches de Conan, l’expérience fut tellement lamentable que je m’étais promis de ne pas la renouveler. Promesse non tenue donc mais j'ai une excuse. Je me suis abreuvé très jeune aux récits de R. E. Howard grâce auxquels j’ai découvert la fantasy puis, de fil en aiguille, le fantastique et la SF. Je conserve donc un attachement tout particulier envers son gentil barbare et je me laisse presque toujours tenter lorsque je croise la route de l’un de ces romans édité au Fleuve dans les années quatre-vingt-dix. En plus, celui-ci était signé Robert Jordan qui est plutôt un honnête artisan déjà connu pour son cycle de « La roue du temps ».


Il nous a troussé ici une petite histoire sans grande surprise ni originalité mais qui comporte tout de même quelques bons moments, notamment ceux qui se déroulent à Shadizar, la capitale des voleurs, des mendiants et des catins. On y voit un Conan encore jeune qui joue les monte-en-l’air pour le compte d’un recéleur indélicat et  traîne ses guêtres dans les bas quartiers de la cité. L’atmosphère de cour des miracles est bien rendue avec ses bouges infects, ses quartiers en ruines  et ses taudis. Les personnages sont également bien croqués, y compris les seconds rôles, et certains sont même particulièrement  attachants (la petite reine des mendiants, le vieux serviteur…).


On change malheureusement assez vite de décor pour s’enfoncer dans les monts du Kezankian qui vont s’avérer moins déserts qu’on aurait pu le penser. Tribus révoltées, nobles brythuniens et militaires zamoriens, vilain sorcier et dragon cracheur de feu, c’est à croire que tout le monde s’est donné rendez-vous pour contrecarrer les plans de notre barbare favori. Il y a moult combats et démonstrations de force brute,  rivalités musculeuses et empoignades sanglantes, bref on en s’ennuie pas un instant en dépit d’une intrigue plutôt mince et d’un dénouement qu’on voit venir d’assez loin.

Le seul vrai reproche que je ferai à l’auteur est d’avoir quelque peu dénaturée la personnalité de Conan. Que le géant cimmérien cache derrière sa musculature un cœur d’artichaut, c'est concevable. Qu'il soit guidé par un code de l'honneur fruste mais juste qui le pousse à défendre les plus faibles, c'est certain. En revanche, qu'il se laisse aller  aux "jeux de l'amour et du hasard", soupire après la jolie voleuse tout en s'envoyant en l'air avec la belle chasseresse, s’amuse de la jalousie de l’une et de la soumission de l’autre, alterne les piques acerbes et les flèches de cupidon, c’est beaucoup moins crédible. 

L’histoire prend parfois des allures de vaudeville qui détonnent avec l’idée que je me suis toujours faite du farouche guerrier de Howard. Mais ce n'est finalement pas si grave puisque j'ai pu, une fois encore, passer quelques heures en compagnie de l'un des héros de ma jeunesse…

Fleuve Noir - Conan - 1994

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22 septembre 2016

RESEAUX SOMMEIL - P-J HERAULT

 

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Alors qu'il s'adonne à la voile entre Corse et Sardaigne, l'agent secret Loïc Prach vient en aide à un jeune allemand en qui il reconnaît le fils d'Albert Ziecher, un criminel de guerre réputé être en possession de la liste des agents dormants de l'URSS. Flairant l'aubaine, le contrespionnage français décide de suivre le rejeton de l'ancien nazi en espérant qu'il les conduise à son père. C'est ainsi que Loïc se retrouve en Colombie où il va avoir fort à faire entre les israéliens du Shin Beth et des espions russes déterminés à récupérer la fameuse liste.

Avant de devenir le spécialiste du space opera que l'on connaît, P-J Herault a commencé par le roman d'espionnage et "Réseaux sommeil" est le premier des trois titres du genre qu'il a écrit pour le Fleuve Noir dans les années 70. Mais si le genre diffère, le style reste le même.

On y trouve déjà son sens du récit ainsi que son goût du détail et du véridique. Sa description de Bogota et du reste de la Colombie avec ses routes pierreuses, ses posadas ou les différentes ethnies qui peuplent le pays semble correcte. De même, l'aspect "renseignement" est convenablement évoqué et on s'immerge avec intérêt dans les méandres de ces réseaux clandestins. Par contre, les trop nombreux exposés sur les mérites comparés d'un Mauser, d'un Webley ou d'un 357 Magnum finissent par être lassants. Ils intéressent peut-être le lecteur américain membre de la NRA mais moi, je m'en contrefous.

Le thème du roman n'est pas non plus très passionnant et se résume à une longue filature à travers la Colombie. Elle est heureusement entrecoupée d'enlèvements et d'échauffourées qui amènent un peu de rythme aux discussions et réflexions de notre agent secret. Il y a aussi deux scènes de cul qui, à défaut d'être osées, sont particulièrement drôles. Le héros s'envoie ainsi en l'air avec une espionne israélienne bien que tous deux soient prisonniers dans une cave et aient les mains liées derrière le dos. Bonjour les contorsions ! Puis c'est la cheftaine de la tribu matriarcale des Chibchas qui lui fait subir un véritable viol à répétition ! Quelques détails font également sourire comme ces références à des publicités désormais datées (la solution, c'est Paic citron !) ou le fait que notre espion préfère s'envoyer un Dubonnet plutôt qu'un Martini Dry. Bref, on est bien loin du séducteur en smoking.


Enfin, côté action, on est plutôt bien servis. Combats au couteau ou au revolver, savates et coups de poings, poursuites en voiture, jeep, pirogue... Pas le temps de s'ennuyer. L'histoire se termine même sur un vol en hydravion assez mouvementé. Eh oui, la passion de PJ Herault pour le pilotage est perceptible dès son premier roman !

Fleuve Noir - Espionnage - 1971

16 septembre 2016

PESTILENCE - DEGÜELLUS

trash01-2013

A Saint-Ragondard comme dans toutes les autres cités du royaume, la peste fait des ravages. Pas une ferme, pas une masure qui ne compte son lot de cadavres et seul le châtelain et sa mesnie semblent épargnés par le fléau, bien à l’abri derrière les hautes murailles de leur forteresse. Fraichement débarqué dans la petite ville, Tancrède Barbet, médecin aux méthodes peu orthodoxes, est accueilli à bras ouvert par le seigneur de céans qui lui confie la santé de sa famille et, accessoirement, celle de ses serfs. Il se rend très vite compte que la peste qui sévit dans les parages est plus virulente que partout ailleurs et que l’épicentre de la maladie se loge au milieu des marais, près du monastère de Saint-Hirudo…


En tout juste cent-cinquante pages, Julien Heylbroeck réussit à nous concocter une histoire bien agréable qui tient à la fois du roman historique, du polar et bien sûr, du roman gore. Encore que, et c’est paradoxal pour un roman édité par les biens nommées Editions Trash, cet aspect m’ait paru être le moins prononcé des trois. Il s’agit plutôt d’un gore d’ambiance pas particulièrement choquant  pour un récit se déroulant au moyen-âge : des juifs jetés au bûcher, des hérétiques torturés ou de pauvres hères coupés en rondelles, rien que de très commun en cette époque rude s’il en fut où la vie ne valait pas grand-chose.

L’auteur en rajoute juste un peu dans le crasseux et le sordide. Il se montre particulièrement complaisant dans ses descriptions des pestiférés, s’attardant sur les ravages de la maladie à grand renfort de bubons, sanies, pus et autres sécrétions bien dégueues. Quant à son village de Saint-Ragondard perdu au milieu de marais putrides, pourri d’humidité et infesté par les sangsues, il constitue un cadre idéal qui s’accorde à merveille à l'atmosphère extrêmement sombre qui imprègne l’histoire.

L’ambiance médiévale est aussi renforcée par l’utilisation d’un vocabulaire de bon aloi. On sent que l’auteur a travaillé la chose sérieusement et compulsé ses dictionnaires d’ancien français. Cela apporte un petit plus à un style par ailleurs solide et agréable même si parfois la signification de tel ou tel vocable n’est pas des plus évidente.

Le format court de ce roman ne permet malheureusement pas de s’attarder sur tous les personnages mais d’aucun auraient mérités d’être davantage exploités. Je pense notamment à Horatio, le nain montreur d’ours, qui me semblait offrir davantage de possibilités ou bien à celui de l’inquisiteur dont on parle beaucoup mais qui ne fera pourtant qu’une apparition éclair. Son médecin de héros occupe en revanche parfaitement sa place. Intelligent et opportuniste, sympathique mais dénué de cet humanisme anachronique que l’on trouve dans beaucoup trop de romans historiques, il est parfaitement crédible et raccord avec son époque.

« Pestilence » c’est enfin une intrigue qui tient la route et non une accumulation de scènes cracras comme c’est trop souvent le cas avec les romans gores. Ici, l’envie de connaître le fin mot de l’histoire nous tenaille tout du long et nous pousse à avaler les pages jusqu’à un dénouement absolument dantesque.

Trash Editions - 2014

 

10 septembre 2016

LA FERME DES ANIMAUX - GEORGE ORWELL

9782070375165

Affamés et maltraités, les animaux de la Ferme du Manoir chassent le fermier et ses ouvriers agricoles pour prendre en main leur destinée. Grâce à leur intelligence supérieure les cochons assurent le gouvernement de la basse-cour et établissent un système politique fondé sur le principe d’égalité de toutes les bêtes. Très vite cependant des dissensions apparaissent et certains semblent vouloir s’affranchir des obligations qui incombent à tous.

 

"La ferme des animaux"  étant au programme de la classe de 3ème de ma fille, j'ai décidé de rentabiliser cet achat obligatoire en lisant moi aussi ce texte du célèbre auteur de "1984". Et bien m'en a pris car j'ai éprouvé un plaisir énorme à découvrir cette fable politique qui dépeint avec intelligence et originalité la façon dont le régime stalinien s'est mis en place. Certes, des ados de 13/14 ans n'ont peut-être pas la culture générale suffisante pour comprendre toutes les allusions et reconnaître Lénine, Trotsky et Staline dans les cochons Sage l'Ancien, Boule de neige et Napoléon, mais pour le reste, la démonstration est redoutable de simplicité et de précision.


Il décrit parfaitement comment les idéaux de la première heure sont progressivement corrompus par un groupe d'apparatchik (les cochons) qui s’appuie sur l'armée (les chiens) et des masses peu éduquées (les moutons) pour gouverner. Il montre avec justesse comment cette nomenklatura détourne à son profit les richesses, accablant le peuple de travail et de privations et le payant de promesses jamais tenues. Il évoque aussi les renoncements et les compromissions, le travestissement de la vérité et la manipulation des masses. Tout est parfaitement en place jusqu’aux procès politiques, aux séances d’auto critique et aux purges en passant par le culte de la personnalité et les défilés devant la dépouille du vieux sage.


Sous son aspect anodin et presque enfantin, ce petit livre est donc une critique extrêmement efficace du totalitarisme soviétique en même temps qu'un remarquable exercice de style. Aucune raison de s'en priver.

Gallimard - Folio - 2015

5 septembre 2016

LES FAUCHEURS SONT LES ANGES - ALDEN BELL

foliosf459-2013Il y a vingt-cinq ans, sans que l’on sache pourquoi ni comment, les morts sont revenus à la vie. Le monde a alors sombré dans le chaos et les survivants tentent depuis de sauver ce qui peut encore l’être. A quinze ans Temple est déjà une jeune femme aguerrie. Eprise de liberté, elle parcourt les States sans chercher à s’intégrer à l’une des nombreuses communautés qu’elle croise. Deux rencontres vont toutefois bouleverser le mode de vie qu'elle s'est choisi.

 

Le zombie est à la mode. Cela fait déjà quelques années qu’on en voit fleurir un peu partout dans la littérature de genre et non plus seulement dans les histoires fantastiques, à Haïti ou dans les laboratoires des savants fous. Ils ont quittés les pages des romans gores et des films de série B pour s’épanouir dans une SF plus classique jusqu’à devenir la cause la plus répandue de futur apocalyptique. Il y a eu Walking dead et World War Z chez les Ricains et, plus près de nous, L’évangile cannibale de Fabien Clavel ou Pop et Kok de Julien Péluchon.


Alden bell ne fait donc pas preuve d'une grande audace en invitant des morts vivants dans son roman. Il ne fait d’ailleurs preuve de guère plus d’originalité dans les autres aspects de son post-apo puisque nous retrouvons les traditionnelles villes en cours de délabrement, des communautés qui tentent, çà et là, de préserver des îlots de civilisation et des individualistes qui s’accommodent avec plus ou moins de bonheur de ce monde chamboulé.


En fait, tout l’intérêt de son histoire repose sur sa jeune héroïne. Temple a du caractère. Elle manie aussi bien la machette que le revolver, sait ce qu’elle veut et entend bien faire respecter ses choix. C’est un personnage féminin qui sort des sentiers battus et nous change agréablement des rôles de victime ou de tendre moitié auxquels les femmes sont trop souvent cantonnées dans ce style de littérature.


Mais plus encore que ses qualités de combattante ou sa personnalité, c’est le regard qu’elle porte sur son environnement qui apporte du neuf dans un genre passablement usé. Dans ce "monde d’après", Temple évolue en effet comme un poisson dans l’eau. Elle n’a pas connu l’avant, n’en sait que ce qu'on lui en a raconté ou ce qu’elle peut encore en voir. Elle n’éprouve pas d’attachement particulier pour ces vestiges ni de nostalgie pour un mode de vie disparu. Elle ne cherche pas à préserver le passé comme le font les Grierson, barricadés dans leur demeure coloniale où ils entretiennent l'illusion d'une existence normale. Elle ne souhaite pas non plus tirer parti de la situation pour dominer ses semblables ainsi que l’espère la tribu de dégénérés qui la tiendra un temps en captivité.

Elle se contente de prendre ce qui vient et profite des menus plaisirs et des belles surprises que lui réserve encore l’existence. Même les zombies n'ont pour elle rien de particulièrement effrayant, juste un danger comme un autre, des animaux venimeux dont il faudrait se méfier. Finalement, le danger viendra une fois de plus des hommes, encore et toujours dominés par leurs peurs et leurs passions.

Gallimard - Folio SF - 2013

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