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30 janvier 2022

ASPHALT BLUES - JAOUEN SALAÜN

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Asphalt blues est un fort volume de plus de deux cent pages qui nous raconte les destins croisés de deux couples dans une Amérique futuriste. Précisons-le tout de suite, il ne s’agit pas vraiment de science-fiction. Le monde de 2038 ressemble comme un frère à celui de 2022. Les préoccupations des hommes et des femmes y sont à peu près identiques et les problèmes auxquels ils sont confrontés restent les mêmes. En fait, mis à part quelques gadgets technologiques et des véhicules aux lignes futuristes, l’histoire pourrait tout aussi bien se passer de nos jours.

L’intrigue puise d’ailleurs dans notre actualité. Il est question de multinationales toutes puissantes, de politiques corrompus et d’activistes écolos de plus en plus radicaux, bref rien de particulièrement neuf. Cela n’a toutefois pas beaucoup d’importance. Ce dont l’auteur veut réellement nous parler c’est de changement, de choix et de rupture. Qu’il s’agisse de mettre fin à une histoire d’amour ou de faire un enfant, de se lancer à corps perdus dans un combat politique ou de renoncer à ses ambitions professionnelles, il y a loin de l’intention à l’acte. Se réaliser pleinement est sans doute une bonne chose, encore faut-il être prêt à en assumer les conséquences.

La quarantaine à peine passée, les quatre héros de ce récit sont arrivés à cet instant de leur vie où ils sont déjà assez vieux pour se retourner et contempler ce qu’ils ont accompli et encore suffisamment jeune pour décider d’un avenir différent. Poussés par les évènements, par le mal être ou par les conseils d’un ami, ils vont franchir leur Rubicon. Leurs trajectoires vont se frôler, se juxtaposer, s’influencer sans qu’ils se croisent pour autant. Cela donne une impression de maelstrom puissant et indifférent contre lequel il faut lutter pour aller au bout de ses envies.

A présent, parlons dessin. Et là, les choses se gâtent. Je n’ai pas beaucoup aimé ceux de Jaouen Salaün et notamment sa représentation des personnages dont les expressions m’ont parues trop figées, un peu comme dans les romans photos qu’on trouvait  - qu’on trouve encore ? – dans la presse féminine. Et puis ces quadras ont des physiques de jeunes premiers. Leurs visages poupons, sans la moindre ride, ne sont absolument pas raccord avec les sentiments qui les animent et les expériences par lesquelles ils sont censés être passés. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais il m’a empêché d’adhérer pleinement à leur histoire.

J’ai davantage apprécié le décor et notamment les vues panoramiques des cités, des bâtiments ou des paysages mis en valeur par des jeux de lumière changeant en fonction de l’instant ou de la météo. J’ai également été séduit par ses partis pris audacieux en matière de couleurs, par ses fondus et par l’omniprésence de l’eau (piscine, mer, pluie) dont la transparence filtre les images, atténuant ou exacerbant les émotions.

Les Humanoïdes Associés - 2021

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23 janvier 2022

LE ROI DES MONTAGNES - EDMOND ABOUT

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De passage en France, un jeune botaniste allemand rend visite à un célèbre écrivain. Il va lui conter l’histoire de sa captivité dans les montagnes grecques soumises à la loi d’un puissant chef de bande. 

« Le roi des montagnes » fait partie de ces œuvres à mi-chemin du roman et du récit de voyage tel qu’il s’en écrivait au XIXème siècle. La classe aisée d’alors s’initie au tourisme et s’enthousiasme pour les civilisations de l’Antiquité dont ils découvrent les vestiges. Ils vagabondent autour des pyramides, s’extasient devant le Parthénon et louent le génie des latins et des anciens grecs. Les auteurs de l’époque n’échappent pas à cette mode. Flaubert, Gautier, Maupassant et bien d’autres feront le « voyage d’Orient » dont ils tireront parfois la matière de leurs livres.

Edmond About ne partage pas cet engouement. S’il n’est pas insensible au passé glorieux de la Grèce, il est beaucoup plus réservé sur sa grandeur présente. Il critique ses institutions et se moque sans vergogne de la figure du pallicare, le bandit grec symbole de la résistance à l’occupation ottomane. Tout au long de son livre les hellènes en prennent donc pour leur grade. Sous sa plume, les hommes politiques, les banquiers, les gendarmes sont corrompus jusqu’à la moelle tandis que les fameux bandits agissent comme de vulgaires boutiquiers. Hadji Stavros, le fameux roi des montagnes, est certes décrit comme un personnage charismatique et courageux mais aussi comme un véritable usurier plaçant le produit de ses rapines dans les banques anglaises.

Les grecs ne sont pas les seuls à subir le vitriol de ses commentaires. Il se moque aussi des anglais et de leur tendance à croire que la puissance de leur empire leur donne tous les droits. Il égratigne le cartésianisme un peu obtus des allemands et le seul personnage tricolore de l’histoire est un petit bonhomme falot, craintif et avare.

Comme on le voit, le roman d’Edmond About est plutôt placé sous le signe de la satire et de l’humour. Les déboires des otages et leurs tentatives d’évasion sont l’occasion de scènes souvent fort drôles et l’évocation du chef des voleurs régissant son petit monde de malfrats et de coupe-jarrets comme le ferait un capitaine d’industrie vaut à elle seule le détour. On est donc d’autant plus surpris de voir la comédie exotique prendre un tour plus dramatique lorsque le pauvre Hermann Schultz subit la vengeance de ses geôliers et se voit infliger d’éprouvantes tortures : verges sur la plante des pieds, cheveux arrachés, brûlures diverses sur  le corps…

Le roman se terminera néanmoins sur un ton plus léger quoique sans happy-end. S’il sort vivant de son aventure parmi les brigands, le héros de cette histoire n’obtiendra pas la main de sa dulcinée, constatant à ses dépens que la parole des puissants - d’Angleterre et d’ailleurs -  a moins de valeur que celle d’un voleur grec !

Phébus - 2005

16 janvier 2022

CE QU'IL Y AVAIT DERRIERE L'HORIZON... - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Les statistiques sont formelles. Plus on lit de livres d’un même auteur, plus on a de chance de tomber sur un titre décevant. Alors voilà. C’est fait. J’ai lu un mauvais Andrevon. Enfin mauvais n’est pas le mot. Disons plutôt un Andrevon très moyen. Parce qu’il y a quand même sa belle écriture, riche et fortement évocatrice avec sa façon bien à lui de faire vivre ses personnages en toute simplicité, au plus près de leur quotidien. Mais ici, elle ne suffit pas à sauver le livre.

Pourtant le truc était prometteur. Intriguant, angoissant, haletant, il happe instantanément le lecteur et le plonge dans un abîme de conjectures sans toutefois lui laisser le temps de se pencher sur les mystères qui s’accumulent face à un héros complètement débordé. Le pauvre Joseph Wong a en effet le plus grand mal à comprendre ce qui lui arrive. A peine rentré chez lui après sa partie de pêche dominicale, le pauvre homme est agressé par tous les membres de sa famille. Son fils tente de l’électrocuter, son bébé veut lui croquer les mimines et sa moitié l’accueille avec un couteau de cuisine. Et ce n’est pas fini ! Ses parents, sa belle famille, ses vieux potes se mettent à le courser avec apparemment une seule idée en tête : le trucider. Avouez qu’il y a là de quoi se poser quelques questions, chercher à comprendre le pourquoi et le comment. Et on s’attend à du lourd, du surprenant, de l’atypique.

Et ben non ! Comme une baudruche qui fait pschitt, l’intrigue accouche d’une très banale histoire d’invasion extra-terrestre. Oui je spoile. Mais rassurez-vous, rien de bien grave à cela. L’auteur nous dévoile assez vite les dessous de l’affaire et cet affrontement entre les Andromorphes et les Scyncomorphoïdes pour la domination de la Terre n’a malheureusement rien de particulièrement original. La façon dont ils s’y prennent pour désigner le vainqueur, se livrant à une sorte de jeu afin d’éviter de se détruire réciproquement, a déjà été exploitée et l’intervention d’entités supérieures pour mettre de l’ordre dans tout ce bordel m’a fait l’effet d’un raccourci un peu grossier pour clore fissa le roman.

Au final, celui-ci  se résume donc pour l’essentiel à une longue course poursuite entrecoupée de combats extrêmement violents. Pas de quoi fouetter un chat donc. Andrevon m’a habitué à tellement mieux que j’en deviens peut-être trop exigeant !

Fleuve Noir Anticipation - 1991

9 janvier 2022

LE TEMPLIER DU PAPE - JEAN-MICHEL THIBAUX

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Lorsque je suis arrivé au terme de ce livre, je me suis dit que Jean-Michel Thibaux devait avoir prévu une suite qu’il n’a pas eu le temps d’écrire (il est décédé en 2018). Difficile autrement d’expliquer une construction aussi déséquilibrée. Tout au long de son roman, il alterne en effet l’histoire d’une orpheline dans les états latins d’Orient à l’époque de la troisième croisade et celle d’un jeune clerc dans la Provence de la même période. Deux existences, deux destinées bien éloignées l’une de l’autre mais dont on imagine qu’elles doivent finir par se rejoindre. Et la rencontre a bien lieu avec à la clé son inévitable idylle. Le souci, c’est qu’elle intervient au bout de 300 pages alors que le roman n’en compte que 340 ! Résultat, on a un peu le sentiment d’avoir assisté à un long prologue qui déboucherait directement sur l’épilogue.

Heureusement, cette très longue entrée en matière ne manque pas d’intérêt. On y découvre sur une bonne dizaine d’années la vie des deux enfants, bientôt des adolescents, et les univers où ils évoluent. D’un côté la précarité d’une existence parmi les combats, les complots et les assassinats, de l’autre la relative sécurité d’un monastère puis d’un palais épiscopal. En dépit de la dimension épique qui entoure l’histoire de Gisla dans les faubourgs de Jaffa et son évocation de Saladin et Richard Cœur de Lion, j’ai une petite préférence pour le drolatique parcours d’Asselin parmi les ors et les excès de la cour de l’évêque Rainier.

Pour autant, cela ne suffit pas à faire un roman. En guise d’intrigue l’auteur se contente de glisser ses personnages dans les interstices de la grande histoire, en l’occurrence le détournement de la quatrième croisade et la prise de Constantinople. Mais le plus décevant est qu’il se soit cru obligé de les transformer en guerriers, faisant d’Asselin un templier et métamorphosant Gisla en une sorte de chevalier d’Eon des croisades.

Il avait pourtant des héros tout à fait valables avec cette jeune femme initiée aux secrets des poisons et qui évolue au plus près des cercles du pouvoir dans un orient objet de tous les appétits ou même avec ce jeune clerc doué pour les langues et passant des embrouilles Marseillaises aux arcanes de la politique pontificale. Hélas, Jean-Michel Thibaux semble faire partie de ces auteurs pour qui moyen-âge rime immanquablement avec chevalier et gente dame et pour qui les gens du commun n’ont pas leur mot à dire dans ce type de fresque. Dommage.

Presses de la Cité - Terres de France - 2013

2 janvier 2022

CROISIERE SANS ESCALE - BRIAN ALDISS

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« Croisière sans escale » est l’un des récits de vaisseaux générationnels les plus connu. Pourtant, la première moitié du livre de Brian Aldiss ressemble bien davantage à une histoire d’apprentissage et de quête comme on en trouve dans les romans de fantasy. Outre une société sclérosée et dominée par une religion austère on y retrouve en effet  la traditionnelle figure du jeune héros qu’un esprit aventureux et une volonté d’émancipation vont extraire de son milieu et conduire à bouleverser la vie de ses congénères.

Les premiers chapitres sont donc fort logiquement consacrés à la tribu du jeune Roy Complain et aux règles qui la régissent. On découvre une micro société de chasseurs cueilleurs qui survit misérablement des maigres ressources de son environnement. Une société dans laquelle Roy se sent à l’étroit et dont il supporte de plus en plus mal les contraintes et la hiérarchie. Après la punition de trop il accepte sans trop d’hésitation de se joindre à l’expédition que le prêtre Marapper a montée dans le plus grand secret. Là encore, le cheminement de l’intrigue emprunte davantage à la fantasy qu’à la SF. Une communauté de compagnons aux aspirations les plus diverses, un voyage dans un environnement hostile, des rencontres avec d’autres groupes humains ou espèces pour le moins surprenantes, des dangers multiples…

La seule différence avec ce type de récits est le cadre dans lequel l’action se déroule. Le lecteur a en effet un avantage considérable sur les personnages puisqu’il sait que ces derniers évoluent dans un vaisseau spatial. Il est donc attentif aux différents pièges qui les guettent et savoure par avance les mauvaises surprises qui les attendent. Et elles ne manqueront pas. La jungle des cultures hydroponiques dont rien n’entrave plus la prolifération, les marécages formés par les anciennes piscines, les zones d’apesanteur qui donnent l’impression de marcher la tête en bas…

Il faut donc attendre la rencontre avec le « peuple de l’avant » pour que la SF s’installe véritablement. A partir de là tout va aller beaucoup plus vite. Le récit prend un tour plus politique et les révélations se succèdent à vive allure. Comment la majeure partie de l’équipage a-t-elle régressé à un stade primitif ? Pourquoi subsiste-t-il ici et là des îlots de civilisation ? Qui sont les hors-venus et les géants ? Toutes les questions que le lecteur s’était posées trouveront leur réponse tandis que les différents groupes humains s’affrontent ou s’allient pour la prise de contrôle du vaisseau.

La chute laissera peut-être à certains un petit goût d’inachevé. Pour ma part elle ne m’a pas déplu. J’y ai vu une métaphore de notre humanité placée devant les conséquences de ses actes et qui réalise un peu tard et ô combien douloureusement, qu’elle va devoir continuer de vivre sur un monde qu’elle a contribué à dévaster.

Denoël - Présence du Futur - 1983

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