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28 janvier 2015

LES TOMBEAUX D'ATUAN - URSULA LE GUIN

 

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A l'âge de cinq ans, la petite Tenar est enlevée à ses parents par les « Gardiens du Lieu » qui ont vu en elle la réincarnation de leur grande prêtresse, Arha la dévorée. Destinée à veiller sur les tombeaux d'Atuan et le labyrinthe où sont reclus les « innomables », Tenar suit un long et pénible apprentissage qui débouche sur une vie terne et monotone.  Une rencontre inattendue va bouleverser sa routine et ses toutes ses croyances... 

Autant Le sorcier de Terremer nous faisait voir du pays en nous menant aux quatre coins de Terremer, autant ce second tome est statique. L'action est circonscrite à la seule île d'Atuan en pays Kargue et plus encore dans le Lieu, enceinte religieuse entièrement close à l'instar d'un couvent ou d'un monastère. Un univers resserré dont l'atmosphère étouffante est encore accentuée par le fait qu'une bonne partie de l'histoire se déroule sous terre, dans les méandres d'un gigantesque labyrinthe.

L'auteur nous fait parfaitement ressentir l'isolement de l'héroïne, prisonnière de cet univers borné, sans autre perspective qu'une vie de recluse consacrée aux rites d'un culte qui semble sombrer dans l'oubli. A mesure qu'elle grandit, Tenar mesure la vacuité de son existence. Elle soupçonne d'abord certaines de ses compagnes de ne pas croire aux dogmes qu'elles perpétuent puis s'aperçoit que d'autres ont troqué la piété contre l'ambition. Ses certitudes s'effondrent les unes après les autres et l'irruption dans son monde du "sorcier de Terremer" va donner un nouveau sens à son existence.

Ce portrait de jeune femme courageuse mais désemparée est magnifique. Avec son écriture toute en retenue et finesse, Ursula Le Guin décrit admirablement les différentes phases de son émancipation et toute la palette de sentiments qui l'animent. Cela nous donne quelques passages superbes et poignants. Je pense notamment à sa première exploration du ténébreux labyrinthe qu'elle découvre du bout des doigts ou encore à l'appréhension mêlée de curiosité avec laquelle elle fait la connaissance du monde extérieur.

Ce deuxième volume du cycle de Terremer m'a encore plus emballé que le premier et c'est avec fébrilité et impatience que j'entame le troisième.

Pocket SF - 1985

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23 janvier 2015

LE SORCIER DE TERREMER - URSULA LE GUIN

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Jeune chevrier vivant sur l'île de Gont dans le Nord Est de Terremer, Ged montre très tôt des dispositions pour la magie. Confié aux bons soins du sorcier local, il fait preuve d'un talent tel que son mentor décide de l'envoyer étudier à l'école de magie de Roke. Là, il se distingue autant par ses aptitudes hors normes que par son orgueil qui le pousse à invoquer l'esprit d'un mort. Ce faisant, il libère une puissance de l'ombre qui va chercher à le détruire, ne lui laissant d'autre choix qu'entre la fuite ou le combat. Tantôt chasseur, tantôt chassé, Ged ira au bout du monde et de lui-même, pour vaincre la dangereuse créature.

"Terremer" fait partie des grands cycles de fantasy que tout amateur du genre se doit d'avoir lu. Rien à voir pourtant avec les grandes épopées guerrières ou les récits de quêtes fabuleuses qui forment le plus gros de la production. La fantasy d'Ursula Le Guin est plus intimiste, centrée sur l'évolution psychologique de ses personnages. Moins spectaculaire, elle n'en demeure pas moins extrêmement dépaysante avec un univers foncièrement original.

Un monde composé de nombreux archipels, une multitude d'îles formant autant de nations aux couleurs et coutumes disparates : la Venise rurale de Torning Bas, les villages de pêcheurs d'Iffish, la désolation d'Oskill dans le lointain nord... Quant au caractère médiéval commun aux romans de fantasy, il est également bien présent puisqu'on se déplace d'une île à l'autre à bord de voiliers ou de galères et que l'on y craint les incursions des envahisseurs kargues.

Premier des trois volumes qui composent ce cycle, Le sorcier de Terremer nous invite à suivre la jeunesse d'un sorcier. Nous le suivons dans toutes les étapes de son apprentissage, de ses premières années sur une île retirée à son premier "emploi" au service d'une communauté rurale en passant par ses études dans une école de magie. Nous découvrons un héros attachant, puissant certes, mais faillible aussi, avec ses peurs et ses doutes. Pour venir à bout de sa Némésis, Ged devra vaincre ses démons, au propre comme au figuré. Il lui faudra pour cela voyager, échanger, découvrir ce qui l'entoure mais aussi apprendre à se connaître soi-même.

Le roman d'Ursula Le Guin est donc un roman sur la connaissance, sur l'expérience et la sagesse qu'elles apportent. La magie qui a cours à Terremer consiste en effet à apprendre le véritable nom des êtres et des choses. Une jolie métaphore qui véhicule l'idée selon laquelle il faut parfaitement connaître les choses avant de se risquer à les manipuler. Responsables de nos actes, nous devons être conscients de leurs conséquences et veiller à respecter l'équilibre naturel de notre monde.

Pocket SF - 1985

18 janvier 2015

PRIS AU PIEGE - YVES RAVEY

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Le petit Lindbergh vit avec ses parents dans une zone pavillonnaire proprette avec de jolies maisons et de charmants voisins. Il y a là Monsieur Barclay le banquier, Monsieur Barre le maître nageur, la jolie Madame Domenico qui l'aide à faire ses devoirs et son mari, jaloux comme un poux. Un vrai petit coin de paradis qui ronronne dans la torpeur et le soleil jusqu'à ce que deux spécialistes en insectes xylophages viennent troubler le calme de l'été et faire découvrir à Lindbergh les turpitudes des adultes.

Pris au piège est un roman qui se dévore en un rien de temps. Il est vrai que sa petite centaine de pages écrites en gros caractères contribue largement à une lecture rapide. Mais c'est surtout son ton drôle et naïvement cruel qui donnent envie de l'avaler d'une traite.

Le récit à la première personne est celui d'un enfant de onze ans. Le vocabulaire employé est donc simple et les phrases courtes. Le gamin se contente de décrire ce qu'il voit et entend avec ses mots, sans faire de commentaires, sans analyser la situation. Coincé dans le grenier de ses voisins il n'est d'ailleurs qu'un témoin indirect et ne comprend sans doute même pas le sens de la scène qui se joue à quelques pas de lui. L'analyse, c'est au lecteur de la faire. C'est à lui de donner un sens aux faits décrits, de les « traduire » et d'en tirer une conclusion. En l'occurrence une histoire tristement banale de violence conjugale.

Mais comme je le disais plus haut, le récit est empreint d'une constante bonne humeur qui lui évite de sombrer dans le pathos. Les apparitions récurrentes des pseudo spécialistes nous donne quelques scènes savoureuses qui permettent de faire retomber la tension. Elles auront néanmoins permis d'entrouvrir la porte des coquets pavillons et d'en dévoiler les secrets. Le petit Lindbergh y aura perdu une partie de son innocence.

Les Editions de Minuit - 2005

13 janvier 2015

LES ENFANTS DU SANG - LAURENT COURTIAUD

imgLorsque son voisin décède dans des circonstances étranges, Eric Marquand, jeune dilettante expert en arts martiaux, décide de dénouer les fils d'une histoire étrange qui plonge ses racines en Thaïlande, vingt ans plus tôt.

C'est sans doute pour nous dépayser que Laurent Courtiaud  a choisi de situer une partie de son histoire en Asie du sud-est. Mais si l'idée ne manque pas d'originalité, son traitement l'est beaucoup moins. Sa description de la Thaïlande est très convenue et reste au niveau des souvenirs de vacances. Bangkok et son quartier chaud, Ayutthaya et ses temples, les montagnes près de Chiang Mai et Mae Hong Son, les Tuk-Tuk : n'importe quel touriste pourrait nous en raconter autant.

De la même manière, le démon Pak Luad n'a rien de particulièrement original. Comme ses cousins d'Europe, il aime le sang frais et les sacrifices humains et, s'il ne craint ni eau bénite ni crucifix, il demeure sensible aux symboles religieux. Représentations de bouddha, robes safran et mantras lui sont insupportables tandis que ses affidés à face de chien craignent particulièrement les armes en argent. Qui a parlé de loups-garous ?

Pour autant, « Les enfants du sang » n'est pas un mauvais livre. Les premiers chapitres, menés à un rythme d'enfer, nous font rapidement pénétrer dans une intrigue où il question de trafic d 'œuvres d'arts, d'amitié trahie et de vengeance tardive. L'action est omniprésente et le sympathique héros a fort à faire pour contrer les attaques de ninjas indestructibles et d'enfants-chiens enragés. Les combats s'enchaîneront d'ailleurs jusqu'à la fin avec juste quelques passages plus calmes histoire de permettre aux personnages d'apprendre à quel ennemi ils ont affaire et comment ils pourront le vaincre.

Bref, de la littérature de gare dans le bon sens du terme, c'est à dire un livre qui se lit rapidement en offrant un bon moment de détente. What else !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

7 janvier 2015

ON NE LE DIRA JAMAIS ASSEZ...

 

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4 janvier 2015

LE FORMIDABLE EVENEMENT - MAURICE LEBLANC

ldp4995Le pauvre Simon Dubosc est au désespoir. Le richissime Lord Hatfield, ne consent à lui donner la main de sa fille que s'il accomplit des exploits dignes à la fois de Guillaume le conquérant et de Don Quichotte. Qui plus est, il ne lui laisse que vingt jours pour y parvenir ! Heureusement, un enchaînement de circonstances extraordinaires va lui permettre d'exaucer ses vœux.

Quand bien même il lui donne son titre, ce formidable évènement qu'est l'émersion du plancher de la Manche n'est pas à proprement parlé au cœur du roman de Maurice Leblanc. Certes, on assiste bel et bien au soulèvement des fonds marins avec force tremblements de terre et inondations. Certes encore, on voit disparaître Dieppe et Hastings sous le coup des effroyables convulsions de la Terre. Certes toujours, on découvre ces contrées nouvelles qui relient désormais la France à l'Angleterre.

Pour autant, l'histoire que l'auteur a choisi de nous raconter n'utilise cet évènement exceptionnel qu'à titre de décor. Un décor qui permet à ses personnages d'évoluer dans un gigantesque no man's land, sorte de nouveau far-west où tout est à découvrir, à s'approprier à la force du poignet et du revolver : «  La prairie ! La prairie de Fenimore Cooper!.. Le Far West !.. Tout y est : l'attaque des sioux, le blockhaus improvisé, l'enlèvement, le combat dont sort vainqueur le chef des visages pâles... ».

De fait, la comparaison avec l'ouest américain n'est pas usurpée. Ces terres inexplorées sur lesquelles l'autorité des Etats ne s'exerce pas encore, attirent la lie de la société à la recherche d'épaves à piller et d'hypothétiques trésors. C'est donc au milieu de bandits et de vauriens de la pire espèces que nos héros vont devoir tracer leur route et affronter moult dangers : combats au revolver et à l'arme blanche, sièges en règle, cavalcades, poteau de torture, l'ambiance western est effectivement au rendez-vous.

Il manque néanmoins au roman une intrigue plus poussée, une de ces mystérieuses énigmes comme Arsène Lupin en a résolue des dizaines. Ici, on doit se contenter de la folle équipée d'un brave jeune homme désireux de porter secours à sa belle, prisonnière d'un affreux jojo.

Le récit eut également gagné à mêler à la petite histoire un peu de la grande, à la ressituer dans un contexte plus général. Ainsi, c'est à peine si les relations entre la France et l'Angleterre sont abordées et le risque de conflit territorial n'est évoqué que dans le dernier chapitre. Il y avait pourtant matière à davantage de développements s'agissant de deux pays si longtemps rivaux et qui d'un coup deviennent voisins. Et que dire de la perte de son insularité par la Grande-Bretagne, la crainte de l'invasion, les bouleversements politiques et économiques...

Quant aux personnages, c'est peu dire qu'ils manquent de nuance avec, d'un côté, des brutes qui se vautrent dans l'alcool et la luxure et de l'autre, de belles âmes désintéressées. Simon Dubosc est particulièrement irritant avec son attitude chevaleresque d'un autre temps : « La seule réalité, c'était Isabel. Le seul but, c'était de s'illustrer comme un preux qui combat pour l'amour de sa dame ». Et dire qu'il préférera la blonde Isabel qui lui impose pourtant d'en passer par les exigences outrancières de son père avant de consentir à l'épouser alors que la brune Dolorès est prête à se donner à lui sans marchander ! Il est vrai qu'Isabel est blanche... et riche. En 1921 (et sans doute encore un peu aujourd'hui) cela avait son importance.

On retiendra donc surtout de ce livre quelques belles images d'un monde tout neuf  (« C'est un univers qui se crée sous nos yeux ») avec ses terres vierges peuplées d'un véritable cimetière d'épaves. Un paysage que les amateurs de SF ancienne ne manqueront pas de rapprocher de celui des Buveurs d'océans de Henri-Georges Magog parut quelques années plus tard.

Le Livre de Poche - 1977

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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