Ce deuxième recueil de nouvelles de Richard Bloch publié par les éditions Néo comprend 15 textes parus de 1953 à 1963 aux États-Unis. Tous les genres de prédilections de l'auteur y sont convoqués, le policier bien sûr mais aussi la SF et le fantastique. Toutefois, les frontières étant parfois floues et il n'est pas rare qu'ils se chevauchent à l'occasion : fantastique et policier (Cher fantôme !), SF et fantastique (Le casque à penser).
Les thèmes choisis ne sont pas foncièrement originaux. Des grands classiques de la SF (voyage temporel, exploration planétaire, fin du monde), aux intemporels du fantastique (diable et fantômes, Faust et Circé) nous sommes en terrain de connaissance. Mais d'autres sujets reviennent fréquemment : la folie, la création littéraire ou encore le monde du cinéma.
Toutes ces nouvelles se distinguent par la qualité de leur chute et le fait qu'il faille presque toujours attendre la toute fin du récit, parfois même la dernière phrase, pour en apprécier toute la saveur. Autre constante, l'humour. Un humour souvent noir et ironique mais parfois aussi un peu potache, voire un tantinet égrillard (Si vous n'y croyez pas, Mon barman et son monstre).
Bloch manie même un humour encore plus grinçant lorsqu'il s'agit d'égratigner la société américaine et ses « ... pittoresques maisons blanches modernes, avec leur lignes légères et leurs lourdes hypothèques...". Bref, un recueil de fort belle tenue.
Le casque à penser Une nouvelle Circé appâte un écrivain en manque d'inspiration grâce à un casque permettant de stimuler son imagination par le rêve. Mais s'agit-il bien de songes ?
Le lecteur impénitent Sympathique petite nouvelle qui confronte les classiques de la littérature (Les voyages de gulliver, L'Odyssée) à la découverte d'une forme particulière d'intelligence.
Si vous n'y croyez pas Ou comment Bloch nous rejoue Roméo et Juliette sur fond de dissensions entre un scientifique cartésien et un partisan des pouvoirs paranormaux.
Cher fantôme ! Le spiritisme et la convocation des esprits peuvent rendre de grands services lorsqu'on est confronté à une famille qui en veut à votre argent.
Mon barman et son monstre Une rencontre du troisième type qui démontre que les bonnes relations entre les humains et les extra-terrestres tiennent parfois à peu de choses.
A l'aube du grand soir Le survivant d'un bombardement nucléaire découvre ce qui reste de sa ville. Sans doute la nouvelle la plus sombre du recueil. Bloch y suscite quelques tableaux apocalyptiques d'une grande tristesse mais néanmoins traitées avec une pointe d'ironie à tel point que l'on se demande parfois s'il faut en rire ou en pleurer. Voici un bel exemple de cet humour macabre : « Au centre de la pièce se dressait le chevalet, mais l'artiste avait disparu. Ce qui restait de lui était étalé en une masse dégoulinante sur le tableau, comme si l'artiste avait finalement réussi à mettre quelque chose de lui-même dans sa peinture... ».
Le train pour l'enfer Petite variation sur le thème de Faust se distinguant par la nature du vœu accordé, en l'occurrence la possibilité de bloquer l'écoulement de sa vie lorsqu'on pense avoir trouvé le bonheur le plus absolu. Mais à quoi le reconnaît-on ?
Le bracelet vivant A peine trois pages et pourtant une histoire bien complète : adultère et tentative de meurtre, retournements de situation, serpent, pistolet... et un final !
L'homme aux doigts d'or Histoire de machination financière et boursière assez pertinente qui conserve sans aucun doute son actualité.
In vino veritas Tout comme "Le train pour l'enfer", ce texte nous parle de quête du bonheur et démontre que chaque époque à ses bons et ses mauvais côtés. C'est aussi un petit hommage à H. G. Wells et sa « Machine à explorer le temps ».
Tel est pris Belle illustration du célèbre proverbe avec cette nouvelle qui met en scène une escroquerie dans le milieu des producteurs de cinéma.
Le sosie de Napoléon Guère d'originalité pour cette nouvelle qui se contente de jouer outrancièrement du thème de la coïncidence et qui se conclue par une chute que l'on voit venir de fort loin.
Un crime impardonnable Une actrice vieillissante tendre de séduire un homme qu'elle avait délaissé pour obtenir le rôle qui relancerai sa carrière. Portrait sans concession et néanmoins touchant d'une starlette déchue qui se conclue sur une note d'humour très noir.
Belzebuth Récit qui nous fait vivre la progression de la folie chez un homme stressé, obsédé par un besoin de reconnaissance.
Nouvelles Editions Oswald - 1984