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30 juillet 2016

LES CHRONIQUES DE TORNOR - ELISABETH LYNN

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D'un niveau comparable au "Terremer" d'Ursula La Guin « Les chroniques de Tornor » est l'un des tout meilleurs cycles de fantasy qu'il m'ait été donné de lire. Rien à voir avec les sempiternelles quêtes et autres épopées guerrières. Ses personnages sont parfois des soldats mais plus souvent encore des paysans, des danseurs ou des marchands. Ils sont puissants ou misérables, influent sur la destinée des peuples ou seulement sur leur pauvre existence. Ils cherchent quel sens donner à leur vie ou sont à la recherche de leurs origines. Ils voyagent, expérimentent, ressentent et réfléchissent. Ils vivent, tout simplement. L'aspect psychologique des personnages est donc particulièrement développé. Il permet de rendre compte de l'évolution de leur état d'esprit, du cheminement des idées et des décisions qu'elles impliquent. On est bien loin des guerriers sûrs d’eux même et des magiciens tout puissants, et c’est tant mieux.


La fantasy d’Elisabeth Lynn est donc assez sobre. Chez elle, pas de dragons ni d’épées magiques, tout juste des sorciers aux dons bien modestes, télépathes, télékinésistes et devins. Le cadre est certes imaginaire mais il se distingue fort peu du monde réel. En fait, ce qui surprendra le plus le lecteur, c'est la place faite aux femmes et le traitement de la sexualité. Exception faite des citadelles du nord, l'égalité hommes/femmes est partout de mise et ces dernières jouent même très souvent les premiers rôles dans la société. Quant à la sexualité des personnages, qu'elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle, elle est parfaitement libre et assumée et surtout présentée comme étant tout à fait normale, comme allant de soi. D'une manière générale l'auteur se plaît à bousculer les stéréotypes : des danseurs battent les guerriers, les femmes triomphent et les vieux soldats vomissent après le combat. Cela nous change agréablement des bouquins chargés de testostérone dans lesquels les femmes sont trop souvent réduites au rôle de repos du guerrier !


Le style de l'auteur est extrêmement fluide avec des phrases plutôt courtes et un vocabulaire assez simple. Ses descriptions n'en sont pas moins très réussies. Elle s'attarde sur les menus faits quotidiens et sur le mode de vie des divers peuples rencontrés (travaux, habitat, artisanat...) permettant ainsi une réelle immersion dans ce pays d'Arun. On ressent parfaitement l’atmosphère et l'attachement, presque la symbiose, des personnages envers leur environnement. Son évocation des paysages enneigés du nord, du froid et de l'humidité des vieux donjons tout comme celles des villes du sud avec leurs rues grouillantes d'un petit peuple industrieux est particulièrement belle et participe grandement à la qualité de ces trois romans :


« La tour de guet » aurait pu n'être qu'une histoire de vengeance et de reconquête du pouvoir. Au lieu de cela l’auteur a opté pour une lutte plus intime, celle que livre Ryke contre son éducation et ses préjugés. Le capitaine respecté vivant dans un monde régit par la force et les traditions va voir son univers s’effondrer et ses certitudes disparaître les unes après les autres. Il apprendra notamment que la non-violence exige plus de courage que la force brute et constatera qu’une femme peut gouverner aussi bien et même mieux qu’un homme. Il découvrira aussi son homosexualité, se rendant finalement compte qu'il ne convoitait la sœur de son seigneur que pour sa ressemblance avec son frère.


« Les danseurs d’Arun » est plus "anodin". Il permet surtout de faire le lien entre le premier et le troisième volet de la trilogie, entre l’univers guerrier et féodal du nord et le monde marchand et démocratique du sud, entre la montagne et la mer, le froid et le soleil. C’est un volume à la fois plus rural et plus doux. Il s’y passe moins d’évènements importants ou impliquant l’avenir des nations. Une histoire toute simple, celle d’un jeune manchot qui quitte le nord et le métier de scribe que lui imposait son infirmité pour suivre un groupe de danseurs dirigés par son frère aîné. C’est une petite ode à la tolérance qui nous invite à accepter notre différence et celle des autres, celle de l’infirme par rapport aux valides, celles des sorciers que leurs dons isole et rend suspects, celles des nomades Anesh vis-à-vis des habitants d'Elath.


« La fille du nord » est un peu une synthèse des précédents, mélangeant l’intime et le public. C’est aussi un volume plus politique. Diplomatie, espionnage, alliances et assassinats sont au cœur du récit. L'atmosphère est plus sombre, on sent que des forces sont à l'œuvre qui vont bientôt bouleverser l'ordre des choses. C'est qu'à Kendra-du-Delta, l'équilibre est précaire entre les Grandes Maisons qui gouvernent la cité et les guildes de marchands et de sorciers qui aimeraient bien récupérer une partie du pouvoir. On a aussi le sentiment d'être parvenu à la fin d'une époque, de vivre les derniers temps d'une utopie. La société matriarcale et non violente est minée par l'ambition des uns et la haine des autres. Les armes tranchantes, bannies depuis longtemps, font leur réapparition et la force brute le dispute de nouveau à la raison. Ce roman fait aussi la part belle au sexe faible - ou prétendu tel - avec le portait de trois femmes de caractères : Sorren la jeune serve , Paxe la maître d'arme et Arré Med leur maîtresse.


Même s’ils peuvent se lire indépendamment, il faut mieux aborder ces romans dans l’ordre chronologique. Chaque volume est  séparé du précédent par plus d'un siècle. On ne retrouve donc jamais les personnages des tomes précédents et, si les trois histoires commencent ou finissent au donjon de Tornor, l’environnement est chaque fois différent. Il y a néanmoins une grande unité entre ces récits que fédère l'histoire de l'émergence, du développement et de l'évolution d'un art martial. J’ai particulièrement apprécié de voir l'évolution sur plusieurs siècles de ce Kea que l’on voit au fil du temps se dédoubler et se transformer en chorégraphie, spectacle puis religion. Il est également intéressant d'assister à l’évolution du vocabulaire et de voir les héros des premiers volumes devenir des personnages légendaires dont l'existence réelle finit par être mise en doute.


"Les chroniques de Tornor " sont donc une fantasy subtile qui fait la part belle à l'individu et nous invite à vivre nos choix sans se laisser influencer inutilement par ceux des autres.

J-C Lattès - Titres SF 1981

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23 juillet 2016

LES CROIX DE BOIS - ROLAND DORGELES

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Histoire romancée des expériences vécue par l'auteur sur les champs de bataille de la première guerre mondiale.

"Les croix de bois" fait partie de ces romans sur la première guerre mondiale écrits par des hommes qui l'ont vécu. Outre une véracité sans doute plus grande, ils sont en général plus intimistes que les textes plus récents et ne versent que rarement dans l'héroïsme grandiloquent, un peu comme s'il y avait une certaine réserve de leur part, une volonté de ne pas se mettre en avant alors que tant de leurs compagnons de combat ne sont plus là. 

Roland Dorgelès a écrit le sien en 1919, soit à peine un an après la fin de cette guerre qui l'a vu s'engager dès 1914 malgré une santé fragile. Il a combattu dans les tranchées, en Argonne et dans l'Artois, avant de prendre un peu de hauteur en rejoignant l’aviation. Son récit s'est donc nourrit de son expérience du combat. Les batailles dont il nous parle, il les a vécues. Les hommes dont il a fait les héros de son roman, il les a rencontrés. On ne trouvera pourtant dans son livre aucune référence de lieux ou de dates. Les spécialistes de la grande guerre reconnaîtront sûrement telle ou telle bataille, tel ou tel village dans les descriptions de l'auteur mais, pour les autres, c'est l'anonymat qui domine. On pourrait être en n'importe quel endroit du front et presque à n'importe quel moment.

Il en va de même pour les personnages. Ils s’appellent Sulphart, Broucke, Belin, Demachy ou Bouilloux. Ils viennent du Nord, de Normandie, de Corse et de Paris. Ils sont paysans ou étudiants. Ils sont ses compagnons d'arme tout autant que le produit de son imagination. Ils sont tous les autres soldats, semblables et différents. L'auteur lui-même s'efface derrière le narrateur, un dénommé Jacques Larcher, sorte de double romanesque dont on devine à certains détails qu'il partage avec lui origine socio-professionnelle et bagage intellectuel. Un personnage qui participe aux évènements qu'il raconte mais qui n'est jamais mis en avant, se contentant de retranscrire les faits dont il est le témoin.

Son récit comporte finalement peu d'épisodes guerriers. Il semble préférer nous montrer ses compagnons dans tous les autres moments de leur vie de biffins. Une vie rude mais non dénuée de moments de gaieté et de franche camaraderie. Nous les côtoyons au feu ou à l'arrière, assistons aux corvées de soupe et à la distribution du courrier, à l'épouillage, à toutes ces menues tâches qui rythment leur quotidien entre de longues périodes d'attente : « Alors on se rassied, le dos au mur, et on attend. Faire la guerre n’est plus que cela : attendre. Attendre la relève, attendre les lettres, attendre la soupe, attendre le jour, attendre la mort… Et tout cela arrive, à son heure : il suffit d’attendre… ». Les scènes de combat sont donc peu nombreuses mais néanmoins suffisantes pour montrer toute l'horreur de cette guerre, les vagues de soldats montant à l'assaut et se brisant les unes après les autres, le pilonnage incessant des obus, les blessures, les mutilations bref toute l’absurdité d’un sacrifice aussi inhumain qu'inutile.

Le dernier chapitre traite du retour à la vie civile de l'un des personnages. L’occasion de nous montrer un peu la vie loin des combats ainsi que le décalage qui s’est instauré entre ceux qui ont vécu la guerre dans leur chair et ceux pour qui elle demeure une menace encore lointaine. On y ressent aussi l’amertume de l’auteur qui pressent que ses concitoyens s’empresseront d’oublier tant de mauvais souvenirs même s’il faut pour cela oublier ceux qui ne rentreront jamais du front : « On oubliera. Les voiles du deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois. ». Et c'est précisément pour éviter que ces hommes ne meurent à nouveau que Roland Dorgelès a écrit ce livre, Pour leur rendre hommage bien sûr mais surtout pour laisser une trace de leur passage, témoigner qu'ils ont vécu, rit, pleuré, souffert.

Le Livre de Poche

 

15 juillet 2016

NOUNOURS EST PYROMANE - ROBERT BLOCH

neosff115Ce troisième recueil de nouvelles choisies et présentées par François Truchaud pour le compte des éditons NéO regroupe des textes parus entre 1963 et 1979. C'est surtout le genre policier qui est mis à l'honneur, la SF n'intervenant que dans deux cas (Un jouet pour Juliette et Groovyland) et le fantastique à une seule reprise (Ce que tu vois, c'est ce qui t'attend).
Le temps passant, Bloch semble de plus en plus remonté contre la société américaine et le chemin qu'elle prend. Ses critiques sont en tout cas beaucoup plus dures, presque violentes (
Mais d'abord ces mots ou La foire aux monstres) et son humour noir toujours plus dévastateur.

Les cinq premières nouvelles illustrent chacune à leur manière le célèbre adage : « Tel est pris qui croyait prendre ».
Le joyeux farceur, Tout en famille et La capsule du temps ont pour thème les rapports amoureux ou conjugaux et les frictions qui en découlent parfois : un amoureux éconduit désire se venger de la femme qui l'a rejeté, un entrepreneur de pompes funèbres veut tirer parti de son métier pour faire disparaître son épouse, une femme s'apprête à quitter son mari sans éveiller ses soupçons. Tous verront leurs manigances se retourner contre eux.
Un vampire sur mesure a pour cadre la France à l'époque de l'occupation allemande. Un acteur de théâtre partisan des nazis se fait passer pour un vampire afin de dissuader les habitants d'une petite bourgade d'aller roder dans les ruines d'un château où est installé un poste émetteur. Il jouera son rôle à la perfection. Trop même...
Un jouet pour Juliette nous catapulte en revanche dans un lointain futur. A chacun de ses voyages dans le temps, un savant ramène a sa petite fille un homme que la perverse jeune femme utilise pour ses jeux sexuels avant de les mettre à mort. Hommage au divin marquis ce texte propose aussi une explication inattendue à la disparition de Jack l'éventreur
.

Parmi les textes suivants, quatre sont des critiques acerbes de différent aspects de la société américaine que Bloch semble réprouver.
Nounours est pyromane fait le portrait d'un hippie libertaire. Un genre d'individu que Bloch ne porte apparemment pas dans son cœur et qu'il qualifie de oisif et d'inadapté. Il réserve à celui-ci un châtiment particulièrement cruel. Dans Groovyland c'est l'industrie du loisir (parc d'attraction, musique, cinéma, télévision...) qui est passée au crible de son humour corrosif tandis que Mais d'abord ces mots fait le procès des médias et de la politique. Mais c'est La foire aux monstres qui comporte l'attaque la plus virulente. Les habitants de Goober City se bousculent sous le chapiteau de Mr Fall pour assister à sa parade des monstres. Mais les monstres ne sont peut-être pas ceux que l'on croit ? Une attaque en règle contre les « bonnes gens » et un final réellement flamboyant.

Ce que tu vois, c'est ce qui t'attend est le seul texte fantastique du recueil. Un individu entre en possession d'un appareil photo dont les clichés prédisent les circonstances de la mort des personnes photographiées. Un récit très plaisant malgré le classicisme de son sujet et sa fin un peu trop prévisible.

Les autres nouvelles peignent la folie des hommes, du délire paranoïaque à la schizophrénie en passant par la jalousie maladive.
Tu ne fais jamais rien de bien est un texte très bref au final percutant.
Tout est dans le jeu nous propose une petite plongée dans le milieu du théâtre avec une utilisation du monologue d'Hamlet pour le moins originale.
Regarde comme elles courent nous montre toute la difficulté du métier de psychiatre. Et ses risques !
Rapports patient/psychiatre encore pour Celui qui ferme la voie. Mais pas n'importe quel patient puisqu'il s'agit de Robert Bloch lui-même. L'écrivain tente de prouver sa santé mentale à un psychiatre qui lui oppose ses manies et autres psychoses révélées par ses nouvelles. L'auteur en profite pour faire un tour d'horizon d'une bonne partie de ses écrits et met en relief les thèmes récurrents de son œuvre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

10 juillet 2016

LA TOURNEE D'AUTOMNE - JACQUES POULIN

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Alors qu’il s’apprête à entamer sa dernière tournée, un chauffeur de bibliobus se lie d'amitié avec les membres d'une compagnie de spectacle. Ces derniers décident alors de l'accompagner pour découvrir l'arrière-pays québécois, au plus grand plaisir du bibliothécaire tombé amoureux de leur régisseuse.

« La tournée d’automne » est un road-book mélancolique et délicat qui nous invite à un joli voyage le long de l’estuaire du Saint-Laurent. En compagnie d’un chauffeur de bibliobus et d’un groupe d’artistes de rue nous remontons le fleuve, de Québec à  Havre-Saint-Pierre, en passant par quantité de bourgades aux noms évocateurs : La Malbaie, Port-au-Persil, Rivière-au-Tonnerre… Chacun de ces arrêts est l’occasion de découvrir un élément du patrimoine naturel québécois (faune, flore, paysage) et de faire la rencontre des autochtones et de leur mode vie particulier (la salariée d'une pêcherie, un pilote d'hydravion..).


Mais le roman de jacques Poulin n'est pas qu'un récit de voyage. Il aborde, avec justesse et pudeur, d'autres thèmes et notamment celui de la fin de vie. Le chauffeur et Marie, les deux personnages principaux, sont aux portes du troisième âge. Ils sont donc naturellement confrontés aux craintes que leur inspirent la vieillesse et surtout à la peur de la déchéance physique et intellectuelle qui parfois l’accompagne. Ils découvriront cependant que chaque âge mérite d’être vécu et que la vieillesse réserve aussi son lot de bonnes surprises.


Et parmi les excellentes choses qui contribueront à embellir leur vie, il y a les livres. Plus que tout « La tournée d’automne » est une ode aux livres, à tous les livres. Romans, recueils de poésie, biographies, traités scientifiques, la bibliothèque ambulante regorge de bouquins et le maître des lieux sait faire partager le plaisir qu’ils lui ont apporté. Le lecteur se reconnaîtra sans doute dans l’un ou l’autre portrait des usagers de ce réseau itinérant, partageant à coup sûr leur soif de découverte et leur sensibilité. Il trouvera aussi quelques nouvelles idées de lectures et pourquoi pas d’autres auteurs québécois !

Acte Sud - Babel - 1999

5 juillet 2016

TROGLO-BLUES - BERTRAND PASSEGUE

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Troglo-blues est un post-apo nerveux, sombre et violent qui pallie son manque d'originalité par un cadre intéressant. Bertrand Passegué a en effet située son intrigue dans le métro parisien, précédant ainsi d'une bonne quinzaine d’années Dimitri Glukhosky et son « Métro 2033 ». Anecdote mise à part, il faut avouer que cet univers souterrain ne manque pas d'attrait avec sa théorie de tunnels quadrillant le sous-sol parisien, sa pénombre et ses culs de basse fosse.

L'histoire se déroule trente ans après une bonne grosse guerre qui a vu la France écoper de sa part de bombes. Paris et sa région ont bien morflés et seul le centre de la capitale s’en est sorti sans trop de dommages. Autour, des ruines et une campagne désertique où survivent tant bien que mal des paysans pressurés par les affreux parisiens. Ces parasites sont de deux sortes. Il y a ceux qui vivent à la surface, aux alentours de l'hôtel de ville, sous la coupe du maire Lacourt. Il y a ensuite les troglos qui  ont choisi de vivre sous terre dans les galeries du métro où ils avaient trouvé refuge pour échapper aux bombes.

Deux communautés qui se craignent et se disputent la ville, le jour pour les uns, la nuit pour les autres. Mais cette rivalité n’est qu’une façade destinée à maintenir les masses sous le joug de deux totalitarismes, la peur mutuelle justifiant dans les deux camps un pouvoir fort et sans partage. Pour avoir mis au jour la collusion entre les deux « mondes », cette symbiose de la terreur, Joris est contraint de fuir l’entourage du maire et finit par trouver refuge chez les troglos sous une fausse identité. 


A partir de ce moment l'intrigue perd un peu de son ambiance post-apo pour prendre des allures d'histoire de sociétés secrètes avec secte, grand maître et épreuves initiatiques. Le récit demeure vif et l'action bien présente mais ça manque tout de même d'inventivité dans le déroulement des évènements. Heureusement la personnalité du héros est plus complexe. On croit longtemps que Joris n’est motivé que par l’envie de survivre et de se mettre définitivement à l’abri. Puis, quand on le voit gravir les échelons de la hiérarchie souterraine, on pense qu’il cherche le moyen de se venger de ceux qui ont tué sa copine tout en mettant à bas la double tyrannie.

Or, on se rend finalement compte qu’il est exactement comme ceux qu’il exècre. Ce qu’il veut, ce n’est pas réformer le système, mais le reprendre à son compte. Il est avide de pouvoir et des avantages qu’il procure, il est violent et égoïste, bref c’est une belle ordure. Mais comme on s’est pris au jeu, qu’on a jusqu’alors frémit avec lui et formé des vœux pour sa réussite, on ne peut malgré tout s’empêcher d’espérer qu’il s’en sorte. Heureusement pour la morale, Bertrand Passegué se montrera beaucoup moins indulgent que nous…

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

 

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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