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30 octobre 2016

LALA PIPO - HIDEO OKUDA

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De nos jours, à Tôkyo, les destins croisés de six personnages, leur solitude, leurs rencontres, leurs espoirs… 

« Je voudrais que tout le monde sache le genre de drame que vivent les perdants de la société, quelque part dans un coin de Tôkyô». Ces mots que Hideo Okuda met dans la bouche de l’un de ses personnages résument assez bien le projet auquel il s’est essayé avec ce livre. Ses six nouvelles mettent en scène quelques-uns des millions d’habitants que compte la capitale nippone, avec une nette préférence pour les laissés pour compte.

Jeune femme obèse, épouse délaissée, écrivain aigri ou rabatteur pour club, qu’ils aient foirés leurs études, échoués à s’intégrer dans le monde du travail ou qu’ils souffrent de leur différence, tous ses personnages ont raté le train de leur vie. Ils se retrouvent à des degrés divers exclus de la société et l’auteur nous dévoile la pauvreté de leur vie sociale et affective. Il étale leurs petits travers, leurs fantasmes et leurs désirs faisant de nous les témoins de leur quotidien. Ou plutôt des voyeurs puisque c’est sous l’angle de leur sexualité que la vie de ses z’héros nous est présentée. Et ce que nous découvrons n’est pas bien gai.

Leurs relations intimes sont dévoyées,. Il n’y a pas de liens, peu de partage, juste la recherche d'un plaisir égoïste et solitaire. Le sexe n’est plus qu'un exutoire ou pire, un objet de consommation comme un autre. Il symbolise parfaitement la médiocrité des rapports humains dans une ville où tout semble s’exprimer en termes de domination et de possession. Il n’y a plus de véritable communication. Les gens ne se livrent  jamais totalement mais semblent jouer un rôle. C’est une comédie des apparences où seule compte l’image que l’on renvoie, laquelle doit être conforme à son statut social ou à sa réussite professionnelle.

Chaque nouvelle est contée du point de vue d’un personnage qui jouait un rôle secondaire dans la nouvelle précédente. Le procédé n’est pas neuf mais il fait toujours son petit effet. Cela permet de revivre certaines scènes sous un angle différent et de donner un nouvel éclairage aux attitudes des uns et des autres. Cela renforce aussi le sentiment d’isolement de tous ces gens qui se côtoient quotidiennement sans pourtant se connaître. Ils sont voisins ou travaillent dans le même immeuble, fréquentent la même bibliothèque ou le même karaoke et pourtant ils demeurent parfaitement étrangers les uns aux autres.

C’est cru, c’est triste, ça se termine parfois mal mais c’est aussi très drôle. Les situations sont décalées et souvent excessives. On aime ou on déteste ces messieurs-dames tout le monde, on les juge sans vraiment les connaître mais surtout, on les plaint car « Que la vie soit à rire ou à pleurer, il faut quand même la vivre. » 

Ce roman d’Hideo Okuda est donc une excellente découverte et je sens que je reviendrai bientôt vers ces éditions Wombat et notamment sa collection « Iwazaru » où j’ai d’ores et déjà repéré quelques titres bien tentants.

Wombat - Iwazaru - 2016

 

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20 octobre 2016

LE JOUR DES FOUS - EDMUND COOPER

neosff056Des radiations solaires d’une ampleur inaccoutumée provoquent sur Terre une véritable épidémie de suicides. Seuls survivent les inadaptés et les anormaux, les fous ou les génies. Matthew Greville est l’un d’eux. Misanthrope avec des tendances meurtrières, hanté par la mort de sa femme, il vit désormais seul à l’écart des autres groupes de survivants. Des rencontres, bonnes et mauvaises, vont le forcer à quitter sa retraite. 

« Le jour des fous » n’est pas mon premier post-apo - Malevil et Ravage l’avaient précédés de beaucoup - mais c’est sans aucun doute celui qui m’a rendu accro à ce sous-genre de la SF qui nous parle de cet instant effroyablement angoissant mais aussi incroyablement exaltant où le monde bascule dans l’inconnu.

Ce roman est pour moi l’un des plus purs modèles du genre. Il contient et exploite de la meilleure façon qui soit tous ses ingrédients, la coexistence d’attitudes désintéressées ou égoïstes, le repli solitaire ou la rémanence de l’instinct grégaire, le refuge dans la religion fut-t-elle la plus folle, le choix d’une nouvelle société… Ajoutons à tout cela les images désormais traditionnelles mais toujours efficaces de villes à peu près vidées de leurs populations et le retour de la faune sauvage, chiens et rats en tête.

Tous ces thèmes classiques du post-apo, ses poncifs diront certains, sont présents mais utilisés avec discernement et justesse. Edmund Cooper n’en fait jamais trop. Il réussit un dosage parfait entre scènes violentes et introspectives, entre espoir et renoncement. Mais sa meilleure réussite est sans doute son personnage principal. Un homme ambigu, une sorte de héros malgré lui que les circonstances conduisent à prendre en main la destinée d’un groupe de survivants.

Et puis j’aime particulièrement la chute de ce roman, à la fois optimiste et désabusée. L’auteur y exprime sa confiance dans la capacité de l’espèce humaine à se tirer d’affaire mais demeure aussi conscient de sa propension à s’autodétruire. Pour toutes ces raisons, « Le jour des fous » reste aujourd’hui encore mon post-apo favori et l’un des rares roman qu’il m’arrive de relire.

Editions Néo - 1982

15 octobre 2016

LE GARCON - MARCUS MALTE

 

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Histoire d’un homme qui a vécu jusqu’à l’âge de quatorze ans loin de la société des hommes et qui, au décès de sa mère, part à la découverte du monde. De 1908 à 1938, nous le suivons dans ses voyages et ses rencontres dans une France qui s’apprête à subir de grands bouleversements. 

Difficile de classer « Le garçon » dans une catégorie bien précise. C'est un roman protéiforme qui ne cesse de changer tout au long de ses cinq cents et quelques pages. S’il est incontestablement un roman initiatique, celui d’un enfant sauvage, vierge de tout, sans préventions ni opinion préétablie, il emprunte aussi à bien d’autres genres. En fait, presque tous.

Il y a d’abord du roman populaire et l'on pense d’emblée au Rémi d’ Hector Malot pour les passages où ce garçon est recueilli par un patriarche campagnard le temps d’un été provençal ou bien lorsqu’il accompagne un lutteur de foire dans ses tournées à travers une France encore très rurale. Puis c’est le roman d’amour qui s’invite et se transforme rapidement en roman libertin avec moult galipettes et références au divin marquis mais aussi à d’autres auteurs plus classiques dont j’ignorais qu’ils avaient donné dans la rime grivoise et égrillarde.

Le récit de guerre prend ensuite la relève et l’on pense cette fois aux grands romans sur la boucherie de 14/18, à Barbusse, à Genevoix, à Dorgelès. Mais c’est surtout au "Capitaine Conan" de Roger Vercel que j’ai songé pour sa dénonciation de l’hypocrisie d’un pays qui encourage le meurtre en temps de guerre mais le réprime (à juste titre) une fois la paix revenue. Des nombreux chapitres consacrés aux épreuves vécus par son héros lors de la première guerre mondiale, deux seulement lui suffisent pour montrer toute l’absurdité et l’horreur de ce conflit. Le premier, plutôt comique, ironise sur les liens de parenté existant entre toutes les familles royales européennes : « C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts ». L’autre est en revanche d’une tristesse infinie. Il s’agit de l’énumération des soldats décédés lors d’une unique offensive. Nom, prénom, date et lieu de naissance, date du décès ; sur douze pages s’égrènent  la longue litanie de toutes ces vies fauchées inutilement.

Roman populaire, roman d’amour, récit de guerre mais aussi roman épistolaire, poésie sans oublier non plus quelques-uns de ces jeux érotico-littéraires comme savaient en composer Sand et Musset. Bref, quantité de façons de nous conter la vie de son héros et des quelques personnes qu’il rencontre et qui toutes imprimeront leur marque sur son existence. Des personnages forts et charismatiques dont on se souviendra longtemps. Comment en effet résister à la gaieté et au sens de l’honneur de Brabeck, à l’humanisme de Gustave et à l’amour d’Emma, à sa passion exclusive et dévorante. Comment ne pas souhaiter les rejoindre et partager quelques instants de leur vie, voyager en roulotte en compagnie de faux ogres mais vrais champions de lutte, chiner des livres érotiques sur les quais de Seine et faire l’amour sous un saule pleureur, vivre « quelques ravissements parmi nombre de ravages ».

Et si vous n’êtes pas encore convaincus par la nécessité de lire ce roman, sachez que l’écriture de Marcus Malte est particulièrement belle. Elle coule à la façon d’une rivière, tantôt calme et placide, tantôt torrentueuse, mais toujours poétique et inventive, s’accordant à merveille au rythme du roman comme aux aléas de l’histoire.

Zulma - 2016

#MRL16

10 octobre 2016

CRISTAL QUI SONGE - THEODORE STURGEON

jl0369-1972

Après avoir fuis ses parents adoptifs qui le maltraitaient, Horty est recueilli par les membres d’un cirque ambulant. En compagnie des nains Zena, Bunny et La Havane il grandit en évitant soigneusement tout contact avec le directeur du cirque, Pierre Ganneval alias le Cannibale, un ancien médecin parfaitement misanthrope qui a découvert de mystérieux cristaux aux propriétés surprenantes. Devenu adulte, Horty retourne dans la ville de son enfance pour y revoir son amie Kay Hallowell et, peut-être, tirer vengeance de son père.

« Cristal qui songe » est un roman à la croisée des genres. Il s’agit indéniablement d’une œuvre de SF puisqu’il met en scène une race extra-terrestre foncièrement originale et radicalement différente de la nôtre. Toutefois c’est bien le fantastique qui prédomine grâce à l’atmosphère horrifique générée par la présence d'un cirque étrange peuplé de nombreux freaks. Ceci dit, ces anomalies de la nature ne sont pas là pour effrayer le lecteur mais pour permettre à l'auteur de délivrer un message.


C’est en effet de différence que Theodore Sturgeon entend nous parler. Différence entre les hommes et les femmes dits normaux et ceux que leur apparence physique distingue de leurs congénères. Différence aussi entre les humains et les cristalins, ces copies humaines créées par les fameux cristaux. En confrontant toutes ces individualités et ces espèces différentes, l'auteur s’interroge sur ce qui les rapproche et ce qui les sépare. Il nous démontre entre autre que l’humanité ne se mesure pas en termes de critères physiques mais en fonction de nos qualités morales. Etre humain ce n'est pas avoir un nez, une bouche, deux mains et deux pieds, c'est être capable d’altruisme et de compassion. La scène finale illustre parfaitement son propos : les masques tombent et la véritable nature de tout un chacun est révélée. On se rend alors compte que les monstres n’étaient pas forcément ceux que l’on croyait et que la laideur dissimule parfois de bien belles choses.


La construction du récit est un peu déconcertante puisqu'il s’attache successivement à Horty, au Cannibale puis à Kay Hallowell nous dévoilant à chaque fois des pans entiers de leur vie et nous montrant comment leur personnalité s’est forgée. Mais le véritable héros n’est autre que Zena. Malgré les apparences, c’est bien la jolie lilliputienne  qui tient le premier rôle. C’est elle qui comprendra le mieux la nature des cristaux et saura comment s’en faire des alliés. C’est elle aussi qui prendra Horty sous son aile et lui donnera les moyens de lutter contre le Cannibale. C’est elle enfin qui fera le sacrifice de sa vie pour empêcher ce dernier de détruire les humains. Des humains qui ne méritent pas forcément sa pitié mais qu’elle aime cependant au point de vouloir devenir leur semblable. 


Au final, « Cristal qui songe » n’est sans doute pas ce grand classique de la science-fiction qu'on nous présente souvent mais il n'en demeure pas moins une bien jolie fable sur la différence.

J'ai Lu - 1972

5 octobre 2016

LA FILLE DU CAPITAINE - ALEXANDRE POUCHKINE

9782253160946-T

Jeune noble tout juste entré dans la carrière militaire, Pierre Griniev est envoyé dans une petite ville de garnison sur les bords du fleuve Oural. Alors que, loin des plaisirs de Saint Petersbourg, il pense sombrer dans l’ennui le plus profond, deux évènements vont le sortir de sa torpeur : son amour pour Macha, la jolie fille du commandant de la petite place forte et la révolte des cosaques menés par le terrible Pougatchev. 

Mes connaissances en matière de littérature russe sont proches de zéro. J’ai bien lu deux bouquins de  Nabokov mais comme le loustic a tourné ricain j’hésite à les comptabiliser. J’ai ensuite lu ce superbe pamphlet anti-stalinien qu’est « Une journée d’Ivan Denissovitch » de Soljenitsyne et, plus près de nous, j’ai tâté du post-soviétisme avec l’étonnant Viktor Pellevine. Mais en matière de classiques, exception faite du « Double » un Dostoievski mineur qui ne m’a laissé presque aucun souvenir, mon carnet de chasse est désespérément vierge. Pas un Tolstoï, pas le moindre Tourgueniev, pas même un petit Tchekov pour sauver l’honneur. 

Alors, pour combler cette lacune vaste comme la Sibérie, j’ai décidé de me taper un petit Pouchkine qui, contrairement à ce qu’a pu prétendre certain chanteur à cravate à poix, n’est pas un café moscovite mais le petit père de la littérature russe moderne. Mon choix s’est porté sur la plus romanesque de ses œuvres et c’est une décision que je n’ai pas regrettée puisque je me suis retrouvé embarqué dans un roman historique qui n’a rien à envier à ceux de notre Alexandre Dumas national.

« La fille du capitaine » est une histoire d’amour toute simple sur fond de révolte des cosaques. Il y a de l’épique et du dramatique, de l’humour et de l’émotion le tout sur un rythme enlevé qui ne laisse pas beaucoup de temps pour l’introspection. Et pourtant, les personnages sont beaucoup plus profonds et signifiants qu’il n’y parait  d’abord.

Je ne parle pas du triangle amoureux Griniev/Macha/Chvabrine qui campent des individualités beaucoup trop conventionnelles, héros fidèle et courageux,  jeune vierge dévouée et traître infâme et libidineux. Je ne pense pas non plus au brigand  Pougatchev ou à la Grande Catherine, personnages bien réels que l’auteur a incorporé à son récit pour lui donner un peu de consistance historique et qu’il semble étrangement placer sur un pied d’égalité en les montrant l’un et l’autre faire preuve tout à tour de la même sévérité et de la même mansuétude. Non, les personnages les plus intéressants, ceux qui font vivre cette Russie du XIXème siècle et donnent au roman son authenticité, sa verve et sa saveur, ce sont les seconds rôles.

Il y a d’abord papa et maman Grinev qui illustrent parfaitement cette caste de riches propriétaires terriens libéraux, francophiles et éclairés mais néanmoins attachés à leurs privilèges (leur richesse se compte en âmes c’est-à-dire en serfs). Il y a ensuite le couple Mironov dans lequel madame semble porter la culotte jusqu’à ce que les circonstances révèlent le courage du Capitaine et l’amour de son épouse. Il y a enfin Savélitch, le serviteur du jeune Griniev, dont les récriminations incessantes à l’égard de tout un chacun apportent au roman sa petite note d’humour.

Signalons enfin que l’action est bien présente avec rien moins qu’un duel, un assaut et un siège dans les règles de l’art, le tout dans les superbes paysages enneigés des plaines de l’Oural.

Le Livre de Poche - Classiques

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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