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26 août 2018

EUGENIE GRANDET - HONORE DE BALZAC

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Eugénie est la fille unique de Félix Grandet, un ancien tonnelier qui a fait fortune mais continue de vivre chichement dans l’antique maison familiale. Courtisée par deux prétendants plus intéressés par l’héritage de son père que par elle-même, Eugénie mène une vie morose aux côté de ses parents et de Nanon, leur servante. L’irruption dans son quotidien d’un cousin parisien va lui faire entrevoir une existence différente où les sentiments auraient autant d’importance que la richesse et ses compromissions.

J'ai longtemps été hermétique à la prose de Balzac. Ce ne fut pourtant pas faute d'avoir essayé puisque j'ai tenté à trois reprises de lire "La peau de chagrin" dont le côté fantastique me semblait le plus propre à susciter mon intérêt. Rien n'y fit, je renonçais à chaque fois. Et puis il y a peu, j'ai de nouveau tenté ma chance avec "Le colonel Chabert" et, cette fois, cela a fonctionné. Fort de ce petit succès j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la « Comédie humaine » avec l’un des plus célèbres romans de l’auteur : Eugénie Grandet.

Outre une très belle peinture d'une petite ville de province et de sa bourgeoisie viticole (Saumur en l'occurrence), ce livre nous propose les formidables portraits d’un avare et de sa fille. Dans la première moitié c'est le père Grandet qui tient le haut du pavé. Nous faisons connaissance avec le vieux grigou, découvrons l'état de sa fortune, apprenons de quelle façon il l’a acquise et le plaisir qu'il prend à placer son argent, acheter de l’or et exploiter ses terres. Nous le voyons surtout dans sa vie de tous les jours et notamment dans ses rapports avec sa maisonnée, femme, fille et servante qu’il soumet à une vie austère, rognant sut tout, le bois de chauffage, la chandelle, le beurre…

Face à cet homme de tempérament, intelligent et déterminé, la pauvre Eugénie fait pâle figure. Jeune femme de 23 ans  effacée et soumise, elle n’attire guère l’attention et seul son statut de riche héritière la distingue aux yeux de la « bonne société ». Cependant, l’amour et la compassion vont la transformer en femme de caractère, une vierge farouche qui, malgré la perte de ses illusions, saura garder intactes ses convictions.

De ce point de vue, Eugénie est peut-être aussi pour Balzac, un moyen détourné de critiquer la société d’alors. Sa rébellion contre le pouvoir paternel, la façon dont elle tourne le dos au monde et à ses petits arrangements, son mépris envers les coureurs de dot et la magnanimité qu’elle oppose à l’avidité des ambitieux sont autant de camouflets lancées à la face des bourgeois et des aristocrates qui bradent leur parole et leurs sentiments pour une rente ou une charge.

Le Livre de Poche - Classiques

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19 août 2018

SILO - HUGH HOWEY

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Le silo est une structure souterraine de plus de 140 étages dans laquelle vivent les descendants d’une catastrophe de nature indéterminée, quelques milliers d’individus soumis à des lois strictes et une organisation rigoureuse destinée à permettre leur survie dans un espace extrêmement restreint. Chaque habitant se voit ainsi assigné un travail, un conjoint et seule une loterie détermine s’il aura ou non des enfants. Toute contestation, toute tentative d’émancipation ou de remise en cause du dogme officiel entraîne un bannissement immédiat hors du silo, c’est-à-dire la mort à très courte échéance. En enquêtant sur la mort du maire de la cité, le shérif Juliette Nichols se rend compte que l’organisation du silo est fondée sur un gigantesque mensonge. Elle va alors s’employer à faire éclater la vérité. 

Silo est un phénomène littéraire. D’abord publiées à compte d’auteur en version numérique, les nouvelles de Hugh Howey rencontrent un succès immédiat qui permet leur réédition en un volume, lequel va lui-même connaître une fantastique carrière de best-seller. Pour ma part, je n’avais pas prévu de céder à la « silomania », non pour me distinguer mais parce que son sujet me paraissait passablement éculé. Il faut dire que des récits de sociétés souterraines créées pour survivre à l’apocalypse, j’en ai déjà lus un bon nombre, quatre rien que dans la collection Anticipation du Fleuve Noir (« Malterre » de Hugues Douriaux, « L’heure perdue » de Guy Charmasson, « La légende des niveaux fermés » de Gilles Thomas et « Divine entreprise » de Roger Facon) sans oublier bien sûr le plus que célèbre « Age de cristal » adapté tant au cinéma qu’à la télévision. Dans ces conditions, difficile d’imaginer quelque chose de neuf sur un sujet aussi rabâché.

Et puis Noël est passé par là et je l’ai trouvé au fond de ma chaussette. Bien obligé de le lire, j’ai encore attendu quelques mois afin de profiter de mes deux semaines de farniente estival pour me plonger dans ce pavé de plus de 700 pages. Finalement, il ne m’aura pas fallu plus de trois jours pour en venir à bout, ce qui en dit long sur sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Et pourtant ça n’était pas gagné d’avance. J’ai même cru que mes craintes allaient se réaliser en découvrant l’univers du silo qui correspondait en tout point à ce que je m’attendais à y trouver, c’est-à-dire une société hiérarchisée et compartimentée, une gestion stricte des ressources et ses conséquences sur la vie sociale, des cultures hydroponiques et bien sûr de vilains dirigeants qui mentent à leurs concitoyens pour faire perdurer un système qui les avantage. Mais cette impression de déjà lu n’a pas duré bien longtemps, ou plutôt, elle fut largement compensée par un traitement original et tout à fait nouveau du sujet.

Tout d’abord, le roman de Hugh Howey commence là où la plupart des récits du genre se terminent. Dès les premiers chapitres, nous savons à quoi nous en tenir sur la nature de la société et sur le fait que «  l’extérieur » est sans doute bien différent de ce qu’il paraît être. Le scénario ne repose donc pas sur cette seule découverte mais sur une succession de rebondissements. C’est d’ailleurs la grande force de l’auteur que de parvenir à relancer constamment l’intrigue. On est en présence d’un véritable page-turner où chaque chapitre se termine sur la promesse d’une révélation.

En second lieu il convient de signaler que l’action est épaulée par de nombreux personnages de premier plan. Cela permet de suivre différents fils narratifs et d’introduire un peu de variété dans le récit. On suit ainsi à tour de rôle les aventures de Juliette hors du silo, la révolte des mécanos dans les plus bas étages ou la formation de Lukas au difficile métier de dirigeant. Ces personnages ont de la consistance, un vécu qui nous est abondamment détaillé et des espoirs dans un futur pourtant incertain. On apprend à les connaître, on s’attache à eux même si Hugh Howey n’hésite pas à les faire disparaître parfois fort rapidement.

Enfin, l’épaisseur du livre lui permet de peaufiner son décor. On a tout le temps de s’imprégner de cet univers si particulier où il faut près de trois jours pour parcourir les 144 étages qui le composent. Il y a quelques jolies trouvailles comme les ombres, ces apprentis qui suivent pas à pas le travailleur qu’ils sont appelés à remplacer un jour et, d’une manière générale, l’atmosphère sonne plutôt juste.

Le livre se termine malheureusement sur une fin provisoire qui appelle une suite. Celle-ci a été publiée un an après et, pour faire bonne mesure, elle a été précédée d’une préquelle. L’apprenti écrivain qui s’auto-éditait sur le web a bien grandi…

Actes Sud - Le Livre de Poche - 2016

5 août 2018

LE MASQUE AU SOURIRE DE CROCODILE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Lilianne peut être satisfaite, l’ouverture de son restaurant est une réussite. Tout ce que Kinshasa compte de gros bonnets et d’expats pleins aux as est au rendez-vous et les affaires s’annoncent florissantes. Seule ombre au tableau, sa rupture avec Jim Bamba, son amant zaïrois aussi beau qu’insupportablement macho. Leur séparation n’est toutefois pas aussi houleuse qu’elle se l’imaginait et Jim lui laisse même en souvenir un masque traditionnel de sa tribu. Mais à peine le fétiche accroché au mur de son restaurant, la poisse commence à s’acharner sur elle et son commerce… 

J'ignore si Jean-Pierre Andrevon a déjà mis les pieds en Afrique noire ou s'il tire ses connaissances d'une abondante documentation mais son roman, même s’il date de 1995, nous procure une remarquable immersion dans ce continent. Il faut dire qu’en vingt ans, au Zaïre ou dans les pays voisins, la situation n’a malheureusement guère changée. Aussi, cette plongée dans l’ex Congo belge, à Kinshasa d’abord puis dans la brousse équatoriale, semble toujours d’actualité et extrêmement réaliste : la moiteur omniprésente, la corruption, la misère et la violence, une société à deux vitesse où deux mondes - et presque deux époques – coexistent avec d’un côté les expatriés et les dignitaires et de l’autre la foule des anonymes qui survit comme elle peut. Quelques personnages typiques mais fort bien tournés viennent enrichir ce décor avec bien sûr la mama africaine, le vieil employé fidèle, le beau black macho, la copine nympho…

Mais, entre cette longue mise en place du décor et des personnages, puis l'énumération des emmerdes qui se mettent à pleuvoir sur la pauvre Lilianne et enfin son éprouvante équipée à travers la jungle il n’y a guère d’évènements notables. En fait, mis à part son ambiance, tout l’intérêt du récit réside dans la manière dont l’auteur amène chez son héroïne - et chez son lecteur - la conviction qu’elle est victime d’un envoûtement. L’auteur le fait lentement, par petites touches. De petits contretemps en grosses tuiles, de peines de cœur en problèmes d’argent, il installe une sorte de crescendo dramatique qui verra Lilianne basculer progressivement dans l’irrationnel.

Pour autant le récit garde les pieds sur terre et deux explications, l’une scientifique, l’autre fantastique, restent possibles selon l’état d'esprit du lecteur ou ses croyances. Comme nous le dit l’auteur, la sorcellerie ne fonctionne que sur ceux qui y croient et il faut sans doute être africain pour admettre le pouvoir des marabouts et de leurs fétiches. Il a donc eu une excellente idée en choisissant pour héroïne une occidentale née en Afrique et qui, imprégnée des deux cultures, se trouve un peu à la croisée des chemins.

Ce petit roman de l’éphémère collection « Aventures et Mystères » du Fleuve Noir vaut donc surtout pour son atmosphère, chaude, dépaysante et dangereuse. Comme l’Afrique ?

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1995

FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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