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28 juillet 2015

CREATURE - BERNARD FLORENTZ

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Depuis l'horrible assassinat de son fils par sa propre épouse, l'écrivain Alain Tardieu vit reclus dans sa résidence marseillaise en dépit de l'énorme succès que remportent ses romans. C'est donc sans trop d'espoir que Carole Avedian, jeune étudiante en littérature, sollicite une entrevue. Contre toute attente sa demande est acceptée et la jeune femme est reçue par celui qui se fait désormais appeler le Spectre. Commence alors une longue nuit pleine de surprises et d'épouvante tandis qu'une entité mystérieuse trace une route sanglante dans leur direction.

Oui, ça y est, Bernard Florentz est enfin parvenu à nous concocter un bouquin qui tient la route ! Bon, soyons clair, "Créature" n'est pas le roman du siècle, loin s'en faut. Mais comparé aux précédents opus de l'auteur, il y a un monde.

Nous avons cette fois une intrigue digne de ce nom et des scènes d'horreur qui ne versent pas dans le ridicule. Ses personnages sont également mieux croqués y compris ceux qui se contentent de jouer le rôle de victimes. J'accorde même une mention particulière au duo formé par le mystérieux écrivain retiré du monde et la sympathique étudiante un peu trop curieuse.

Pour ce qui est du thème général on reste en revanche dans le très classique puisque l'auteur évoque pêle-mêle fantômes, créature visqueuse et serial-killer, le tout sur fond de vengeance. Rien de neuf donc même si l'aspect gore est plutôt réussi.


Par contre je suis un peu déçu par la chute qui laisse dans le flou une certain nombre de mystères : comment et pourquoi Judith se transforme après son suicide en une espèce de monstre protoplasmique capable d'hypnotiser ses victimes, pourquoi les fantômes se matérialisent-ils dans la maison de l'impasse de l'Etoile et pas ailleurs et enfin quid des motivations du véritable assassin du petit Nicolas ? Il est bien dommage que toutes ces questions restent sans réponses. Cela gâche un peu le plaisir du lecteur. Tant pis !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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23 juillet 2015

LE GRAND VESTIAIRE - ROMAIN GARY

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Après le décès de son père dans les derniers jours de la guerre, le jeune Luc Martin est pris en charge par une institution caritative qui l'envoie à Paris. Sitôt arrivé dans la capitale, il fait la connaissance d'un autre orphelin qui l'invite à s'installer chez lui. C'est ainsi qu'il rejoint Léonce et sa sœur Josette, deux ados délurés hébergés par Vanderputte, un vieil original vivant du marché noir et autres combines. Dans leur grand appartement de la rue Madame les trois amis vivent une existence étrange où le rêve côtoie la réalité la plus sordide.

Romain Gary est l'un des romanciers français que j'apprécie le plus. J'aime son écriture d'une aisance étonnante, à la fois classique et audacieuse. J'aime l'atmosphère quasi surréaliste qui baigne ses histoires ainsi que l'extravagance des lieux, des situations et des personnages. J'aime surtout cette sensation de folie maîtrisée et l'amour de l'humain qui émane de tous ses romans. Celui-ci fait partie de ses tout premiers, de ceux qu'il écrivit dans les années qui suivirent la fin de la deuxième guerre mondiale et qui ont d'ailleurs pour cadre ce conflit et ses conséquences.


Le récit se déroule dans le Paris d'après-guerre, période trouble où l'on vit dans la crainte du communisme et où se croisent soldats américains, collaborateurs et résistants. Nous y suivons un jeune orphelin d'une quinzaine d'années qui trouve refuge chez un vieil excentrique en compagnie d'un frère et d'une sœur de son âge. Ensemble, les trois ados se livrent à toutes sortes de trafics sous la houlette de Vanderputte, à la fois père adoptif et receleur, vieil homme plus malheureux que malhonnête.


Puis les petits voleurs deviennent braqueurs, autant pour réaliser leur rêve de voyage en Amérique que pour ressembler à ces acteurs de films noirs auxquels ils s'identifient. Ce faisant ils tentent à leur manière de préserver leur liberté, d'inventer leur avenir au lieu de se conformer au rôle que l'on attend d'eux. Ils se préfèrent gangster ou vamp plutôt que pupille de la nation promis à une vie toute tracée d'apprenti ou d'ouvrier.


Ils s'entourent aussi d'un quatuor d'originaux qui tous à leur manière ont rompu avec la société. Il y a là un faux tragédien mais véritable travesti, un ténor italien, un chimiste hongrois, un baron polonais. Quatre débris humains, laissés pour contre d'une Europe en pleine mutation, qui n'ont pas su ou pas voulu s'adapter. Des personnages détestables et attachants qui refusent d'endosser les vêtements du moment, d'entrer dans ce « grand vestiaire » où tout n'est qu'apparence. Des apparences au-delà desquelles les gens ne savent ou ne veulent pas voir. Ils restent au niveau du physique, de la fonction ou de la réputation. Au lieu de voir l'homme, ils ne voient que la défroque, l'allemand, le juif, le collabo...


La démonstration de Romain Gary culmine dans cette scène où un dentiste juif renonce à soigner un patient antisémite. Si l'on peut comprendre les réticences de l'ancien déporté, il n'en demeure pas moins que lorsqu'il prend cette décision, il cesse de voir un homme qui souffre pour ne plus voir que le raciste (
« Après ce qu'ils m'ont fait ! »). Concomitamment, il cesse lui-même d'être un homme quelconque, un dentiste, pour ne plus se définir que par sa judaïcité et ce, alors même qu'il venait d'avoir ces mots si justes : « enfin, un homme est un homme. ».


Cela illustre toute la difficulté qu'il y a à se conduire humainement envers son prochain, à ne pas juger avant de connaître. Il ne s'agit pas d'aimer ou de pardonner mais simplement d'essayer de comprendre. C'est cela que Romain Gary, lui-même juif et résistant, veut nous faire saisir. Il ne se fait cependant guère d'illusions et termine son histoire sur une note pessimiste. Son jeune héros se rallie à l'opinion générale ; il juge et applique la sentence voulue par tous. Il rentre dans le rang en abdiquant une partie de son humanité : sa capacité à compatir. Et la dernière phrase résonne comme un glas, un terrible aveu d'impuissance :
« Je pouvais maintenant retourner parmi les hommes ».

Gallimard - Folio

18 juillet 2015

LA PISTE DE BOHU - CHARLES SAUNDERS

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Cinq années se sont écoulées depuis les aventures vécues par Imaro et ses compagnons sur "La route du Cush". Les trois amis se sont installés dans ce puissant pays, fer de lance de la lutte contre les Dieux Démons. Pomphis a repris son rôle de conseiller auprès de la souveraine tandis qu'Imaro a appris le métier de forgeron. Une vie presque trop tranquille entre sa compagne Tanisha et le fils qu'elle lui a donné. Mais les Naamans qui le poursuivent toujours de leur haine implacable font assassiner sa famille renvoyant ainsi le bouillant guerrier sur le chemin de la vengeance.

Ce troisième volet des aventures d'Imaro confirme tout le bien que je pensais déjà de Charles Saunders et de son géant africain. Désormais, je vais même jusqu'à les placer dans le cercle très fermé des grandes sagas d'Eroïc fantasy", et quand je dis "grande", je parle de qualité et non du nombre de volumes.


"La piste de Bohu"  apporte en effet à Imaro une nouvelle dimension. Le format roman qui prend la place du recueil de nouvelles permet de diluer les scènes d'action et d'accorder une part plus importante à l'exploration de son univers. Nous découvrons ainsi de nouveaux royaumes, apprenons beaucoup sur leur organisation politique, leur religion, leur histoire et les rivalités qu'ils entretiennent. Tous ces renseignements ainsi que les nombreux détails ethnologiques (mœurs, architecture, métiers...) apportent une vraie profondeur au récit. Les héros n'évoluent pas dans un décor en carton-pâte. Autour d'eux, c'est tout un monde qui vit avec son petit peuple d'artisans, d'ouvriers et de pêcheurs.


Les personnages secondaires bénéficient aussi d'un meilleur éclairage. Si Imaro reste bien sûr au centre du récit, d'autres voient leur rôle s'étoffer. Ainsi de la Kandiss à qui revient la difficile tâche d'organiser la résistance face au Naamans ou de Rabir le sympathique capitaine de navire qui va devoir apprendre à vivre loin de la mer. D'autres encore font une première apparition remarquée tel le roi du Kitwara, jeune monarque déchu qui se révèle dans l'adversité ou bien côté "méchants" l'infâme Bohu, sorte de double maléfique d'Imaro.


Mais le point le plus important de ce volume réside sans conteste dans les révélations tant attendues sur les origines mystérieuses de notre héros. Au terme d'une longue et dangereuse équipée entre terre et mer, Imaro va en effet rencontrer son père et apprendre bien des choses sur les circonstances de sa naissance. L'aspect psychologique de sa personnalité est donc une fois encore mis en avant que ce soit à l'occasion de ses retrouvailles avec ses parents ou dans sa façon de gérer le deuil de sa femme et de son fils.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1987

13 juillet 2015

LA ROUTE DU CUSH - CHARLES SAUNDERS

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Imaro et ses deux compagnons continuent leur périple en Nyumbani pour rallier le royaume de Cush. Ils espèrent recueillir auprès de la souveraine de ce puissant pays des informations concernant la lutte souterraine qui s'est engagée entre le bien et le mal ainsi que sur le rôle qu'Imaro est appelé à y jouer. Mais les Mashaatan, les terribles dieux-démons, n'ont pas l'intention de les laisser faire.

Si les romans de Charles Saunders appartiennent indiscutablement à la fantasy guerrière, son héros est un personnage beaucoup plus fin et sensible que ceux que l'on a l'habitude de rencontrer dans ce genre de littérature. Imaro n'est pas qu'une montagne de muscle. Il réfléchit au moins autant qu'il cogne et se pose quantité de question, sur ses origines et sur sa destinée notamment. Il n'est pas non plus tout puissant. Il a ses moments de faiblesse - un héros qui vomit ses tripes à cause du mal de mer, ça n'est pas banal - et a souvent besoin de l'aide de ses compagnons.


Ces derniers, la belle Tanisha et le savant Pomphis, bénéficient aussi d'une belle mise en lumière. Ils ne sont pas cantonnés au rôle de faire-valoir mais influent au contraire beaucoup sur les événements. Ils ont une vie propre (des ambitions, des désirs) et entretiennent l'un envers l'autre une relation ambiguë tout en se disputant la première place dans l'amitié du géant noir.


Tous trois vont cette fois être confrontés à des univers qui leur sont étrangers : de grandes cités, des ports, la mer, et avec eux des lois et des règles ainsi que les outils pour les faire respecter (armée, police). Cela induit pas mal de nouveauté dans le déroulement de leurs aventures et dans les décors. Saunders prend heureusement tout son temps pour mettre en place un environnement fouillé (casernes, arène, taverne) et détailler tous les personnages, même secondaires, insufflant ainsi davantage de vie à son histoire.


Les scènes de combat sont aussi un peu plus variées. Il ne s'agit plus seulement d'un mano à mano entre Imaro et un vilain sorcier. Ses amis, ou des alliés de circonstances, y ont aussi leur part. Ils auront d'ailleurs tous largement de quoi faire entre des créatures mi-hommes mi-pierre, de monstrueux frères-siamois et de non moins affreux hommes-requins.

Ce deuxième tome des aventures d'Imaro tient donc toutes ses promesses. L'action est toujours aussi présente, les trois héros sont plus attachants que jamais et l'intrigue prend de l'amplitude. Vivement la suite ! 

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

 

 

8 juillet 2015

IMARO - CHARLES SAUNDERS

GarancAF12L'enfance d'Imaro est un long chemin de croix, sa qualité de sang mêlé lui valant les moqueries, les brimades et même la haine de certains membres de sa tribu. Il en profite toutefois pour se forger un caractère insubmersible qui, allié à une force stupéfiante, va lui permettre de prendre sa revanche. Mais les Mashataan, les dieux démons, de Nyumbani n'ont pas l'intention de le laisser faire.

S'il n'est guère courant de voir l'Heroïc Fantasy s'inviter sur le continent africain, il est encore plus rare d'avoir affaire à un héros du cru. « Imaro » est à ma connaissance une première du genre et ce n'est sans doute pas une coïncidence si son auteur est lui-même un afro-américain.


Le héros de Charles Saunders est un petit cousin de Conan avec lequel il partage une force physique phénoménale et une haine farouche de la sorcellerie. Comme lui, c'est un solitaire sans attaches, épris de liberté mais qui n'hésite pas à risquer sa vie pour faire respecter son code de l'honneur et son idée de la justice. Ses aventures ont d'ailleurs pas mal de points communs avec celles du Cimmérien : une enfance rude au sein d'un peuple guerrier, une période d'esclavage suivie de quelques brigandages et un avenir qu'on imagine royal.
Imaro est toutefois un peu moins monolithique que le célèbre barbare. Enfant sans père, renié par les siens, il cache sous sa bravoure une fragilité psychologique certaine ainsi qu'un grand besoin d'amour et de reconnaissance. Cela le rend beaucoup plus humain et par là même plus attachant.


Quant à l'Afrique qui sert de cadre à ses aventures, elle peut bien s'appeler Nyumbani, elle ressemble quand même sacrément à celle que nous connaissons. Mwambututssi, Kahutu, Ruanda, Saunders n'est pas allé chercher bien loin les noms des peuples et contrées dont Imaro croisera la route. Il en va de même pour les aspects culturel et sociologique puisque, là encore, l'auteur s'est copieusement inspiré des mœurs de certaines tribus africaines et notamment de celles des
Massai auxquels ses guerriers-éleveurs Ilyassai ressemblent énormément. En tout cas, l'abondance de détail sur leur mode de vie est bienvenue et donne à l'histoire un fond de réalisme qui permet une totale immersion dans cet univers de jungle et de savane. Nous pouvons dès lors nous laisser porter par la plume solide de l'auteur et profiter au mieux des aventures mouvementées de son héros.

Les deux premières nouvelles sont passionnantes. Elles relatent deux épisodes marquants de la jeunesse d'Imaro illustrant le calvaire subi dans sa tribu et la manière dont il parvient à s'émanciper. On prend immédiatement fait et cause pour le jeune guerrier et c'est un réel plaisir que de le voir triompher des envieux de tout poil et des vilains sorciers.

Les trois autres voient Imaro prendre la mesure de sa force et de ses qualités de meneurs d'hommes. Il découvre d'autres pays et d'autres peuples, se fait de nouveaux ennemis ainsi que des amis fidèles. Il commence aussi à comprendre que ses combats s'inscrivent dans un conflit beaucoup plus vaste.

Au final, le seul petit reproche que je ferais à ce recueil est que chacun des cinq textes qui le composent se concluent peu ou prou de la même manière, à savoir un combat d'Imaro contre un sorcier ou une créature des ténèbres. Ce n'est pas que le côté surnaturel de la chose me gêne (c'est de la fantasy, je savais à quoi m'attendre) ou que les descriptions des combats épiques du géant d'ébène ne soient pas à la hauteur, mais un peu plus de variété eut été bienvenue.

L'ensemble est néanmoins d'excellente facture et, comme chaque nouvelle apporte sa part d'éclaircissements sur les forces qui s'affrontent en Nyumbani et sur le rôle qu'Imaro est appelé à jouer, on imagine que les autres tomes seront tout aussi riches et passionnants.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

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2 juillet 2015

MONTSEGUR - ANTOINE DE LEVIS-MIREPOIX

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Récit des amours contrariées de Jordane de Montaure et de Gautier des Ormes sur fond de croisade contre les derniers cathares réfugiés dans la citadelle de Montségur.

L'histoire de Montségur c'est un peu Roméo et Juliette au pays des cathares ou plutôt Tristan et Yseult rapport au côté médiéval du roman. C'est en tout cas une de ces très belles et très romanesques histoires d'amour impossible entre un homme et une femme que tout, famille, histoire et croyance, séparent.


Malgré ce thème et quelques envolées un peu trop lyriques à mon goût, Lévis de Mirepoix nous livre là un très bon roman historique. Son moyen-âge n'est pas que de circonstances et il nous décrit plutôt bien les forces en présence et les enjeux de la prise de ce sanctuaire de la foi cathare.


Bien que descendant direct de ses seigneurs du nord qui vinrent soumettre la Provence, l'auteur ne prend parti à aucun moment. Hérétique ou catholique, chevalier faydit ou officier royal, consul ou sénéchal, tous les personnages sont abordés avec la même précision et la même sympathie. On sent bien parfois que le fanatisme des parfaits et leur mépris de la vie l'exaspèrent un peu mais leur volonté inflexible suscite aussi son admiration.


Montségur est donc un roman complet. L'amour, l'action et l'intrigue politique s'y mêlent agréablement pour nous donner une histoire qui illustre joliment cette date importante de l'histoire de France qui vit non pas tant la fin de la foi cathare que le rattachement de la Provence au royaume des capétiens.

J'ai Lu - 1971

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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