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27 juin 2017

LA DERNIER AUBE - PAUL BERNA

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Sept adolescents pensionnaires d’un centre équestre près d’Amboise entreprennent de rallier la Lozère à cheval pour participer à un rassemblement de jeunes cavaliers. Malheureusement, leur voyage coïncide avec l’irruption de la comète Kryla dans le système solaire. Une peur irraisonnée s’empare des populations et c’est avec bien des difficultés qu’ils parviennent dans les Cévennes où les attend un vieil original chargé de les héberger dans sa demeure millénaire. A peine installés, la comète frôle la Terre et provoque une chute vertigineuse de la température…

Paul Berna a beaucoup écrit pour la jeunesse et notamment quelques ouvrages de SF. "La dernière aube" fait partie de ceux-là mais je pense qu'il aurait aujourd’hui bien du mal à satisfaire de jeunes lecteurs. Sa fin ouverte, son style daté et surtout les réactions et le langage de ses jeunes héros ne manqueraient pas de faire sourire nos ados 2.0.

Le périple de Stève, Raphaël, Josette et les autres n'est cependant  ni mièvre ni fleur bleue. Leur bucolique randonnée équestre se transforme très vite en épopée survivaliste et les épreuves qui les attendent n'ont rien d'un sympathique jamboree. L’auteur leur évite toutefois les mauvaises rencontres qui pullulent habituellement dans tout post-apo qui se respecte. Ici, l'essentiel de l'intrigue repose sur leur capacité à faire face au froid glacial qui se répand sur la planète. C’est même le point fort de ce roman que de proposer une description minutieuse et crédible de cette glaciation éclair. Il nous propose ainsi quelques images saisissantes d’une France vide et silencieuse, recouverte d’un linceul blanc et seulement peuplée de statues de glace.

La façon dont les personnages échappent à l’étreinte du froid en trouvant refuge dans les cavernes situées sous une vieille commanderie templière occupe donc un bon tiers du roman. Paul Berna prend tout son temps pour nous conter par le menu les différentes phases de leur sauvetage, les affres de la faim, la recherche d’une source où s’abreuver et l’espoir qu’il faut conserver. Cette plongée dans les ténèbres au coeur du Causse de Sauveterre constitue sans conteste le point d'orgue de ce roman. C'est aussi une jolie métaphore sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, une sorte de seconde naissance après un séjour au sein de la terre nourricière pour retrouver à leur sortie un monde aussi  vierge et pur que la neige qui le recouvre désormais. L’occasion de faire table rase du passé et tout réinventer.

On sent que le monde des adultes et la société qu'ils ont mise en place ne recueillent pas les faveurs de l'auteur. Exception faite de l'ermite de l'hospitalou qui n'entretient d'ailleurs guère de rapports avec ses semblables, les adultes sont plutôt décriés : parents délaissant leurs enfants, populations moutonnières, individus violent ou apeurés, incapables de concevoir un nouveau mode de vie, « des résignés vivant sur les bribes d’une civilisation pourrie ».

Par opposition, ses jeunes héros sont parés de toutes les qualités. Volontaires, entreprenants, sensibles, altruistes, ils ne regardent pas vers le passé et se laissent porter par leur énergie : « …aller toujours de l’avant ! passer d’un abri à l’autre en visant chaque fois une amélioration possible, chercher et secourir d’autres compagnons au cœur pur, rebâtir une petite communauté qui s’agrandirait peu à peu sans retourner à la sauvagerie des premiers âges, et préparer enfin, si peu que ce fut, une renaissance étalée sur des millénaires. »

« La dernière aube » est donc un roman qui a incontestablement vieilli mais qui procure néanmoins un fort bon moment de lecture grâce à ses grandes qualités d’écriture.

Editions G. P. - Grand Angle - 1974

 

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21 juin 2017

LE BOURREAU ET SON DOUBLE - DIDIER DAENINCKX

imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005

 

15 juin 2017

COMME UN SEPULCRE BLANCHI - DOMINIQUE ARLY

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Gérard de Chanois est un propriétaire terrien qui vit confortablement de ses rentes dans son château provincial. Bien que déjà âgé, il n’a pas encore renoncé aux choses de l’amour et se laisse aller de temps à autre à quelques privautés sur sa femme de chambre. Aussi, lorsque la ravissante nièce de son intendant vient passer quelques jours dans sa vieille demeure, il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme au point de faire siennes toutes ses lubies. La jolie Liliane est en effet persuadée d’avoir trouvé dans la chapelle castrale le tombeau de Joseph Balsamo. Depuis, elle croit être guidée par le célèbre alchimiste dans la réalisation du Grand œuvre.  

Deuxième volume de Dominique Arly paru au Fleuve Noir Angoisse, « Comme un sépulcre blanchi » a beaucoup de point commun avec « Les revenantes » qui le précédait de quelques mois seulement au catalogue de la collection à la tête de mort. Les deux romans partagent en effet le même décor (une vieille demeure médiévale dans une petite bourgade provinciale), la même ambiance (un quasi huis-clos dans ledit château) et un même procédé narratif (la confession du principal protagoniste de l’histoire).

Quant à l’intrigue, elle semble presque calquée sur celle des « Revenantes » puisqu’il s’agit là encore d’une histoire de manipulation mentale sur fonds de manifestations surnaturelles et d’évocation d’esprits. Après Barbe bleue et Gilles de Rais, c’est cette fois le fantôme du célèbre comte de Cagliostro qui est appelé à la rescousse. On est donc plongé dans l’univers du célèbre aventurier et on enchaine allègrement les séances de spiritisme et de possession démoniaque. Toute la panoplie de l’apprenti alchimiste est également de la partie avec moult vieux grimoires, athanor et plomb changé en or… et vice versa. Car les expériences de Gérard de Chanois et de ses compagnons vont avoir une fâcheuse tendance à échouer et les réserves de métal précieux du vieux hobereau à fondre comme neige au soleil.

A ce point du récit vous vous direz sans doute que le pauvre homme est en train de se faire plumer par deux arsouilles. Peut-être ? Mais sachez tout de même que le roman se termine sur une jolie pirouette et que, comme dans la fable, tel est pris qui croyait prendre. Le lecteur le premier qui, sûr de lui, commençait à penser que l’auteur était en panne d’imagination. Bien joué monsieur Arly !

Fleuve Noir Angoisse - 1966

9 juin 2017

COLZA MECANIQUE - KARIN BRUNK HOLMQVIST

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Hening et Albert, deux frères de 68 et 73 ans, vivent paisiblement dans leur maisonnette perdue au fin fonds de la campagne scanienne quand leur tranquillité est mise à mal par deux évènements inattendus : l’installation d’un centre de désintoxication pour femmes et la découverte dans un champ voisin de traces attribuées à des soucoupes volantes. L’effervescence gagne la petite communauté rurale et nos deux bonhommes vont avoir fort à faire pour conserver intact leur mode de vie. 

Jusqu’à présent lorsque je voulais ma petite dose d’humour scandinave je me tournais invariablement vers le finlandais Arto Paasilinna ou le danois Jorn Riel. Avec « Colza mécanique » j’ai découvert qu’il pouvait aussi être suédois. Karin Brunk Holmqvist ne fait toutefois pas dans la bonne grosse loufoquerie ou dans le gros rire qui tâche. Elle nous offre plus modestement une petite chronique villageoise qui met de bonne humeur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un joli florilège de scènes cocasses et n’exclut pas non plus un peu de satire sociale.

Pour ce faire elle a appelé à la rescousse deux personnages assez inhabituels. Les frères Anderson n’ont en effet rien de très glamour. Ce sont deux vieux garçons de près de 70 ans qui n’ont jamais quitté leur village natal et qui vivent chichement de leur maigre pension et des petits boulots que leur confie le châtelain local. La description de leur quotidien occupe une grande place dans l’histoire non seulement parce qu’il est tout à fait pittoresque et prête à sourire mais aussi parce qu’il offre un contraste saisissant avec le mode de vie moderne. Et c’est précisément l’irruption de cette modernité dans leur petite existence bien réglée qui va être source de multiples quiproquos et de non moins nombreux bouleversements.

Dans ce monde et cette société qui changent beaucoup trop vite, Henning et Albert, sont comme deux repères, deux chênes centenaires bien enracinés dans leur terroir et leurs habitudes. Leur vie toute simple, dénuée de confort paraît d’abord rétrograde avant que l’on ne se rende compte que, tout bien considéré, c’est peut-être la nôtre qui ne tourne pas bien rond. Que penser en effet d’une société où les jeunes filles s’alcoolisent, où les journalistes sont à l’affût de sensationnel, où les policiers croient aux soucoupes volantes et où les élus s’apprêtent à mettre une région sans-dessus-dessous pour créer quelques emplois alors que la bourgeoisie du cru embauche des ouvriers polonais !

Nos deux papys, eux, continuent de vivre en accord avec leur environnement et en bonne entente avec leurs concitoyens. Ils ne cherchent pas le profit, la célébrité ou les honneurs. Le peu qu’ils possèdent suffit amplement à leur bonheur avec, par-dessus tout, la joie d’être ensemble et de partager.

« Colza mécanique nous donne une petite leçon de vie et d’humilité et par les temps qui courent ça fait plutôt du bien !

Mirobole Editions - 2017

3 juin 2017

TREMBLEMENT DE TERRE - RUDOLPH WURLITZER

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Depuis le temps qu’on l’attendait il a enfin pointé le bout de son nez. Et le reste avec. Qui ? Le Big One bien sûr ! Le bon gros tremblement de terre qui vous ratatine Los Angeles et la Californie en une poignée de minutes. Au milieu des ruines, dans le bordel sans nom qui suit la grande frousse, la lutte pour la survie prend le pas sur la philanthropie et les bonnes manières. La violence aveugle et l’esprit de meute sont de retour…

Initialement paru en 1976 sous un titre (Quelle secousse !) et une couverture beaucoup plus provoc, c'est sous son titre original que ce roman de Rudolph Wurlitzer a été réédité par les éditions Christian Bourgeois. Pour autant son contenu est toujours aussi transgressif et outrancier et en cela bien représentatif de ce qui se faisait dans les seventies.

Est-ce l’atmosphère de libération sexuelle ou la peur de la fin du monde que faisait alors peser la menace nucléaire mais c’est une histoire totalement radicale que nous propose l’auteur, joyeusement libertaire et résolument nihiliste. Pas de paragraphes, pas de chapitres, rien qu’un long texte entrecoupé de dialogues. Une succession de séquences fortes, sans ordre ni raison, sans causes ni conséquences.

Une vision absolument chaotique de la société ou plutôt de ce qu’il en reste car, en même temps que s’écroulent immeubles et buldings, c’est toute la structure sociale qui s’effondre. Les corps constitués et toute autre forme d’autorité disparaissent laissant les personnalités libres de s’exprimer sans contraintes (« Une petite parenthèse de dépravation où nous pouvons nous ébattre à notre guise »). Et comme on pouvait s’en douter, c’est le pire qui se révèle. Orgies, viols, tortures, exécutions sommaires, l'homme retourne très vite à sa nature animale, laissant libre cours à sa frénésie sexuelle et reprenant la lutte atavique pour le territoire.

"Tremblement de terre" est donc un roman surprenant, une peinture ultra réaliste d'un lâcher prise généralisé dont on se demande toutefois l’utilité. L’auteur ne pose aucune question, n’apporte aucune réponse et n’initie pas la moindre intrigue. Un exercice un peu vain…

Christian Bourgeois - Collection Fictives - 1995

 

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