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25 août 2019

BLIND LAKE - ROBERT CHARLES WILSON

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Grace à une technologie quantique encore mal maîtrisée, il est désormais possible d’observer des planètes extrêmement lointaines. A Blind Lake, les scientifiques s’intéressent à une planète située à 50 années lumières de la Terre et plus précisément à l’un de ses habitants : le « sujet ». La routine des chercheurs  va se trouver brusquement balayée par deux évènements. Blind Lake est subitement mis en quarantaine et le » sujet » se lance dans ce qui ressemble à long pèlerinage. Y-a-t-il un rapport entre les deux ? Un trio de journalistes et quelques chercheurs vont se retrouver au cœur de bien grands bouleversements. 

Cela devient désormais une habitude mais à chaque fois que je chronique un roman de Robert Charles Wilson, je ne peux m’empêcher de louer la façon exceptionnelle dont il donne vie à ses personnages. C’est particulièrement vrai pour « Blind Lake » qui se présente sous la forme d’une sorte de huis-clos dans lequel quelques milliers d’individus, dont une bonne dizaine de premiers rôles, se retrouvent prisonniers d’un complexe scientifique sans connaître les raisons de leur isolement. Une situation extrême qui va générer une chaîne de réactions qui ne le seront pas moins.

Le traitement tout de finesse et de précision dont bénéficient les personnages permet une immersion réussie au sein de cette micro société. Tout au long de son récit l’auteur distille indices et révélations sur le passé de chacun d’eux. Cela contribue à nous les rendre particulièrement proches et l’on a tôt fait de faire nôtre leurs angoisses et leurs espoirs. Le journaliste en quête de rédemption, la mère divorcée en butte aux avanies que lui fait subir son ex, l’adolescente perturbée et tous les autres sont extrêmement convaincants. Même le méchant de l’histoire sonne vrai. Il ne représente pas l’incarnation du mal absolu mais juste un homme comme les autres avec ses ambitions et ses démons. La tension presque permanente, la menace diffuse, le danger qui peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur, vont transformer chacun d’eux et révéler les caractères…

J’ai en revanche été beaucoup moins convaincu par l’argument science-fictif du roman. Si nous faire pénétrer l’univers de chercheurs occupés à étudier une lointaine planète et ses habitants est plutôt une bonne idée, les explications fournies sur la technologie utilisée et l’interaction éventuelle entre les deux mondes m’ont parus bien confuses. De plus, on s’attend à une révélation tellement fantastique que l’on ne peut s’empêcher d’être légèrement déçu par la chute de l’histoire. Pourtant, elle s’accorde plutôt bien avec le récit en ce sens qu’elle nous renvoie au même mirage que celui dans lequel se complaisent les chercheurs de Blind Lake.

Et si RCW suscite finalement plus de questions qu’il ne donne de réponses, il nous aura au moins permis de nous frotter à quelques-uns des problèmes auxquels sont confrontés les scientifiques. Il pose notamment l’intéressante question de savoir dans quelle mesure l’observation influe sur le sujet observé et si les observateurs n’auraient pas une fâcheuse tendance à s’abuser eux même, emportés par leurs souhaits ou trop sûr du résultat escompté. Une histoire qui en dit long sur les fantasmes de l’homme quant à ce que l’univers lui cache encore.

Gallimard - Folio SF - 2009

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17 août 2019

CETTE LUMIERE QUI VIENT DE LA MER - KAWAKAMI HIROMI

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Comme elle l’a démontré avec brio dans « Les années douces » mais aussi dans la plupart de ses autres romans, Kawakami Hiromi est particulièrement douée pour nous faire partager les sentiments de ses personnages. Cette fois, c’est à l’adolescence qu’elle s’attaque, période de l’existence où les émotions sont exacerbées et les réactions promptes et souvent excessives.

Récit à la première personne, « Cette lumière qui vient de la mer » nous dévoile les réflexions de Midori, ado de 17 ans élevé dans un univers presque exclusivement féminin, entre une mère très indépendante et une grand-mère au caractère affirmé. Difficile dans ces conditions de trouver sa place, que ce soit dans le cercle familial ou dans la société. Midori lui, ne rêve que normalité, se fondre dans la masse de ses camarades de classe et ne pas se faire remarquer. Il peut heureusement compter sur l’amitié indéfectible de son vieil ami Hanada et le soutien de Mitsue sa fiancée, pour partager ses bonheurs et ses déceptions, ses espoirs et ses craintes.

Avec beaucoup de dialogues et un style très simple sensé refléter le langage et les pensées un peu désordonnées d’un jeune de cet âge, l’auteur nous raconte sa vie quotidienne. Pas vraiment d’intrigue. Juste une succession de saynètes sans forcément de rapport les unes avec les autres mais qui permettent d’illustrer son caractère en nous montrant ses réactions en diverses occasions : une rencontre avec l’amant de sa mère, sa première rupture sentimentale, des vacances avec son meilleur ami, la complicité avec un professeur… Ce faisant, elle nous dévoile ses appréhensions face à l’avenir alors qu’il se trouve au seuil de sa vie d’adulte et qu’il s’aperçoit que ces derniers ont aussi leur lot de problèmes. Elle le fait avec beaucoup d’intelligence et de pudeur mais sans se censurer puisqu’il sera aussi bien question de sexualité que de la difficulté à se réaliser pleinement dans une société nippone encore très rigide.

Les amateurs de romans bien calibrés avec intrigue, développements et révélation finale seront peut-être désorientés par ses tranches de vie qui n’ont d’autre ambition que de saisir sur le vif l’enthousiasme et l’émotivité de l’adolescence. Les autres se régaleront.

Editions Philippe Picquier - 2008

11 août 2019

L'HEURE - WALTER LEWINO

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« L’heure » est un post-apo qui reflète bien l’angoisse de la bombe qui pesa sur le monde pendant les quatre décennies qui suivirent la fin de la seconde guerre mondiale. Walter Lewino part du postulat que la menace s’est réalisée. La bombe est tombée sur Paris et sur la France, provoquant la mort de la plus grande partie de la population mais sans provoquer le moindre dégât dans les infrastructures. Bombe à neutrons, gaz mortels, nul ne sait et les rares survivants ne peuvent qu’émettre des hypothèses. Le récit se concentre sur les premiers jours qui suivent la catastrophe. L’espace d’une semaine nous suivons la trajectoire de quelques-uns de ces rescapés et plus particulièrement celle du narrateur et d’Agnès, une jeune femme qu’il rencontre dans les premières heures de ce grand bouleversement. 

Le moment n’est pas encore à la reconstruction ou aux projets d’avenir, à l’utopie des uns ou aux appétits des autres. Il n’est donc pas question de sauveurs autoproclamés ni de despotes tentant d’imposer leur loi par la force des armes. C’est à peine si l’on commence à s’organiser et, si des groupes se forment, c’est plus par besoin de chaleur humaine que dans un véritable but. L’heure est à l’égoïsme et à l’anarchie, « quelque chose entre la colonie de vacances et la débâcle de 1940 ». C’est un joyeux capharnaüm où chacun est désormais libre d’agir à sa guise. Il y a bien, ici ou là, quelques actes désintéressés (déblayage des cadavres, soins aux malades) mais on en profite surtout pour faire ce dont on a toujours rêvé : emménager dans l’hôtel de Cluny, se servir dans les vitrines des magasins, s’habiller de neuf...

On ne sent pas non plus beaucoup d’empathie de la part des survivants. Est-ce parce qu’ils ont du mal à croire à une apocalypse qui n’a rien détruit, eux qui ont connus les bombardements de la seconde guerre mondiale et leur cortège de destructions et d’horreurs ? Est-ce parce que la catastrophe est trop vaste, le drame si important qu’il n’est plus mesurable et, partant, pas assimilable ? En tout cas, les héros de Lewino ne paraissent pas particulièrement émus. Les morts anonymes, les montagnes de cadavres leur sont presque indifférents et il faudra un drame personnel pour que le narrateur prenne véritablement conscience de la situation et des changements irréversibles qu’elle induit.

« L’heure » est un roman surprenant qui suscite des images assez spectaculaires, le plus souvent drôles mais parfois aussi, dérangeantes. Il nous invite également à nous interroger sur notre rapport à une société qui n’envisage le bonheur que sous l’angle matériel. En plaçant ses personnages dans la situation de tout posséder, il les met au défi de trouver la satisfaction et la joie dans un monde qui n’a plus ni règles ni repères.

Eric Losfeld - 1968

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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