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30 novembre 2015

LE VENTRE DE LA SIRENE - DENIS LEROUX

fn-frayeur30-1995

Ulysse est un jeune informaticien dilettante qui vit avec ses deux amantes, Hélène et Marie-Anne. Un ménage à trois où chacun semble avoir trouvé la place qui lui convient. Mais le fragile équilibre va s'écrouler à l'occasion de l'emménagement dans leur immeuble de la mystérieuse Thelxiopé.

Denis Leroux aime piocher dans les contes et légendes le sujet de ses petits romans horrifiques. Déjà dans "Mauvaise chair", il avait ressuscité le bon vieil ogre des contes de fées. Avec "Le ventre de la sirène" c'est le bestiaire mythologique qui est mis à contribution. Mais attention à ne pas se tromper de créature. Ici, c'est la sirène de la mythologie grecque dont il est question, une demoiselle qui n'a rigoureusement rien à voir avec la petite copine d'Andersen. Chez les hellènes, la sirène n'a ni écailles ni nageoires mais des ailes et des plumes. Et des serres aussi, qu'elle manie avec dextérité et précision pour déchiqueter ses victimes !

L'histoire commence en Italie dans les environs du détroit de Messine où Homère situe justement l'épisode au cours duquel Ulysse se fit attacher au mat de son navire afin d'écouter le chant des perfides femelles sans risquer de succomber à leur appel mortifère. Mais très vite l'action se déplace en France, dans une banlieue quelconque. Un environnement populaire que Denis Leroux évoque assez justement avec son petit immeuble HLM et ses rues piétonnes en bordure d'un canal un peu sordide. Le quotidien de ses personnages est tout aussi crédible et on prend un réel plaisir à vivre l'irruption du surnaturel dans la vie d'Ulysse (coïncidence ?!!) et de ses deux copines. Les caractères sont bien marqués, les relations et les réactions bien étudiées bref il ne s'agit pas de simples faire-valoir qui attendent de se transformer en victimes.

Le roman comprend finalement peu de scènes violentes. Elles sont cependant suffisamment intenses pour justifier la présence de ce titre dans la collection Frayeur. Mais plus que tout, c'est la personnalité de Thelxiopé qui donne à l'histoire sa dimension horrifique. Au-delà des quelques meurtres qu'elle ou ses harpies commettent, c'est la transformation de la sympathique adolescente anthropomorphe en impitoyable virago qui nous tient en haleine. L'histoire mêle adroitement présent et passé pour nous faire revivre les moments clés de son existence jusqu'à la conclusion violente et dramatique à laquelle on s'attend depuis le début.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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25 novembre 2015

MEMOIRE EN CAGE - THIERRY JONQUET

Memoire-en-cage

Pourquoi Cynthia, la jeune handicapée moteur, fait-elle semblant d'avoir perdu la raison ? Pourquoi Morier le médecin chef du service où réside l'adolescente est-il mal à l'aise en sa présence. Et que vient donc faire Alain et ses problèmes d'érection dans cette histoire ?

Qui ? Pourquoi ? Comment ? La sainte trinité du policier, les trois questions auxquelles il se doit de répondre s’il veut confondre le meurtrier. Qui ? Pourquoi ? Comment ? Ce sont aussi les titres des trois parties de ce roman étrange, sorte d’enquête à l’envers où l’auteur commence par nous révéler l’identité de l’assassin avant de nous parler de ses motivations et de son mode opératoire. Mais rassurez-vous cela n’empêche pas les surprises d’être au rendez-vous,  jusqu’à la dernière ligne.


"Qui ?" nous permet de faire connaissance avec les trois principaux protagonistes du drame. Grâce à la technique du monologue intérieur nous pénétrons au cœur même de leurs pensées et ce que nous y trouvons n'est pas joli-joli. Il y a d'abord Cynthia, adolescente de 15 ans lourdement  handicapée qui ne rêve que vengeance et passe son temps à ruminer sa rage contre l’ordure (le  médecin de l’institution où elle végète), le salaud (son beau-père) et sa sale conne de mère. Il y a ensuite Morier, le médecin en question, un arriviste de première, froid et insensible, en instance de divorce. Enfin il y a Alain, 17 ans, obsédé sexuel et néanmoins impuissant, venu à l’institution pour un job d’été.


« Pourquoi » permet de comprendre les liens qui relient ces trois personnages. Peu à peu les différentes pièces du puzzle s’emboîtent. Des pans de leur passé nous sont dévoilés, des connections se font jour et l'on comprend mieux le rôle que chacun est amené à jouer.


« Comment », c’est l’enquête policière à proprement parler. Une enquête menée par Gabelou, le commissaire pépère de "La bête et la belle", qui se retrouve plongé dans une nouvelle affaire bien sordide.


Qui ? Pourquoi ? Comment ?  Mais il faudrait ajouter « Où », car le décor à son importance. L'institut pour jeunes handicapés où se déroule le plus clair de l’histoire n’est pas le genre d’endroits que l’on évoque volontiers. On préfère habituellement les ignorer, eux et leurs pensionnaires, faire comme s’ils n’existaient pas pour ne pas être dérangé dans notre petit confort bien douillet.


Jonquet lui, ne nous en cache rien. Il nous force à les regarder bien en face, sans détourner la tête. Très crûment, il nous montre leur quotidien, nous fait toucher du doigt leur vie éprouvante, l’asservissement dans la maladie et même les détails les plus cracra, la bave, l’incontinence… Il décrit la honte ou le remord des parents, les visites qui s’espacent, l’absence d'empathie du personnel médical, et surtout  l’isolement dans la douleur physique et morale.


Pourtant le récit ne donne pas dans le pathétique larmoyant. Au contraire, Jonquet réussit le tour de force de nous faire oublier le handicap de Cynthia. La dureté de la jeune fille, sa haine et sa détermination en font un personnage comme un autre, un individu à part entière.


Cette nouvelle histoire de vengeance, aussi forte que celle de « Mygale », est aussi une critique sans concession du milieu de la bourgeoisie médicale avec ses week-ends à Deauville, ses conférences à Genève et ses cliniques privées qu'il faut rentabiliser. Un monde de riches et de puissants qui bénéficient d'une certaine forme d'immunité en achetant le silence de leurs victimes.

Gallimard - Folio - 1999

20 novembre 2015

DUREE DES EQUIPAGES : 61 MISSIONS... - P-J HERAULT

FnAnt1562-1987Afin de continuer la guerre totale dans laquelle il s'est engagé depuis des décennies, le gouvernement terrien a lancé le plan "Surpopulation". Un peu partout sur les planètes qu'il gouverne sont installés des Materedu, sortes de pouponnières géantes où l'on crée, élève et sélectionne les futurs soldats. Gurvan est l'un d'eux. Un jeune pilote d'intercepteur qui, sitôt sa formation terminée, est affecté sur un porteur en partance pour le front. Il y rencontre d'autres "bleus" avec lesquels il va sympathiser tout en tentant d'oublier que la survie moyenne d'un pilote n'excède pas les 61 missions. Parviendront-ils à faire mentir les statistiques ? 

La "Trilogie Gurvan" est, avec le cycle de "Cal de Ter", l'œuvre la plus significative de P-J Herault. Elle porte en germe une bonne part de ses autres romans et en particulier ceux qui appartiennent au genre space-opera. Le personnage de Gurvan est d'ailleurs le prototype du héros "héraultien" ; un individu doté d'une grande empathie, bourré de qualités (humaines et militaires) qui l'amènent à prendre en main la destinée de ses compagnons d'infortune. Mais si le plus souvent ses personnages combattent pour leurs libertés, il n'en va pas ainsi dans la trilogie. C'est d'ailleurs l'une des idées force de ce récit que de mettre en scène des hommes et des femmes jetés dans une guerre interminable mais néanmoins déterminés à y tenir leur rôle.


Gurvan, Dji, Rom et les autres n'ont pas choisi de devenir militaires. Ils ont été conçus, élevés, entraînés pour combattre. Ils ont pour seul objectif de tenir le plus longtemps possible afin de rentabiliser l'investissement qu'ils représentent. Pourtant, les bons petits soldats vont progressivement prendre conscience de leur individualité, se rendre compte qu'ils ne sont pas que des pions et qu'ils peuvent aussi vivre pour eux même.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

FnAnt1612-1988


A ce titre, l'évolution du caractère de Gurvan est l'un des aspects les plus intéressants du roman. Du jeunepiloteinexpérimenté et avide de victoires au vieux briscard virtuose mais néanmoins prudent, nous le verrons évoluer au fil du temps et de ses expériences. Il passera par toute la gamme des émotions, doute, colère, découragement, enthousiasme, avant de s'endurcir et ne plus songer qu'à rester en vie pour connaître autre chose que les combats, la peur et la mort.


L'auteur ne donne que très peu d'informations sur les deux camps qui s'affrontent et sur les raisons du conflit. On sait juste que la guerre dure depuis 42 ans et qu'elle oppose les terriens aux descendants de colonies lointaines et oubliées. Mais ce n'est pas plus mal. Nous sommes ainsi logés à la même enseigne que Gurvan et ses compagnons qui ne connaissent de la guerre que les différents théâtres d'opérations sur lesquels ils interviennent. Cela permet de mieux comprendre leurs réactions face aux évènements, d'appréhender leur état d'esprit et en particulier l'impression de précarité qui préside à leur existence.

FnAnt1584

P-J Herault est en revanche beaucoup plus prolixe en matière de combats. « Durée des équipages : 61 missions... » est un roman de guerre. Les scènes du genre sont donc extrêmement nombreuses mais heureusement aussi très variées. Missions de repérages, bombardements, duels, une belle variété qui évite la lassitude. Les connaissances de l'auteur en matière d'aviation et les détails techniques qu'il distille çà et là (incidence de la gravité, autonomie des appareils) ajoutent de la vraisemblance à ces séquences guerrières et en relèvent l'intérêt. La vie à bord des "porteurs", ces gigantesques portes avions spatiaux, est aussi très bien rendue. Des soutes d'appontements aux cabines de repos en passant par les réfectoires, les descriptions sont très précises et donnent du corps au récit. Cela permet en outre d'insérer dans l'histoire des passages plus calmes où l'humanité des héros est plus palpable, leur caractère plus affirmé.


Cette trilogie constitue donc un très bon exemple de Space Opera à la française et une excellente introduction à l'œuvre de P-J Herault. Héros charismatique, groupe d'amis, combats aériens, création d'une communauté sur une planète vierge, tous ses thèmes de prédilection sont déjà là. Il ne cessera dès lors de les faire vivre à travers les nombreux romans qui suivront.

Fleuve Noir Anticipation - 1987 & 1988

10 novembre 2015

LE NUISIBLE - SERGE BRUSSOLO

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Patron d'une maison d'édition prospère, marié à une ravissante jeune femme, Georges a, semble-t-il, tout pour être heureux. Il dissimule pourtant sous l'apparence de l'homme qui a réussi, un profond mal être causé par un fort sentiment d'infériorité et le remord de n'avoir su empêcher le suicide de sa première épouse. C'est donc un homme fragile qui se voit proposer un bien étrange marché par un individu qui semble tout connaître de sa vie...

 

Qu'il donne dans le fantastique, la SF ou le roman policier, Serge Brussolo fait toujours preuve d'une imagination étonnante. Il le prouve une fois encore avec ce thriller efficace qui nous entraîne dans les méandres d'une machination délicieusement machiavélique. Pour cela, pas besoin de beaucoup de personnages. Trois lui suffisent. Quatre, si l'on compte celui de la défunte Jeanne dont le souvenir pèse sur toute l'histoire. Quatre individus assez borderline, dépressifs, suicidaires ou guettés par la folie.


Son intrigue est d'ailleurs toute entière construite sur la face sombre de ses personnages. Il nous promène dans leurs pensées les moins avouables, nous faisant découvrir leurs peu reluisantes motivations : envie, jalousie, vengeance, culpabilité. Tous leurs mauvais penchants seront disséqués et utilisés pour le plus grand bonheur des voyeurs un peu sadiques que nous sommes devenus.


Comme à son habitude, Brussolo nous tient en haleine grâce à de nombreux retournements de situation. Il nous emmène d'abord en terrain connu avec ce que l'on croit être une très classique histoire de chantage. Puis il bifurque, l'espace de quelques chapitres, dans une direction que l'on croirait presque fantastique. Mais ce n'était qu'une impression. L'intrigue policière reprend rapidement le dessus jusqu'à une chute finalement assez conventionnelle.

Le nuisible est donc un bon roman policier, court et intense. Le premier du genre pour maître Brussolo qui a depuis récidivé de très nombreuses fois.

Le Livre de Poche - 1997

 

5 novembre 2015

LA FIN DU MONDE - FABRICE COLIN

9782253164777-T

L'impensable a eu lieu. La Chine a expédié deux missiles thermonucléaires sur les Etats-Unis, réduisant à l'état de ruines San Francisco et Los Angeles. La réplique est immédiate et c'est bientôt le monde entier qui se lance dans une guerre totale. A Seattle, à Paris, à Pékin et au Caire, quatre adolescents aux préoccupations bien différentes sont confrontés à la même catastrophe. Comment vont-ils réagir ? Parviendront-ils à s'assurer un avenir dans un monde qui n'en a plus guère ? 

 

Avant d'être réédité au Livre de Poche, ce livre est paru chez Mango, une maison d'édition spécialisée en littérature jeunesse. Cela explique certains aspects du roman, son style très simple, certaines notes (ce que sont Tchernobyl et Fukushima, ce qu'est un hiver nucléaire...) ou encore le fait que les personnages principaux soient tous de grands adolescents.


C’est d’ailleurs par  les yeux de quatre d'entre eux que nous assistons à l'apocalypse nucléaire et découvrons comment elle est vécue en différentes parties du monde.  Si l'incrédulité puis l'incompréhension dominent dans les premiers temps, c’est rapidement  l'abattement ou la colère qui prennent le dessus. Certains demeurent prostrés et attendent sans réagir la suite des évènements. D'autres se révoltent, s'en prennent aux institutions, aux riches, aux étrangers, ajoutant encore au chaos général. La plupart cherche cependant à se mettre à l'abri et surtout à quitter les capitales qui constituent les cibles privilégiées des missiles. Les mieux informés font route vers le nord, jusqu'à ce fameux 60e degré de latitude nord au-delà duquel la vie est parait-il encore possible. Mais le chemin est long et difficile. Pour Xian surtout, qui se lance dans un périple dangereux à travers Chine,  Mongolie et Russie, croisant sur sa route toutes les formes de la misère et du désespoir.


Bien que s'agissant d'un roman jeunesse, Fabrice Colin n'a pas édulcoré ses descriptions. C'est là une qualité qu'il faut lui reconnaître. Pour le reste il faut bien avouer que le vieux lecteur de post-apo n'a presque rien de neuf à se mettre sous la dent. Les situations sont assez convenues avec leur alternance de rencontres bonnes ou mauvaises, les effets des radiations, l'hiver nucléaire... Son roman a donc pour principal intérêt de nous présenter le scénario plausible d'un conflit nucléaire à l'échelle mondiale. Il décrit très bien le ridicule jeu des alliances, l'enchaînement infernal qui, comme en 14, conduit les grandes puissances à entrer en guerre les unes après les autres.


L'histoire quant à elle, se termine  un peu abruptement, nous promettant des nouvelles des quatre jeunes héros dans une suite intitulée  "Après". Espérons que ce ne soit pas là le début d'un cycle interminable.

Mango - Le livre de Poche - 2013

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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