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30 septembre 2018

ESPOIR DU CERF - ORSON SCOTT CARD

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Pour légitimer ses droits sur le trône du Burland dont il vient de s’emparer, Palicrovol a été contraint d’épouser la fille du souverain déchu en la violant publiquement ainsi que l’exigeaint les antiques traditions. Humiliée, exilée, la jeune Asineth ne rêve plus que vengeance. Devenue une redoutable sorcière capable de réduire à sa merci les anciens dieux, elle tient enfin sa revanche : renversé à son tour, Palicrovol est condamné à errer sans fin à travers le royaume tandis que ses compagnons sont transformés en misérables bouffons contraints de servir celle qui se fait désormais appeler Beauté. Des siècles plus tard, Palicrovol engendre un fils appelé à rétablir le culte du dieu-cerf et mettre fin aux sombres agissements de la terrible souveraine. Mais le jeune Orem ignore tout du rôle qui lui est dévolu… 

Si tous les récits de fantasy étaient du niveau de ce roman d’Orson Scott Card, nul doute que j’en lirai plus souvent. Et pourtant, il m’a fallu m’accrocher pendant les quatre-vingt premières pages, soit un bon quart du roman, avant d’être véritablement happé par cette histoire de vengeance et de destinée. L’auteur nous embarque en effet dans ce qui ressemble à une tragédie grecque avec des personnages un peu monolithiques et guidés par des passions violentes, sens du devoir, vengeance, pouvoir… Cette entrée en matière est sans doute nécessaire pour planter le décor et initier l’intrigue mais il faut tout de même faire preuve d’une belle persévérance pour en venir à bout car cela nous est raconté d’une façon un peu désincarnée. On a le sentiment d’écouter un aède nous chanter une vieille épopée, égrenant les hauts faits et les malheurs des grands rois, des belles dames et des magiciens sans vraiment chercher à nous faire ressentir leurs sentiments ni donner corps à leur univers.

Heureusement, la donne change radicalement avec l’apparition d’Orem Hanches-Maigres, un jeune héros envers lequel il est bien difficile de ne pas éprouver de la sympathie. Orem rappelle un peu Ender, personnage emblématique dans l’œuvre de l’auteur. Il partage avec lui une enfance douloureuse où ses capacités supérieures et son empathie en font la cible de ses compagnons de classe et, comme lui, ses talents seront utilisés à son insu par des forces qui le dépassent. Si ce thème de l’élu est un classique de la fantasy, l’auteur propose en revanche une mythologie novatrice avec notamment un panthéon animal original. Il se distingue aussi par la nature du pouvoir dont il a doté son héros, lequel s’avère être une « éponge » capable d’annuler quand il le désire les effets de la magie d’autrui.

Mais ce qui, plus que tout, fait la qualité de ce roman, ce sont les superbes descriptions de la cité d’Inwit où se déroule l’essentiel de l’histoire. Quel plaisir ce fut d’y vagabonder en compagnie d’Orem et de Puce Buzz, de passer des bas-fonds de la Porte Pisseuse aux splendeurs des palais, de s’égarer dans le quartier des prostituées ou de s’aventurer dans celui des magiciens, d’écouter le chant du puits, d’assister aux combats de serpents pleureurs et même de subir une éprouvante captivité dans la terrible Fosse aux bœufs. On touche, on goute, on sent. On rit et on frémit, on souffre et on jouit au milieu d’un maelström de petites gens, marchands roublards, voleurs et assassins. C’est tellement bon que j’ai été presque déçu de voir Orem accéder enfin à l’antichambre du pouvoir et entamer sa lutte contre la tyrannie de la reine Beauté.

A partir de là le récit prend un tour plus politique. De nouveaux personnages, grands seigneurs et courtisanes, apparaissent et la magie se fait plus prégnante. On retrouve alors la distance des débuts et la légende prend de nouveau le pas sur la petite histoire. Le récit reste tout de même de bonne facture et la confrontation finale tient toutes ses promesses : les soldats osent de nouveaux défier les sorciers, les dieux se réveillent et la destinée s’accomplit…

Ecrit d’une plume aussi belle qu’exigente, Espoir-du-cerf fait donc partie de ces romans de fantasy qui se méritent mais dont on ne regrette assurément pas la lecture. Il prouve aussi que le Card auteur de fantasy n’a rien à envier au Card écrivain de SF réputé et multi récompensé.

Denoël - Présence de Futur - 1984

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23 septembre 2018

L'INCOLORE TSUKURU TAZAKI ET SES ANNEES DE PELERINAGE - HARUKI MURAKAMI

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Pendant ses années de lycée Tsukuru a fait partie d’un groupe de cinq amis inséparables jusqu’au jour où il en fut exclu sans la moindre explication. Une quinzaine d’années plus tard, bien qu’ayant parfaitement réussi sa vie professionnelle, Tsukuru est toujours perturbé par cet abandon qui l’avait précipité dans un vide psychologique intense et qui continu de saper sa confiance en lui-même. Sur les conseils de sa fiancée, il décide de renouer le contact avec ses anciens camarades afin de crever l’abcès. 

C’est poussé par l’enthousiasme ressenti à la lecture de mon premier Haruki Murakami (Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil) que je me suis jeté sur ce roman beaucoup plus récent du célèbre écrivain japonais. Hélas mon enthousiasme fut vite refroidi. Je n’y ai pas retrouvé l’univers vaguement onirique et le héros profond, plein d’hésitations et d’interrogations, que j’avais tant appréciés. En effet, si Tsukuru est incolore ce n’est pas seulement parce que, à la différence de ses anciens amis, son nom de comporte aucune allusion à une couleur mais bien parce qu’il est absolument insipide et sans relief. Il attend, subit, ne se révolte pas. Il ne tente rien ou presque et c’est seulement parce qu’il y est poussé par sa petite amie qu’il se décide à partir à la recherche de ses anciens camarades afin d’exiger des éclaircissements sur leur attitude d’une violence morale tout de même assez incroyable et qui l’a conduit au bord du suicide !

Malheureusement, les explications ne seront convaincantes ni pour le lecteur qui s’attend à une révélation plus étonnante, ni pour le héros qui n’obtient que des justifications assez insignifiantes et des remords du bout des lèvres. Mais là encore, il n’y aura de sa part nul ressentiment ou remarque acerbe. Juste une sorte de « ah bon d’accord », et puis l’on passe à autre chose, à un avenir que l’on imagine là encore terne et sans saveur comme semblent en témoigner ses relations bancales avec une copine qui le trompe d’ailleurs allègrement. Bref, Tsukuru est un personnage qui ne donne pas franchement envie qu’on s’y intéresse et dont la mollesse empêche toute empathie à son égard et finit par irriter.

Alors que retenir de ce roman beaucoup trop long pour ce qu’il a à nous proposer si ce n’est le portrait de quelques trentenaires qui se souviennent de leur adolescence et constatent ce qu’il est advenu de leurs projets et de leurs espérances…

Belfond - 10/18 - 2015

16 septembre 2018

LE SOURIRE AUX LEVRES - ROBERT SABATIER

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Pour la plupart des lecteurs, Robert Sabatier est l’auteur des « Allumettes suédoises » et des sept autres livres qui composent le roman de ses jeunes années, du début des années trente à l’immédiat après-guerre. Pourtant, le monsieur en a écrit bien d’autres et même, le croirez-vous, un ouvrage qui appartient au domaine de la science-fiction : c’est de celui-ci que je vais vous entretenir.

Avant dernier roman de l’auteur, « Le sourire aux lèvres » est un peu le neuvième tome de ses mémoires. Des mémoires fantasmées où il s’essaye à imaginer à quoi ressembleraient la société et les lieux qu’il a parcourus, en 2040. Désormais âgé de 117 ans, reboosté grâce à quelques pilules miracles, il nous raconte sa vie de centenaire et nous fait partager les réflexions que lui inspirent les hommes et les femmes du vingt et unième siècle ainsi que leurs réalisations.

Le roman se divise en deux parties à peu près égales. La première s’attache à nous peindre sa nouvelle existence dans un Paris révolutionné par les progrès scientifiques. La « ville lumière » s’est transformée en une agglomération futuriste où les transports et les habitations n’ont plus grand-chose à voir avec ceux que nous connaissons. Les immeubles haussmanniens ont laissé la place à des ensembles modernes et high-tech qui laissent néanmoins la nature s’exprimer sur les toits ou sur les bords d’une Seine redevenue lieu de vie et d’échange. Les mentalités aussi ont évoluées, plus libres, plus tolérantes même si les relations paraissent parfois trop policées et un rien factices. L’auteur distille quelques indications sur ce qui a permis ces changements aussi rapides que complets de la civilisation et notamment sur la personnalité d’une jeune scientifique dont le regard visionnaire a permis de donner l’impulsion à cette révolution pacifique. On croise aussi d’autres personnages fort attachants (la milliardaire généreusement loufoque, le mathématicien autiste, la mystérieuse doctoresse) mais, malgré tout l’intérêt des longues conversations du narrateur avec les uns et les autres, tout cela finit par trainer un peu en longueur et devenir un rien ennuyeux.

La seconde partie apporte donc fort opportunément un peu de nouveauté et même, on y croyait plus, de mouvement. Nous quittons la ville pour la campagne, direction l’Auvergne pour une zone tenue par de mystérieux rebelles qui s’avèrent finalement n’être que de gentils utopistes. Ce cher Robert nous présente alors une société selon son cœur, sans racisme ni conflits générationnels, où les hommes et les femmes sont parfaitement égaux et dans laquelle science et nature s’équilibrent et se complètent. Les ingénieurs côtoient les paysans, les laboratoires les plus performants jouxtent les bergeries et tout ce petit monde cohabite harmonieusement, un pied dans le futur et l’autre bien ancré dans les traditions.

C’est joli et rafraîchissant, un peu naïf aussi mais très représentatif de la personnalité de l’auteur où s’allient nostalgie du passé, gourmandise du présent et confiance en l’avenir.

Albin Michel - le livre de Poche - 2002

9 septembre 2018

TRAIN 8017 - ALESSANDRO PERISSINOTTO

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A la libération, Adelmo Baudino a été mis à pied de son emploi d’enquêteur de la police ferroviaire pour de prétendues sympathies fascistes. Il gagne désormais sa vie en travaillant sur des chantiers et, à quarante ans passés, célibataire avec une mère à charge, il n’espère plus guère se refaire une situation. Lorsque deux anciens collègues des chemins de fer sont retrouvés assassinés dans des circonstances similaires, le limier qui sommeille en lui, reprend du service. Suspectant l’assassin d’assouvir une vengeance contre des cheminots il se lance à sa recherche avec l’aide et le soutien financier de son vieil ami Berto Galimberti. 

Comme dans « La chanson de Colombano », Alessandro Perissinotto nous propose avec « Train 8017 » de faire un saut dans l’histoire de l’Italie. Cette fois-ci le voyage temporel est beaucoup plus court puisque ce n’est pas le XVIème siècle mais l’immédiat après-guerre qui est évoqué. Nous sommes en 1946. L’Italie se relève à peine de cinq années de guerre et de deux décennies de fascisme. La population est exsangue, soumise aux privations et au marché noir tandis que le nouveau gouvernement organise la chasse aux phalangistes et autres chemises noires.

Un état des lieux finalement assez banal dans une Europe dévastée et c’est peut-être mon principal regret que de n’avoir pas réussi à m’immerger dans cette Italie par trop ressemblante à la France de la même époque. Malgré des noms propres qui se terminent en O ou en I, on pourrait être n’importe où dans l’hexagone, à Paris, à Lyon ou à Marseille. Il suffit pour cela de remplacer les partisans par les résistants, les fascistes par les collabos et l’on retrouve les mêmes individus qui écoutent radio Londres la nuit, qui se réfugient sous terre pour échapper aux bombardements alliés et qui tondent les femmes à la libération… Il y a heureusement quelques touches « couleur locale » qui nous prouvent que l’on est bien dans la patrie de Dante (la vieille ville de Bergame et son quartier médiéval, une plongée dans le sous-sol de Naples, la pizza encore inconnue dans le nord de l’Italie), mais dans l’ensemble le dépaysement n’est pas bien grand.

L’intrigue est en revanche beaucoup plus intéressante. Une fois encore, Alessandro Perissinotto l’a construite à partir d’un fait réel, une catastrophe ferroviaire qui causa la mort de plusieurs centaines de personnes mais qui passa néanmoins inaperçue au milieu des bouleversements que subissait l’Europe, Sur ce triste fait divers, l’auteur vient greffer une histoire de vengeance plutôt bien tournée à défaut d’être très originale. Elle bénéficie notamment d’une unité de cadre et d’une atmosphère très bien rendue. Tout tourne en effet autour de l’univers ferroviaire, ses trains, ses voies ferrées, ses tunnels et ses gares. L’enquête se déroule en divers points de la ligne Milan/Naples et nous fait découvrir avec beaucoup de réalisme et un grand souci du détail le petit monde des cheminots, des contrôleurs et autres agents de la SNCF italienne.

Ce chemin, nous le faisons en compagnie d’Adelmo Baudino, un héros complexe et plein de contradictions. Adelmo est un homme brisé par les déceptions (sentimentale et professionnelle) qui vit mal la déchéance sociale où l’a précipité la fin de la guerre. Contraint à un travail de manœuvre, accablé par une mère acariâtre et envahissante, il accueille avec joie, soulagement même, cette enquête qui lui permet à s’évader d’un quotidien austère et de se sentir de nouveau vraiment utile. Nous le voyons au fil des pages retrouver son ardeur, ses réflexes et ses capacités intellectuelles jusqu’alors endormis. Il reprend petit à petit goût à la vie, ose de nouveau espérer en l’avenir et finit même par trouver l’amour. Bref, un nouveau personnage particulièrement réaliste et attachant, ce qui semble être la marque de fabrique d’Alessandro Perissinotto.

Gallimard - Folio Policier - 2008

2 septembre 2018

LA TERRE DES GUERRIERES - AVRAM DAVIDSON

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Après que l’équipage du Perséphone se fut mutiné, le commandant Rond et les quelques hommes qui lui sont restés fidèles sont abandonnés dans une chaloupe spatiale. Les rescapés se dirigent vers une planète isolée où ils espèrent trouver de quoi fabriquer le carburant dont ils ont besoin pour regagner leur port d’attache. Hélas ils atterrissent sur la planète Valentine, un monde dont la civilisation n’a pas encore dépassé le stade médiéval et où le pouvoir est exercé par une caste de guerrières qui se livrent une guerre continuelle. Et comme si leur situation n’était déjà pas assez compliquée, la planète est bientôt attaquée par des pirates de l’espace… 

Comme sa couverture et son titre le laissent présager et bien qu’il ne date que de 1976, « La terre des guerrières » est un bon vieux pulp à l’ancienne qui nous rejoue la classique histoire du choc des civilisations entre une race pré-technologiques et des robinsons de l’espace. Mais classique ne veut pas dire mauvais et, malgré quelques facilités (l’antique prophétie qui s’accomplit, l’histoire d’amour entre la jolie autochtone et l’intrépide spationaute…) ce roman nous réserve quand même quelques bonnes idées.

La première concerne la nature de la société de la planète Valentine. Une société matriarcale où les hommes ont été écartés du pouvoir et traités comme les femmes le sont encore trop souvent sous nos latitudes, c’est-à-dire ravalés au rôle de boniche ou de repos du guerrier. Rien de très original là-dedans me direz-vous ? Certes, mais ici l’inversion des rôles est totale. Les femmes gouvernent tandis que les hommes pouponnent. Elles fourbissent épées et armures, s’adonnent à la chasse et à la guerre alors que leurs époux ou leurs mignons les attendent bien sagement au coin du feu. Même le roi n’est qu’un fantoche qui s’occupe de jardinage et de philosophie et contraint de laisser les rênes du pouvoir à la Haute Gardienne. 

On s’attardera plus volontiers sur l’autre grand thème de ce roman qui nous montre de part et d’autre des individus obligés de remettre en cause leurs certitudes et leurs préventions (code de l’honneur d’un côté, respect des consignes et de la hiérarchie de l’autre) afin de se rapprocher pour lutter contre un ennemi commun puis imaginer un autre avenir. Cela donne quelques belles pages autour de ces deux communautés dont l’une voit les fondements de sa société ébranlés par des concepts et des technologies nouveaux tandis que les autres comprennent que leur existence est désormais circonscrite aux strictes limites d’une planète rétrograde.

Bien sûr, on regrettera que le back-ground ne soit pas assez fouillé et que la psychologie des personnages soit trop peu travaillée mais en 180 pages il eut été difficile de faire beaucoup mieux. Le lecteur doit donc accepter d’être un peu bousculé et précipité au cœur de l’action sans avoir vraiment le temps de prendre pied sur la planète. C’est un peu frustrant. On aurait aimé en apprendre davantage sur son histoire ou sa géographie, avoir davantage de détails pour s’immerger plus totalement mais telle quelle l’histoire est tout de même fort plaisante et offre un bon divertissement.

Presses de la Cité - Futurama - 1976

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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