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30 avril 2017

MEURTRES POUR MEMOIRE - DIDIER DAENINCKX

 

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Le 17 octobre 1961 à Paris, un professeur d’histoire qui s’attarde à regarder les affrontements entre CRS et indépendantistes algériens est assassiné d’une balle dans la tête. Vingt ans plus tard à Toulouse, son fils, est abattu en pleine rue. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cadin incline à penser que les deux affaires sont liées et que pour trouver l’assassin du fils, il faut  d’abord trouver celui du père.  

Après l’Alsace et le Nord, c’est sous le soleil toulousain que l’inspecteur Cadin mène sa troisième enquête ou, plus justement, qu’il l’entame puisque ses investigations l’obligeront à de fréquents aller/retour à la capitale. La ville rose sert donc surtout de cadre à des péripéties  plus légères (un braquage amusant et les canulars politiques des situationnistes) qui viennent alléger une atmosphère parfois pesante.

Selon un scénario déjà utilisé dans les autres aventures de son flic neurasthénique, l’auteur commence par nous embarquer sur une fausse piste. Cette fois, c’est la guerre d’Algérie et en particulier ses échos sur le sol français qui sert de fil rouge à son intrigue. Cela lui permet de nous parler d’un sujet qui lui tient manifestement à cœur à savoir la violente répression des manifestations du 17 octobre 1961 au cours desquelles de nombreux algériens perdirent la vie.

J’avais déjà eu connaissance de cet épisode peu glorieux de notre histoire récente mais la peinture qui nous en est faite est glaçante. La bêtise et la méchanceté gratuite dont font preuve les forces de l’ordre mais aussi les « honnêtes citoyens » est proprement horrible. Une horreur à laquelle une autre, commise vingt ans plus tôt, viendra répondre un peu plus loin. Une façon de rappeler que le racisme et la haine sont de tous les pays et de toutes les époques.

Outre ses qualités intrinsèques, ce roman revêt pour moi un intérêt complémentaire puisqu’une bonne partie de son histoire se déroule à Paris, rue Notre-Dame de Bonne Nouvelle à l’ombre de l’église du même nom où je fus baptisé, confirmé, communié (à l’insu de mon plein gré, je tiens à le préciser !), bref dans le quartier de mon enfance où je résidais encore lorsque Daeninckx écrivit son roman au début des eighties. Il y a d’ailleurs de nombreuses références à cette époque avec notamment le journal télévisé de Yann Maroussi, le Rubik-cub et les jeux électronique Banzaï (les plus vieux corrigeront d’eux même l’orthographe volontairement inexacte de ces noms). Cela m’a donc permis de visualiser parfaitement les déplacements des personnages et de constater le sérieux du travail de reconstitution de l’auteur.

Signalons encore, c’est assez rare pour le relever, que nous avons ici un Cadin plus joyeux qu’à l’ordinaire et qui s’offre même le luxe d’une gentille amourette. Aurait-il retrouvé confiance dans le genre humain ?

Folio Policier - 2007

 

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23 avril 2017

LE PRONOSTIQUEUR - JOEL HOUSSIN

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Luc Gérin travaille pour « Galop d’or », un journal spécialisé dans les courses hippiques dans lequel il tient la rubrique des pronostics. Mais cela fait un bail qu’il n’a plus donné le moindre résultat, pas même un petits tiercé dans le désordre et, s’il ne couchait pas avec la fille du patron, il pointerait au chômage depuis longtemps. Aussi, lorsqu’il reçoit un courrier avec la liste des vainqueurs de la prochaine réunion, il ne peut s’empêcher d’y accorder un peu d’intérêt. Mauvaise blague ou signe du destin ? Luc va apprendre à ses dépens que la chance est une maîtresse volage. 

Sur les deux mille titres que compte la collection Anticipation il en est certains dont on se demande bien pourquoi ils ont été publiés sous cette étiquette. C’est le cas de ce roman de Joël Houssin qui a beaucoup plus à voir avec le roman policier que la science-fiction.

Il y a bien un argument qui flirte avec le roman d'anticipation mais il est extrêmement ténu. La fiction a d’ailleurs été rattrapée par la réalité car, si la miniaturisation des ordinateurs et les études sur le cerveau en étaient encore à leurs balbutiements en 1981, les choses ont considérablement évoluées depuis.

C'est donc une intrigue policière extrêmement classique qui nous attend avec ses flics, ses truands et ses journaleux. Il y est question de meurtres, de chantage et d’une gigantesque escroquerie aux paris hippiques.

L’immersion dans l’univers des courses est pour le coup tout à fait crédible et nous découvrons avec pas mal de détails un milieu assez nauséabond où gros sous et magouilles fleurissent allègrement sur le crottin des purs sangs.

Tout cela nous est raconté dans un style tout simple mâtiné d’un argot qu’on croirait tout droit sorti de chez Michel Audiard et qui donne au récit une note d’humour qui est sans doute son meilleur atout.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

7 avril 2017

FLEUR DE TONNERRE - JEAN TEULE

sans-titreHistoire de la très longue et bien remplie carrière criminelle d'Hélène Jégado, cuisinière hors pair et empoisonneuse hors norme. 

Au vu de ses derniers romans Jean Teulé semble se spécialiser dans les biographies romancées de  personnages historiques. Après François Villon, le marquis de Montespan ou Charles IX, il s'attaque cette fois à une obscure meurtrière bretonne.

Hélène Jégado est en effet une illustre inconnue. Elle est pourtant l'une des plus grandes tueuses en série que la France ait compté. A côté d'elle, Marie Besnard fait figure d'apprentie empoisonneuse et Landru d'enfant de coeur. Sa soupe aux herbes ou ses gâteaux à l'angélique ont fait passer de vie à trépas la quasi totalité des curés et petits bourgeois qui eurent recours à ses talents de cuisinière. De son Morbihan natal jusqu'en Ile et Vilaine et en passant par ses Côtes qui n'étaient pas encore d'Armor, elle a semé les cadavres, n'épargnant ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Une mortelle randonnée de près de quarante ans au cours de laquelle elle commit près d'une cinquantaine d'assassinats.

Mais plus que le nombre de ses victimes c'est sa personnalité qui en fait une serial kileuse à part. Hélène Jégado est un pur produit de l'illettrisme, de l'obscurantisme et de la pauvreté qui règnent encore dans cette Bretagne du début du XIXème siècle. Une terre miséreuse où les paysans tirent à peine de quoi subsister d'un sol ingrat. Une région certes convertie à la religion catholique depuis belle lurette mais où les pratiques païennes ont la vie dure. Nourrie dès son plus jeune âge de folklore et de légendes, abreuvée à outrance de fées, korrigans et autres poulpiquets, Hélène a été traumatisée. A un point tel qu'elle a fini par s'identifier à l'Ankou, le collecteur d'âmes de la tradition celtique dont elle va reprendre à son compte la sinistre besogne.

Sa promenade funèbre dans cette Bretagne arriérée est ce que le roman nous propose de mieux. Nous découvrons en sa compagnie la façon dont vivent les habitants de cette région reculée ainsi que de bien étranges coutumes : s'arracher une mèche de cheveu (cuir chevelu compris) pour se punir d'une vilaine action, implorer Notre Dame de la Haine pour obtenir la mort d'un ennemi ou fouetter la statue de Saint Yves pour lui faire payer les malheurs qui vous accablent, voilà bien des pratiques d'un autre âge.
Malgré tout, le roman est ennuyeux. La longue litanie des méfaits de la Jégado finit par devenir lassante. Ses assassinats comme ses victimes se ressemblent tous et seuls deux passages, l'un dans un couvent, l'autre au bordel, viennent rompre pour un temps la monotonie qui s'installe.

Heureusement, l'humour pince sans rire de Jean Teulé est au rendez-vous et parvient à rendre presque drôles les scènes les plus affreuses. Sous sa plume, les contorsions des pauvres victimes deviennent grotesques et leur trépas tourne à la farce. Il y a aussi ce gimmick qui revient tout au long du roman en la personne de deux perruquiers normands qui vont faire les frais de tant de celtitude.

Julliard - 2013

 

1 avril 2017

CES CHOSES QUE NOUS N'AVONS PAS VUES VENIR - STEVEN AMSTERDAM

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De la crainte du bug de l’an 2000 aux conséquences angoissantes du réchauffement climatique, l’auteur nous propose une succession de tableaux d'un avenir si ce n'est probable, du moins totalement plausible.

Difficile de faire du neuf en matière de post-apo. Que ce soit au niveau des causes du cataclysme ou de ses conséquences, on a déjà eu droit à toutes les combinaisons possibles, de la guerre nucléaire à l'invasion zombie en passant par les épidémies les plus variées. Steven Amsterdam n'innove pas davantage. Son roman est même un pot-pourri de tous ces cataclysmes.

Les neuf chapitres qui le composent  nous montrent son héros aux prises avec l’une ou l’autre de ces saloperies, luttant contre la sécheresse ou les inondations, échappant à la maladie, membre d'une secte ou agent gouvernemental s’occupant des réfugiés. Neuf épisodes de sa vie séparés les uns des autres par quatre ou cinq années. Neuf instantanés, sans prémisses et sans conclusion, sans que l’on sache jamais ce qui l’a conduit dans telle ou telle situation, sans que l’on connaisse même les causes de l’effondrement. C’est donc au lecteur de boucher les trous et d'imaginer ce que le personnage a pu faire pendant les intervalles, chaque passage se contentant de dépeindre la façon dont il parvient à surmonter les pièges de ce monde chamboulé.

Car le roman de Steven Amsterdam est avant tout une histoire de survivant. Son héros est un homme déterminé à vivre envers et contre tout. Il est prêt à toutes les compromissions et s'adapte en permanence. Il recherche la protection des puissants et se sert des autres, vit en marge de la société ou rentre dans le système quand son intérêt le commande. C’est un individu finalement bien peu sympathique et ce n’est pas l'anonymat dans lequel l'auteur le laisse qui change notre sentiment à son égard.

« Ces choses que nous n’avons pas vues venir » est donc un roman qui ne parvient pas à se démarquer assez franchement des standards du genre mais qui offre tout de même une approche nouvelle. Un effort qu'il convient de signaler.

Gallimard - Folio SF - 2012

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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