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30 septembre 2015

LE DESERT DU MONDE - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Un homme se réveille seul dans un petit village peuplé de cadavres et ceinturé par une brume aussi opaque qu'infranchissable. Il ne sait plus qui il est, où il se trouve ni pourquoi il est là. Commence alors une quête de son passé qui sera aussi celle de son monde.

Si ce roman a pu paraître novateur lors de sa sortie en 1977 il n'en va assurément plus de même presque 40 ans plus tard. Les histoires de réalité virtuelle ou d'expérience in vivo sont devenues monnaie courante au cinéma comme en littérature, et il est désormais bien difficile de trouver un angle d'attaque original.

Pour autant, ce « Désert du monde » ne manque pas de qualités. Jean-Pierre Andrevon n'est jamais aussi bon que lorsqu'il met en scène des individus quelconques et nous fait partager leurs sensations et leurs sentiments. Ici, il est particulièrement à son affaire avec un héros bien commun confronté à une situation qui l'est beaucoup moins.

Tout l'intérêt du récit réside en effet dans les réactions d'un homme qui se réveille seul, sans souvenirs, dans un village qui semble abandonné. Le questionnement sur son identité et sur ce qui a fait disparaître toute présence humaine est très bien rendu comme d'ailleurs les différents aspects de la solitude qui l'étreint, ses peurs et ses espoirs.

Bon, pour être honnête, j'avoue que c'est avec plaisir que j'ai vu surgir un nouveau personnage. Au bout de 150 pages une certaine monotonie, pour ne pas dire lassitude, commençait à poindre le bout de son nez et cette diversion est arrivée au bon moment. Elle permet surtout de relancer l'intrigue, la faisant entrer dans une phase plus active. L'histoire prend alors des allures de "Truman Show". Sous l'influence de Marie-Françoise, les deux « survivants » entreprennent de comprendre puis de s'échapper de leur « prison ».  Ils mettent au jour les incohérences de leur environnement (les portes qui ne s'ouvrent pas, les bibliothèques en trompe-l'œil...) et commencent à suspecter une expérience dont ils seraient les cobayes.

La suite est beaucoup plus désordonnée, chaotique même. Nous vivons en accéléré la fin de l'humanité, ou plutôt un ensemble de fins possibles - guerres, réchauffement climatique, catastrophe nucléaire - des causes différentes pour un seul et même effet. Une sorte de « voyage au bout de la nuit » de l'espèce humaine. Philippe et Marie-Françoise sont un peu des Bardamu de la SF contraints de vivre la fin de leur monde pour apprécier la valeur de ce qu'ils perdent, de mourir afin de mieux renaître.

Denoël - Présence du Futur - 1977

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25 septembre 2015

LE TRIPORTEUR - RENE FALLET

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Pour échapper à un mariage qui ne le tente guère, Antoine Peyralout fuit le domicile parental sur le triporteur dont il vient de faire l'acquisition. S'en suit un voyage plein d'embûches vers Paris où le jeune homme projette d'assister à la finale de la coupe de France de football pour rencontrer son idole, le gardien Dabek Sarieloubal.

Quand j'entends le mot "triporteur" c'est invariablement le visage d'adolescent attardé de Darry Cowl qui s'impose à mon esprit. Il faut dire que le film dont il est le héros a totalement éclipsé le roman dont il s'inspire. C'est dommage car, si les deux œuvres mettent en scène l'équipée rocambolesque d'un jeune homme et de son tricycle, le film ne rend pas hommage à la subtilité de l'écriture de René Fallet ni à la poésie qui s'en dégage.


Certes, le voyage d'Antoine, de sa Bourgogne natale jusqu'à Paris, est avant tout comique. René Fallet place sur son chemin les rencontres les plus improbables qui le plongent à tous les coups dans des situations invraisemblables. Qu'il rencontre deux belles américaines (une femme et sa voiture), des parisiens en vadrouille ou un clochard philosophe, c'est à chaque fois l'occasion de malentendus et autres déconvenues. C'est encore pire lorsqu'il s'essaye au travail puisque son éphémère apprentissage du métier de berger se soldera par un échec tonitruant mettant un terme à une confrontation houleuse avec le monde paysan.


L'intérêt du roman faiblit néanmoins à mi-parcours lorsqu’Antoine arrive dans la cité libre de Saint-Flébène. La description de cette bourgade, « ville des chiffonniers, des vendeurs de muguet, des cinglés, des poètes, des poivrots officiels, des gagne-petit de tout poil, des traînes-semelles, des tourne-pouces, des filles de peu ou de pas grand-chose et de tous les flemmards de la région », est pourtant l'un des meilleurs moments du roman. Ce petit territoire sur lequel le travail est proscrit et la sieste sacrée est en effet propice aux scènes les plus cocasses et parfois même surréalistes. Ainsi de ce passage où la population entière, ébahie puis choquée, observe un cantonnier en plein travail ! Les habitants de la petite cité valent également le détour. Zanzi, Mammouth, Le Duc, Popeline, les filles Mouche et bien d'autres sont de biens joyeux lurons, agaçants parfois mais toujours attendrissants.


Malheureusement, les libations sans fin des personnages ainsi que leurs nombreuses visites aux péripatéticiennes locales deviennent un peu lassantes. Pénibles aussi les chapitres consacrés à la finale de la coupe de France. Certes, ce match entre le R. C. Pommard et le C. M. Haut-Médoc est le but du voyage du brave Antoine, l'ultime étape de son pèlerinage. Mais sa relation est beaucoup trop longue et fastidieuse, en particulier quand on n’est pas amateur de ballon rond !


"Le triporteur" reste néanmoins un fort bon divertissement doublé d'un remarquable travail d'écriture. La finesse de ses jeux de mots et autres calembours ( « Dans son arrière-boutique, la fleuriste cultivait les arrière- pensées ») en font une lecture particulièrement originale et plaisante. René Fallet est semble-t-il tombé dans l'oubli. C'est bien dommage pour cet auteur à l'univers et au style très proches de ceux d'un Raymond Queneau ou d'un Marcel Aymé.

Denoël - Folio - 1998

20 septembre 2015

LES VOLEURS DE VIE - LAURENT COURTIAUD

fn-frayeur26-1995Après ses mésaventures thaïlandaises et ses démêlés avec le démon Pak Luad, Eric Marquand est de retour à Paris. Désireux de se frotter de nouveau aux manifestations surnaturelles, il prend contact avec un ami de son oncle féru d'occultisme. Il ignore encore que le vieux savant est aussi le chef d'une mystérieuse secte vouée au culte d'Azramath et qu'à le côtoyer, il risque de perdre beaucoup plus que la vie.

« Les voleurs de vie » est le second roman de Laurent Courtiaud publié dans la collection Frayeur du Fleuve Noir. Bien qu'il ne s'agisse pas à proprement parler d'une suite aux « Enfants du sang », on y croise de nouveau Eric Marquand, le sympathique dilettante amateur de phénomènes étranges. On y trouve aussi le même ton, les même qualités et, il faut bien le dire, les même défauts.


J'ai donc pu apprécier une fois encore un récit au rythme endiablé où l'action est omniprésente. Laurent Courtiaud est toujours à son aise dans les scènes de combats. De Paris aux States en passant par les Alpes autrichiennes, ses héros s'étripent de toutes les manières possibles avec une petite prédilection pour les armes blanches.


Malheureusement, on déplore une fois encore un manque d'originalité évident et un recours à un fantastique beaucoup trop convenu. On sent pourtant chez l'auteur l'envie de faire du neuf. Ainsi de ses créatures démoniaques qui, sans se démarquer foncièrement des vampires avec lesquels ils partagent immortalité et besoin de voler le fluide vital des humains, apportent une petite touche de nouveauté à un mythe éculé.

Mais ses efforts en matière de changement s'arrêtent là. Pour le reste, il pioche éhontément dans le folklore traditionnel : invocation démoniaque, sacrifice humain, runes et pentacle. Bref, des intentions, mais guère d'effets.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

15 septembre 2015

NORD & LA PISTE DU SUD - THIERRY LASSALLE

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Clark n'a que peu de souvenirs de son enfance, juste quelques cauchemars qui viennent le hanter chaque nuits. Des rêves dans lesquels il se voit aux côté du roi son père sous le soleil du sud ; d'autres où il voit Cob, le chef de la Garde Noire, envahir leur pays et assassiner le vieux monarque. Pour faire la lumière sur ses origines et régler ses comptes avec Cob, il décide de s'évader du camp de travail où il est interné depuis de longue années. Mais la route est longue jusqu'à la capitale dans ce pays de glace et de neige, de blizzard et de loups.

Ce diptyque de Thierry Lassalle est représentatif d'une partie de la production du Fleuve Noir Anticipation, à savoir des romans qui se contentent de décliner des variations plus ou moins convaincantes des grands thèmes de la SF, sans véritablement chercher à faire du neuf.

Ici, l'auteur a choisi celui de la « destinée héroïque » avec un fils de roi privé de son trône et réduit à l'esclavage qui n'aura de cesse de se venger et reconquérir la place qui lui revient de droit. Un sujet que l'on trouve d'habitude dans les romans d'eroïc fantasy mais que l'auteur a choisi de placer dans une ambiance futuriste, limite post-apocalyptique. Un univers usé jusqu'à la corde avec l'habituel régime totalitaire, sa milice implacable et ses camps de travail. Rien de bien passionnant donc, juste une succession d'actions d'éclats (évasion et combats) facilitées par de braves compagnons de galère. Voilà pour "Nord" premier de ces deux romans.

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« La piste du sud » est légèrement plus intéressant, plus surprenant surtout puisqu'il détricote toute l'histoire du premier opus dont il est pourtant la suite immédiate. Toutes les actions d'éclats réalisées par le héros semblent en effet n'avoir eu lieu que dans son esprit. Mieux, le régime fascisant qu'il a affronté et croyait-il mis à bas, paraît s'amender. Commence alors pour lui une longue descente aux enfers, un retour en arrière au propre comme au figuré. Malheureusement l'histoire finit par reprendre une trame quasi identique à celle de « Nord » et le livre se conclue exactement de la même manière par une fin appelant une suite qui n'a cette fois jamais vu le jour.

Pour être plus convaincants il aura manqué à ces romans un petit surcroît de détails. Exception faite des personnages, les descriptions sont la plupart du temps assez sommaires et les noms de lieux réduits à leur plus simple expression : le territoire du Nord, la ville du Nord, le camp n°17 ou le poste n°2. Pas franchement glamour même si, d'une certaine manière, ces dénominations dépouillées collent avec le côté froid et tranchant du climat. Il y a ensuite un certain nombre de points qui auraient mérités d'être éclaircis : d'où provient la nourriture dans ce pays perpétuellement gelé et pourquoi les habitants du nord refusent de s'installer dans les territoires plus cléments qu'ils ont soumis ?

Je ne retiendrais donc de ces romans que quelques évocations de paysages balayés par le blizzard et cette ville du nord retranchée derrière ses murailles de béton, avec ses maisons serrées les unes contre les autres et sa gigantesque chaudière dévorant des forêts entières. 

Fleuve Noir Anticipation - 1984 & 1986

 



10 septembre 2015

MORT AU PREMIER TOUR - DIDIER DAENINCKX

product_9782070405664_195x320Au soir des élections municipales à Marcheim, c'est l’euphorie dans le camp des écologistes. Leur liste vient d'emporter la mairie, laissant espérer un second souffle dans la lutte contre la centrale nucléaire qui se construit sur le territoire de la commune. Mais la joie est de courte durée. Le lendemain matin, un de leurs élus est retrouvé mort aux abords du chantier tant controversé. Fraîchement nommé en Alsace, l’inspecteur Cadin va devoir faire le tri parmi de nombreux suspects, toutes tendances politiques confondues.

Je me suis fait avoir comme un bleu mais je ne suis sans doute pas le seul. Il faut dire que les lieux, les circonstances, les protagonistes, tout dans ce roman fait penser à un meurtre politique. Et quand on sait de quel côté vont les sympathies de l’auteur, on est vite persuadé qu’il faut chercher les coupables du côté des industriels et de leurs valets politiques et policiers.


Pourtant Daeninckx se garde bien de tomber dans le piège de la critique sociale un peu facile. C'est d’ailleurs du côté des "gentils", écolos ou anarchistes, qu'il oriente l'enquête de son flic dépressif. Tout au long du roman il nous promène dans la nébuleuse rouge et verte, nous faisant rencontrer des syndicalistes et des élus de gauche, des baba cools, des journalistes libertaires, des partisans de l’amour libre... Il est même assez peu tendre avec eux, soulignant leurs motivations parfois un peu troubles ou vaines.


Cette plongée dans l’Alsace des seventies est en tout cas bien sympathique pour au moins deux raisons. Primo, sa  peinture de Strasbourg et des cités minières alentours confrontées à la désindustrialisation et au chômage est assez chouette. Les ouvriers contraints de bosser pour des entreprises qui polluent leur terroir, les entrepôts désaffectés au bord du Rhin, les rangées de maisons ouvrières, toutes ces descriptions contribuent à créer une atmosphère bien grise et bien déprimante. Secundo, le récit s’enrichit de nombreuses anecdotes qui ne manquent pas d’intérêt sur l’histoire de cette province si disputée, comme celles sur ces soviets alsaciens qui fleurirent dans les usines lors de la débâcle allemande de 1918 avant que d’être réprimés par la république triomphante ou bien sa germanisation forcée durant la seconde guerre mondiale.


Mais le plus étonnant - et sans doute aussi le plus désolant - c'est de constater que les choses n’ont guère changé depuis lors. Les zadistes qui s’opposent à un barrage ou à un aéroport sont les cousins germains des baba-cool de Marcheim/Fessenheim qui luttent contre la construction d'une centrale nucléaire. Les arguments pour ou contre ce type d'aménagement sont d’ailleurs toujours les mêmes : préservation de l’environnement d’un côté, retombées économiques de l’autre. Devinez qui gagne à tous les coups !

Gallimard- Folio Policier - 1988

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5 septembre 2015

LA BABY-SITTER - ANNE DUGUËL

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Ce week-end, Cyril et Violette seront gardés par Lucie. Leur nounou habituelle étant en congé, il a bien fallu lui trouver une remplaçante et la jeune femme semble avoir toutes les qualités requises pour s'occuper des jumeaux de 9 ans. Et puis, un week-end, c'est vite passé. Oui, mais ça peut aussi être très long...

Quel parent n'a jamais eu un petit pincement au cœur au moment de confier ses enfants aux bons soins d'un tiers, nourrice, fille au pair ou baby-sitter ? La crainte de l'accident ou du mauvais traitement, pour hypothétique qu'ils soient, vous titille toujours un peu et c'est avec soulagement que l'on récupère sa progéniture.

Anne Duguël a eu l'excellente idée de nous plonger au cœur de ce cauchemar parental. Il est vrai que le thème de l'enfance maltraitée est l'un de ses favoris. Elle l'a utilisé dans de nombreux romans qui nous parlent soit d'enfants confrontés à la violence des adultes (Asylum, La petite fille aux araignées), soit d'individus cachant un traumatisme survenu dans leurs jeunes années (Gargouille). La baby-sitter est un peu une synthèse des deux.

Lucie, son héroïne, joue à la fois le rôle de victime et celui de bourreau. Elle est l'enfant martyrisée dont l'enfance fut un calvaire entre un père incestueux et une belle-mère violente. Elle est aussi la jeune femme paranoïaque que la peur et la douleur vont conduire aux actes les plus extrêmes. Les contes - de Perrault ou des frères Grimm - qu'elle raconte aux enfants font en effet remonter à la surface les épisodes dramatiques de sa jeunesse. Elle revit alors ces instants d'horreur, perdant progressivement pied avec la réalité et basculant dans la folie.

Je regrette pour ma part que ce basculement ait lieu si tôt dans le récit. La confrontation avec les enfants arrive trop rapidement et tourne court. A partir de là chaque personnage vit son propre drame de son côté faisant perdre au récit toute son intensité et ce jusqu'à la chute, bien en-deçà de mes attentes.

Finalement, le principal mérite de ce roman est de mettre en évidence la violence contenue dans les contes pour enfants. Relisez-les. Vous constaterez qu'ils regorgent de sang et de violence. Barbe Bleue trucide ses femmes, l'ogre du Petit Poucet est un cannibale, Blanche Neige est empoisonnée et le Petit Chaperon Rouge dévorée. Dire qu'on les lit à nos gamins pour les endormir ; bonjour les cauchemars !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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