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25 novembre 2017

LE SON DU COR - SARBAN

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Alors qu’il cherche à gagner l’Angleterre après s’être évadé du Stalag où il était prisonnier, Alan Querdilion se trouve projeté dans autre dimension où l’Allemagne a gagné la seconde guerre mondiale et où les nazis ont pu mettre en œuvre leur politique raciste et hégémoniste.

En matière d’uchronie, l’idée d’un Troisième Reich vainqueur de la seconde guerre mondiale est sans doute la plus répandue. Elle a en tout cas donné au genre quelques-unes de ses plus belles réussites parmi lesquelles « Le maître du Haut château » de Phlip K. Dick qui nous montre le monde de 1960 partagé entre les empires allemands et japonais et « Fatherland » de Robert Harris où il est question de l’escamotage de la solution finale par des nazis devenus les maîtres de l’Europe.

« Le son du cor » est beaucoup moins connu. Je ne suis d’ailleurs pas bien sûr qu’il s’agisse réellement d’une uchronie puisque son héros n’effectue qu’un séjour temporaire dans une Allemagne alternative avant de réintégrer son Angleterre natale et son époque habituelle. Pour autant le roman de Sarban est celui qui nous offre la vision la plus glaçante de ce qu’il aurait pu advenir en cas de victoire de l’Allemagne nazie. Il le fait d’une façon originale, en concentrant son histoire sur un tout petit bout d’Allemagne et sur un nombre très limité de protagonistes.

L’histoire se déroule pour l’essentiel à Hackelnberg sur les terres du Grand Maréchal de Louvèterie du Reich, en l’An 102 du premier millénaire germanique. Du reste du monde ou des conséquences de la seconde guerre mondiale nous ne savons à peu rien si ce n’est que l’Europe a été soumise puisque le héros côtoie aussi bien des esclaves slaves que des prisonniers français ou anglais. Mais ce que nous découvrons dans le domaine de ce dignitaire nazi nous donne une bonne idée de ce qui se passe partout ailleurs en Allemagne et dans les territoires soumis.

Hackelnberg synthétise en effet toute l’ignominie de la doctrine nationale-socialiste. Rien que la demeure du Grand Maréchal est un pur exemple de ce phantasme d’une race pure ayant gardée intacts ses liens avec sa terre et son histoire. Elle tient à la fois du relais de chasse et du château médiéval tandis que le décorum, les banquets qui s’y déroulent et les tenues des officiants rappellent la pompe nazie et les grand-messes de Nuremberg. Quant à la façon dont y sont traités les subordonnés et les représentants des prétendues races inférieures, elle illustre parfaitement la brutalité et l'inhumanité du régime. On y voit des femmes ravalées au rang d’objet utilitaire ou sexuel (femmes statues portant flambeaux ou offertes aux invités entre la poire et le fromage) et il y des domestiques auxquels on a retiré les cordes vocales ou que l’on a modifiés génétiquement pour obtenir des esclaves forts et dociles. Ce qui est à l’œuvre à Hackelnberg, c’est le même processus de déshumanisation que celui qui régnait dans les camps d’extermination.

Alan Querdilion, l’infortuné héros de ce roman, va en faire l’amère expérience, lui qui servira un temps de gibier humain pour amuser quelques riches invités. Cet aspect du roman rappelle irrésistiblement "Les chasses du comte Zaroff", ce film des années trente où il est question d’un aristocrate russe qui organise des chasses à l’homme sur une île perdue au milieu du Pacifique. On y retrouve effectivement quelques idées similaires et un peu de la violence et du sadisme du film de Schoedsack même si, sur le fond, les deux œuvres restent fort éloignées. Ici, les scènes d’action n’occupent finalement qu’une place assez secondaire et la fameuse chasse est assez vite expédiée. Qu’on se le dise !

Opta - Galaxie-Bis - 1970

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19 novembre 2017

LE PETIT ARPENT DU BON DIEU - ERSKINE CALDWELL

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Voilà quinze ans que Ty Ty Walden retourne ses champs à la recherche du filon d’or qui lui procurera la richesse tant espérée. Quinze ans qu’il s’échine sans avoir trouvée la moindre pépite et qu’il survit misérablement dans la vieille baraque où s’entasse toute sa famille, ses fils, Buck et Shane, sa fille Darling Jill et sa jolie bru Griselda. Mais Ty Ty est également le père de Rosamond qui a épousé  Will, un ouvrier des filatures de Scottsville, et de Jim Leslie, le seul de ses enfants à être parvenu à s’extirper de la misère. Les rancœurs et les jalousies des uns et des autres ainsi que l’incroyable sex-appeal de Griselda vont porter les tensions à leur paroxysme…

Si Emile Zola était né américain et avait vécu à l’époque de la grande dépression, nul doute qu’il eut écrit « Le petit arpent du bon Dieu ». Le roman de Caldwell partage en effet beaucoup avec l’œuvre du grand écrivain naturaliste. Comme lui, il a pris le parti de peindre le plus fidèlement possible la vie de ses personnages sans déformer ni enjoliver leur réalité. On est ici quelque part entre « La Terre » et « Germinal ». On côtoie la classe ouvrière du sud profond, ces paysans de Géorgie qui cultivent leurs champs de coton avec l’aide de leurs « nègres » ou bien les ouvriers des filatures de Caroline dont les conditions de vie et de travail n’ont rien à envier à celles des mineurs français de la fin du XIXème siècle.

Caldwell ne nous épargne aucun aspect de leur existence misérable. Il nous montre le dénuement total dans lequel ils se débattent jour après jour, l’absence de perspectives et la promiscuité. Il dévoile surtout un manque cruel d’éducation. Une misère intellectuelle peut-être plus grande encore que la misère économique, qui les confine dans la superstition, le racisme et des rapports sociaux dominés par le désir sexuel. On a d’ailleurs reproché à Caldwell – comme on l’avait fait à Zola en son temps – d’avoir écrit des obscénités, presque de la pornographie. Et c’est vrai que le sexe est particulièrement présent dans son livre. Les hommes n’y songent qu’à assouvir leurs pulsions tandis que les femmes semblent n’avoir rien de mieux à faire que de les aguicher. Le sexe est leur seul loisir, un dérivatif qui leur évite de sombrer dans la névrose. Il catalyse les désirs et les passions. Il est un exutoire à leurs frustrations.

L’auteur nous raconte le quotidien de la tribu Walden avec une langue qui a du relief. Les expressions de Ty Ty sont savoureuses et les dialogues irrésistibles par leur spontanéité et leur grossièreté. Cela n’empêche pas l’auteur de nous donner quelques pages assez poétiques sur les filatures, « les femmes aux seins tendus et les hommes aux lèvres sanglantes » qui les font tourner mais, dans l’ensemble, le ton est plutôt à la légèreté, presque à la loufoquerie.

L’histoire débute même dans une ambiance assez comique. Il est question d’une chasse à l’albinos, des maigres tentatives de Pluto pour recueillir des suffrages à l’élection de sheriff et de la façon dont Darling Jill le mène en bateau. Mais côté dérision c’est bien Ty Ty qui tient le haut du pavé. Ty Ty et sa fièvre de l’or qui le pousse à transformer ses champs de coton en un no mans land de trous et de bosses ; Ty Ty et ses petits arrangements avec le Seigneur concernant ce fameux arpent qu’il lui concède sur ses terres mais dont il ne cesse de changer l’emplacement.

Alors on rit de leur stupidité et de leurs colères, on s’amuse de leurs gesticulations et de leurs entreprises vouées à l’échec mais ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que l’on voit le récit basculer dans la noirceur et le drame s’approcher inéluctablement. Ils sont « affreux, sales et méchants » et cependant, malgré tous leurs défauts, leur bêtise crasse et leur brutalité, on a plus envie de les plaindre que de les détester.

Gallimard - Le Livre de Poche - 1968

13 novembre 2017

LA CONTREE AUX EMBUCHES - J. H. ROSNY JEUNE

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Sur le point de mourir le capitaine Pourbais remet  au soldat qui vient de le tirer de la tranchée où il agonisait, une carte sensée le mener à un trésor dissimulé quelque part le long de l’Amazone. C’est ainsi que Pierre Achard, une fois libéré de ses obligations militaires, s’embarque pour le Chili d’où il compte descendre le cours du fleuve à la recherche de cet Eldorado. Il ignore alors que c’est une découverte plus incroyable encore qui l’attend.

« La contrée aux embûches » est mon deuxième Rosny Jeune puisque j’ai déjà lu de lui – et dans la même collection – « L’énigme du redoutable », une excellente et originale histoire de « mondes perdus ». C'est d'ailleurs un nouveau récit de civilisation cachée qui nous attend ici, même s'il constitue davantage un long aparté que le thème principal de l'ouvrage. Comme de juste, l’auteur nous emmène dans un cadre exotique propre à stimuler l'imagination du lecteur et encore suffisamment mystérieux pour rendre plausible la subsistance d’une société secrète (le roman date de 1920). C'est donc l'Amazonie, son fleuve, sa jungle et ses indiens que nous partons rencontrer à l’occasion d’une chasse au trésor menée dans les règles de l’art.

Rosny ne fait pas dans l’originalité. Il a recours aux figures imposées du genre et exhibe sans vergogne la carte au trésor cryptée, la caverne dissimulée par une chute d’eau et l'inévitable passage secret. Mais la recherche et la découverte du trésor ne pouvant occuper deux cent cinquante pages il a bien fallut lui adjoindre une idée supplémentaire d'où cette histoire de cité incas qui aurait survécu dans les méandres du grand fleuve.

S'il ne se sort pas trop mal de l'exercice, les aventures de son héros sont en revanche survolées. De son irruption dans l'antique cité jusqu’à son retour au monde tout se passe sans la moindre anicroche. Il est immédiatement adopté par les indigènes, séduit une princesse au premier regard et devient l'un des personnages les plus en vue du petit royaume. Et, alors qu’il commence à se languir de la France et de certaine française, une catastrophe vient à point nommé le libérer de ses obligations en inondant la cité qui résistait pourtant aux flots depuis cinq siècles !

Le roman pêche aussi par l’absence de profondeur des personnages qui sont exactement ce que l'on attend d'eux dans ce type de littérature : héros courageux et astucieux, brute sournoise, sauvage dévoué. La supériorité du héros blanc - et de surcroît français - sur les autochtones prête heureusement à sourire plus qu’elle ne choque. Il est même particulièrement amusant de voir l’européen fraîchement débarqué en Amazonie triompher du jaguar et du boa alors que les indiens du cru sont pétrifiés de peur !

D’une manière générale, l'attitude de Rosny Jeune vis à vis des amérindiens est paradoxale. S’il reconnaît la valeur des cultures autochtones et le mal fait aux peuples indigènes par les colonisateurs européens (« Que nous sommes petits avec nos idées étroites d’une certaine civilisation, avec notre conception de mœurs délimités, avec notre manie de tout ramener aux gestes de la pitoyable humanité blanche ! ») il n'arrive cependant pas à se départir d'une attitude vaguement condescendante à leur égard. Il se garde toutefois de trop de chauvinisme estimant, à juste titre, que les européens se sont définitivement discrédités par le monstrueux suicide collectif que représente à ses yeux la première guerre mondiale.

Albin Michel - Les Belles Aventures - 1942

 

7 novembre 2017

IKEBUKURO WEST GATE PARK - IRA ISHIDA

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Depuis deux ou trois ans j’ai pris l’habitude de faire de petites incursions dans la littérature japonaise contemporaine. C’est ainsi que j’ai découvert la fraîcheur des romans d’Hiromi Kawakami, la jolie plume de Teru Miyamoto ou l’univers onirique de Keizo Hino. Avec ce roman d’Ira Ishida, c’est au polar nippon que je souhaitais me frotter, mais son « Ikebukuro West Gate Park » n’est pas à proprement parler un roman policier. En dépit de ses yakuzas, de ses policiers et de ses intrigues mafieuses, il tient davantage de l’étude sociétale et parfois même du documentaire.

Les quatre nouvelles qui composent ce recueil mettent en scène un échantillon de la jeunesse tokyoïte, celui des laissés pour compte du « japan way of life » guettés par la drogue, la violence et la prostitution. Dans ce quartier d’Ikebukuro, l’un des plus animés de Tokyo, nous faisons connaissance avec ces jeunes qui en ont fait leur terrain de jeu… ou de chasse. Nous y rencontrons des adolescents déboussolés, en rupture scolaire ou familiale, sans boulot ni perspectives. Qu’ils soient trafiquants de drogue, petits caïds de quartier ou apprenti yakuza, qu’ils zonent dans la rue ou qu’ils s’enferment dans leur chambre pendant des années, ils partagent tous un même mal de vivre et une mésestime des soi qui les empêche de s’intégrer dans cette société japonaise où la position sociale est sans doute plus importante qu’ailleurs.

C’est Mako qui nous sert de guide dans cette jungle urbaine. Majima Makoto, un vrai bon héros de roman. Un jeune gars de 19 ans éminemment sympathique, doté d’une grande empathie et qui porte sur ses contemporains un regard lucide mais jamais désabusé. Un personnage que l’on voit aussi évoluer en s’ouvrant notamment à d’autres cultures que celles de la rue ( il découvre puis se passionne pour la musique classique, s’intéresse à l’informatique et à la littérature, devient même pigiste pour un magasine sur la jeunesse…). Il nous raconte ses « aventures » dans un style très rafraîchissant malgré la noirceur des sujets évoqués. Des récits à la première personne, très « parlés » et imagés, avec une façon toute particulière d’interpeller le lecteur, de le prendre à témoin des saloperies que le monde réserve aux plus faibles. Mais il sait également se faire plus fin ou plus doux, poétique même lorsqu’il en vient aux scènes sentimentales. Dans tous les cas c’est un plaisir de l’écouter et de pénétrer son quotidien.

Quatre saisons, quatre enquêtes. Nous commençons par l’été, quand les jupes des filles raccourcissent et que les garçons zonent dans ce « West Gate Park » qui donne son nom au roman ainsi qu’à cette première nouvelle. Un étrangleur fait régner la terreur parmi les prostituées du quartier. Quand une proche amie de Makoto est retrouvée assassinée, le jeune homme fait jouer tous ses réseaux pour mettre en place une vaste chasse à l’homme. Mais le meurtrier est parfois plus proche qu’on ne l’imagine. Ce texte nous parle d’un véritable fait de société : l’Enjo Kosai, c’est-à-dire la prostitution de collégiennes et de lycéennes. Une pratique relativement répandue au Japon et qui se distingue de la prostitution « classique » en ce sens qu’elle reste occasionnelle et n’est motivée que par le désir de se payer des articles luxueux. Il permet aussi de dresser le décor (le parc, le magasin de fruits de la mère de Makoto…) et de faire connaissance avec des personnages récurrents : Makoto bien sûr, Takishi le chef du gang local, ses potes Masa et Shun ou encore l’inspecteur Yoshioka.

Le second récit, « Excitable boy », met le doigt sur la banalisation de la violence qui n’est plus désormais le fait des milieux maffieux mais se répand dans toutes les couches de la société, y compris les plus favorisées. L’automne vient à peine de s’installer quand un chef yakuza du clan Hazawa demande à Makoto de retrouver sa fille disparue. Il devra faire équipe avec l’un de ses hommes de main qui se trouve être un de ses anciens camarades de lycée…

Les deux nouvelles suivantes traitent d’une délinquance plus classique, universelle même puisqu’il s’agit du trafic de drogue et des guerres de gang. « Les amants de l’oasis » nous raconte comment Makoto parvient à mettre un terme aux activités d’un dealer qui menace un couple de ses amis. Un récit au cours duquel on voit se constituer autour de lui l’équipe de choc qui lui permettra de résoudre cette intrigue et quelques autres. On y découvre aussi le milieu de la prostitution et des salons de massage ainsi que les difficiles conditions de vie des travailleurs immigrés. Le recueil se termine en feu d’artifice avec « Guerre civile rue Sunshine », la nouvelle la plus longue, la plus complète et, pour Makoto, l’enquête la plus fouillée et la plus dangereuse. Le printemps est là et avec lui la chaleur et les pluies torrentielles. Les esprits s’échauffent aussi et le torchon brûle entre les G-Boys et les Red Angels. Makoto va se retrouver malgré lui au centre du conflit et devra tout faire pour ramener la paix. Il va aussi rencontrer le grand amour…

Ce livre date de 1998. L’auteur a publié depuis deux suites aux aventures de Makoto. Je suis en général assez réservé sur l’intérêt des suites mais là, je me laisserai bien tenter !

Editioins Phlippe Picquier - 2005

 

1 novembre 2017

TERRITOIRE DE FIEVRE - SERGE BRUSSOLO

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Lors d’une mission d’exploration géologique menée par l’université de Santa Catala, un animal d’une taille comparable à celle d’une petite planète est découvert dérivant à travers l’espace. Une expédition scientifique est aussitôt dépêchée et trois cents scientifiques s’installent sur le corps de l’animal en état d’hibernation. Un an plus tard, Liza est chargée de constater l’avancement de leurs travaux…

Même s'il a beaucoup œuvré dans le domaine des littératures de l'imaginaire, Serge Brussolo a finalement peu écrit de Science-Fiction pure et quasiment pas de Space-opera. C'est donc avec un peu de curiosité que j'ai entamé ce roman, attendant de voir ce que l'auteur pouvait donner en la matière. Mais, à part les deux premiers chapitres et le fait que l'action se déroule sur un animal gigantesque au coeur du cosmos, on n’y trouve guère d’ingrédients du genre.

Une fois son héroïne posée sur l’animal-planète, l’histoire prend en effet l’allure d’un roman d’aventure où l'exploration de ce monde étrange et la découverte des diverses "tribus" qui le peuplent constituent l'essentiel de l'intrigue. Pour le reste, on ne s’étonnera  pas d’y retrouver les obsessions coutumières de l’auteur au premier rang desquelles le corps humain et les multiples transformations que l'on peut lui faire subir.

Avec "Territoire de fièvre" il est doublement à son affaire avec en premier lieu les descriptions hallucinantes de ce corps/monde où la moindre manifestation naturelle prend des proportions gigantesques : un furoncle qui éclate devient une éruption volcanique, une fièvre provoque une dangereuse élévation de la température tandis qu’une simple chair de poule se transforme en véritable tremblement de terre. Ce changement d’échelle permet de faire évoluer ses personnages dans des décors absolument surréalistes et de les soumettre à des conditions de vie particulièrement éprouvantes (évoluer en permanence dans la transpiration et le sebum ç’a n’est pas très glamour !). Mais cela ne lui suffit apparemment pas puisqu’il  les confronte ensuite à d’effroyables mutations physiques (vieillissement ou rajeunissement accéléré de certaines parties du corps, os qui se liquéfient…) et  à des perturbations mentales tout aussi redoutables (individus s’imaginant être des globules blancs et dévorant leurs semblables comme un leucocyte le ferait d’une bactérie) .

Parmi ces malheureux, les habitués de l’œuvre du grand Serge retrouveront avec plaisir le docteur Mathias Mikofsky et sa légendaire moustache. Les autres personnages, au premier rang desquels son héroïne Liza, sont très brussoliens, c’est à dire ballottés en tous sens, sans plus de libre arbitre ou d’initiative qu’un nord-coréen sous Lexomil. Il est certes un peu frustrant de les voir se débattre en sachant  par avance que leurs actions sont vouées à l’échec, mais les péripéties qui leur échoient sont à ce point délirantes que l’on reste scotché au roman, hypnotisé par l’imaginaire démentiel de l’auteur qui trouve ici quelque unes de ses idées les plus extravagantes.

De ce point de vue « Territoire de fièvre » est un bel exemple de l'imaginaire décomplexé qui était le sien dans sa période « Fleuve Noir ». C’est aussi un roman un peu plus profond qu’il n’y parait. La destruction de leur planète par les scientifiques est un peu une métaphore de l’attitude des hommes envers la Terre, qu’ils détruisent à petit feu, se condamnant par la même occasion. A l’image de ce qu’il advient de la bête-monde, notre planète pourrait  bientôt n’être plus qu’une chose morte dérivant dans l’espace : « un monument à la bêtise humaine »

Fleuve Noir Anticipation - 1983

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FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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