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A Osaka, quelques épisodes de la vie des commerçants d'une rue populaire.

Entre roman et recueil de nouvelles « Les gens de la rue des Rêves » est une peinture intelligente et sensible du Japon d'aujourd'hui. Un Japon populaire bien éloigné de l'image un peu lisse de modernité et de tradition que nous renvoient les reportages ou les magazines. Ici ni tours de verre ni temples shintoïstes, pas plus d'ailleurs que d'ingénieurs en costards ou de de lycéennes branchées. Juste de petites gens et une rue, une seule, semblable à des milliers d'autres.


Dans cette rue, on trouve quantité de petits commerces, un restaurant, un bar, un débit de tabac, une boucherie, un horloger, un photographe, un coiffeur... Des boutiques tenues par des individus à la personnalité bien marquée et auxquels la rumeur publique attribue petites manies et vices cachés. Mais Miyamoto Teru ne s'en tient pas à ces on dits. Il nous fait franchir le seuil de ces échoppes pour s'immiscer dans la vie de leur propriétaire. Nous partageons leurs secrets, leurs passions, leurs regrets ou leurs espoirs. Nous les découvrons tels qu'ils sont vraiment, au-delà de leur réputation.


Nous comprenons ainsi pourquoi la patronne du bar couvre son visage d'un maquillage outrancier ou pourquoi le vieux Kikujirô refuse obstinément de vendre son vieil entrepôt désaffecté. Nous rencontrons la vieille Iseki Tomi qui a reporté son amour pour son défunt fils sur les hirondelles qui nichent sous son toit et Ryûichi le fils du boucher qui doit vivre avec ses erreurs de jeunesse. Il y a aussi le photographe homosexuel, l'horloger et son fils cleptomane et tant d'autres encore qui nous dévoilent un peu de leur passé, éclairant d'un jour nouveau leur vie présente ou leur caractère.


La plupart de ces tranches de vie pleines de tendresse et d'humour nous sont racontées par un apprenti poète qui loge au-dessus de l'un des magasins. Satomi Haruta est le spectateur privilégié, parfois même l'acteur, des joies et des peines de ses voisins. Un jeune homme un peu naïf, la bonne poire à qui les gens se confient et demandent d'accomplir les démarches embarrassantes. La timidité et l'indécision de ce personnage seront aussi cause de quelques scènes amusantes qui le verrons notamment passer à côté de l'amour ou d'un héritage inattendu.


"Les gens de la rue des Rêves" est donc un livre plein de fraîcheur qui vous donne envie d'aller vers les autres pour apprendre à les connaître au lieu de se contenter de jugements à l'emporte-pièce.

 Philippe Picquier - 2011