SF EMOI

18 septembre 2022

SANCTIONS ! - TALION

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La petite ville de C est en émoi. La jeune Aïcha Boumedine a disparu et la police se perd en conjectures. Faut-il la chercher du côté des cités parmi les paumés et les trafiquants ? Aurait-elle fugué en compagnie d’un camarade de lycée ? A-t-elle été victime d’un maniaque sexuel ? Et si la réponse se trouvait plutôt dans le coquet pavillon de Gabriel et Barbara Lodi, deux profs apparemment sans histoires ? 

Depuis quelques temps, le roman gore semble bénéficier d’un regain d’intérêt et on ne dénombre pas moins de trois maisons d’éditions qui officient dans ce genre. Il y a d’abord les petits suisses de Gore des Alpes qui, à l’heure où je vous cause, ont déjà publiés dix-huit romans. Il y a aussi les éditions Faute de Frappe avec leur toute jeune collection Chris Anthem dont les couvertures uniformément noires annoncent parfaitement la couleur. Il y a enfin la Zone 52 et sa bien nommée collection Karnage dont « Sanctions ! » constitue le tout premier volume. Et là, il faut reconnaître que ça frappe fort d’emblée. Peut-être même trop fort. 

En tout cas, je ne m’attendais pas à autant de radicalité. Je pensais avoir affaire à une version gore de « Class of 1984 » ce film de Mark Lester dans lequel un professeur malmené par ses élèves employait la manière forte pour les amener à résipiscence. Or, si le couple de professeurs dont nous suivons les faits et gestes a effectivement quelques soucis avec la discipline, leur motivation première n’est pas de rétablir l’ordre. Avant toute chose les époux Lodi sont accros au sexe et leurs ébats vont occuper une large part du récit.

D’ailleurs, « Sanctions ! » est sans doute plus pornographique que véritablement gore. Scatophilie, coprophagie, nécrophilie, humiliations diverses et sévices en tous genres, l’auteur déroule toute la panoplie des déviances sexuelles les plus extrêmes, ne nous épargnant aucun détails et surtout pas les plus sordides. Ajoutons-y quelques meurtres bien cracra et des supplices qu’on ne souhaiterait pas même à son pire ennemi, et vous obtenez un roman assez malsain qui ne laissera personne indifférent. Pour ma part, je me suis senti réellement mal à l’aise en lisant quelques-unes de ces pages et j’ai même failli stopper ma lecture à deux ou trois reprises. D’autant que ce déchainement de violence, cette pléthore d’images glauques, cette puissance déployée pour décrire l’ignominie d’un couple de pervers sadiques, sont au service d’une intrigue somme toute bien légère. Il y avait pourtant des pistes intéressantes du côté des snuff movies et du dark web mais elles ne sont qu’évoquées et cèdent rapidement la place à une enquête policière des plus ordinaires.

Heureusement, les personnages ont de la consistance. Le couple infernal, les deux flics, les jeunes banlieusards, lycéens ou petits délinquants, son joliment croqués, avec justesse et humour. Leurs conversations, leurs remarques bien senties apportent un peu de légèreté au récit, quelques respirations bienvenues dans une histoire qui reste malgré tout sacrément oppressante.

Talion alias David Didelot, a-t-il voulu marquer un genre littéraire qu’il affectionne et dont il est un spécialiste reconnu ? Je l’ignore… mais si tel est le cas, le pari est réussi. Avec mention.

Zone 52 Editions - 2021

 

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11 septembre 2022

LE REGNE DU GORILLE - LYON SPRAGUE DE CAMP

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Maintenus en état d'hibernation par un mystérieux gaz, les passagers d'un car accidenté dans un tunnel se réveillent quelques millénaires plus tard. Ils découvrent alors que la Terre a bien changé. Les humains semblent avoir disparu tandis que les autres espèces animales ont subi toutes sortes d’évolutions. Les singes notamment, dont l’intelligence s’est considérablement développée…

Treize ans avant que Pierre Boulle n'écrive sa "Planète des singes", Lyon Sprague de Camp publiait ce roman qui met en scène une poignée d'humains catapultés dans un futur où les gorilles sont devenus l'espèce dominante. Non, non, pas de plagiat et, s'il y eut inspiration, celle-ci fut extrêmement légère. Mis à part le contexte général, les seules ressemblances entre les deux  récits se limitent à la capture des humains par des gorilles utilisant de grands filets, à leur captivité dans des enclos à bestiaux et aux tests qu'on leur fait subir pour mesurer leur degré d'intelligence.

De plus, l'histoire de Sprague de Camp offre beaucoup moins matière à réflexion que celle de l'écrivain français. C'est un pur récit d'aventure où l'action et l'humour prédominent. La première partie ressemble d'ailleurs à une robinsonnade dont elle reprend les codes avec ses habituelles scènes de survie (chasse, pêche, exploration) et d'organisation sociétale (factions, prise du pouvoir). Rien de bien original mais le récit alterne agréablement le comique (conflits entre les scientifiques et les membres d'une revue de cabaret) et le dramatique (les premiers décès) alors que les personnages découvrent une faune et une flore pour le moins surprenantes.

Après leur capture par les grands singes, c'est la découverte de la société simiesque qui est au cœur du récit. Humains et gorilles apprennent à se connaître et l'on découvre que ces derniers sont plus évolués que ne le laisse supposer leur société préindustrielle. Leur organisation politique semble harmonieuse, les rapports entre mâles et femelles également et, s'il n'y avait de belliqueux babouins dans les environs, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.

Hélas ces derniers passent justement à l’attaque et les derniers chapitres du roman sont consacrés au conflit qui s’ensuit. Escarmouches, batailles rangées, les combats se succèdent auxquels les humains prendront une part déterminante. Cela donne une fin un peu bâclée qui ne donne guère d’informations sur le devenir de nos rescapés du passé et leur acclimatation à ce nouveau monde.

Nouvelles Editions Oswald  - 1982

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04 septembre 2022

LA PLANETE INQUIETE - CHRISTIAN LEOURIER

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La planète Oeagre est en émoi. Les autres, des extra-terrestres dont on ignore tout, ont lancé une offensive contre cette lointaine colonie terrienne. L’armée a décrété la mobilisation générale et tente, sans grand succès, d’entrer en contact avec l’ennemi tandis que la presque totalité de la population se lance dans un surprenant pèlerinage. A peine libéré de ses obligations militaires, Lorbeer se joint au vaste troupeau dans l’espoir d’y retrouver son épouse. 

Christian Léourier jouit d’une belle reconnaissance dans le milieu de la SF française. Son cycle du Lanmeur fait figure de classique et les éditions Critic viennent tout juste de sortir une intégrale de Jarvis », une série de planet-opera à destination de la jeunesse. C’est donc en toute confiance que je me suis lancé dans la lecture de ce roman écrit en 1981. Hélas mon optimisme fut bien vite douché.

« La planète inquiète » m’a fait l’effet d’une SF post-soixante-huitarde ennuyeuse où l’auteur se perd en considérations écolo-philosophico-théologico-spirituelles qui ne parviennent pas à suppléer l’absence d’une réelle intrigue.

L’essentiel de l’histoire consiste en effet à suivre l’odyssée de dizaines de milliers de personnes lancées à travers le désert vers une destination inconnue et pour des motifs tout aussi obscurs. Or, on ne saura à peu près rien de ce phénomène puisque ni sa cause, ni sa finalité ne nous serons expliqués. Et que dire de la scène finale dans les ruines d’une antique cité, qui s’apparente à un rassemblement de beatniks, ambiance sea, sex and sun, sans que, là encore, aucune explication ne soit avancée ?

Le héros du roman est aussi paumé que le lecteur. Désarçonné par le diktat des militaires terriens, par l’insaisissabilité des « Autres » et la disparition de la femme aimée, il ne fait que subir. Il erre, il cherche à comprendre mais la fin du récit le trouvera tout aussi dubitatif qu’à son commencement. Il ne pèse pas ou presque sur les évènements et ses réflexions, ses souvenirs ont une fâcheuse tendance à tourner en rond. Quant au mode de narration qui mélange le présent et des épisodes d’un passé plus ou moins lointain, il n’aide pas non plus à la compréhension du récit.

Il y avait pourtant deux bonnes idées qui auraient mérité d’être approfondies. Tout d’abord, la question des rapports un peu tendus entre les militaires terriens et les colons de la planète Oeagre qui ont développés leur propre culture. Ensuite et surtout, nous avons cette confrontation des humains avec une forme de vie radicalement différente de la leur. Comment affronter un ennemi que l’on ne voit pas ? Comment expliquer ses intentions ? Comment même s’assurer qu’ils cherchent à conquérir la planète ? Il y avait là de quoi développer une intrigue passionnante. Christian Léourier a fait un autre choix. Dommage.

Les Moutons Electriques - Hélios - 2019

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14 août 2022

PIERRE DE VIE - JO WALTON

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Contrainte de fuir la vengeance de la déesse Agdisdis, Hanethe s’en retourne au village d’Applekirk qu’elle a quitté quelques décennies plus tôt. Dans cette région des Marches, le temps s’écoule beaucoup plus vite qu’au pays des dieux. Aussi n’y retrouve-t-elle que les lointains descendants de la famille qu’elle avait abandonnée. Très vite, sa présence va bouleverser l’harmonie et la sérénité de la petite communauté villageoise…

Dans ce roman écrit quelques années avant "Morwena" et "Mes vrais enfants", Jo Walton montre déjà l'intérêt qu'elle porte aux rapports humains et plus particulièrement à la notion d'épanouissement personnel. La pierre-de-vie qui lui donne son titre est en effet synonyme de libre arbitre. Qu'il s'agisse d'exercer telle ou telle profession, de s'engager ou non dans des liens matrimoniaux, de croire ou pas en une divinité, chacun à Applekirk est libre de ses choix.

La petite société imaginée par l’auteur a des allures d’utopie et reflète sans doute ses vues en matière sociétale. Les hommes et les femmes y sont égaux, l’homosexualité, la polygamie ou l’amour libre vont de soi et les enfants ne sont pas considérés comme des êtres inférieurs qui n’ont pas voix au chapitre.

Bien que toute l’histoire soit circonscrite aux strictes limites d’un domaine agricole, il se passe quantité de choses et pas que des plus anodines. On y cuisine certes beaucoup, les travaux de la ferme occupent énormément les personnages mais la lutte contre les fléaux qui, de tout temps, ont empêché les hommes et les femmes de vivre à leur guise n'en est pas moins passionnante. La religion, la guerre, la recherche du profit éprouveront durement la petite communauté. Les histoires de cœur mettront également à mal sa cohésion.

La très grande quantité de détails et de menus faits étoffe le cadre de l’histoire et lui donne une profondeur remarquable. Les personnages aussi, nombreux, variés, travaillés en profondeur et parmi lesquels les femmes jouent les premiers rôles. Quant à la magie, si elle est partout présente, elle n’écrase pas pour autant l'existence des personnages. Il faudra en effet attendre le dernier tiers du roman pour que prêtres et divinités jouent un rôle de premier plan. Et encore, puisque seule la raison et la concertation permettront de véritablement résoudre les conflits.

Tout cela nous donne une fantasy champêtre et familiale qui invite à réfléchir sur notre rapport aux autres et à apprécier à leur juste valeur les gestes du quotidien. Le passé est révolu, le futur viendra bien assez tôt, alors profitons au mieux de l’instant présent.

Gallimard - Folio SF - 2021

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07 août 2022

LA CLEF DES MENSONGES - JEAN-BERNARD POUY

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L’heure de la retraite a sonné pour le maréchal des logis Zapala. Enfin presque. Juste une dernière mission à remplir : escorter une jeune femme jusqu’au juge qui doit instruire son procès. La routine ? Pas si sûr que ça. Quand des tueurs tentent de les éliminer tous les deux, la prisonnière et son geôlier prennent la poudre d’escampette. Pour se protéger. Et pour comprendre… 

Si j’avais découvert Jean-Bernard Pouy par le biais de ce roman, il n’est pas certain que j’eusse été plus avant dans l’exploration de son œuvre. Et franchement, c’eut été dommage tant ses polars sont originaux aussi bien sur le fond que dans la forme. Ici, c’est justement cette originalité qui fait défaut et ce manque se fait d’autant plus sentir que l’intrigue n’est pas franchement excitante.

Il s’agit d’une histoire très classique de collusion entre le politique et le banditisme, de raison d’état et de témoin qu’il faut supprimer. Le récit se résume rapidement à une partie de cache-cache entre la police et deux fugitifs sans oublier quelques tueurs à gage lancés à leurs trousses. On comprend très vite que tout cela finira très mal et les fuyards ne se font d’ailleurs guère d’illusions sur leurs chances de fêter la nouvelle année.

Heureusement, la relation entre Alix et Pierre, la prévenue et le gendarme, la jeune femme et le vieux misanthrope, est dépeinte avec beaucoup de tendresse et de subtilité. Au fil du temps, au gré des épreuves surmontées ensemble, la méfiance et l’hostilité des débuts vont céder la place au respect et à la compréhension mutuelle. S’installe alors une relation père/fille assez touchante composée à part égale d’encouragements et de reproches, de non-dits et de confessions.

Gallimard - Folio Policier - 2009

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31 juillet 2022

LE PAYS DE LA NUIT - WILLIAM HOPE HODGSON

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Dans un lointain futur, la Terre a subi des cataclysmes climatiques et géologiques majeurs. Ce qui reste de l'humanité a trouvé refuge dans une gigantesque pyramide et ne s'aventure que rarement hors de ce "Grand Bastion" par crainte des hordes de monstres qui rôdent à l'extérieur. Ayant capté l'appel à l'aide d'une femme vivant dans un autre sanctuaire, un jeune scientifique décide de lui porter secours. Mais cet autre refuge se situe aux confins du pays de la nuit...

Bien qu'étant principalement connu pour ses récits fantastiques ayant pour toile de fonds l'univers maritime, William Hope Hodgson s'est également frotté à la science-fiction. "Le pays de la nuit" est l'une de ses deux incursions dans le genre et, disons-le tout de suite, sans doute pas la plus réussie.

En fait, l'aspect "anticipation" y est excessivement ténu. Si l'on excepte les premiers chapitres qui décrivent la vie dans le Grand Bastion, son organisation sociale et quelques-unes des innovations scientifiques qui permettent à sa population de vivre en vase clos, l'histoire est dénuée de tout ingrédient science-fictif. Plus gênant encore, l'auteur reste excessivement vague sur la nature des dangers qui menacent ses personnages. Le pays de la nuit dans lequel s'aventure son héros est certes peuplé de créatures hostiles et répugnantes mais on ne saura que peu de choses à leur sujet. Il en va de même de cette fameuse "maison du silence" qui semble catalyser les forces du mal et dont on apprendra à peu près rien.

L'intrigue se limite donc exclusivement à la mission de sauvetage entreprise par le narrateur. Un voyage dangereux mais ô combien monotone. Chaque journée ressemble à la précédente. Le héros marche de longues heures dans un paysage désolé et rocailleux, ne s'interrompant que pour manger ou trouver un abri. Il rencontre de temps à autre un monstre qu’il évite ou combat lorsqu’il ne peut faire autrement puis il reprend sa marche, encore et encore.

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On espère bien un peu de nouveauté quand, enfin, il parvient à proximité du lointain refuge mais… non. L’abri a succombé aux assauts des monstres et le narrateur ne peut que recueillir sa belle et entreprendre le voyage de retour. Un retour en tout point pareil à l'aller. Les journées de marche continuent de se succéder et les mêmes scènes se répètent, inlassablement. Et comme si ce n'était pas suffisant, il faut désormais subir les très nombreuses et très longues digressions sur les rapports amoureux entre les deux amants, d'une mièvrerie et d'un sexisme presque insupportables.

Vous l’aurez compris, cette lecture fut pour moi un véritable pensum et je dois être un peu maso puisque je l’ai menée à son terme. Par contre, je ne suis pas sadique. Je ne vous conseillerai donc pas de lire ce roman si vous souhaitez faire connaissance avec l’œuvre de l’auteur. Choisissez n’importe quel autre titre. Il ne pourra qu’être meilleur que celui-ci.

Nouvelles Editions Oswald - SF/Fantastique/Aventures - 1982

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24 juillet 2022

VICTOR ET LES AUTRES MONDES - FRANCOIS LELORD

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Au XVIIIème siècle, le conte philosophique permettait de critiquer le pouvoir sans en avoir l’air et d’échapper ainsi à la censure. De nos jours, il s’agit plutôt d’un moyen détourné d’amener le lecteur à réfléchir à des sujets austères tels que la sociologie, la politique, la psychologie… C’est en tout cas le but recherché par François Lelord avec le présent ouvrage.

« Victor et les autres mondes » se présente comme un roman de science-fiction assez classique. L’apocalypse nucléaire conjuguée à une succession de catastrophes écologiques ont fait de la Terre une planète inhabitable. L’espèce humaine survie sur Mars où s’est établie une petite colonie ultra sophistiquée. Après plus d’un millénaire de vie en autarcie, les « martiens » décident de vérifier si un retour sur leur planète d’origine est envisageable. C’est à Victor Lambda, un sans grade, qu’est confiée la dangereuse mission et le jeune homme est « parachuté » sur une petite île du Pacifique…

Vous l’avez déjà deviné, Victor va non seulement découvrir que la vie sur Terre a repris son cours mais aussi que des humains ont survécu et ont recommencé de vivre en société. D’île en île, il va en expérimenter différents modèles. Des libertaires où tout se partage y compris les partenaires sexuels, des pyramidales fondées sur la primauté de la force, de l’industrie, du talent…

Au gré de ses rencontres et de ses expériences, il va aussi s’interroger sur la notion de bonheur et sur la meilleure façon de l’atteindre. Recherche du plaisir, réalisation d’un objectif, renoncement au superflu, il en arrivera à la conclusion que nulle société ne peut répondre aux attentes de tous ses membres. Aucune n’est parfaite. Même les plus égalitaires ont leurs limites et toutes se heurtent à la volonté de domination de l’homme, à son besoin de posséder, de diriger. Elles n’en sont pas moins humaines et reflètent les différents caractères, les sensibilités de ses membres au contraire de la structure sociale martienne contrôlée par une intelligence artificielle infaillible mais déshumanisée.

La démonstration de François Lelord passe bien. L’intrigue secondaire sur la véritable personnalité de son héros et les conflits d’intérêts entre les dirigeants « martiens » ne manque pas d'intérêt. Elle permet un subtil équilibre entre le côté distrayant du roman et son aspect éducatif. Ceci étant, ce conte philosophique me semble être surtout à destination des ados. Les adultes eux, ne seront surpris ni par l’intrigue ni par le raisonnement de l’auteur. Ils n’en passeront pas moins un agréable moment.

Odile Jacob - 2022

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17 juillet 2022

LA CHOSE - JOHN W. CAMPELL

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En 1982 John Carpenter réalisait "The Thing" qui allait devenir un film culte et rester pour longtemps un modèle de SF horrifique. En entamant le roman dont il s'inspire, je pensais retrouver la même ambiance d'épouvante et de terreur. Mes espoirs ont été vite déçus.

Si le décor reste le même, l'atmosphère de cauchemar qui imprégnait le film est ici beaucoup moins palpable. Cela est dû pour une large part aux descriptions de la créature qui ne peuvent concurrencer les images saisissantes de la pellicule. Certes, les capacités hors normes de La Chose font froid dans le dos et le danger est toujours présent, mais on ne ressent à aucun moment cette sensation de dégoût, cette répulsion instinctive que le monstre de Carpenter parvenait à susciter.

Les réactions des personnages y sont aussi pour beaucoup. La peur et la suspicion sont bien sûr de mise mais ils raisonnent en scientifiques qu'ils sont et, là encore, on ne ressent aucunement la panique que l'on s'attendrait à trouver en pareil cas. Ils restent de bout en bout maîtres de leurs nerfs et c’est avec méthode et minutie qu’ils tentent de démasquer la créature et déterminer lesquels d’entre eux ont été ou non « imités » par celle-ci. Expérimentations, réflexions, confrontations d’idées, les échanges entre ces hommes qui risquent leur vie pour empêcher un redoutable danger de se répandre sur la Terre sont passionnants mais ne parviennent pas à suppléer le manque d’action de ce huis clos polaire.

Bélial - Une Heure Lumière - 2020

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10 juillet 2022

L'EVENTREUSE - STEPHANIE GLASSEY

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Ce quatrième opus de la collection Gore des Alpes me laisse perplexe. J’y ai trouvé de bonnes idées, un personnage et un sujet intéressants ainsi qu’une jolie plume. En revanche, l’irruption à mi-parcours du fantastique dans une histoire qui jusque-là s’en passait très bien ne m’a pas convaincu.

Il faut dire que le récit de Stéphanie Glassey commence de fort belle manière. Elle nous embarque dans le Valais rural de la fin du XIXème siècle à la rencontre de ces villages reculés des alpages où les populations vivent misérablement. Là, au milieu de paysans rustiques et crédules, nous faisons la connaissance d’une avorteuse. Marie-Ange est la dernière d’une longue lignée de faiseuses d’anges, femmes respectées pour leurs connaissances et les services qu’elles rendent à la communauté mais également craintes et suspectées en raison des légendes et des ragots qui circulent à leur endroit. Elle ne tardera d’ailleurs pas à faire les frais de cette réputation sulfureuse et devra fuir pour éviter les représailles d’une populace vindicative.

J’ai beaucoup aimé cette première partie qui décrit avec beaucoup de précision la profession de cette femme. L’auteur semble s’être pas mal documenté sur les méthodes d’avortement qui se pratiquaient alors ainsi que sur les pratiques religieuses concernant les bébés morts nés. On apprend ainsi beaucoup sur les limbes, ce lieu entre enfer et paradis où sont censé être précipitées les âmes des enfants non baptisés, sur « l’ondoiement », sorte de baptême in utero ou encore le « répit » qui consiste à mener le petit corps dans une chapelle et guetter un signe de vie (plutôt un réflexe physiologique) permettant de procéder au plus vite aux sacrements.

Arrivé à ce point du récit nous avons donc une héroïne singulière, une atmosphère bien cafardeuse et plein de chouettes connaissances intelligemment intégrées à l’intrigue. Hélas, les choses se gâtent avec l’introduction du fantastique en la personne, justement, des âmes des enfants avortés. L’idée n’était pourtant pas mauvaise et pour le coup parfaitement raccord avec ce qui précédait. Hélas la construction de l’histoire devient alors un peu mécanique et suit un schéma sans surprises : présentation d’une famille assez détestable dont les membres se livrent à toute sorte de perversions sur leurs employés, description des sévices subis par leurs victimes, intervention de Marie-Ange et de ses petits démons, punition des affreux pervers.

Les scènes gore, relativement sobres, sont assez conformes à nos attentes et les tortures infligées donnent à l’amateur de tripaille sa ration d’horreur. Il y manque néanmoins un petit quelque chose. Peut-être un peu plus d’implication de l’héroïne. J’eusse aimé qu’elle n’agisse pas seulement en tant que redresseuse de torts mais qu’elle soit plus directement concernée par son œuvre de vengeance. Mise en danger aussi. Là, on a le sentiment d’être en présence d’un ange exterminateur auquel il ne peut rien arriver de fâcheux, ce qui enlève tout de même un peu d’intérêt à l’histoire.

Ceci dit, « L’éventreuse » est un gore tout à fait recommandable. Il est même un peu plus que cela : un petit brûlot contre une société patriarcale et arriérée où les puissants (les hommes, les notables, les religieux), profitent de leur force ou de leur statut pour imposer leur volonté. Les choses n’ayant guère changées depuis un siècle, le roman de Stéphanie Glassey est une piqure de rappel salutaire.

Gore de Alpes - 2020

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03 juillet 2022

QUAND SOUVENIRS REVENIR, NOUS SOUFFRIR ET MOURIR - DAGORY

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Voilà cinq ans que le Royaume-Uni est sans nouvelles du reste du monde. Pour comprendre les raisons de ce silence, les autorités britanniques décident de renvoyer sur le continent des prisonniers français condamnés à des peines plus ou moins lourdes. Commence alors pour la trentaine de délinquants une bien étrange équipée sauvage… 

Il est rare que le titre d’un roman en dise autant sur son contenu. L’essentiel de cette histoire repose en effet sur la façon dont les personnages affrontent la matérialisation de leurs souvenirs. Qu’il s’agisse d’un vol dans un magasin, de l’incendie d’un cinéma ou d’une tempête de neige, toutes ces plongées dans le passé s’apparentent à une véritable lutte pour la survie. Chaque évocation, chaque réminiscence se trouve démultipliée et les personnages livrent selon les cas un combat contre leurs remords ou contre l’imagination de leurs camarades.

Pour le reste, c’est un roman bien étrange que ce 1425ème opus de la collection Anticipation. Un décor post-apocalyptique, une invasion extra-terrestre très particulière, des personnages aux noms improbables, on a un peu le sentiment de se retrouver au beau milieu d’une farce grotesque et surréaliste. Heureusement, le style de l’auteur et les notes d’humour qui parsèment le récit en font une lecture assez plaisante. Et puis il y a aussi une vraie intrigue avec moult rebondissements et une révélation finale qui tient la route.

Fleuve Noir Anticipation - 1986

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