SF EMOI

17 mars 2019

UN TOUR EN THAERY - JACK VANCE

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En Thaery, lorsque vous êtes le cadet d’une maison noble, vous ne pouvez compter que sur vos qualités pour vous faire une place au soleil. Jubal Droad l’a bien compris qui prend très vite le chemin de la capitale pour solliciter un emploi dans l’administration. Hélas là encore les bonnes places sont prises par des citoyens « mieux nés » que lui et Jubal doit se contenter d’un modeste poste au service de la santé et de l’hygiène. Fort heureusement, un litige d’ordre privé qui l’oppose à un grand seigneur va le faire remarquer par Nai le Hever, chef des services secrets thariotes…  

Si l’on fait abstraction du cadre général de l’histoire, ce roman de Jack Vance est incontestablement un roman d’espionnage. Enquêtes, filatures, assassinats, intrigues politiques et commerciales, « Un tour en Thaery » réunit la plupart des ingrédients de ce genre en y ajoutant toutefois une bonne dose d’humour grâce à un personnage particulièrement intéressant. Ambigu, pugnace et malin, Jubal Droad est un héros typiquement vancéen. Il possède l’esprit d’entreprise d’un Gavin Waylock, l’instinct de révolte d’un Gastel Etzwane ou d’un Ghyl Tarvoke, la soif de vengeance de Kirth Gersen et le sens de l’autodérision d’un Magnus Ridolph. Il est en tout cas éminemment sympathique et l’on prend immédiatement son parti d’autant que le sort semble s’acharner contre lui. Mais le bonhomme a de la ressource comme il va le démontrer au cours de multiples aventures qui lui feront parcourir la Thaery en tous sens avant de s’embarquer pour l’étrange pays des waels et même s’envoler vers d’autres planètes.

Ces voyages seront bien sûr l’occasion pour l’auteur de donner corps à quelques-uns de ces univers chatoyants et originaux comme lui seul en a le secret. Il nous balade ainsi dans des contrées rétrogrades ou futuristes faisant alterner la SF pure et dure avec des éléments qu’on pourrait qualifier de steampunk et incorpore bien sûr à son récit une multitude de détails ethnologiques. Parmi ceux-là j’ai particulièrement aimé l’idée de la « Yallow », sorte de service civique que tout jeune adulte doit accomplir durant une année au cours de laquelle il voyage à travers le pays en essayant de se rendre partout utile. Autre jolie trouvaille : le « Juste Châtiment » qui permet à une personne qui s’estime lésée par une autre d’obtenir de la justice un mandat qui l’autorise à lui infliger la punition de son choix ou à la faire exécuter par des agences spécialisées !

Si le ton du roman est globalement léger et humoristique grâce aux relations conflictuelles que Jubal entretient avec son supérieur et aux mauvais tours qu’il joue à ses ennemis, il s’avère néanmoins un peu plus profond et politique qu’il n’y parait. On y trouve en effet, çà et là, une critique discrète mais bien réelle du commerce, de la société de consommation et des multinationales plus fortes que les états. Vance y dénonce aussi un système de castes qui empêche les plus humbles de révéler leurs qualités en réservant ses meilleures places aux fils des familles nobles, montrant à cette occasion une conscience sociale plus vive que je ne l’aurais cru.

Finalement, mon seul petit reproche - ou plutôt mon seul regret - concerne le manque de présence du « grand méchant » de l’histoire. Pendant l’essentiel du roman, Ramus Ymph n’est qu’une ombre après laquelle Jubal passe son temps à courir. On ne le connaît qu’au travers de ses ambitions et de ses agissements et il faut attendre la toute fin de l’histoire pour le rencontrer en chair et en os. Et là encore, la confrontation tourne court puisque ce n’est même pas notre héros qui en vient à bout. Ceci étant, la nature du châtiment qui attend Ramus et la façon méchamment drôle dont Jubal se dédommage de ses déboires valent bien à elles seules cette longue attente.

Pocket SF - 1981

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13 mars 2019

DE L'AUTRE CÔTE DU LAC - XAVIER LAPEYROUX

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Hermann vit une existence paisible avec son épouse et sa fille dans un quartier résidentiel au bord d’un lac. Sous la chaleur accablante de ce début d’été, sa tranquillité va toutefois être mise à mal par l’irruption de plusieurs évènements, petits ou grands, anodins ou angoissants. Il y a d’abord les problèmes de santé de son épouse et ses conditions de travail dans un foyer pour jeunes qui se dégradent sensiblement. Il y a aussi ces disparitions d’enfants signalées par la police ainsi que la mort accidentelle de l’un des fils de son voisin. Il y a enfin cette apparition, de l’autre côté du lac, d’une maison en tout point semblable à la sienne… 

C’est à un voyage au bout de la folie que Xavier Lapeyroux nous invite dans son troisième roman. Grâce une narration à la première personne du singulier, il nous fait pénétrer les pensées d’un paranoïaque et met à jour les mécanismes mentaux qui vont conduire son personnage toujours plus loin dans son délire. Nous sommes ainsi aux premières loges pour assister à la transformation de celui que l’on prenait pour un homme parfaitement équilibré en un malade mental dangereux pour lui-même et pour ses proches.

L’une des principales qualités du roman repose sur le fait que l’on met un certain temps à comprendre qu’Hermann souffre d’une paranoïa aigüe. Il parait au premier abord absolument normal. Mari prévenant, père aimant et complice d’une ado de seize ans, il exerce en outre la profession d’éducateur social, un boulot qui nécessite d’avoir les pieds sur terre. Il a certes quelques idées fixes concernant la pollution ou les ondes électro magnétiques et couve sans doute un peu trop sa fille mais dans l’ensemble, c’est un père de famille tout à fait raisonnable. Et puis, des raisons de craindre pour la sécurité des siens, il en a quand même quelques-unes quand on sait que les camarades de classe de sa fille disparaissent les uns après les autres.

Bref, a priori rien d’inquiétant dans son comportement et ses attitudes. On est donc légitimement amené à se poser les même questions que lui et l’on ressent la même impression de danger et de mystère : qui a construit une maison identique à la sienne de l’autre côté du lac ? Pourquoi la police perd-elle son temps à l’interroger plutôt que d’enquêter sur les disparitions ? Pourquoi ses relations avec sa femme et sa fille se dégradent-elles ?

Et puis, petit à petit, on se rend compte que quelque chose cloche. L’agacement naturel d’Hermann devant les petits soucis de l’existence se transforme en manie de la persécution. L’idée que le monde se ligue contre lui l’emporte sur toute autre considération et son comportement devient de plus en plus étrange, D’indices en évidences on finit par comprendre qu’il est en train de basculer dans l’irrationnel et tente de se construire une existence parallèle où il pourrait tout contrôler, un peu comme lorsqu'il joue aux échecs, seul contre lui-même.

Avec ce roman psychologique qui se lit comme un thriller, Xavier Lapeyroux nous brosse le portrait d’un homme incapable de faire face aux angoisses du siècle. Son écriture particulièrement fluide permet à l’histoire de se dérouler sur un rythme endiablé qui maintient le lecteur sous tension et le pousse à enquiller les chapitres jusqu’à la conclusion, d’une logique insensée. Une belle découverte.

Anne Carrière - 2019

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10 mars 2019

CONAN LE VAILLANT - ROLAND GREEN

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Avec l’aide d’Illyana la sorcière et de Raihna, l’intrépide guerrière bossonienne, Conan tente d’empêcher le nécromant Eremius et son armée de Métamorphosés de conquérir le royaume de Turan. 

Aucun des Conan édités par les éditions Fleuve Noir ne se hisse au niveau des récits de R. E. Howard, le créateur du célèbre barbare. La plupart sont très moyens voire médiocres et seuls ceux écrits par Leonard Carpenter, Robert Jordan ou Karl Edward Wagner sortent du lot. Malheureusement pour moi, ce « Conan le Vaillant » n’a pas été écrit par l’un d’eux mais par Roland Green qui réussit l’exploit de ravir à Steeve Perry le titre de plus mauvais auteurs de cette collection dédiée au héros cimmérien.

Que vous dire de ce roman sans être trop méchant ? Que l’histoire (un énième récit de sorcier décidé à dominer le monde grâce aux pouvoirs d’un antique bijou !) est d’une rare indigence, c’est certain. En mes jeunes années, lorsque je m’adonnais aux jeux de rôles, je connaissais des MD capables de vous trousser en un rien de temps des scénarii bien plus palpitants. Ici, aucune tension, pas d’originalité, guère de rebondissements. Tout est attendu, plat, sans saveur.

Il est vrai que le roman a été amputé d’un bon nombre de pages afin de respecter le format imposé par le Fleuve. Il est donc bien difficile de suivre les différents fils narratifs ou de comprendre les intrigues secondaires. L’histoire se résume à une succession de dialogues entrecoupés de scènes de combats sans panache et de moult séances érotiques. D’ailleurs, ce que je reproche le plus à l’auteur c’est d’avoir transformé le fier cimmérien en dragueur impénitent qui passe son temps au bordel et dans les auberges à s’envoyer en l’air avec les danseuses ou les guerrières de passage. Du coup, la véritable intrigue n’est pas de savoir si Conan et ses deux compagnes triompheront du sorcier, mais qui, de la guerrière ou de la sorcière, finira dans son lit.

Des femmes, le récit n’en manque pas. Elles sont toujours assez peu farouches et fort peu vêtues (on apprend d’ailleurs incidemment qu’une sorcière doit toujours être nue pour pratiquer la magie !) et même si elles jouent un rôle dans le déroulement de l’histoire, on sent bien que leur présence sert surtout à provoquer des scènes un peu olé olé. Cette impression est encore renforcée par le style de Roland Green qui donne volontiers dans l’humour grivois et les commentaires graveleux comme en témoigne cette réflexion très subtile de Conan : « Les danseuses m’ont tant remercié que je doute de pouvoir encore bander, ne serait-ce qu’un arc ! ». Et même quand il n’en a pas l’intention, Roland Green nous fait hurler de rire comme lors de cette échauffourée où l’on apprend que « Le barbare avait un don naturel : courir à reculons presque aussi vite que normalement ».

Vous l’aurez compris, « Conan le vaillant » est un roman qui alterne le mauvais avec le ridicule et dont le seul mérite est de meubler la biographie du héros en nous le montrant dans sa vingt-deuxième année, capitaine des mercenaires du roi Yildiz.

Fleuve Noir - Conan - 1994

 

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03 mars 2019

LE LISEUR - BERNHARD SCHLINK

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À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles (Gallimard – Folio - 4ème de couverture).

« Le liseur » est un roman qui aborde le thème de la Shoah sous un angle original puisqu’il ne s'intéresse pas aux victimes des camps de la mort mais à un de leurs bourreaux. En prenant pour héroïne l’une des petites mains de l’horreur nazie, en l’occurrence une gardienne du camp d’Auschwitz, l’auteur va nous montrer la femme derrière la criminelle de guerre. Ce faisant il ne cherche pas à nous faire oublier ses actes mais à nous montrer que celles et ceux que l’on qualifie de monstres, comme pour les extraire du genre humain et se persuader que l'on a rien de commun avec eux, sont bel et bien des hommes et des femmes ordinaires.

Le roman de Bernhard Schlink est intelligemment construit. Il nous présente Anna bien avant de nous mettre au courant de son passé criminel. Comme le jeune Michael, on apprend donc à la connaître, à l'apprécier, à l'aimer peut-être. On s'interroge certes à son sujet, on se doute que ses silences cachent un lourd secret mais on la considère comme une héroïne tout à fait digne de notre intérêt, touchante et sympathique. Aussi, lorsque son passé nous est révélé, on est bien obligé d'admettre que le « monstre » ne diffère en rien de nous. Il n’est dès lors plus possible de la rejeter en bloc et l’on en vient à s’interroger sur ce que l’on aurait fait à sa place ou à celle de Michael.

Bien sûr, il ne s’agit ni d’excuser ni de justifier des actes qui doivent indubitablement recevoir une réponse pénale à la hauteur de la faute commise. En revanche le jugement moral est bien plus malaisé à établir. Il nécessite de connaître parfaitement la personne jugée, sa personnalité, son histoire ainsi que les circonstances qui l’ont amenées à faire tel ou tel choix. Pour faciliter son propos, l’auteur a d’ailleurs affublé son personnage d’un handicap dont je ne dirai rien pour ne pas divulguer un élément essentiel de l’intrigue, mais qui explique en partie son parcours. Pourtant et bien qu’ayant pénétré le secret d’Anna, Michael ne pourra s’empêcher de la juger. Cela le conduira à éprouver une double culpabilité, celle d’avoir trahi la conscience collective de son pays en s’éprenant d’une criminelle de guerre et, plus tard, le regret d’avoir abandonné l’être aimé en le rejetant et en ayant honte de leur relation.

Tout en retenue et délicatesse, « Le liseur » est un très beau livre dans lequel l’auteur est parvenu à éviter le double écueil de la repentance et de l’absolution. Une opération sans doute loin d’être évidente pour un auteur allemand.

Gallimard - Folio - 2017

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24 février 2019

L'OTARIE BLEUE - B. R. BRUSS

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Jack Turnill et Fred Brisball viennent tout juste de rentrer sur Terre après une mission d’exploration interstellaire lorsqu’ils sont confrontés à des phénomènes maritimes aussi étranges que désastreux. De curieux tourbillons se forment à la surface des mers et bientôt de gigantesque raz de marées submergent de nombreuses villes sur toute la surface du globe. Alors qu’une armée de scientifiques cherche la cause de ces catastrophes, Jack est approché par une mystérieuse créature qui désire entrer en contact avec l’espèce humaine. Il ignore alors que cette rencontre va le propulser au centre de la guerre qui oppose depuis des dizaines de milliers d’années les terribles Ruems aux puissants Ebliss.  

B. R. Bruss fut un pilier des Editions Fleuve Noir dont il alimenta les collections Anticipation et Angoisse avec de chouettes romans rédigés dans un style irréprochable et plaisamment désuet. « L’otarie bleue » est un parfait exemple de cette production où il est question d’invasions extra-terrestres, de voyages spatiaux et de planètes lointaines bref, des space opera à l’ancienne mais non dénués d’intérêts grâce à un sens du récit évident et une imagination qui ne fait jamais défaut. Comme dans « Le cri des Durups », « L’énigme des Phtas » et bien d’autres œuvres de l’auteur, il est ici question d’une guerre que les terriens sont contraints de livrer à une espèce extra-terrestre qui tente de s’implanter sur Terre.

Le récit se divise en deux parties à peu près égales en longueur mais pas en intérêt. La première - la plus passionnante – couvre la période qui va de la découverte des d’ET sur la planète jusqu’à la première prise de contact. Une partie très dynamique dans laquelle le héros nous fait pleinement partager l’angoisse des populations face aux premières attaques, les recherches fébriles des scientifiques et le ballet diplomatique des autorités auxquels il est tour à tour mêlé.

La seconde nous est présentée à la manière d’une leçon d’histoire parcourant les 50 années que dura la guerre contre les Ruems. Un exposé accéléré qui insiste sur les épisodes importants du conflit et sur deux ou trois passages mettant plus directement en scène quelques-uns des personnages principaux. On s’attarde ainsi sur la visite du monde des Ebliss, on assiste à un naufrage sur une planète glacée et à la captivité du héros chez les méchants Ruems. Il y a des combats, des évasions et de multiples rebondissements et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Malheureusement tout cela est raconté d’une façon que je qualifierai de professorale qui met trop de distance entre l’action et le lecteur et empêche ce dernier de vivre et ressentir les aventures de ses héros.

Heureusement l’auteur a su donner un supplément d’intérêt à son histoire grâce à des ET plutôt originaux. Les Ebliss, tout comme les vilains Ruems, ont un cycle de vie bien particulier qui se distingue par un état embryonnaire de plus de 30000 ans suivi d’une existence longue de 10000 autres années. Une existence fort longue qui les voit changer d’apparence à plusieurs reprises, de l’espèce protoplasmique au mammifère marin puis de l’humanoïde à la créature ailée.

On signalera enfin que ce roman recèle aussi une jolie histoire d’amour entre les deux principaux personnages, un humain et une Ebliss. Cela dénote chez l’auteur une ouverture d’esprit encore assez rare dans la SF des années soixante même s’il prend la précaution de préciser que l’amour physique entre Jack et Blissa, c’est-à-dire entre l’homme et « l’otarie bleue », demeure physiologiquement impossible, restant par là même beaucoup plus timoré que Philip José Farmer et ses « Amants étrangers » parut aux States deux ans plus tôt.

Fleuve Noir Anticipation - 1963

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17 février 2019

LE DENTIER DU MARECHAL, MADAME VOLOTINEN ET AUTRES CURIOSITES - ARTO PAASILINNA

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Volomari Volontinen est un collectionneur, un vrai, prêt à tout ou presque pour s’approprier les objets qui lui ont tapés dans l’œil. Seul ou en compagnie de son épouse Laura, il parcoure la Finlande et même l’Europe pour assouvir sa passion et enrichir son petit musée de l’insolite. L’aventure et l’humour sont bien sûr au rendez-vous. 

« Le dentier du maréchal, Madame Volotinen et autres curiosités » ne viendra pas bousculer  « Le fils du dieu de l’orage » ou « La douce empoisonneuse » dans mon classement personnel des meilleurs Paasilinna. Il lui manque pour cela une intrigue digne de ce nom et ce petit supplément d’humour et de non-sens qui font la saveur des meilleurs romans de l’auteur. Ceci dit, cette histoire de collectionneur prêt à se plonger dans les pire emmerdes pour acquérir des objets tous plus improbables les uns que les autres ne manque pas de saveur.

Un peu comme dans « La brocante Nakano » de Hiromi Kawakami, chaque chapitre est construit autour de l’un de ces objets, permettant à l’auteur de faire vivre à ses personnages des aventures désopilantes pour acquérir chacun d’eux mais aussi de nous faire découvrir quelques éléments du patrimoine culturel finlandais. Car au gré des découvertes et des acquisitions des époux Volotinen c’est l’histoire de la Finlande qui se dessine en creux. Un dentier évoque la figure du maréchal Mannerheim qui présida aux destinées du pays pendant la seconde guerre mondiale, un sifflet de locomotive nous rappelle l’importance de l’industrie du bois dans ce pays couvert de forêts tandis qu’une antique pierre runique ou une planche funéraire laponne nous renseignent sur les différents peuplements du pays. Certaines illustrent aussi les relations quelque peu crispées entre la Finlande et l’Urss et nous rappellent que ce pays fut soumis à l’égard de son puissant voisin à une neutralité bienveillante dont elle ne sortit qu’à l’occasion de la chute du rideau de fer.

Mais l’action du roman n’est pas circonscrite aux limites de la Finlande. La collectionnite de Volomari Volotinen et son métier d’agent d’assurances l’amènent à tenter sa chance à l’étranger. Il visitera donc plusieurs pays d’Europe, de la France (une guillotine) à la Hongrie (un pressoir) et la Tchécoslovaquie (une cloche) avec même un petit détour par la Tunisie et l’Arabie saoudite (une calebasse). Chaque acquisition est bien sûr l’occasion de rencontres loufoques et alcoolisées qui placeront son héros dans les situations les plus invraisemblables l’amenant à voler la clavicule du christs, à déterrer un colonel de l’Armée Rouge ou à s’approprier le slip de Tarzan et la chapka de Lénine !

Malheureusement, s’il nous permet d’apprendre pas mal de choses sur la Finlande, ce roman souffre néanmoins d’un manque d’unité, se contentant de n’être qu’une succession d’anecdotes et d’informations dont l’auteur peine à faire un tout cohérent. On a le sentiment qu’il ne sait pas vraiment où il va et qu’il se contente de relier entre elles par un vague fil conducteur de petites saynètes humoristiques et instructives. Vivement le prochain Paasilinna !

Denoël et d'Ailleurs - 2016

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10 février 2019

ABANDONATI - GARRY KILWORTH

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Dans un futur pas si lointain, trois amis tentent de survivre et de trouver un sens à leur vie dans une société qui sombre dans l’indigence et la barbarie. 

S’il fallait tirer une morale de ce sympathique roman de Gary Kilworth, elle se résumerait certainement à cette petite maxime : « Tant que l’on possède un but et des amis, la vie ne peut être absolument insupportable ». C’est en tout cas ce que Guppy, Trader et Rupert nous démontrent au travers de leurs aventures tragi-comiques dans un univers post-apocalyptique qui, une fois n’est pas coutume, n’est pas absolument noir et désespéré. Pourtant, l’environnement dans lequel survivent nos trois héros n’a rien de bien réjouissant : une sorte d’immense conurbation à peine interrompue par de rares parcs et quelques aéroports, des infrastructures en voie de déliquescence avec au milieu, les habituels pillards, voleurs et autres cannibales qui vous rendent la vie moins monotone…

Voilà donc tout l’univers de nos trois sexagénaires, un monde uniformément bétonné qui ne résiste plus guère à la décrépitude qu’une cinquantaine d’années d’abandon n’ont pas manqué de provoquer. Pourquoi ? Comment ? Peu importe. Que les élites aient fuient dans l’espace comme le pense Trader, qu’ils aient trouvés refuge dans des bunkers souterrains ou subi le sort du petit peuple, le résultat est bien le même : violence, égoïsme et misère pour tous. Fort heureusement et sans pour autant gommer les aspects les plus sordides et les plus dangereux de leur existence, l’auteur insiste sur les moments les plus joyeux tels la gigantesque beuverie dans la cathédrale, le vilain tour jouée à la vieille du building, la soirée avec les bohémiens dans un parc…

En brossant les portraits de ces trois vieux bonhommes - l’alcoolo, le doux dingue et le géant débonnaire - il nous offre une très belle histoire d’amitié et nous rappelle qu’avec un peu d’amour et une bonne dose de confiance, on peut envisager l’avenir avec un peu d’optimisme. Sinon, à quoi bon !

Denoël - Présence du Futur - 1991

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03 février 2019

L'ATTENTE DE L'AUBE - WILLIAM BOYD

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Lorsque Lysander Rief, jeune et prometteur acteur britannique contracte une dette envers deux membres de l’ambassade britannique à Vienne, il est loin d’imaginer que sa reconnaissance le conduira à risquer sa vie à plus d’une reprise. Ceci étant, en cette veille de première guerre mondiale, des millions d’hommes et de femmes vont voir leur vie bouleversée par ce conflit meurtrier et inhumain…

La première guerre mondiale est une période historique qui inspire visiblement William Boyd. Elle était au cœur de son second roman, « Comme neige au soleil », qui traitait des répercussions du conflit sur le continent africain. Elle occupait aussi une bonne part des « Nouvelles confessions », roman protéiforme qui demeure à ce jour mon « Boyd » préféré. La voici donc encore au menu de « L’attente de l’aube » qui nous entraîne cette fois dans une sombre histoire d’espionnage de Vienne à Londres en passant par les tranchées françaises et la douce neutralité de la Suisse.

L’histoire commence pourtant d’une façon assez légère dans la Vienne d’avant-guerre en compagnie de Lysander Rief, un sympathique acteur britannique venu dans la capitale austro-hongroise pour consulter un émule de Freud à propos de ses problèmes de zigounette. Le ton est léger et les personnages, un peu caricaturaux, prêtent à rire. William Boyd ne fait pas dans la dentelle et convoque sans vergogne un psychanalyste, un peintre grincheux, une sculptrice nymphomane, un officier austro-hongrois, un joueur de violoncelle, une soubrette... On se retrouve en plein vaudeville avec mari trompé, amant joué, arrestation et fuite rocambolesque...

Avec l'entrée en guerre les choses changent radicalement et l'on passe de la comédie viennoise au pur roman d’espionnage. L’atmosphère se fait plus sombre, on découvre le front avec ses tranchées et son inépuisable cortège d'horreurs, mais c'est surtout à la fin des illusions de Lysander que nous assistons. L’acteur insouciant occupé de ses seuls succès professionnels et sentimentaux se trouve propulsé dans un univers brutal où il lui faut s’endurcir et mettre de côté sentiments et nobles aspirations. Devenu espion pour le compte de sa gracieuse majesté, il sera contraint de suspecter tout le monde, de tendre des pièges et même de recourir à la torture pour démasquer un bien vilain traître.

Et des suspects, il y en a à la pelle ! C’est d’ailleurs l’une des qualités de ce roman que de nous proposer une copieuse brochette de seconds rôles parfaitement croqués dont la plupart feraient un espion ou une Mata-Hari tout à fait convenable. Il y a sa famille d’abord (Lysander est autrichien par sa mère) ainsi que ses anciennes connaissances viennoises dont certaines se rappellent à son bon souvenir avec un à propos quelque peu troublant. Mais il y aussi quantité d’autres individus, militaires, acteurs, gens de la haute, bref pas de quoi s’ennuyer d’autant que William Boyd joue avec ses lecteurs et multiplie les fausses pistes.

Au final, cela nous donne un très bon divertissement qui se lit avec une grande facilité mais qui ne parvient pas, loin s’en faut, à me faire oublier les premiers opus de l’auteur.

Editions du Seuil - 2012

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02 février 2019

LES CLANS DE L'ETANG VERT (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 9) - ADAM SAINT-MOORE

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Avec « Les clans de l’Etang Vert » nous retrouvons Athyr exactement là où nous l’avions laissée au terme du tome précédent. Comme dans celui-ci, l’intrigue se limite aux aventures qu’elle va vivre parmi les différents clans qui prospèrent sur les berges d’un immense lac. L’histoire débute sur l’enlèvement de la jeune héroïne par la tribu des Hurleurs, des humains dégénérés mais parfaitement adaptés à la vie lacustre.

Après une évasion épique et riche de rebondissements (ah, l’attaque de la tortue géante !), Athyr et une alliée de circonstance abordent l’île des Ichtos. Là, elles découvrent une communauté étrange dirigée par le pape Pie XXVIII qui prétend être l’héritier des souverains pontifes et qui s’emploie à faire perdurer une nouvelle cité du Vatican. Et comme souvent, qui dit religion, dit danger. Les deux jeunes femmes vont devoir faire preuve de courage et d’opiniâtreté pour faire échec à la Sainte Inquisition puis repousser une attaque de terribles guerriers cannibales...

Et c’est sur ce volume sans surprise ni intérêt particulier que se conclue très moyennement un cycle lui-même très moyen.

Fleuve Noir Anticipation - 1985

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01 février 2019

LES OMBRES DE LA MEGAPOLE (CHRONIQUES DE L'ERE DU VERSEAU 8) - ADAM SAINT-MOORE

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« Les ombres de la Mégapole » n’apporte absolument aucune nouveauté au cycle puisqu’il s’agit d’une énième histoire de matriarche qui s’aventure dans les zones d’insécurité et qui y trouve l’amour auprès d’un beau chef de clan non sans avoir été au préalable confrontée à de multiples dangers. Mais, si cette histoire reprend le même canevas que les précédentes, elle s’en distingue néanmoins par la qualité de son héroïne.

Athyr n’a en effet rien à voir avec les guerrières sûre d’elle-même qui composent la plupart des personnages des autres romans. Il s’agit cette fois d’une scientifique, une jeune agronome sans la moindre formation militaire et qui, de ce fait, n’aura pas la moindre prise sur des évènements qu’elle ne fera que subir d’un bout à l’autre de l’histoire. Elle sera néanmoins cause de bien des remous au sein des différentes communautés qu’elle rencontre, déchaînant autour d’elle les passions et le désir.

Pas de mutants cette fois-ci mais des communautés humaines aux caractéristiques très marquées dont celle des « Nez-Rouges » qui perpétuent le folklore et les traditions du monde du cirque ou bien celle des Ailés qui vivent dans les hautes tours d’une ancienne cité d’où ils assurent la surveillance et la police à l’aide d’un équipement qui leur permet de planer d’un building à l’autre.

Fleuve Noir Anticipation - 1984

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