SF EMOI

16 juin 2019

"HEURE ZERO" - VARGO STATTEN

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Gordon Fryer, jeune ingénieur sans le sou, accepte de servir de cobaye au Professeur Royd. Celui-ci a mis au point une machine permettant de lire le futur d’un individu dans les couches profondes de son cerveau et de faire des clichés de certaines scènes de son existence. L’expérience est une réussite. Le futur de Gordon lui est dévoilé et il a la mauvaise surprise d’apprendre qu’il ne lui reste plus que treize ans à vivre. Mais à 25 ans, une dizaine s’années constitue une quasi éternité qui devrait, pense-t-il, lui permettre de faire mentir les pronostics du Scruteur d’Avenir… 

Ma première rencontre avec l’œuvre de Vargo Statten n’avait pas été concluante. Il s’agissait d’un space-opera extrêmement daté dans lequel la représentation de l’espace et des vaisseaux spatiaux était tellement absurde et dépassée que le roman en devenait ridicule. Aussi étais-je légitimement réticent à l’idée de lire un nouveau titre de l’auteur mais, puisqu’il s’agissait cette fois d’un récit d’anticipation dont l’action se déroulait dans un futur pas trop lointain, je me suis dit que je pouvais lui laisser sa chance. Et bien m’en prit car « Heure zéro » est un petit roman de genre qui réussit le délicat pari de nous divertir tout en nous proposant quelques éléments de réflexion.

L’histoire repose pourtant sur une idée toute simple : « Que ferions-nous si nous connaissions à l’avance le terme de notre existence ? » Chercherions-nous à jouir le plus possible des plaisirs qu’elle a à nous offrir ou bien ferions-nous comme si de rien était, refusant de croire à la véracité du sort qui nous est échu ? Le héros lui, a choisi une troisième voie. Il est fermement décidé à se battre contre son avenir et à prouver que l’invention de son mentor se trompe. Nous assisterons donc tout au long du roman à ses nombreuses tentatives pour infléchir sa destinée, essayant notamment d’éviter les lieux et les personnes figurant sur les scènes de son futur qui lui ont été révélées. Comme un rat pris au piège d’un labyrinthe sans issue, nous le verrons s’agiter en tous sens, provoquant les évènements en pensant leur faire échec et perdant espoir à mesure que se rapproche la date fatidique et que ses chances de survie s’amenuisent.

Bien que cette idée soit indéniablement bonne elle ne suffit toutefois pas à meubler les cent-quatre-vingts pages du roman. Vargo Statten a donc ajouté à son intrigue d’autres fils conducteurs qui tournent tous autour des inventions que le jeune ingénieur et le vieux scientifique mettent au point. Il sera tour à tour question d’un carburant révolutionnaire qui leur vaudra des démêlés avec les grandes compagnies pétrolières, d’une montre à mouvement perpétuel, d’un œil bionique et même d’une potion qui rend invulnérable. Le plus clair du récit est donc consacré à ces recherches et à leurs développements, tout juste entrecoupés par une histoire d’amour sans grand intérêt et les sombres visées d’un dangereux rival.

Fleuve Noir Anticipation - 1955

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13 juin 2019

LA PETITE FILLE AUX YEUX SOMBRES - MARCEL PAGNOL

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A l’instar de ses amis Peluque et Grasset, Jacques Panier s’est juré de ne jamais succomber à l’amour, ce piège nuptial que nous tendent nature et société pour mieux nous enchaîner. Mais que peuvent les meilleures résolutions face au regard envoûtant d’une charmante jeune fille ?  

« La petite fille aux yeux sombres » est un roman de jeunesse de Marcel Pagnol dans lequel il n’est pas défendu de voir, ici et là, quelques éléments autobiographiques. Jacques Panier, Peluque, Lemeunier et Grasset ressemblent sans doute beaucoup au Marcel des années 20 et à ses amis d’alors, de jeunes hommes fraîchement diplômés et bien décidés à vivre une vie plus stimulante que celle de leurs parents. Ils professent un même rejet de l’amour, du mariage et du travail bref de tout ce qui constitue à leurs yeux cet idéal petit bourgeois qui les rebute tant. Ils sont désinvoltes et insouciants, imbus de leurs connaissances toutes neuves et passent leurs temps en beuveries et blagues potaches. Pourtant, malgré leurs prétentions et leur cynisme de façade, ils restent soumis à ces lois de la nature qu’ils dénigrent si fort. Alors, quand Cupidon se met de la partie, il leur faut composer avec leur amour propre et les railleries de leurs amis.

Dans cette petite fable humoristique qui nous parle aussi d’amour et du temps qui passe, l’auteur de « Marius » fait revivre le temps de quelques semaines le Marseille de sa jeunesse et quelques-uns de ses souvenirs qu’il mettra si bien en lumière quelques années plus tard. On n’y trouve pas encore la poésie de ses écrits plus tardifs et la Provence tant aimée n’est qu’à peine évoquée. Le style est aussi un peu lourd, parfois même pédant, mais convient finalement à l’idée que l’on peut se faire de ces garçons vaniteux qui pense que la jeunesse leur donne tous les droits. Quant à l’histoire, elle se conclue d’une façon tout à fait inattendue et fort drôle qui démontre qu’il vaut sans doute mieux garder intacte la fraîcheur d’un amour de jeunesse que de tenter de le faire revivre des années plus tard.

Editions de Fallois - Pocket - 1991

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09 juin 2019

DANGER, PARKING MINE ! - SERGE BRUSSOLO

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Dans un monde et une société indéterminés mais qui semblent bien proches de sombrer, une unité de l’armée veille sur une zone protégée où vivent deux clans ennemis. Chaque année les deux peuples s’affrontent dans un combat épique, ceux du sol se lançant à l’assaut des tours où vivent leurs adversaires. Mais cette année pourrait bien être celle du dernier combat, de l’ultime bataille… 

« Danger, parking miné ! » est un Brussolo pur jus quoiqu’un peu en-deçà de sa production habituelle pour ce qui est du nombre et de la qualité de ces idées époustouflantes qui sont sa marque de fabrique. Ici l’histoire se résume à la confrontation entre deux tribus dont le mode de vie et les coutumes s’opposent à peu près sur tout. Une intrigue relativement faible heureusement compensée par la présentation passionnante de ces deux clans, peuples, sectes, on ne sait pas trop comment les qualifier. La description de leur univers est en effet d’une précision redoutable. L’auteur fait preuve d’une rigueur et d’un sens du détail quasi scientifiques et on a parfois l’impression de lire une étude anthropologique.

Le roman débute par deux chapitres qui servent d’introduction, un peu, et à planter le décor, beaucoup. Ce dernier se limite à un morceau de ville dominé par quelques buildings qui constitue une sorte de réserve naturelle dans laquelle vivent deux peuples qui ont considérablement régressés et que, pour d’obscures raisons, le pouvoir a décidé de protéger de toute influence extérieure afin d’observer leur évolution. Deux peuplades ennemies donc mais qui partagent une origine commune ou plutôt, qui se sont constitués sur un même rejet de la société.

Il y a d’abord les Anonymes qui ont colonisés les parkings au pied des immeubles et qui vivent parmi les ruines des infrastructures et les carcasses de voitures sans pouvoir pénétrer dans les tours dont les accès ont été murés. Leur crédo, on s’en doute vu leur nom, est l’anonymat. Afin de ne plus être fichés, répertoriés, archivés, ils ont décidés de s’affranchir de tout ce qui permettait de les individualiser et donc de les identifier. Finis les noms et les adresses, adieu les numéros, de téléphone, de compte bancaire, de sécurité sociale… La distinction est bannie, l’uniformité devient la règle. Tous les points de repères sont gommés. Il n’y a plus de couples ni de familles et les enfants changent de nourrice chaque année pour éviter le moindre attachement. Tous les anonymes sont vêtus du même imperméable de caoutchouc noir et leurs visages sont tatoués de trois bandes horizontales de manière à amoindrir les traits distinctifs que sont les yeux, le nez et la bouche…

Les Hypernommés ont en revanche un culte de la personnalité très affirmé dont la manifestation la plus évidente réside dans leurs noms à rallonge composés de surnoms et de qualificatifs qui résument les évènements qui ont jalonnés leur vie. Ils sont les descendants des agents de maintenances des buildings qui ont fini par emménager à demeure en haut des tours pour échapper à la pollution et à des conditions de vie au sol de plus en plus dégradées. Ils continuent désormais de vivre au sommet des immeubles où ils entretiennent avec dévotion les gigantesques enseignes néons qui les coiffent provoquant ainsi la haine des anonymes qui y voient une atteinte caractérisée à leur mode de vie.

La découverte de ces tribus rivales se fait par l’entremise de l’un de leur membre que nous suivons sur quelques journées. Deux héros qui n’en sont pas vraiment puisque Nath-Freuden-Yellow-Anchor-Sextant-bleu-du-cap-anglais et la jeune anonyme n’ont aucune prise sur les évènements et ne donnent pas franchement envie de s’identifier à eux ou de frémir pour leur sécurité. Ce serait de toute façon peine perdue puisque tout se termine sur un gigantesque combat entre les deux groupes ethniques et la mort de presque tous les protagonistes de l’histoire. Bref, une fin tout à fait brussolienne qui ne résout rien et qui se termine mal !

Fleuve Noir Anticipation - 1986

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02 juin 2019

BROUILLARD SUR MANNHEIM - BERNARD SCHLINK & WALTER POPP

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Engagé par un géant de la chimie pour résoudre un problème d’intrusion informatique, un détective privé se retrouve plongé dans une enquête qui va ressusciter les heures les plus sombres de l’Allemagne et le confronter à son propre passé. 

A première vue « Brouillard sur Mannheim » est un polar tout à fait classique avec privé, femme en détresse et enquête plus compliquée et plus dangereuse qu’il n’y parait de prime abord. Mais il y a tout de même quelques petits points qui nous changent agréablement du classique roman noir américain. En premier lieu nous ne sommes pas aux States mais en Allemagne, plus précisément à Mannheim, petite ville du Bade-Wurtemberg qui ne ressemble guère, même de loin, à la grosse pomme. Secundo, le détective qui mène l’enquête n’a rien d’un jeune premier. La soixantaine bien tassée, des crises de rhumatismes plus souvent qu’à son tour et des habitudes de vieux célibataire, Selb n’est pas le genre de héros qu’on s’attend à trouver dans ce type de récit. C’est pourtant lui qui donne toute sa saveur au roman grâce à son caractère et son histoire personnelle.

Selb est en effet un ancien procureur du régime national socialiste. Une idéologie dont il est heureusement revenu et qui lui a laissée une certaine méfiance vis-à-vis des institutions et un regard sans illusions quoique bienveillant sur ses semblables. Derrière sa bonhommie et sa fausse nonchalance, le monsieur dissimule une grande force de caractère. Il n’hésite pas à mouiller la chemise - au propre comme au figuré ainsi qu’en atteste sa plongée dans les eaux du Rhin – et peut vous envoyer au tapis n’importe quel petit malfrat. Il est surtout diablement pugnace et n’abandonne pas facilement une piste. On le suivra ainsi un peu partout dans le sud-ouest de la RFA (le mur n’est pas encore tombé), mais aussi en France, en Italie et jusqu’aux Etats-Unis. Côté vie privé, Selb est beaucoup moins efficace. S’il est fidèle à ses vieux amis et à son adorable matou, il est plutôt maladroit avec la gente féminine et son cœur d’artichaut le pousse à courir plusieurs lièvres à la fois avec toutes les déconvenues qu’on imagine…

Si le personnage est indéniablement sympathique, l’intrigue l’est en revanche nettement moins. On est là dans du très/trop classique avec une enquête qui va dévoiler quelques-unes des belles saloperies dont sont capables les grandes sociétés pour augmenter les dividendes de leurs actionnaires. D’une histoire d’intrusion dans un système informatique, on bifurque très vite sur une histoire de manipulation des indicateurs de pollution atmosphérique pour aboutir finalement au travail forcé des scientifiques juifs pendant la guerre. Une enquête pas inintéressante mais pas transcendante non plus qui se borne à nous démontrer que les multinationales se satisfont de tous les régimes, qu’ils soient démocratiques ou autoritaires, puisqu’elles sont assurées d’y trouver toujours quelqu’un à corrompre ainsi que des hommes de main pour s’occuper de leurs basses œuvres. Mais qui en doutait ?

Gallimard - Folio Policier - 1999

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26 mai 2019

UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE

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Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre. 

Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.

Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.

La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.

Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.

Pocket SF - 1984

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23 mai 2019

LES CHIENS - ANDRE RUELLAN

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Henri Féret, médecin d’une quarantaine d’années, achève à peine son installation dans une cité dortoir de la banlieue parisienne que les premiers patients affluent déjà. Mais ce n’est pas à une épidémie de grippe qu’il doit la visite des habitants de cette banlieue poussée trop vite. La plupart viennent le voir afin qu’il soigne les séquelles d’agressions physiques et, le plus souvent, de morsures. Il se rend vite compte que cette violence n’est pas seulement le fait de jeunes délinquants ou de ces immigrés que l’on pointe du doigt. Les partisans de l’auto défense y ont aussi leur part et notamment leur leader, l’inquiétant Morel, éleveur et dresseur de chiens. 

A sa sortie, dans les années 80, ce roman pouvait avoir un côté spéculatif qu’il a aujourd’hui totalement perdu. Il faut dire que les lieux et les faits qui y sont décrits constituent désormais le quotidien de centaines de milliers de français et que les thèmes évoqués (délinquance, racisme, conditions de vie des immigrés) sont malheureusement toujours d’actualité.

Toutefois, si cela lui fait perdre une partie de son intérêt, il n’en conserve pas moins toute sa force de dénonciation et constitue une critique virulente de l’auto défense.

A noter que André Ruellan a écrit « Les chiens » en parallèle au scénario du film éponyme de Alain Jessua.

J-C Lattès - Titres SF - 1979

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19 mai 2019

AUTOUR DE LA LUNE - JULES VERNE

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Suite et fin des aventures des membres du Gun Club de Baltimore bien décidés à envoyer un boulet « habité » sur la Lune. 

J’ai lu « De la Terre à la Lune » lorsque j’avais dix ou onze ans c’est-à-dire il y a presque quarante ans. Inutile de vous dire qu’au moment d’entamer sa suite il ne m’en restait plus que de très vagues souvenirs. Fort heureusement, Jules verne débute son histoire par un chapitre préliminaire qui résume cette « première partie ». Cela permet de renouer connaissance avec le Président Barbicane et le Capitaine Nicholl, dont l’antagonisme scientifique aboutit à l’étonnant projet d’envoyer un boulet sur la Lune, ainsi qu’avec Michel Ardan, le fantasque français qui eut l’idée de s’enfermer dedans.

Le présent roman est donc le récit d’un aller-retour puisque, comme son titre le laisse supposer, nos héros ne mettront jamais les pieds sur l’astre de la nuit. Cela limite forcément les rebondissements et les découvertes d’autant que la face cachée de la Lune plongée dans une obscurité absolue, ne leur permettra rien de plus que quelques extrapolations et autres suppositions. Il n’y aura donc pas de rencontres avec de mystérieux sélénites, pas de civilisation extra-terrestre ou de merveilles lunaires. Tout juste auront nous droit à quelques petits rebondissements liés pour la plupart aux conditions particulières du voyage spatial. Nos trois héros devront ainsi composer avec l’absence de gravité, le froid intersidéral, l’ébriété due à un excès d’oxygène dans leur bolide ou encore le passage d’un météore. Cela permet, le temps de quelques pages, de rompre la monotonie du voyage mais ne suffit toutefois pas à secouer l’ennui qui nous guette.

Cat il faut bien l’avouer, cette histoire est dans l’ensemble assez soporifique. Enfermé dans leur « astronef », nos trois héros n’ont guère à se mettre sous la dent que les observations qu’ils peuvent faire au travers des hublots et qu’ils confrontent avec leurs connaissances. Le récit est donc fort logiquement émaillé de nombreux dialogues au cours desquels les hommes de science que sont Barbicane et Nicholl font étalage de leur culture devant un Michel Ardan qui joue le rôle du Candide de service. Un Candide heureusement fort drôle et qui évite au roman de sombrer dans une aridité technique absolument imbuvable. Ceci dit, on reconnaîtra à l’auteur le mérite de s’être copieusement documenté puisqu’il se montre capable de nous dresser un historique des observations humaines de la lune et de sa cartographie depuis Galilée ! Cela ne manque pas d’intérêt et permet de se faire une idée assez précise de l’état de l’astronomie au milieu du XIXème siècle mais ça ne suffit malheureusement pas à sauver le roman.

Heureusement, les trois aventuriers finiront par redescendre sur Terre pour nous faire vivre, in extremis, quelques instants de suspens suivit d’un happy end bien mérité !

Le livre de poche - 1969

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16 mai 2019

EVEIL - MATSUMOTO TAIYÔ

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Dans un lointain futur – ou un passé tout aussi éloigné – les habitants d’un village vivent au plus près de la nature qu’ils vénèrent par l’entremise de danses rituelles. Pour communier avec les esprits, les danseurs du clan des Oiseaux ont besoin des masques réalisés par celui des Fleurs. Or, le chef des sculpteurs s’apprête à choisir un successeur parmi ses fils. Choisira-t-il le trop sensible Yuri qui vit reclus dans son atelier ou l’ambitieux Tsubaki qui envie le talent de son frère ? 

Je ne suis pas un gros lecteur de BD et ma préférence en matière de livres va incontestablement aux romans. Aussi, sans être insensible à la beauté des dessins, à la construction, la mise en page, le rythme, je n’apprécie véritablement ces histoires dessinées qu’à la condition qu’elles nous racontent quelque chose. Or, un bon scénario, c’est précisément ce qui manque à cette œuvre de Matsumoto Taiyô. Ici, la trame est très légère. Beaucoup trop. On comprend bien qu'il est question de transmission (du savoir, de l'histoire familiale...), de choix de vie et de place dans la société mais cela ne va pas beaucoup plus loin. C’est dommage. La rivalité entre les deux castes ou celle entre les sculpteurs de masques, l’un jalousant l’autre, aurait pu déboucher sur une intrigue plus fournie et prendre par exemple une tournure dramatique. Mais non. On reste au niveau des intentions. Tout n'est que suggéré et l'on a le sentiment que rien ne se passe, si ce n’est le défilement des saisons. C’est une sorte d’allégorie que nous propose l’auteur. Poétique mais ennuyeuse.

Mon impression est en revanche beaucoup plus positive en ce qui concerne le dessin de Taiyô. Exception faite de la jaquette et des deux premières pages, la BD est en noir et blanc. Un noir et blanc bien tranché. Ombre et lumière, jour et nuit, hiver ou été, le contraste est permanent. Cela donne à chaque case une grande intensité d’autant que le trait est toujours vigoureux. L’auteur utilise beaucoup les hachures et ses dessins ont un aspect un peu brut avec des formes heurtées, rarement arrondies ou adoucies, contrairement à ce que l’on pourrait penser au vu de la couverture. Il fait aussi preuve d’une certaine originalité dans sa mise en page, s’autorisant à peu près tout (pleine pages ou double page, découpage atypique…) et utilisant finalement très peu les phylactères. J’ai particulièrement aimé une succession de quatre pages divisées chacune en quatre bandeaux horizontaux qui illustrent une scène de repas familial d’une manière très cinématographique, un peu comme si une pellicule défilait sous nos yeux.

La forme l’emporte donc largement sur le fonds et l’on est ici plus près du livre d’art que de la vraie BD. La très belle couverture, la qualité du papier et de la reliure participent d’ailleurs grandement à cette impression.

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12 mai 2019

LA GUERRE DU NAAMA - CHARLES SAUNDERS

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Tandis que la flotte du Cush et de ses alliés fait voile vers le Naama pour opérer leur jonction avec celles du Monomatapa avant de livrer l’ultime bataille contre les Erritem, Imaro se lance à la recherche de Bohu pour lui faire expier le meurtre de sa femme et de son fils. Mais dans la lutte millénaire entre les Mashataan et les Arpenteurs de nuages, la frontière entre le bien et le mal semble plus floue que jamais.  

J’ai découvert Imaro grâce aux éditions Garancière qui publièrent à la fin des années quatre-vingt dans leur « Collection Jaune » les trois premiers volets des aventures de ce « Conan africain ». Manque de bol, ladite collection baissa le rideau avant que ne paraisse le quatrième et dernier épisode du cycle. J’eu cependant la chance de lire ces trois romans en 2013 soit quelques mois seulement avant que les éditions Mnémos n’ait la très bonne idée de publier une intégrale dans laquelle figurait la conclusion tant attendue sur laquelle je me jetai comme un crève-la-faim.

Comme son titre le laisse présager, « La guerre du Naama » est un récit presqu’exclusivement guerrier. Batailles navales ou terrestres, sièges et embuscades, duels et combats singuliers, tout l’arsenal de la littérature guerrière est présent. Charles Saunders nous démontre une fois encore qu’il est parfaitement à l’aise dans ce type d’exercice. Il ne se contente pas de nous montrer des guerriers balèzes qui se démontent la gueule à grands coups de tranchoirs. Il sait créer des ambiances, faire monter la pression et susciter l’attente. Qu’il nous surprenne par une attaque éclair ou qu’il fasse durer le plaisir en retardant le face-à-face tant attendu, chaque confrontation arrive au bon moment. Et ce ne sont pas toujours les bons qui gagnent ! Dans cet enième affrontement des forces du mal contre les partisans du bien, les victimes se comptent par dizaines de milliers et Imaro lui-même n’est pas toujours à la fête. Il ira d’ailleurs au tapis à deux reprises et le plus beau duel ne sera pas son combat final contre Bohu, mais celui que son cousin remporte face à un redoutable géant.

Car c’est une autre qualité de l’auteur que de savoir donner leur chance à tous les personnages. Loin d’être de simples faire-valoir, ils existent par eux-mêmes et ont tous un rôle à jouer. Le récit suit d’ailleurs plusieurs intrigues parallèles dans lesquelles ces seconds rôles apportent leur contribution, grande ou modeste, à la résolution du conflit. On verra ainsi la Kandisa utiliser sa puissante magie pour tenir en respect la sorcellerie des Erritem et les parents d’Imaro déjouer une tentative de coup d’état. Certains se sacrifient pour faire triompher leur cause, d'autres la trahissent mais, qu’ils soient portés par l’ambition, la vengeance ou la peur, tous sont actifs et chacun d’entre eux, même les plus humbles, bénéficie d’une belle mise en lumière.

Tout cela donne à l’histoire une allure à la fois moins manichéenne qu’il n’y parait au premier abord et surtout moins monolithique. Imaro ne porte pas sur ses seules épaules la responsabilité de la victoire et, même si l’on se doute qu’il finira par faire triompher la cause du bien, on comprend également très vite que le prix à payer sera très élevé. Le héros de Saunders qui, dans les premiers volumes de ses aventures, rappelait surtout Conan par sa stature de guerrier indomptable, acquiert ici d’une destinée moorcockienne, torturée et solitaire, qui lui donne ainsi une dimension supplémentaire et fait de ses aventures l’une des meilleures sagas de fantasy.

Mnémos - 2013

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09 mai 2019

JE N'INVENTE RIEN - MARTIN VEYRON

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J’ai eu la chance de rencontrer Martin Veyron il y a une dizaine d’années à l’occasion de Normandie Bulles, le festival de BD de Darnétal-les-Rouen où il était venu présenter sa dernière création : Papy Ploof. Je me souviens qu’il pleuvait abondamment ce jour-là et que le site de l’exposition consacrée à l’auteur étant situé en un lieu distinct des autres stands, nous nous trouvâmes, mon épouse, ma fille et moi-même, à peu près seuls en sa compagnie pendant une bonne demi-heure. Cela nous permis d’échanger assez longuement sur son travail et notamment sur son dernier album où il abordait déjà des thèmes de société tels que la vieillesse et les retraités, le tourisme ou encore les conflits générationnels et les problèmes démographiques.

Dans « Je n’invente rien » nous retrouvons ce regard aiguisé qui lui permet de croquer avec autant d’humour que de tendresse nos petits défauts et nos gros travers. Pas de BD cette fois-ci mais un florilège de dessins de presse parus pour la plupart dans Le Nouvel Observateur et Le Point et répartis en cinq thèmes : l’éducation, la santé, le travail, l’amour et les modes de vie bref, tout ce qui occupe l’existence d’un français moyen.

Il s’agit la plupart du temps de vignettes uniques qui vont droit au but. Pour autant le travail reste soigné. Qu’elles soient de taille modeste ou s’étalent sur une double page, elles s’accompagnent presque toujours d’un décor minutieusement dessiné et enrichit de couleurs vives. A noter aussi, la présence presque systématique de phylactères. Heureusement d’ailleurs puisque certains des dessins qui en sont dépourvus me sont restés totalement hermétiques. Ces textes contribuent au moins pour moitié à l’humour de l’ensemble grâce à leur ton percutant et mordant. Martin Veyron possède le sens de la formule et du mot juste et j’ai particulièrement apprécié ceux des dessins qui comportaient de véritables dialogues entre les personnages. Cela m’a donné envie de me replonger dans l’une des BD de l’auteur, un « Bernard Lermitte » ou un autre de ses albums délicieusement irrévérencieux et politiquement incorrects ! 

« Je n’invente rien »  est donc un bel objet, joliment présenté avec un papier de qualité qui en rend la manipulation agréable et qui a le mérite de donner un coup de projecteur sur le travail de dessinateur de presse de l’auteur.

Höebeke

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