SF EMOI

15 juillet 2017

DE LA PART DES COPAINS - RICHARD MATHESON

product_9782070434527_195x320Chris et Helen Martin coulent des jours paisibles dans les environs de Los Angeles entre leur boutique de disques et leur joli pavillon de banlieue. Alors qu'ils se préparent à passer une soirée tranquille en famille, un appel téléphonique va les plonger dans un engrenage infernal.

Richard Matheson est un grand nom de la Science-Fiction et des romans comme « Je suis une légende » et « L’homme qui rétrécit » font désormais partie des classiques du genre. Il a aussi versé dans le polar et donné à la Série Noire trois titres parmi lesquels celui dont je vais vous entretenir aujourd’hui.

« De la part des copains ». Un titre qui annonce plutôt bien le thème du roman à savoir la vengeance de trois truands envers celui qui les a trahis. Je lui préfère toutefois le titre original (« Ride the nightmare ») qui restitue beaucoup mieux son contenu et son ambiance puisqu’il s’agit d’un thriller très rythmé qui met en scène un couple d’américains moyens soudainement confrontés à des malfrats de la pire espèce.

Matheson ne laisse en effet aucun répit à ses personnages. Chris et Helen sont plongés sans crier gare dans un véritable cauchemar. Agression, enlèvement, chantage, les épreuves s’enchaînent à une cadence effrénée sans leur laisser le temps de beaucoup réfléchir. De fait, l’histoire ne laisse que peu de place à l’introspection et l’on apprend finalement peu sur les époux Martin, juste quelques pans de leur passé et presque rien de leur caractère.

D’un bout à l’autre du récit, on reste au niveau de l’émotion et des réactions primaires, peur, haine, révolte. Instinct de survie aussi, car ils devront faire preuve d’une détermination sans faille pour sauver leur peau et celle de leur fille. La tension est permanente et l'auteur nous réserve quelques scènes palpitantes dont un face à face éprouvant entre Helen et ses deux geôliers.

Un roman à lire d’une traite, sans reprendre son souffle.

Gallimard - Carré Noir

 

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09 juillet 2017

A TRAVERS TEMPS - ROBERT CHARLES WILSON

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Suite à une rupture sentimentale douloureuse accompagnée de la perte de son emploi, Tom Winter retourne s’installer à Belltower, la petite ville côtière qui l’a vu grandir. Il a accepté un poste de vendeur de voiture dans l’une des entreprises de son frère aîné et fait l'acquisition d'une maison sur Post Road, une route à flanc de coteau, un peu en retrait de la bourgade. Très vite, il se rend compte que la réputation d’étrangeté qui pèse sur la bâtisse n’est pas usurpée. Mais il ignore encore la nature du secret qu’elle renferme et à quel point sa vie va s’en trouver changée. 

S’il ne révolutionne pas le thème du voyage temporel, « A travers temps » nous propose une approche pour le moins originale de ce classique de la SF. Les héros de Wilson ne sont pas des scientifiques qui espèrent s’affranchir des limites de l’espace-temps. Ce ne sont pas non plus des voyageurs temporels souhaitant découvrir le passé ou le futur. Tom ne sait pas qu’il emprunte un passage temporel et Billy Gargullo ignore vers quelle époque il se rend. L’un et l’autre sont à la recherche de paix et de sécurité. Ils fuient un danger ou se fuient eux-mêmes, ils veulent simplement rompre avec un quotidien insurmontable. On ne trouvera donc pas de paradoxe temporel qui viendrait mettre le récit en abîme et, si Tom envisage un temps de sauver ses parents de leur accident de voiture, il ne se servira guère de sa connaissance du futur et le passé ne sera quasiment pas impacté.

Mais ce qui fait vraiment la singularité de l’histoire de Wilson c’est la nature de son personnage principal. Car le véritable héros ce n’est pas Tom, ni Joyce, ni même Billy mais la maison de Post Road. Tout part de là, tout y revient et ce n’est pas un hasard si le récit s’y attarde longuement avant le départ de Tom pour les sixties et si, une fois ce dernier parti, nous y revenons par le biais de nouveaux personnages. Dès le début du roman l’accent est mis sur la réputation de cette maison étrange, à l’écart de la ville, inhabitée mais pourtant en parfait état. L’intrigue reste longtemps axée sur ses particularités et ses mystères. Qui était son ancien propriétaire, mystérieusement disparu, par quel prodige la maison reste-t-elle toujours d’une propreté immaculée, que dissimulent les fondations du bâtiment ? Toutes ces questions donnent lieu à une enquête sympathique menée par Tom et, si l'auteur nous a mis d'emblée dans la confidence pour ce qui est du passage temporel, les détails qui nous sont révélés ne manquent cependant pas d’intérêt, notamment ces drôles d’anges gardiens que sont les nano-insectes ménagers ou son concierge temporel qui se régénère patiemment.

Pour autant, le soin apporté aux autres personnages et en particulier à celui de Tom, est remarquable. L'approche psychologique est d'une grande finesse et diantrement fouillée. L’auteur nous le présente sous toutes les coutures et l'on ignore plus grand-chose de son passé, de ses sentiments et de l'état de son moral. On rencontre presque toute sa famille, son frère, sa belle-sœur et même son ex qui s’inquiète de sa santé mentale. Ses compagnons ne sont pas en reste puisque Joyce la hippie de Greenwich Village, Doug Archer l’agent immobilier adepte du surnaturel ou Catherine Simmons la voisine bénéficient du même travail de précision.

Enfin, si l’action est peu présente, elle n’est pas absolument absente. Elle se réfugie principalement dans les souvenirs du soldat du futur Billy Gargullo et dans la chasse à l'homme à laquelle il se livre dans Greenwich village grâce à son armure ultra sophistiquée qui fait de lui un guerrier presque invincible. La menace qu’il fait peser sur Tom, ses proches et tous les hôtes de la maison de Post Road installe une atmosphère d’urgence et ajoute au récit cette intensité et ce rythme qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’au bout.

Denoël - Lunes d'encre - 2010

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03 juillet 2017

LA PETITE FADETTE - GEORGE SAND

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Au hameau de la Cosse, les époux Barbeau sont les heureux parents de jumeaux. Les deux frères sont à ce point inséparables que lorsque leur père est contraint de louer les services de Landry à un fermier des environs, Sylvinet demeure inconsolable. Landry prend les choses moins à cœur. Il s’adapte plutôt bien à sa nouvelle vie et envisage sérieusement de se fiancer avec la jolie Madelon, la nièce de son maître. Sa rencontre fortuite avec Fanchon Fadet, une jeune fille à laquelle la rumeur publique prête tous les vices, va bouleverser sa vie et, incidemment, celle de son frère. 

« La petite Fadette » est le troisième - et à mon sens le meilleur - des grands romans champêtres de Georges Sand. C’est aussi une nouvelle déclaration d’amour au Berry, cette région qu’elle chérie entre toutes et qui lui semble une espèce de paradis originel où tout est simple et bon. Elle y emploie de nouveau ce style faussement naïf mâtiné de patois pour nous rapporter l'une de ces histoires paysannes comme il s'en raconte le soir à la veillée et qui tiennent à la fois du conte et du ragot de vieille femme. De commérage il est justement question et c’est un peu au procès de la médisance et des préventions fondées sur l'apparence et la réputation que nous sommes conviés. La dame de Nohant a beau aimer ces paysans berrichons et la rusticité de leurs mœurs, elle ne se prive pas de relever leurs travers et leurs mauvais penchants, l’avarice, l’appât du gain, l’intolérance...

Mais "La petite Fadette" c’est avant tout une très belle histoire d’amour ou, pour être plus précis, deux histoires. Celle qui se noue entre la petite héroïne et Landry et celle, différente mais tout aussi forte, qui unit ce même Landry à son frère jumeau. C’est d’ailleurs sur l’histoire des bessons Barbeau que s’ouvre le roman et nous les accompagnons de la naissance à l’heure de l'adolescence en découvrant la puissance du lien qui les attache l'un à l'autre et la passion quasi morbide de Sylvinet envers son frère. Cette première partie de l’ouvrage permet aussi de mettre en place le décor, un coin de nature idyllique avec ses jolies chaumières, ses prés et ses pâturages où les travaux des champs rythment la vie de tout un chacun.

Il faut donc patienter près de 80 pages – presque un tiers du roman - pour qu'apparaisse enfin Fanchon Fadet alias la petite Fadette, jeune sauvageonne dont la réputation souffre des mœurs légères de sa mère et des « sorcelleries » de son aïeule. L’histoire prend alors une autre tournure et c’est désormais le couple Fanchon/Landry qui occupe le devant de la scène. Nous assistons avec beaucoup de plaisir à l’éclosion et à l’évolution de leur relation. George Sand rend parfaitement les premiers émois et les tâtonnements de ces jeunes gens. La façon dont ils se cherchent et s’évitent, se taquinent à défaut de s’aimer encore est on ne peut plus crédible et la scène où ils se déclarent leur amour en se reprochant l’un l’autre leurs défauts est réellement inoubliable, un chef-d’œuvre de sensibilité et d’émotion.

Chemin faisant, c’est aussi le fantastique portrait d’une jeune femme indépendante et intelligente que nous brosse l’auteur. Plus que l’amour et la loyauté de Landry, c’est bien l’ingéniosité de Fanchon qui permettra aux deux amoureux de surmonter les obstacles et de rendre possible leur mariage. Avec beaucoup de finesse, elle saura changer de comportement et d'apparence pour rentrer dans le moule et renvoyer l’image que l’on attend d’une jeune fille de sa condition. Quant à la façon dont elle se joue du père Barbeau en lui dévoilant, l’air de rien, sa fortune soudaine, elle est digne du plus roué commerçant. Elle parviendra cependant à être acceptée et aimée pour elle-même, démontrant ainsi qu’il faut se garder des jugements hâtifs et, comme Landry, regarder au-delà des apparences.

Gallimard - Folio Classique - 2004

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27 juin 2017

LA DERNIER AUBE - PAUL BERNA

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Sept adolescents pensionnaires d’un centre équestre près d’Amboise entreprennent de rallier la Lozère à cheval pour participer à un rassemblement de jeunes cavaliers. Malheureusement, leur voyage coïncide avec l’irruption de la comète Kryla dans le système solaire. Une peur irraisonnée s’empare des populations et c’est avec bien des difficultés qu’ils parviennent dans les Cévennes où les attend un vieil original chargé de les héberger dans sa demeure millénaire. A peine installés, la comète frôle la Terre et provoque une chute vertigineuse de la température…

Paul Berna a beaucoup écrit pour la jeunesse et notamment quelques ouvrages de SF. "La dernière aube" fait partie de ceux-là mais je pense qu'il aurait aujourd’hui bien du mal à satisfaire de jeunes lecteurs. Sa fin ouverte, son style daté et surtout les réactions et le langage de ses jeunes héros ne manqueraient pas de faire sourire nos ados 2.0.

Le périple de Stève, Raphaël, Josette et les autres n'est cependant  ni mièvre ni fleur bleue. Leur bucolique randonnée équestre se transforme très vite en épopée survivaliste et les épreuves qui les attendent n'ont rien d'un sympathique jamboree. L’auteur leur évite toutefois les mauvaises rencontres qui pullulent habituellement dans tout post-apo qui se respecte. Ici, l'essentiel de l'intrigue repose sur leur capacité à faire face au froid glacial qui se répand sur la planète. C’est même le point fort de ce roman que de proposer une description minutieuse et crédible de cette glaciation éclair. Il nous propose ainsi quelques images saisissantes d’une France vide et silencieuse, recouverte d’un linceul blanc et seulement peuplée de statues de glace.

La façon dont les personnages échappent à l’étreinte du froid en trouvant refuge dans les cavernes situées sous une vieille commanderie templière occupe donc un bon tiers du roman. Paul Berna prend tout son temps pour nous conter par le menu les différentes phases de leur sauvetage, les affres de la faim, la recherche d’une source où s’abreuver et l’espoir qu’il faut conserver. Cette plongée dans les ténèbres au coeur du Causse de Sauveterre constitue sans conteste le point d'orgue de ce roman. C'est aussi une jolie métaphore sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, une sorte de seconde naissance après un séjour au sein de la terre nourricière pour retrouver à leur sortie un monde aussi  vierge et pur que la neige qui le recouvre désormais. L’occasion de faire table rase du passé et tout réinventer.

On sent que le monde des adultes et la société qu'ils ont mise en place ne recueillent pas les faveurs de l'auteur. Exception faite de l'ermite de l'hospitalou qui n'entretient d'ailleurs guère de rapports avec ses semblables, les adultes sont plutôt décriés : parents délaissant leurs enfants, populations moutonnières, individus violent ou apeurés, incapables de concevoir un nouveau mode de vie, « des résignés vivant sur les bribes d’une civilisation pourrie ».

Par opposition, ses jeunes héros sont parés de toutes les qualités. Volontaires, entreprenants, sensibles, altruistes, ils ne regardent pas vers le passé et se laissent porter par leur énergie : « …aller toujours de l’avant ! passer d’un abri à l’autre en visant chaque fois une amélioration possible, chercher et secourir d’autres compagnons au cœur pur, rebâtir une petite communauté qui s’agrandirait peu à peu sans retourner à la sauvagerie des premiers âges, et préparer enfin, si peu que ce fut, une renaissance étalée sur des millénaires. »

« La dernière aube » est donc un roman qui a incontestablement vieilli mais qui procure néanmoins un fort bon moment de lecture grâce à ses grandes qualités d’écriture.

Editions G. P. - Grand Angle - 1974

 

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21 juin 2017

LE BOURREAU ET SON DOUBLE - DIDIER DAENINCKX

imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005

 

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15 juin 2017

COMME UN SEPULCRE BLANCHI - DOMINIQUE ARLY

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Gérard de Chanois est un propriétaire terrien qui vit confortablement de ses rentes dans son château provincial. Bien que déjà âgé, il n’a pas encore renoncé aux choses de l’amour et se laisse aller de temps à autre à quelques privautés sur sa femme de chambre. Aussi, lorsque la ravissante nièce de son intendant vient passer quelques jours dans sa vieille demeure, il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme au point de faire siennes toutes ses lubies. La jolie Liliane est en effet persuadée d’avoir trouvé dans la chapelle castrale le tombeau de Joseph Balsamo. Depuis, elle croit être guidée par le célèbre alchimiste dans la réalisation du Grand œuvre.  

Deuxième volume de Dominique Arly paru au Fleuve Noir Angoisse, « Comme un sépulcre blanchi » a beaucoup de point commun avec « Les revenantes » qui le précédait de quelques mois seulement au catalogue de la collection à la tête de mort. Les deux romans partagent en effet le même décor (une vieille demeure médiévale dans une petite bourgade provinciale), la même ambiance (un quasi huis-clos dans ledit château) et un même procédé narratif (la confession du principal protagoniste de l’histoire).

Quant à l’intrigue, elle semble presque calquée sur celle des « Revenantes » puisqu’il s’agit là encore d’une histoire de manipulation mentale sur fonds de manifestations surnaturelles et d’évocation d’esprits. Après Barbe bleue et Gilles de Rais, c’est cette fois le fantôme du célèbre comte de Cagliostro qui est appelé à la rescousse. On est donc plongé dans l’univers du célèbre aventurier et on enchaine allègrement les séances de spiritisme et de possession démoniaque. Toute la panoplie de l’apprenti alchimiste est également de la partie avec moult vieux grimoires, athanor et plomb changé en or… et vice versa. Car les expériences de Gérard de Chanois et de ses compagnons vont avoir une fâcheuse tendance à échouer et les réserves de métal précieux du vieux hobereau à fondre comme neige au soleil.

A ce point du récit vous vous direz sans doute que le pauvre homme est en train de se faire plumer par deux arsouilles. Peut-être ? Mais sachez tout de même que le roman se termine sur une jolie pirouette et que, comme dans la fable, tel est pris qui croyait prendre. Le lecteur le premier qui, sûr de lui, commençait à penser que l’auteur était en panne d’imagination. Bien joué monsieur Arly !

Fleuve Noir Angoisse - 1966

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09 juin 2017

COLZA MECANIQUE - KARIN BRUNK HOLMQVIST

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Hening et Albert, deux frères de 68 et 73 ans, vivent paisiblement dans leur maisonnette perdue au fin fonds de la campagne scanienne quand leur tranquillité est mise à mal par deux évènements inattendus : l’installation d’un centre de désintoxication pour femmes et la découverte dans un champ voisin de traces attribuées à des soucoupes volantes. L’effervescence gagne la petite communauté rurale et nos deux bonhommes vont avoir fort à faire pour conserver intact leur mode de vie. 

Jusqu’à présent lorsque je voulais ma petite dose d’humour scandinave je me tournais invariablement vers le finlandais Arto Paasilinna ou le danois Jorn Riel. Avec « Colza mécanique » j’ai découvert qu’il pouvait aussi être suédois. Karin Brunk Holmqvist ne fait toutefois pas dans la bonne grosse loufoquerie ou dans le gros rire qui tâche. Elle nous offre plus modestement une petite chronique villageoise qui met de bonne humeur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un joli florilège de scènes cocasses et n’exclut pas non plus un peu de satire sociale.

Pour ce faire elle a appelé à la rescousse deux personnages assez inhabituels. Les frères Anderson n’ont en effet rien de très glamour. Ce sont deux vieux garçons de près de 70 ans qui n’ont jamais quitté leur village natal et qui vivent chichement de leur maigre pension et des petits boulots que leur confie le châtelain local. La description de leur quotidien occupe une grande place dans l’histoire non seulement parce qu’il est tout à fait pittoresque et prête à sourire mais aussi parce qu’il offre un contraste saisissant avec le mode de vie moderne. Et c’est précisément l’irruption de cette modernité dans leur petite existence bien réglée qui va être source de multiples quiproquos et de non moins nombreux bouleversements.

Dans ce monde et cette société qui changent beaucoup trop vite, Henning et Albert, sont comme deux repères, deux chênes centenaires bien enracinés dans leur terroir et leurs habitudes. Leur vie toute simple, dénuée de confort paraît d’abord rétrograde avant que l’on ne se rende compte que, tout bien considéré, c’est peut-être la nôtre qui ne tourne pas bien rond. Que penser en effet d’une société où les jeunes filles s’alcoolisent, où les journalistes sont à l’affût de sensationnel, où les policiers croient aux soucoupes volantes et où les élus s’apprêtent à mettre une région sans-dessus-dessous pour créer quelques emplois alors que la bourgeoisie du cru embauche des ouvriers polonais !

Nos deux papys, eux, continuent de vivre en accord avec leur environnement et en bonne entente avec leurs concitoyens. Ils ne cherchent pas le profit, la célébrité ou les honneurs. Le peu qu’ils possèdent suffit amplement à leur bonheur avec, par-dessus tout, la joie d’être ensemble et de partager.

« Colza mécanique nous donne une petite leçon de vie et d’humilité et par les temps qui courent ça fait plutôt du bien !

Mirobole Editions - 2017

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03 juin 2017

TREMBLEMENT DE TERRE - RUDOLPH WURLITZER

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Depuis le temps qu’on l’attendait il a enfin pointé le bout de son nez. Et le reste avec. Qui ? Le Big One bien sûr ! Le bon gros tremblement de terre qui vous ratatine Los Angeles et la Californie en une poignée de minutes. Au milieu des ruines, dans le bordel sans nom qui suit la grande frousse, la lutte pour la survie prend le pas sur la philanthropie et les bonnes manières. La violence aveugle et l’esprit de meute sont de retour…

Initialement paru en 1976 sous un titre (Quelle secousse !) et une couverture beaucoup plus provoc, c'est sous son titre original que ce roman de Rudolph Wurlitzer a été réédité par les éditions Christian Bourgeois. Pour autant son contenu est toujours aussi transgressif et outrancier et en cela bien représentatif de ce qui se faisait dans les seventies.

Est-ce l’atmosphère de libération sexuelle ou la peur de la fin du monde que faisait alors peser la menace nucléaire mais c’est une histoire totalement radicale que nous propose l’auteur, joyeusement libertaire et résolument nihiliste. Pas de paragraphes, pas de chapitres, rien qu’un long texte entrecoupé de dialogues. Une succession de séquences fortes, sans ordre ni raison, sans causes ni conséquences.

Une vision absolument chaotique de la société ou plutôt de ce qu’il en reste car, en même temps que s’écroulent immeubles et buldings, c’est toute la structure sociale qui s’effondre. Les corps constitués et toute autre forme d’autorité disparaissent laissant les personnalités libres de s’exprimer sans contraintes (« Une petite parenthèse de dépravation où nous pouvons nous ébattre à notre guise »). Et comme on pouvait s’en douter, c’est le pire qui se révèle. Orgies, viols, tortures, exécutions sommaires, l'homme retourne très vite à sa nature animale, laissant libre cours à sa frénésie sexuelle et reprenant la lutte atavique pour le territoire.

"Tremblement de terre" est donc un roman surprenant, une peinture ultra réaliste d'un lâcher prise généralisé dont on se demande toutefois l’utilité. L’auteur ne pose aucune question, n’apporte aucune réponse et n’initie pas la moindre intrigue. Un exercice un peu vain…

Christian Bourgeois - Collection Fictives - 1995

 

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28 mai 2017

LE LIVRE DE SWA - DANIEL WALTHER

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Après la « Grande Déflagration » et la terrible « Guerre de Cristal » qui suivit, la Terre est revenue à sa sauvagerie primitive. Seuls subsistent quelques îlots de connaissance jalousement conservés dans des forteresses gouvernées par une oligarchie religieuse. Jeune apprenti promit à un brillant avenir, Swa trahit les siens et livre sa Citadelle à la horde de Visage-de-l’Ours, un chef nomade en qui il a décelé les qualités d’un dirigeant charismatique et impartial. Poursuivi par la vindicte des zélateurs du Grand Serpent, il doit fuir dans le Nomansland, territoire immense et dangereux qui conserve intactes les séquelles des cataclysmes passés. 

Cette trilogie parue au Fleuve dans les années 80 est l’une des rares incursions de Daniel Walther dans le domaine de la Fantasy. Encore s’agit-il d’une Fantasy timide où la SF n’a pas abdiqué tous ses droits mais qui respecte néanmoins la plupart des codes du genre. Les combats ont lieu à l’arme blanche, il y a des chefs de guerre et de bien méchants religieux et l’histoire s’ouvre sur le traditionnel apprentissage d’un jeune héros promis à un grand destin.

Après un premier tome très conventionnel mais néanmoins bien mené qui se termine sur la promesse d’une confrontation entre deux camps et deux modes de vie, l’histoire s’enlise quelque peu. Les deux volumes suivants traînent en longueur sans pour autant apporter beaucoup de nouveauté, se résumant à une succession de rencontres, presque toujours mauvaises.

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Swa et ses deux compagnons ne cessent de tomber de Charybde en Scylla et l’on ne compte plus les fois ou tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt les trois, se retrouvent prisonniers et doivent subir les sévices de leurs geôliers. Ils seront notamment captifs d’une vieille folle et de ses mutants assoiffés de sang, de robots pas si bêtes mais trop disciplinés et de peuplades nomades où ils subiront les derniers outrages.

Ils font aussi d’autres rencontres moins déplaisantes mais tout aussi répétitives pour le lecteur. Elles permettent cependant de se faire une idée de ce qu’est devenu le monde après une lointaine apocalypse. L’auteur confronte ses personnages aux débris de l'ancienne civilisation, leur faisant ressentir ce qu’elle pouvait avoir de superbement évolué mais aussi d’immensément dangereuse. Swa se frottera ainsi à divers peuplements humains qui survivent tant bien que mal des vestiges du passé mais dont l’avenir s’assombrit de jour en jour.

Car, et c’est une habitude  chez l’auteur, « Le livre de Swa » nous parle de lutte entre civilisation et barbarie, connaissance et ignorance. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ses faveurs ne vont pas forcément aux tenants de la science. Les sociétés évoluées y sont décrites comme corrompues et proches de sombrer tandis que la sauvagerie des jeunes peuplades, sa force brute et destructrice semble porteuse d’un renouveau violent mais salutaire. Bref ses avis sont partagés.

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Pour le reste on se rend compte que Daniel Walther s’est beaucoup amusé à rédiger cette trilogie. Cela se sent notamment dans les noms donnés à certains personnages (Lord Vashar) ou à la longue litanie des titres de Dunja IV de Mahagonny Dumdum, Grande-Duchesse de Carniole, souveraine de Cambrie et régente d’Estrellasz qu’il aime à égrener tant et plus. Ce style un peu précieux ainsi que son goût pour les ambiances baroques et luxurieuses aident heureusement à surmonter l’absence d’une réelle intrigue et nous permettent d’arriver au terme de l’histoire sans trop d’ennui.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

 

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21 mai 2017

LES CAVALIERS DE LA PYRAMIDE - SERGE BRUSSOLO

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Antonus Crassus Samsalla est à la recherche du trésor d’Ankhnoût qui, selon la légende, serait caché dans les tréfonds d’une pyramide elle-même engloutie dans une poche de sables mouvants. Pour mener à bien son entreprise il lui faut décrypter des hiéroglyphes quasi effacés par l’usure du temps et la seule personne capable d’une telle performance, est une jeune femme sévèrement gardée dans un temple. Il confie son enlèvement à Junia et Shagan, la paire de mercenaires la plus redoutable d’Egypte… 

Serge Brussolo a beau être pourvu d’une imagination époustouflante, il lui arrive parfois d'être moins inspiré et de recycler certaines idées ou certains personnages. C’est le cas avec ce roman dans lequel on retrouve le duo Julia/Shagan, les héros du dyptique du Roi Squelette. Il se permet même de reprendre mot pour mot le récit des origines du cul de jatte et de l’ogresse, s’assurant ainsi une soixantaine de pages à peu de frais.

Tanita Taït est en revanche un personnage tout à fait neuf. Elle rappelle cependant beaucoup celui d'Anouna, l'héroïne des deux volumes que l’auteur a consacré à l’Egypte ancienne (Le labyrinthe de Pharaon & Les prisonniers de Pharaon). Une différence toutefois, Tanita Taït n’a pas d’odorat surdéveloppé mais est dotée d’un sens du toucher et d’une ouïe exacerbés. Quant à l'intrigue, elle reprend plus ou moins celle du premier de ces deux romans puisque nous sommes encore une fois lancés dans une chasse au trésor dans le désert égyptien puis à l’intérieur d’une pyramide recelant quantité de pièges et de périls. 

Bien que dieux, divinités, sorcières et autres fantômes soient fréquemment évoqués, l’histoire ne fait que flirter avec le fantastique. On est incontestablement en présence d’un péplum quand bien même l’Egypte de Brussolo est plus fantasmée que franchement réaliste. Il nous donne cependant ce qu’il faut d’éléments et de détails (vestimentaires, alimentaires, religieux…) pour que  l’immersion soit suffisamment crédible.

Les égyptologues ou, plus modestement, les amateurs de Christian Jacq, seront sans doute déçus d’autant qu’il se permet aussi quelques fameux anachronismes (le scaphandre, les chars à voiles). Mais cela n’est pas bien grave puisqu’au bout du compte, le maître nous régale une fois de plus d’idées aussi grandioses que ridicules : une pyramide coulée dans des sables mouvants, une carte au trésor auditive ou un défilé au vent si abrasif qu’il écorche jusqu’à l’os quiconque a le malheur de s’y hasarder : qui dit mieux !

Le livre de poche - 2004

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