SF EMOI

26 juin 2022

JOURNAL D'UN TUEUR SENTIMENTAL - LUIS SEPULVEDA

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C’est « Le vieux qui lisait des romans d’amour » qui a apporté sa notoriété à Luis Sepulveda, au tout début des années quatre-vingt-dix. Comme beaucoup de monde à l’époque, j’avais succombé à l’attrait de ce roman au titre si étrangement évocateur. Presque trente ans plus tard il ne m’en reste presque rien. Je ne me rappelle ni les personnages, ni l’intrigue et la seule chose dont je me souvienne c’est que l’histoire se déroulait dans la forêt amazonienne. Aussi, pour me refaire une petite idée de la plume du célèbre auteur chilien, je me suis lancé dans ce très court roman au titre tout aussi déconcertant.

« Journal d’un tueur sentimental » nous offre une plongée dans la tête d’un tueur à gage. Luis est un professionnel très demandé. Froid, déterminé, expérimenté, il enchaîne les contrats aux quatre coins du monde. Pas de famille, pas d’amis, juste quelques putes pour la gaudriole. Aucune attache, personne pour le distraire ou l’empêcher de rester sur ses gardes. Aussi, quand une jolie française fait irruption dans sa vie, ses certitudes commencent à vaciller.

Luis Sepulveda parviens je crois assez bien à rendre le désarroi de cet homme qui voit les sentiments s’immiscer dans son existence. Amour, possession, besoin de tendresse ? Difficile de définir le lien qui l’unit à sa compagne. Ce qui est sûr en revanche, c’est que lorsque la demoiselle lui avoue qu’elle aime un autre homme, c’est la jalousie qui domine. Grâce à la technique du monologue intérieur, on découvre en même temps que Luis les émotions qui l’assaillent et les questions qu’il se pose sur sa relation, son travail, son avenir.

L’introspection n’empêche pas pour autant l’action. Quatre-vingt-trois pages, ça ne laisse pas beaucoup de place pour s’épancher. Tout va donc très vite. Il y a des dialogues bien sentis, des scènes chocs et la simplicité du style, sa sécheresse, rendent parfaitement le caractère du tueur : économie de moyen et efficacité. On regrettera sans doute que la fin soit un peu téléphonée mais le format du roman ne permettait vraisemblablement pas une conclusion plus fouillée.

Métailié - 2021

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19 juin 2022

L'HOMME QUI S'EST RETROUVE - HENRI DUVERNOIS

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La soixante passée, Maxime-Félix Portreau mène une agréable vie de rentier. Mais ni son aisance financière ni la charmante cocotte qu’il entretient ne parviennent à dissiper le sentiment de vacuité qu’il ressent. C’est donc avec plaisir qu’il accepte de financer le projet d’un jeune inventeur qui souhaite construire un vaisseau capable de rallier Proxima du Centaure. Mieux encore, il décide de servir de cobaye et de prendre sa place dans l’engin spatial. Si le voyage se passe bien, une surprise de taille l’attend à son arrivée. Ce n’est pas sur une lointaine planète qu’il vient de débarquer mais sur notre bonne vieille Terre… plus jeune de 40 années. 

Qui n’a jamais rêvé de remonter le temps pour rectifier le cours de sa vie ? Oh, un tout petit peu. Juste ce qu’il faut pour éviter quelques erreurs anodines ou certains choix plus lourds de conséquences. Les auteurs de SF sont nombreux à l’avoir fait, nous proposant des histoires où il est question d’empêcher l’avènement du nazisme ou, plus modestement, de modifier la destinée de leur héros.

Sur ce thème encore assez neuf à l’époque où il écrit son roman (1936), Henri Duvernois nous propose de suivre le destin paradoxal d’un homme revenu de tout qui, cherchant à se fuir, va finalement aller à la rencontre de lui-même. Mais un lui-même beaucoup plus jeune qu’il va tenter de faire profiter de son expérience.

Tout le roman repose donc sur les tentatives de l’homme mûr pour orienter le cours de l’existence de son double immature. Hélas rien n’y fera ! Qu’il s’agisse de lui éviter les décisions professionnelles calamiteuses, les mauvaises fréquentations ou les déceptions amoureuses, il se heurtera à l’incrédulité et à l’impatience du jeune homme.

Ainsi que le dit l’adage, « Il faut bien que jeunesse se passe ». Notre héros sera forcé d’admettre que chaque période de l’existence a ses besoins et ses attentes et qu’il est vain de vouloir sauter les étapes. Après tout, l’expérience des vieillards ne se nourrit-elle pas des échecs des enfants qu’ils ont été ?

Dans un style délicieux où l’ironie affleure continuellement, Henri Duvernois nous livre un roman plus social que véritablement science-fictif. Une petite histoire anodine qui n’a pas révolutionné le thème du voyage temporel, mais offre de sympathiques réflexions sur le temps qui passe et le sens de la vie.

L'Arbre Vengeur - 2009

 

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12 juin 2022

LA PORTE DES SERPENTS - GILLES THOMAS

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Je n’ai été déçu qu’une seule fois par un roman de Gilles Thomas. C’était avec « La flûte de verre froid », un récit de fantasy insipide sur le thème du héros invincible lancé dans la quête d’un objet magique. Aussi, passés les premiers chapitres du présent roman qui donnent à penser au lecteur qu’il s’est embarqué dans une histoire de SF assez classique, qu’elle ne fut pas ma déception de me retrouver à nouveau plongé dans un univers médiéval fantastique. Heureusement, mes craintes s’avérèrent injustifiées.

Aucun des défauts que j’avais reprochés à « La flûte de verre froid » ne se retrouvent ici. Le back-ground est étoffé juste ce qu’il faut pour permettre une immersion de qualité dans un univers attrayant à défaut d’être foncièrement original. Quant à l’action, si elle est bien présente, elle cède souvent sa place à des passages plus calmes permettant de faire évoluer les rapports entre les différents personnages et d’enrichir les caractères. Des personnages qui, justement, ne sont pas de simples faire-valoir du héros. Nombreux et variés (une tenancière de bordel, un vieux sage, un maître d’arme…), approfondis autant que cela est possible pour un livre de ce format, ils apportent l’essentiel de sa saveur à ce petit roman d’aventures où il est question, comme souvent chez l’auteur, de dépassement de soi et d’amitié forgée dans l’adversité.

L’intrigue est en revanche bien légère… pour ne pas dire inexistante. A la suite d’une expérience sur la téléportation, un homme se retrouve sur un autre monde peuplé de créatures légendaires telles que des centaures ou des faunes. Prisonnier d’une planète étrange sans espoir de retour, il est contraint de s’adapter à son nouvel environnement. Ce qu’il fera très bien. On a d’ailleurs un peu de mal à croire qu’il puisse s’acclimater aussi vite à une civilisation radicalement différente de la sienne. Mais le bonhomme a du caractère. C’est un routard habitué à faire contre mauvaise fortune bon cœur et l’on est vite sous le charme de sa bonne humeur et de ses reparties.

Le récit est en effet très « parlé ». Raconté à la première personne avec une gouaille et un argot de titi parisien, il fait naître une impression de décalage avec l’ambiance médiévale, une espèce d’anachronisme qui lui va plutôt bien. On prend donc grand plaisir à suivre les aventures de Jérôme sur la planète Lada et à partager la joie immense qu’il éprouve à vivre dans un monde neuf où tout semble possible…

Et pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager une petite citation de l’auteur, hélas très juste, sur la nature humaine : « Comme les hommes aiment à se partager entre « nous », et « eux ». « Nous » sommes aryens, « eux » sont juifs. « Nous » sommes blancs, « eux » sont noirs. « Nous » sommes catholiques, « eux » sont protestants. « Nous » sommes de Sapin-sur-Pré », « eux » sont d’Olivier-sur-Vigne. « Nous »… « eux »… « nous »… « eux »… Depuis l’origine des temps, et jusqu’à la fin des temps. Il y avait du « nous-eux » entre les gars de Cro-Magnon et ceux de Néandertal, et il y aura du « nous-eux » entre Solariens et Arcturiens. Indéracinable, ce truc… »

Fleuve Noir Anticipation - 1992

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06 juin 2022

BARLOVENTO - MAZZITELLI & ALCATENA

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En route pour l’Amérique afin d’y prendre les rênes du domaine familial, le jeune Ulysse Scott fait naufrage au milieu de l’Atlantique. Il est heureusement recueilli à bord d’un étrange navire hanté par le fantôme de son père, le célèbre pirate « Milles Orages »

Ceux qui pensent encore que la bande-dessinée n’est pas un art à part entière devraient lire « Barlovento ». Dans ce magnifique livre, presque chaque planche est une œuvre d’art. Cela commence dès la couverture qui intrigue autant qu’elle séduit et la magie se renouvelle de page en page.

Les auteurs ont opté pour un noir et blanc du plus bel effet et Enrique Alcatena a réalisé un travail d’orfèvre. Ses dessins façon encre de chine sont d’une précision redoutable. Ils composent une dentelle d’ombre et de lumière qui met en valeur ses représentations des fonds marins et donnent un volume et un mouvement fantastique aux vagues, aux vents et à tous les aspects de l’univers maritime.

L’histoire quant à elle est un hommage à tous les écrivains qui ont chanté la mer et les aventures que l’on peut y vivre. De l’Odyssée d’Homère à « L’île au trésor » de Stevenson en passant par le Moby Dick de Melville, les auteurs revisitent les grands romans maritimes, mélangeant les personnages et les mythes. On y croise un sosie du capitaine Achab, une pléthore de redoutables pirates et de marins patibulaires mais aussi un cyclope, des sirènes, le sous-marin du capitaine Némo et bien d’autres curiosités.

Mais « Barlovento », c’est aussi un récit d’apprentissage. Chacun ou presque des douze chapitres qui le composent se conclut sur une leçon de vie qui contribue à forger la personnalité de son jeune héros. Empathie pour les plus faibles, respect de la nature, sens du devoir, Ulysse Scott reviendra grandit de ses nombreux voyages et donnera au lecteur une furieuse envie de s’embarquer.

Alors n’attendez plus moussaillons et lancez-vous à l’abordage de cette magnifique BD !

Warum - 2019

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29 mai 2022

LES INTOXIQUES - OLIVE

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Pour éviter la prison, un politicien genevois fait appel à la mafia locale afin de l’exfiltrer de Suisse. Il se retrouve ainsi en compagnie de deux individus chargés de le convoyer : un homme de main aux méthodes aussi affreuses que son visage et un punk alcoolique et drogué. Les trois hommes entreprennent de rallier l’Italie en voiture en empruntant les petites routes des Alpes valaisannes. Le trajet va s’avérer plus compliqué que prévu… 

Je continue ma découverte du gore made in Switzerland avec ce bouquin d’Olive qui nous embarque dans un road-trip sous ecstasy particulièrement barré.

Si les deux premiers opus de la collection avaient un côté « critique sociale » assez marqué, il n’en est rien avec celui-ci. Il est bien question de migrants qui essaient de franchir les Alpes et de nazillons qui tentent de les en empêcher mais les uns et les autres ne constituent rien de plus que des intermèdes dramatiques et sanguinolents. Ils font en quelque sorte partie du décor au même titre que les pics enneigés des Alpes suisses. Et encore ! Car la montagne joue un rôle beaucoup plus important dans le développement de l’intrigue. Excepté le chapitre introductif, l’essentiel de l’action s’y déroule. C’est elle qui, avec ses multiples dangers (froid, précipices, avalanches), rythme le récit en plaçant les personnages dans les situations les plus scabreuses.

Ceci étant dit, il faut bien reconnaître que l’histoire tout entière repose sur la personnalité de son punk de héros et sur la manière dont il nous  raconte ses mésaventures présentes ainsi que quelques bribes de son passé. Les descriptions de ses saouleries, de ses descentes d’acide et de ses parties de jambes en l’air contées avec une naïve crudité sont particulièrement savoureuses. Elles font rire autant qu’elles répugnent et donnent une image sans doute assez réaliste des déboires des camés et des alcoolos. Aucune poésie dans son parcours, juste du désespoir et de la tristesse.

Les autres personnages ont moins d’envergure. Le politicard véreux et hypocondriaque fait vaguement sourire tandis que le tueur à gage dénué de conscience ne fait jamais que ce que l’on attend de lui. Pourtant, la réunion de ces trois pieds nickelés nous donne quelques scènes et dialogues absolument tordant. Les réactions violentes et radicales de l’un, les bourdes catastrophiques de l’autre et la passivité du dernier composent un cocktail d’humour et de violence qu’on savoure avec un plaisir vaguement coupable.

Bref, un bon petit divertissement qui meublera avantageusement vos heures perdues.

Gore des Alpes - 2019

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22 mai 2022

DOCTEUR BIZARRE - JACK VANCE

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Les neuf nouvelles qui composent ce recueil nous montrent un Vance différent du créateur d’univers chatoyants dont on a l’habitude. La SF pure et dure y cède souvent la place à une atmosphère d’ordre fantastique où lutins, dieux et manifestations surnaturelles viennent compliquer la vie des personnages. Ces derniers diffèrent aussi  de ceux que l’auteur a coutume de mettre en scène. Ils subissent davantage les évènements et leurs aventures prennent souvent un tour dramatique. Pour autant tous ces textes portent la patte du grand auteur américain et l’humour, même caustique, n’est jamais bien loin.

« Le retour des hommes «  est un récit assez abscons dans lequel j’ai eu du mal à entrer. Il y est question d’évolution et d’adaptation à son milieu mais à aucun moment l’histoire ne parvient à happer le lecteur. Sans intérêt.

« Magie verte » nous plonge dans un fantastique à l’ancienne. Un sorcier est à la recherche d’une forme de magie inconnue de lui. A force de volonté et d’études il parvient à se l’approprier. En sera-t-il plus heureux pour autant ?

Comme la première nouvelle du recueil, « La Terre étroite » nous parle d’évolution. L’histoire de Ern, c’est un peu celle de l’humanité ramenée à la vie d’un homme. D’un humanoïde plutôt qui, s’étant extrait de l’univers aquatique de son enfance, fait l’apprentissage de la vie terrestre et accède aux prémices de la civilisation. Un chemin qui ne se fera pas sans heurts ni confrontations avec ses semblables.

« Le penseur de mondes » mélange SF, fantastique et fantasy. Jack Vance joue tour à tour avec ces trois genres dont il utilise les codes et les conventions. Un récit rondement mené qui se conclu sur une sympathique touche d’humour.

« Des sardines douteuses » met en scène le personnage de Magnus Ridolph auquel les éditions Pocket SF ont déjà consacré un recueil tout à fait réussi. On retrouve avec plaisir ce héros roublard aux méthodes peu conventionnelles dans une histoire d’arnaque commerciale.

« Le temple de Han » nous rapporte la confrontation entre un aventurier américain et un puissant dieu. Ce récit démontre aussi qu’astuce et détermination valent plus que force et assurance.

« Le bruit » est une nouvelle baignant dans une douce mélancolie. Un naufragé de l’espace aborde une planète qui semble inhabitée. Le robinson de l’espace est bientôt la proie de visions étranges. Forme de vie extraterrestre, réminiscences du passé ou folie ?

« L’arche d’Alfred » n’a rien à voir avec les littératures de l’imaginaire. Il s’agit surtout pour l’auteur de se moquer des faux prophètes tout en montrant les mauvais côtés de la nature humaine.

Il faut donc attendre la toute dernière nouvelle du recueil pour retrouver un récit typiquement Vancéen .

« Fils de l’arbre » nous propose une histoire trépidante et dépaysante où il est question de politique, de diplomatie et d’espionnage. Grâce à sa centaine de pages, l’auteur a pu construire une société fouillée, développer des personnages complexes et initier une intrigue relativement aboutie. Il y a de l’action, un peu de sentiments et pas mal d’humour. Il y a surtout cette superbe description de la civilisation des druides, mélange de théocratie et de féodalité  poussée à l’extrême.

Pocket - Science-Fantasy - 1992

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15 mai 2022

DU PASSE FAISONS TABLE RASE - THIERRY JONQUET

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Avec Jean-Bernard Pouy, Jean-Patrick Manchette et Didier Daeninckx, Thierry Jonquet fait partie de mon panthéon personnel d'auteurs de romans policiers. Leur point commun : le néo-polar, ce genre littéraire où l'environnement social des évènements qui nous sont narrés est souvent plus important que l'intrigue elle-même. J'ai ainsi adoré des romans tels que "Mémoire en cage", "Mygale" ou "La bête et la belle" qui, chacun à leur manière, brouillent les pistes et fond plonger le lecteur dans des abîmes de noirceur. J'ai en revanche été passablement déçu par ceux de ses romans qui flirtent avec l'espionnage ("Comedia", "Le secret du rabbin"). Or, "Du passé faisons table rase" se situe précisément à la croisée des deux genres. Il y a des espions soviétiques et des barbouzes bien de chez nous, on y croise des militants communistes et des petits délinquants et il est question du passé trouble d'un dirigeant du parti Communiste Français.

Cette intrigue, l'auteur n'est pas allé la chercher bien loin. Il s'est inspiré des reproches adressés à Georges Marchais, secrétaire général du PCF de 1972 à 1994, à propos de son travail dans les usines Messerschmitt d'Augsbourg qui produisaient les avions de combat du IIIème Reich. Thierry Jonquet s'est donc contenté de pousser le bouchon un peu plus loin en imaginant que son personnage aurait en plus quelques délations sur la conscience. On y verra peut-être une petite pique de l'ancien trotskyste adressée au sempiternel adversaire communiste, mais une petite allusion à l'affaire Boulin remet les pendules à l'heure : les scandales politiques ne sont l'apanage d'aucun parti en particulier.

Le récit mélange les époques. Nous y suivons l'existence d'un jeune ouvrier pendant la seconde guerre mondiale, une série d’assassinats en 1972 et l’affolement du bureau politique du PCF confronté à un corbeau six ans plus tard. Bien entendu, ces trois fils narratifs finissent par se rejoindre en une intrigue bien sombre qui verra une fois de plus les humbles - militants de bases,  petits fonctionnaires, exclus des quartiers chauds - faire les frais de la soif de pouvoir des grands de ce monde.

Gallimard - Folio Policier - 2006

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08 mai 2022

COLD GOTHA - GUILLAUME LEBEAU

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La collection « Club Van Helsing » s’est donné pour objectif de remettre au goût du jour les vieux monstres de la littérature fantastique. Loups garous, vampires, zombies et autres vilaines bêbêtes d’outre-tombe reprennent du service et s’en vont de nouveau taquiner les pauvres humains apeurés.

Dans ce premier opus, Guillaume Lebeau a transposé la lutte pluriséculaire entre les Van Helsing et les vampires dans la Californie du XXIème siècle. Exit la Transylvanie, ses châteaux gothiques et ses chapelles millénaires, place aux buildings, aux clubs hype et aux luxueuses demeures hollywoodiennes.

Ca surprend un peu au début mais on s’y fait assez vite. Chasseurs et créatures de la nuit se sont adaptés à la vie moderne. Dracula se repose dans un bunker surprotégé et Hugo Van Helsing utilise toutes les ressources de son immense fortune. Avions, ULM, bolides en tout genre lui permettent de traquer les affreux suceurs de sang qu’il extermine à l’aide d’un arsenal des plus sophistiqué. On pardonnera à l’auteur sa fâcheuse tendance à nous décrire par le menu les caractéristiques techniques de tout ce matos - les marques, la vitesse, le coefficient de perforation et j’en passe - pour ne retenir que l’énergie et la force qui inondent son roman.

« Cold Gotha » est en effet un récit survolté, condensé sur une seule journée. Forcément, une telle débauche d’action ne peut se faire qu’au détriment de l’intrigue. Celle-ci est assez floue et l’auteur se contente d’évoquer un vaste complot visant à plonger le monde occidental dans le chaos afin de permettre aux vampires de prendre définitivement l’ascendant sur les humains. Il en profite aussi  pour donner sa vision, toute personnelle, des attentats du 11 septembre.

Ce volume 1 laisse donc entrevoir ce que nous réservent les prochains titres de la collection : du fantastique dépoussiéré et de l’action. Beaucoup d’action. L’initiative est intéressante… à condition de ne pas perdre de vue les fondamentaux du genre.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

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01 mai 2022

LA VOIE ROYALE - ANDRE MALRAUX

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Claude Vannec, un jeune archéologue français et Perken, un aventurier danois, se sont associés dans le but de voler les bas-reliefs de temples khmers non répertoriés. Perken espère aussi découvrir ce qu'il est advenu de l'un de ses amis : Grabot. Les deux hommes s'enfoncent au cœur de la jungle Cambodgienne jusque sur le territoire des redoutables Moïs.

Je connaissais le Malraux ministre de la culture de De Gaulle. Je savais son engagement dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale. J’avais même entendu parlé de sa participation à la guerre d’Espagne. Ce que j'ignorais en revanche, c'est sa carrière d’aventurier dans l’Indochine des années vingt au cours de laquelle il s'adonna au trafic d'antiquités. Or, c’est précisément de cet épisode de son existence qu’il s’est servi pour écrire son livre.

"La voie royale" est un roman d'aventures exotiques comme on en écrivait encore beaucoup dans les premières décennies du siècle dernier. On y trouve d'ailleurs quantité de points communs avec d'autres œuvres parues à la même époque. L'évocation du vol de bas-reliefs des anciennes cités khmères m'a rappelé "Le roi lépreux" de Pierre Benoit sorti trois ans plus tôt et j'ai retrouvé un peu du Kurtz de Joseph Conrad dans les personnages de Grabot et Perken. En cherchant bien, on pourrait même trouver dans leur destinée quelques analogies avec celle des deux héros de Rudyard Kipling dans "L'homme qui voulut être roi".

Ceci étant, la comparaison s'arrête là. Les motivations des personnages de Malraux sont en effet bien différentes. Leur objectif n'est pas de s'enrichir en vendant quelques pièces de musées ou de se tailler un empire aux frontières du Cambodge et du Laos. Ou plutôt, il ne s'agit pas d'une fin en soi. L’important pour eux n’est pas le but mais le chemin emprunté pour y parvenir. Ils veulent éprouver le danger et toutes ces sensations fortes  qui, seules, leur rappellent qu'ils sont vivant. Pour reprendre le mot de Michel Audiard dans "Un singe en hiver", ce n'est pas le vin qu'ils recherchent, c'est l'ivresse.

J’ai été surpris de trouver dans leur attitude et dans leurs réflexions des accents existentialistes. Perken et Vannec sont davantage confrontés à l'angoisse provoquée par leur rapport au monde et à la vie qu'aux pièges de la jungle. Ils souhaitent s'extraire de la destinée commune ("Posséder plus que lui-même, échapper à la vie de poussière des hommes qu’il voyait chaque jour…"), de l'ennui d'une existence programmée ("Se libérer de cette vie livrée à l’espoir et aux songes, échapper à ce paquebot passif !"). L’aventure est un dérivatif à la vacuité de leur existence. Elle permet aussi l'oubli de la vieillesse et de la déchéance qui l'accompagne.

Roman d'aventures de facture classique rehaussé par l'introspection de ses personnages, "La voie royale" est malheureusement desservit par un style d'un lyrisme grandiloquent. Moins d'emphase aurait sans doute permis de mieux s'approprier les sentiments des personnages et de ressentir davantage la touffeur et les dangers de la jungle. 

Grasset - Le Livre de Poche - 1979

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24 avril 2022

LES FLEURS ET LE VENT - HUGUES DOURIAUX

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Orbret Afeytah n’a que dix-sept ans lorsqu’il entre au service du seigneur Wyolan Azuka. Affichant d’évidentes dispositions pour l’art de la guerre, il progresse rapidement dans la hiérarchie militaire. Mais l’amour partagé qu’il éprouve pour la concubine de son maître, rend sa position de plus en plus précaire. Alors que certains vassaux de l’empereur entrent en rébellion, Orbret va se retrouver déchiré entre sa fidélité à son seigneur et sa conception de la justice.

"Les fleurs et le vent" n'est pas, loin s'en faut, la première saga historique publiée par Hugues Douriaux pour le compte du Fleuve Noir Anticipation. Elle se distingue néanmoins des précédentes par le fait que le merveilleux en est totalement absent. Il ne s'agit donc pas de fantasy. Il n'y a aucune magie, aucun sorcier, pas plus que de dieu vengeur ou de déesse démoniaque. Les seuls dangers que les personnages auront à combattre sont ceux inventés par les hommes et ils sont déjà bien assez nombreux. Autre différence notable, l'univers dont il est question n'a rien à voir avec ces copies de l'Europe médiévale dans lesquelles il situait ses autres romans.

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Ici, c'est du Japon dont il est question, mais un Japon alternatif qui lui permet de s'affranchir de la réalité historique. On n'y parle donc pas de samouraïs ni de geishas et, d'une manière générale, l'auteur ne s'est pas senti tenu d'utiliser un vocabulaire spécifique ni de donner à tout prix dans le "couleur locale". Pour autant on y trouve bon nombre de détails (vestimentaires, cérémoniels...)  évoquant le pays du soleil levant. L'état d'esprit des personnages, formaté par les questions d'honneur et de fidélité absolue à une famille ou à un clan, rappelle aussi le Japon de l’époque des Shoguns.

Parmi ces personnages il y a Orbret. Le récit s'articule autour de lui et c'est son histoire qui, telle une légende en marche, nous est contée. Nous le suivons sur une période d’une vingtaine d’années qui le verront passer du jeune guerrier impétueux qui ne rêve que gloire et combats au soldat mature qui a compris que seul compte la valeur de la cause que l’on défend. C’est d’ailleurs la grande réussite de ce roman que de parvenir à rendre le cheminement intérieur du héros au moins aussi intéressant que ses exploits guerriers. Même sa vengeance contre celui qui l’aura poursuivi de sa haine pendant toute son existence, ne constituera pas le climax du roman.

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Pour autant, la guerre et les combats sont bel et bien au centre de l’histoire. La rivalité entre les seigneurs de la guerre et leurs révoltes incessantes contre l’autorité de l’empereur sont cause de nombreux conflits. Il y a donc quantité de batailles, d’embuscades et de duels. Hugues Douriaux se montre très à l’aise dans ce registre. Ses descriptions sont particulièrement immersives et, qu’il s’agisse du siège d’une citadelle ou d’une simple escarmouche, il sait restituer l’âpreté des combats avec son cortège d’émotions et de souffrances.

Ces épisodes guerriers sont heureusement entrecoupés de passages plus calmes où il est question de politique bien sûr, mais aussi d’amour. La romance entre Orbret et Zelmiane constitue un peu le fil conducteur de l’intrigue. Les deux amants cherchent chacun à leur manière à échapper aux obligations de leur rang et à la rigueur de leur statut. L’accomplissement de leur idylle sera donc aussi celui de leur quête de liberté.

De facture très classique, « Les fleurs et le vent » est l'un des tout meilleurs roman de l'auteur, l’un des plus maîtrisés grâce notamment à la profonde humanité de ses personnages dont il rend parfaitement les états d'âmes et les réflexions.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

 

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