SF EMOI

29 janvier 2023

LES DISPARUS - ANDRE DHÔTEL

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Quelques années après que son ami Casimir eut disparu dans les environs de Sommeperce, Maximin revient s'installer dans la petite ville avec l'idée de retrouver sa trace. Dans cette bourgade tranquille dirigée par les descendants des comtes de Rouzy, le jeune homme va découvrir qu’il est des vérités que tous ne sont pas prêts à entendre.

« Le village pathétique » est le titre du second roman d'André Dhôtel mais il conviendrait tout aussi bien à son trente-huitième. "Les disparus" nous transporte en effet dans une petite bourgade des Ardennes sur laquelle pèse la chape de plomb de la tradition et du conformisme. A Sommeperce, chacun doit rester à sa place. Les notables sont regroupés dans la ville haute, les commerçants et les artisans occupent le centre de la bourgade au bas de la colline et les touristes sont cantonnés au camping. Les comportements "originaux" y sont bannis et si vous vous hasardez à jouer de la trompette ou de l'harmonica, nul doute qu'un édile vienne bientôt vous conseiller de changer de passe-temps.

Dans cet univers morose et monotone où chaque jour ressemble au précédent, il n'est pas étonnant que les petits riens d'hier et d'aujourd'hui prennent une dimension singulière. La mort d'un hobereau, la disparition de quelques jeunes du village, des actes de vandalisme, il n'en faut pas plus pour créer un sentiment d'insécurité et évoquer les puissances surnaturelles. Les faits divers se mêlent alors aux anciennes légendes et la forêt toute proche cristallise les passions et les peurs.

Comme souvent chez l'auteur, l'énigmatique et le merveilleux finiront par s'effacer derrière une réalité bien plus prosaïque. L’assassinat du dernier comte de Rouzy n’est peut-être qu’un banal accident de chasse et la clairière magique où disparaissent les jeunes du village n’a de fantastique que sa beauté sauvage et presque vierge. Les légendes et les commérages ne font que masquer la vérité et éviter de regarder la réalité en face. Mais qu’importe ! Une fois de plus André Dhôtel nous aura embarqué dans une aventure extraordinaire à partir de presque rien, un relais de chasse perdu au fonds des bois, les restes d'une tapisserie, l'envie d'ailleurs d'une jeunesse qui s'ennuie.

Phébus - Libretto - 2005

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22 janvier 2023

HORS NORMES - P-J HERAULT

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Après que l'ordinateur de leur centre-édu ait bogué alors qu'ils n'avaient que treize ans, les enfants qui y résidaient se sont retrouvé livrés à eux-mêmes. Pendant les douze années suivantes ils ont donc occupé leur temps libre comme bon leur semblait, étudiant les matières de leur choix et s'adonnant aux occupations les plus diverses sans soucis de leur avenir. Lorsque deux enquêteurs en mission de contrôle s'aperçoivent de la situation ils lancent la procédure d'élimination physique afin de supprimer ces inadaptés, incapables de s'intégrer au monde civilisé. Ayant échappés de justesse à l'extermination, Kavan et huit autres "hors normes" doivent désormais survivre dans un monde hostile et sous la menace constante des autorités.

"Hors normes" est un Herault pur jus où l'on retrouve les thèmes chers à l'auteur : la lutte d'un petit groupe d'amis contre des institutions liberticides et la recherche d'un havre de paix où vivre en accord avec ses principes et en harmonie avec la nature. Il diffère toutefois de ses autres opus par la nature de ses personnages. Alors que la plupart du temps ses héros sont des soldats confirmés, militaires d'active ou vétérans, les hors-normes n'ont en revanche aucune connaissance des armes et pas la moindre idée de la vie sur le terrain.

Cette inexpérience est d'ailleurs l'un des aspects les plus forts du roman puisque la survie des neuf jeunes gens en milieu hostile occupe la plus grosse partie du récit. Leur fuite désespérée dans un environnement inconnu et dangereux, la mise en commun de leurs maigres connaissances pour se sortir d'affaire et leur rencontre avec des trappeurs au grand cœur en constituent les étapes clés mais l'histoire s'agrémente aussi de quelques combats bien menés et d'une jolie idylle.

L'autre intérêt de ce roman est qu'il lève une partie du voile sur les centres-édu, ces espèces de couveuses où les enfants conçus par procréation artificielle sont "fabriqués" puis élevés jusqu'à l'âge d'homme et de femme. L'auteur les évoque dans presque tous ces livres sans jamais s'appesantir sur la question. On a donc ici l'occasion de découvrir ces installations entièrement automatisées où les futurs citoyens grandissent en vase clos et où chacun reçoit une éducation spécialisée qui lui permettra de tenir son rôle dans la société.

Malgré un format trop court pour lui permettre d'approfondir la psychologie des personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent, P. J. Herault nous propose avec "Hors-normes" une histoire plaisante et rondement menée ou action et bons sentiments sont au rendez-vous.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

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15 janvier 2023

VIPERES VORACES - JOËL JENZER

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Répondant à l'invitation d'un confrère suisse, l'herpétologue Adrian Thompson se rend dans le val d'Anniviers pour étudier une variété inconnue de vipères. Une mission qui pourrait être anodine si nous n'étions en 1941 alors que les nazis avancent leurs pions en territoire neutre.

L'intrigue de ce septième "Gore des Alpes" est construite autour du thème du savant fou qui voit sa créature échapper à son contrôle. La créature en question - ou plutôt les créatures - ce sont ces fameuses vipères qui donnent son titre au roman. D'une taille peu commune, agressives et donc particulièrement voraces, elles s'attaquent à tous les imprudents qui croisent leur chemin sur les petits sentiers des montagnes valaisannes.

Comme de juste, cela nous donne quelques scènes bien sanguinolentes où les vilaines bestioles se repaissent de la cervelle et des viscères de leurs victimes. Mais cela n'ira pas plus loin. Le roman de Joël Jenzer est d'un gore très léger qui ne provoque ni peur, ni dégoût, à peine l'ombre d'un frisson. C'est beaucoup trop peu pour un livre du genre, d'autant que l'histoire se déroule en 1941 et met en scène de faux résistants, de vrais fascistes et quelques nazis bref, une belle brochette de bourreaux potentiels.

Si l'auteur n'a pas su tirer parti du cadre historique de son récit, il s'en sort en revanche beaucoup mieux dans la composition de ses personnages. De l'infâme collabo qui porte sur sa gueule les vilaines pensées qui l'habitent au garde forestier bas-de-plafond et imbu de lui-même en passant par le directeur d'hôtel un peu précieux, la bimbo écervelée ou le scientifique introverti , il nous offre un joli panel de personnages un peu caricaturaux mais néanmoins parfaitement croqués. Les relations entre les uns et les autres sont plaisantes à suivre, les dialogues bien menés mais ça ne suffit pas à masquer la faiblesse de l'ensemble. Dommage.

Gore des Alpes - 2020

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08 janvier 2023

LA DECOUVERTE DE L'ATLANTIDE - DENNIS WHEATLEY

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Le mythe de l‘Atlantide a inspiré un grand nombre d’écrivains et je pourrai citer de mémoire une bonne demi-douzaine de romans où il est question de la redécouverte de ce continent légendaire. Celui de Dennis Wheatley se situe dans une honnête moyenne, sans toutefois se démarquer de la production de ses compatriotes britanniques. Qu’il s’agisse du style ou de ses descriptions du monde des atlantes, on y trouve en effet bien des points communs avec les livres que Rider Hagard, Conan Doyle ou Bulwer-Lytton ont consacrés à ce thème.

Pourtant, c’est aux romans d’Agatha Christie que « La découverte de l’Atlantide » m’a tout d’abord fait songer. Avec ses personnages issus du beau monde (il y a une riche héritière, un prince roumain, un acteur américain, un militaire en retraite, un savant allemand…) ses parties de tennis ou de bridge, ses diners à l’hôtel et ses sorties en mer, on se croirait dans un remake de « Mort sur le Nil ». Et puis il y a aussi une sombre histoire de rapt et d’escroquerie qui vient renforcer cet aspect « detective novel », à tel point que la plongée au fond des océans apparaît presque comme une conséquence involontaire de cette intrigue policière.

Cette immersion va se faire au moyen d’un bathyscaphe tout ce qu’il y a de commun. Dennis Wheatley n’est pas Jules Verne et l’aspect technique des aventures qu’il nous propose n’est pas sa priorité. La descente dans les profondeurs abyssales s’avère néanmoins tout à fait crédible, davantage en tout cas que la façon dont ses héros émergent dans une Atlantide préservée des flots et du manque d’oxygène.

Rien de grave cependant. On suspend notre incrédulité et on découvre une sorte de jardin d’Eden où une vingtaine d’atlantes vivent en harmonie depuis des siècles. Une vie simple et austère, très proche de la nature en dépit de leurs connaissances extrêmement évoluées. En fait, ces ultimes rescapés du continent perdu sont presque parvenus à se détacher de la matière et passent le plus clair de leur temps en longues stases hypnotiques qui leur permettent de voyager par l’esprit. Quant aux relations sociales, elles sont peu codifiées. Les mœurs y sont fort libres et l’amour se donne et se reçoit selon l’envie du moment.

Hélas, l’immixtion d’étrangers au sein de cette société libertaire va rompre son délicat équilibre. Dennis Wheatley nous refait le coup de la pomme et du serpent et, tels Adam et Eve, ses aventuriers involontaires seront bannis du paradis terrestre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

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01 janvier 2023

LE MINISTRE ET LA JOCONDE - BOURHIS . BOURGERON . TANQUERELLE . MERLET

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Depuis qu'elle a rejoint le musée du Louvre, la Joconde a rarement quitté sa cimaise. En 1963 pourtant, sur la demande insistante du ministre de la culture, elle fut expédiée à New-York pour être exposée au MoMA et, accessoirement, contribuer au réchauffement des relations diplomatiques entre l'Exagone et les States. Voilà donc Mona Lisa embarquée sur le France en compagnie du conservateur du Louvre, d'un service de sécurité étoffé et du ministre lui-même. Ce ministre c'est André Malraux,et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il va lui voler la vedette.

L'histoire dévoile en effet certains aspects de la vie de l'illustre personnage. Elle s'attarde notamment sur ses zones d'ombres (les failles de son passé de résistant, ses activités de trafiquant d'art au Cambodge...) ainsi que sur ses addictions. Les auteurs forcent un peu le trait et c'est un Malraux mégalomane et complètement déjanté qui s'offre à nous. Cela nous donne quelques scènes irrésistibles au cours desquelles l'homme politique sera contraint d'admettre que tout le monde ne partage pas la haute estime qu'il a de lui-même.

Il est en revanche bien dommage que l'intrigue autour de la Joconde soit si légère. Sa disparition momentanée et l'enquête qui s'ensuit auraient pu déboucher sur des scènes beaucoup plus amusantes et plus variées. Ici, à part une discrète allusion à la situation algérienne, elle reste centrée sur le personnage de Malraux qui étouffe tous les autres. D'autres idées méritaient pourtant d'être étoffées : la rivalité entre le ministre et le chef d'orchestre Herbert Von Karayan, sa mésentente avec la conservatrice du Louvre qui voit d'un mauvais œil le précieux tableau servir de monnaie d'échange entre nations...

En revanche le décor est plutôt bien utilisé. Le France fournit un cadre à la hauteur de l'histoire. Du pont à la soute en passant par les cabines, les salons, la salle de concert... on visite tous les recoins de l'immense et luxueux paquebot à la rencontre de son petit peuple d’employés et de riches croisiéristes.

Quant aux dessins, ils m'ont rappelés ceux des caricaturistes que l'on trouvait dans les journaux, les dessins de Jacques Faizant, ceux de Cabu (le chef de la sécurité) et le personnage de Malraux est superbement croqué. Son regard halluciné, son allure tantôt survoltée, tantôt déprimée, reflètent parfaitement son caractère et font de lui un personnage de BD particulièrement efficace. Une suite ?

Casterman - 2022

 

 

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25 décembre 2022

PICKPOCKET - NAKAMURA FUMINORI

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Comme son titre le laisse supposer, le roman de Fuminori Nakamura nous propose de suivre le quotidien d'un pickpocket. L'histoire se déroule dans un Tokyo assez désespérant où les relations humaines semblent réduites à leur plus simple expression. Au milieu des millions d'habitants de la capitale nippone qui se côtoient sans se voir, fourmis laborieuses d'une société qui aliène et lobotomise, le héros de cette histoire observe. Il choisit avec soin ses futures victimes, supputant leur richesse, leur profession, un peu de leur vie. Surtout, il évalue la difficulté à leur subtiliser leur portefeuille. Non par peur d'échouer, mais pour déterminer la meilleure façon de s'y prendre, la plus sûre, la plus belle aussi. C'est que notre pickpocket n'est pas un simple voleur à la tire. Il a une haute estime de sa profession qu'il exerce en artiste, recherchant davantage le beau geste que l'argent facile.

En dehors des nombreux passages relatant ses exploits de prestidigitateur, le roman s'attache surtout à nous faire ressentir le vide de son existence. Sans ami ni compagne, exceptés ceux qui traînent dans ses souvenirs, il mène une vie terne et sans but. Une vie qui va pourtant être bousculée par l'irruption de deux individus bien différents : un jeune voleur qu'il va prendre sous son aile et un yakuza de la pire espèce qui lui impose un contrat des plus dangereux. Transmission d'un côté, soumission de l'autre, il sera dès lors ballotté entre l'espoir d'une rédemption et le risque d'une chute définitive.

Noir et profondément désespéré, "Pickpocket" est le roman étrange et dérangeant d'une solitude au milieu de la multitude.

Philippe Picquier - 2013

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18 décembre 2022

MAGIE SOMBRE - GILLES THOMAS

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Pour assouvir sa passion de la lecture, Jef Buron fréquente assidûment les bouquinistes. Il tombe un jour sur un livre qui parle de magie et décide d'essayer l'une de ses "recettes". A sa grande surprise, le sort de chance qu'il a lancé fonctionne parfaitement et Jef gagne une belle somme au tiercé...

Fantastique, fantasy, SF, Gilles Thomas a abordé toutes les littératures de l’imaginaire avec un égal bonheur. Elle en a aussi exploré la plupart des thèmes qu’il s’agisse de space-opera, de pouvoirs psy, de post-apo ou de dystopie. Cette fois, c’est à un fantastique des plus classiques qu’elle s’attaque avec une histoire toute simple d’apprenti sorcier qui se brûle les ailes aux feux de la connaissance démoniaque.

La bonne idée de l’auteur est d’avoir ancré son récit dans le quotidien de ses personnages. Ici, pas de vieux grimoire ni de demeure gothique. L’histoire a pour cadre principal une HLM de banlieue et les invocations auxquelles se livre Jef ont tout simplement lieu dans sa chambre d’ado. Quant aux ingrédients qu’il utilise pour mener à bien ses sortilèges, il les tire là encore de la vie courante : exit le sang de crapaud ou la décoction de mandragore et place au sirop de fraise et à l’huile de vidange.

L’autre atout du roman, ce sont ses personnages et plus particulièrement son jeune héros. Gilles Thomas restitue bien l’état d’esprit d’un gamin de dix-huit ans avec toute son impatience et sa précipitation. Ses envies aussi. Celles d’un jeune homme célibataire et fauché qui peut soudainement donner corps à ses rêves d’argent et de sexe. Le fait qu’il soit le narrateur de sa propre histoire lui apporte aussi davantage de consistance. Son langage tout simple avec son argot des années quatre-vingt contribue à nous le rendre plus proche surtout si, comme moi, vous aviez sensiblement le même âge à cette époque.

Les lieux et les personnages donnent donc beaucoup de réalisme au récit. Ils lui apportent aussi une dimension sociale qui, sans être au cœur du roman, n'en est pas moins bien présente. On la trouve notamment dans ses descriptions d’une famille de français moyens et de la banlieue dans laquelle ils résident. Il y là une foule de détails qui sonnent vrai : la mère qui tient les cordons de la bourse et qui « séquestre » la paye de l'aîné qui vit encore sous son toit, les vêtements qu’il faut faire durer et qu’on reprise tant et plus, les vacances chez la grand-mère auvergnate... On est replongé dans cette époque où la surconsommation et le jetable n'avaient pas encore triomphé.

Quant à l’argument fantastique du roman, il faut bien avouer qu'il n'a rien d'époustouflant. Exception faite de succubes et d’un leprechaun, les manifestations démoniaques demeurent peu visibles. Elles sont néanmoins suffisantes pour instiller ce qu'il faut d'angoisse et de peur dans la vie de Jef et nous intéresser tout du long à sa bonne fortune et à ses déboires.

Fleuve Noir Anticipation - 1993

 

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11 décembre 2022

LA ROUTE OBSCURE - SERGE BRUSSOLO

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SOS Horoscope peut changer votre destin. Grâce à une technologie de pointe et une équipe de spécialistes, la société vous garantit un avenir radieux où la chance et la réussite seront au rendez-vous. Lorsque Marie, une paumée qui galère depuis bientôt deux ans tombe sur cette annonce, elle n’hésite pas longtemps. Il faut dire que la zonarde est aux abois. Il lui faut fuir au plus vite les forains chez qui elle a trouvé un refuge provisoire avant que les dangereux frères Zoltan ne mettent la main sur elle. Ses espoirs seront-ils bien placés ? 

C’est presque un euphémisme de le dire, Serge Brussolo est un conteur né. Je connais peu d’auteur capable comme lui, de vous embarquer en seulement quelques pages dans des histoires follement abracadabrantes mais aussi terriblement addictives.

En dépit de son côté assez minimaliste, « La route obscure » ne fait pas exception à la règle. En l’espace de quelques chapitres, tout est en place : la trame de l’histoire, le caractère de l’héroïne, un mystère, une menace… Le lecteur est pris à l’hameçon et l’auteur n’a plus qu’à jouer du moulinet pour l’amener exactement là où il veut.

C’est très dépouillé. Si l’on excepte la fête foraine des premiers chapitres, l’histoire se passe pour l’essentiel en milieu fermé. Plus précisément dans trois appartements que l’héroïne va occuper successivement. Trois huis-clos, presque trois prisons. Trois univers aussi qu’on explore l’un après l’autre, du grenier insalubre maquillé en jungle africaine à la bonbonnière pour jeune fille de bonne famille. Peu de personnages également puisque, hormis Marie, seuls cinq d’entre eux interviennent dans l’histoire, la plupart ne faisant d’ailleurs qu’une apparition éclair. En fait, l’essentiel de l’intrigue se déroule dans la tête de l’héroïne, dans ses réflexions et ses peurs, ses espoirs et ses hésitations, ses théories et ses habitudes.

Outre l’atmosphère d’angoisse et de folie qui imprègne ses pages, ce roman est aussi une très bonne critique des marchands d’espoir. Brussolo y égratigne les astrologues et les chiromanciens mais on pourrait étendre son réquisitoire aux sectes, aux religions et même à certains diététiciens et chirurgiens esthétiques, bref à tous ceux qui prétendent changer votre vie moyennant un petit effort et surtout beaucoup d’argent. Des vautours qui savent choisir leurs proies parmi les naïfs, les faibles et les accidentés de la vie.

« La route obscure » est donc une chouette histoire de machination qui rappelle un peu, en plus démentielle tout de même, celle du « Nuisible », premier thriller de l’auteur, suivi depuis par beaucoup d’autres.

Le Livre de Poche - 1997

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04 décembre 2022

ACID COP - ZAROFF

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Zaroff est l’enfant naturel de Charles Bronson et de l’inspecteur Harry. Je sais, c’est dégueu, mais ça vous donne une petite idée du bonhomme. Il a été nourri aux films de vigilante. Il connait mieux les bas quartiers du Bronx que les alentours de la place Pigalle et il préfère la Budweiser à la Jenlain. Oui, il a aussi un goût de chiotte, mais après tout, personne n’est parfait. Tout ça pour vous dire combien il est à l’aise quand il s’agit de mettre ses pas dans ceux des ricains. C’est donc tout à fait logiquement qu’il nous emmène du côté de la Grosse Pomme pour un hommage à ces films qui ont bercé sa jeunesse et forgé son imaginaire.

Les personnages, les décors et même certaines scènes de son roman ont donc un air de déjà vus. Mais ce copié-collé est parfaitement assumé. L’auteur joue avec nos souvenirs. Il s’en sert pour prendre des raccourcis qui lui permettent d’aller à l’essentiel. Le résultat est parfois un peu caricatural mais cela donne à son récit un rythme trépidant qui pousse le lecteur à tourner les pages aussi vite qu’un camé en manque se prépare son rail de coke.

Côté intrigue, on est là aussi en terrain connu. Zaroff s’est beaucoup inspiré de certains de ses films cultes et son « Acid Cop » doit beaucoup au « Robocop » de Verhoeven. On y retrouve notamment l’idée d’un flic qui entreprend de se venger des malfrats qui l’ont horriblement torturé et laissé pour mort. Une vengeance qui m’a toutefois laissé sur ma faim. La punition des ordures sera expédiée en trois coups de cuiller à pot ce qui est tout de même assez étonnant puisqu’elle constituait le moteur du récit. Telle quelle, elle laisse une impression de déséquilibre. On a le sentiment que le châtiment n’est pas à la hauteur des méfaits commis.

Il y avait pourtant quelque chose à creuser du côté de ces Morlocks, des affreux avec lesquels l’auteur tenait de vrais bons méchants. Leur enfance dans un orphelinat où ils subirent les derniers outrages comme les petits gars de « Sleepers », leur haine revancharde contre la société, leur vie dans les égouts dont ils s’extraient à l’improviste, n’importe où et n’importe quand pour commettre vols et agressions en tout genre, autant de chouettes idées qui ne demandaient qu’à être exploitées davantage.

Zaroff a préféré insister sur la psychologie de son héros, sur sa descente aux enfers et sa misanthropie qui se transforme en haine pour la société. L’idée n’est pas mauvaise et la progression de la folie chez son héros est plutôt bien rendue. Malheureusement elle n’aboutit qu’à une succession de karnages joliment orchestrés mais finalement assez répétitifs.

Entendons-nous bien, le roman de Zaroff n'est pas mauvais, loin de là. Je l’ai torché en une petite après-midi, c’est dire si ça se lit bien. J’y ai retrouvé son sens de l’humour grotesque, la vivacité de sa plume et son énorme talent dans la conduite des dialogues. Mais j’attends désormais un peu plus de lui, qu’il sorte de sa zone de confort comme dise les journaleux. J'ai le sentiment qu'il ne se prend pas au sérieux alors qu’il est capable de faire encore mieux, en tout cas plus ambitieux. J’ai envie d’être tenu en haleine par une intrigue un peu plus complexe agrémentée ou non de scènes gores. Là, on reste exactement au même niveau que « Bayou ». C’est bien, mais ce n’est plus assez.

Alors Zaza, tu te sors les doigts du fondement. Tu t’installes devant ton ordi, un pack de six à portée de main, un disque d’ACDC sur ta platine (Bon Scott on vocal of course) et tu nous écris ce putain de chouette roman qu’on attend tous, bordel de merde !!!

Zone 52 Editions - 2021

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27 novembre 2022

LA GRANDE PANNE - THEO VARLET

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J'aime bien fouiner dans les brocantes ou les vides greniers. On y trouve parfois quelques raretés, quelques vieilleries surprenantes. Il en va de même en littérature. Lorsque je pioche dans les vieux romans de SF, je tombe de temps à autre sur des œuvres étonnantes qui ont ouvert la voie à de nouvelles idées ou contribué à codifier tel ou tel genre. C'est un peu le cas de ce roman écrit en 1930 dans lequel Théo varlet nous décrit les conséquences politiques, économiques et sociales d'une invasion de lichen extra-terrestre qui prolifère au détriment de toutes les sources d'énergie électrique.

D'une écriture très fluide qui ne fait absolument pas son âge, l'auteur nous montre comment la "xénobie" est introduite sur Terre et de qu'elle manière elle se répand à travers la France. Il le fait très intelligemment, passant l'air de rien de la farce scientifique au roman catastrophe. Ainsi, ce qui n'est tout d'abord qu'un léger désagrément entraînant selon les cas des démangeaisons ou une baisse d'intensité lumineuse des ampoules se transforme en une calamité qui affecte la société dans son entier. Désorganisation des transports, fermetures des usines,  chômage généralisé, émeutes... la disparition progressive de l'électricité provoque des réactions en chaîne qui mettent à mal la sécurité du pays et du monde.

Théo Varlet nous montre ainsi que notre dépendance à l'électricité n'est pas neuve. Il démontre surtout la fragilité de nos économies qui peuvent s'écrouler du jour au lendemain dès lors qu'elles ne disposent plus de l'énergie ou des matières premières sur lesquelles elles sont fondées. Serge Simon Held dans "La mort du fer" et Georges Blond dans "Les naufragés de Paris" suivront un schéma identique avec le fer et le papier. Malheureusement, si la démonstration de l'auteur est bien amenée, elle est parasitée par l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes du roman. Les serments d'amour de l'un, le dévouement filial de l'autre et toutes ces minauderies très XIXème siècle appesantissent le récit sans lui apporter la moindre valeur ajoutée.

Le roman se conclue sur la question de la responsabilité des scientifiques dans l'utilisation, notamment militaire, de leurs découvertes. Une réflexion d'autant plus intéressante que le roman a été écrit peu avant la seconde guerre mondiale qui vit, entre autres monstruosités, la première utilisation de l'arme nucléaire.

L'Amitié par le Livre - 1936

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