SF EMOI

23 avril 2017

LE PRONOSTIQUEUR - JOEL HOUSSIN

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Luc Gérin travaille pour « Galop d’or », un journal spécialisé dans les courses hippiques dans lequel il tient la rubrique des pronostics. Mais cela fait un bail qu’il n’a plus donné le moindre résultat, pas même un petits tiercé dans le désordre et, s’il ne couchait pas avec la fille du patron, il pointerait au chômage depuis longtemps. Aussi, lorsqu’il reçoit un courrier avec la liste des vainqueurs de la prochaine réunion, il ne peut s’empêcher d’y accorder un peu d’intérêt. Mauvaise blague ou signe du destin ? Luc va apprendre à ses dépens que la chance est une maîtresse volage. 

Sur les deux mille titres que compte la collection Anticipation il en est certains dont on se demande bien pourquoi ils ont été publiés sous cette étiquette. C’est le cas de ce roman de Joël Houssin qui a beaucoup plus à voir avec le roman policier que la science-fiction.

Il y a bien un argument qui flirte avec le roman d'anticipation mais il est extrêmement ténu. La fiction a d’ailleurs été rattrapée par la réalité car, si la miniaturisation des ordinateurs et les études sur le cerveau en étaient encore à leurs balbutiements en 1981, les choses ont considérablement évoluées depuis.

C'est donc une intrigue policière extrêmement classique qui nous attend avec ses flics, ses truands et ses journaleux. Il y est question de meurtres, de chantage et d’une gigantesque escroquerie aux paris hippiques.

L’immersion dans l’univers des courses est pour le coup tout à fait crédible et nous découvrons avec pas mal de détails un milieu assez nauséabond où gros sous et magouilles fleurissent allègrement sur le crottin des purs sangs.

Tout cela nous est raconté dans un style tout simple mâtiné d’un argot qu’on croirait tout droit sorti de chez Michel Audiard et qui donne au récit une note d’humour qui est sans doute son meilleur atout.

Fleuve Noir Anticipation - 1981

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07 avril 2017

FLEUR DE TONNERRE - JEAN TEULE

sans-titreHistoire de la très longue et bien remplie carrière criminelle d'Hélène Jégado, cuisinière hors pair et empoisonneuse hors norme. 

Au vu de ses derniers romans Jean Teulé semble se spécialiser dans les biographies romancées de  personnages historiques. Après François Villon, le marquis de Montespan ou Charles IX, il s'attaque cette fois à une obscure meurtrière bretonne.

Hélène Jégado est en effet une illustre inconnue. Elle est pourtant l'une des plus grandes tueuses en série que la France ait compté. A côté d'elle, Marie Besnard fait figure d'apprentie empoisonneuse et Landru d'enfant de coeur. Sa soupe aux herbes ou ses gâteaux à l'angélique ont fait passer de vie à trépas la quasi totalité des curés et petits bourgeois qui eurent recours à ses talents de cuisinière. De son Morbihan natal jusqu'en Ile et Vilaine et en passant par ses Côtes qui n'étaient pas encore d'Armor, elle a semé les cadavres, n'épargnant ni les femmes, ni les vieillards, ni les enfants. Une mortelle randonnée de près de quarante ans au cours de laquelle elle commit près d'une cinquantaine d'assassinats.

Mais plus que le nombre de ses victimes c'est sa personnalité qui en fait une serial kileuse à part. Hélène Jégado est un pur produit de l'illettrisme, de l'obscurantisme et de la pauvreté qui règnent encore dans cette Bretagne du début du XIXème siècle. Une terre miséreuse où les paysans tirent à peine de quoi subsister d'un sol ingrat. Une région certes convertie à la religion catholique depuis belle lurette mais où les pratiques païennes ont la vie dure. Nourrie dès son plus jeune âge de folklore et de légendes, abreuvée à outrance de fées, korrigans et autres poulpiquets, Hélène a été traumatisée. A un point tel qu'elle a fini par s'identifier à l'Ankou, le collecteur d'âmes de la tradition celtique dont elle va reprendre à son compte la sinistre besogne.

Sa promenade funèbre dans cette Bretagne arriérée est ce que le roman nous propose de mieux. Nous découvrons en sa compagnie la façon dont vivent les habitants de cette région reculée ainsi que de bien étranges coutumes : s'arracher une mèche de cheveu (cuir chevelu compris) pour se punir d'une vilaine action, implorer Notre Dame de la Haine pour obtenir la mort d'un ennemi ou fouetter la statue de Saint Yves pour lui faire payer les malheurs qui vous accablent, voilà bien des pratiques d'un autre âge.
Malgré tout, le roman est ennuyeux. La longue litanie des méfaits de la Jégado finit par devenir lassante. Ses assassinats comme ses victimes se ressemblent tous et seuls deux passages, l'un dans un couvent, l'autre au bordel, viennent rompre pour un temps la monotonie qui s'installe.

Heureusement, l'humour pince sans rire de Jean Teulé est au rendez-vous et parvient à rendre presque drôles les scènes les plus affreuses. Sous sa plume, les contorsions des pauvres victimes deviennent grotesques et leur trépas tourne à la farce. Il y a aussi ce gimmick qui revient tout au long du roman en la personne de deux perruquiers normands qui vont faire les frais de tant de celtitude.

Julliard - 2013

 

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01 avril 2017

CES CHOSES QUE NOUS N'AVONS PAS VUES VENIR - STEVEN AMSTERDAM

foliosf436-2012

De la crainte du bug de l’an 2000 aux conséquences angoissantes du réchauffement climatique, l’auteur nous propose une succession de tableaux d'un avenir si ce n'est probable, du moins totalement plausible.

Difficile de faire du neuf en matière de post-apo. Que ce soit au niveau des causes du cataclysme ou de ses conséquences, on a déjà eu droit à toutes les combinaisons possibles, de la guerre nucléaire à l'invasion zombie en passant par les épidémies les plus variées. Steven Amsterdam n'innove pas davantage. Son roman est même un pot-pourri de tous ces cataclysmes.

Les neuf chapitres qui le composent  nous montrent son héros aux prises avec l’une ou l’autre de ces saloperies, luttant contre la sécheresse ou les inondations, échappant à la maladie, membre d'une secte ou agent gouvernemental s’occupant des réfugiés. Neuf épisodes de sa vie séparés les uns des autres par quatre ou cinq années. Neuf instantanés, sans prémisses et sans conclusion, sans que l’on sache jamais ce qui l’a conduit dans telle ou telle situation, sans que l’on connaisse même les causes de l’effondrement. C’est donc au lecteur de boucher les trous et d'imaginer ce que le personnage a pu faire pendant les intervalles, chaque passage se contentant de dépeindre la façon dont il parvient à surmonter les pièges de ce monde chamboulé.

Car le roman de Steven Amsterdam est avant tout une histoire de survivant. Son héros est un homme déterminé à vivre envers et contre tout. Il est prêt à toutes les compromissions et s'adapte en permanence. Il recherche la protection des puissants et se sert des autres, vit en marge de la société ou rentre dans le système quand son intérêt le commande. C’est un individu finalement bien peu sympathique et ce n’est pas l'anonymat dans lequel l'auteur le laisse qui change notre sentiment à son égard.

« Ces choses que nous n’avons pas vues venir » est donc un roman qui ne parvient pas à se démarquer assez franchement des standards du genre mais qui offre tout de même une approche nouvelle. Un effort qu'il convient de signaler.

Gallimard - Folio SF - 2012

 

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26 mars 2017

PAULINE - ALEXANDRE DUMAS

product_9782070412303_195x320Le narrateur, Alexandre Dumas lui-même, rencontre chez leur maître d’arme commun son vieil ami Alfred de Nerval. Ce dernier lui raconte alors l'étrange aventure survenue à Pauline de Meulien et à laquelle il fut en partie mêlé.

Hasard de mes lectures, « Pauline » est, après le « Frankenstein » de Mary Shelley, le deuxième récit enchâssé que je lis en l’espace de quelques semaines. Ces deux romans écrits au cours de la première moitié du XIXème siècle – respectivement en 1838 et 1818 –  partagent toutefois bien autre chose que cette construction façon « poupées russes » puisqu’on y trouve aussi les courants littéraires alors en vogue : le gothique et le romantisme.

Le premier est particulièrement prégnant dans le récit des aventures que vit Pauline dans la demeure normande de son époux. Portes dérobées, passages secrets, souterrains, abbaye en ruine, tous les ingrédients du genre sont présents jusqu’à la petite touche d’exotisme que représentent le serviteur malais d’Horace de Beuzeval et les aventures indiennes de son maître. Mais bien d’autres éléments (la nuit, le cachot, la substitution de cadavre) viennent encore ajouter à cette ambiance oppressante et quasi horrifique.

Le romanesque, lui, est presque entièrement contenu dans le caractère passionné et excessif des personnages. Leurs sentiments sont exacerbés par le sens de l’honneur et du devoir ainsi que par un besoin de changement et d’évasion qui viendraient fouetter leur petite existence terne et sans saveur. Pauline, Alfred et Horace sont de riches désœuvrés, des "enfants du siècle" mal dans leur époque, qui refusent le mode de vie de leurs parents mais désespèrent aussi de trouver un avenir à leur goût. Pour preuve cette tirade que Dumas fait dire à son héroïne : « Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparait du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ».

Mais si Alfred se laisse aller tout entier à sa passion dévorante pour Pauline tandis que cette dernière succombe à l’aura de mystère qui entoure la personnalité de son époux, seul Horace assume véritablement sa nature profonde dissimulée derrière un vernis d’honorabilité. Il est en cela le personnage le plus ambivalent et le plus fascinant du roman, le seul à mettre véritablement en pratique le mode de vie qui lui convient, fait d’aventures et de transgression.

Ambiance et personnages font donc de « Pauline » un très bon petit roman. Une œuvre qui n’a peut-être ni le souffle ni l’inventivité des grands succès d’Alexandre Dumas mais qui possède déjà une maîtrise certaine qui laisse entrevoir ses succès futurs.

Gallimard - Folio Classique - 2016

 

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19 mars 2017

LES ENFANTS DE L'ESPRIT - ORSON SCOTT CARD

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Si « Les enfants de l’esprit » ne clos pas définitivement le cycle d’Ender (l’auteur a sorti depuis trois recueils de nouvelles) il permet au moins de conclure l’intrigue développée dans les deux précédents volumes. Nous retrouvons donc la planète Lusitania là où nous l’avions laissée, c’est-à-dire sous la menace que fait peser sur elle la flotte stellaire et son désintégrateur moléculaire diligentés par le conseil des cent planètes. Mais les lusitaniens ne manquent pas de ressources. Humains, doryphores et piggies préparent leur évacuation vers de nouvelles colonies tandis que Jane, l’IA toute puissante, et les compagnons d’Ender s’emploient à empêcher l’attaque par divers moyens,

Est-ce parce que Ender en est quasiment absent - même si l’on parle beaucoup de lui – mais j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire. Les autres personnages, Miro, Wang-Mu, Peter et Val ne sont pas parvenus à combler ce vide et leurs aventures sur différentes planètes et dans différentes cultures (japonaise, samoane) m’ont parues bien longues. Il y a beaucoup trop de discussions sur la culture justement, la puissance et l’influence de certains groupes, de certaines pensées ou philosophies. Ce n’est pas inintéressant mais ça ne fait guère avancer l’intrigue. Quant aux amours des couples Jane/Miro et Peter/Wang-Mu, leurs je-t’aime-moi-non-plus incessants finissent par lasser et seule peut-être l’incarnation de Jane et les sensations que lui procurent son corps présentent un certain intérêt.

Il faut attendre le dernier quart du livre pour retrouver ce ton et ce rythme qui faisaient la valeur et l’intérêt des deux précédents. Il est alors de nouveau question d’une menace extra-terrestre et des façons de la comprendre pour y faire échec. Cette manière d’enquête scientifique est toujours aussi passionnante grâce aux débats et confrontations d’opinions qu’elle génère. Elle n’est malheureusement pas au centre de l’histoire et n’influe presque pas sur la destinée de Lusitania et de ses habitants. Quant à la façon dont cette planète parvient à stopper la flotte interstellaire, elle s’avère un tantinet décevante, trop facile et trop simple. L’omnipotence de Jane est une nouvelle fois mise à contribution et l’on en vient presque à se demander si la menace était bien réelle et si nos héros jouaient vraiment leur vie dans cette partie d’échec galactique.

De vie et de mort il est pourtant question d’un bout à l’autre du roman. L’auteur aborde les deux bouts de l’existence sous tous leurs aspects, individuel et collectif, et il est aussi bien question de survie (d’une espèce ou d’un individu seul) que de transmission (de ses gênes ou d’une histoire familiale). Ses personnages se penchent aussi sur l’éventualité d’une vie après la mort, sur l’existence de l’âme et la possibilité de sa migration vers une autre forme d’existence, autant de thèmes qui nous rappellent que Card est mormon est qu’il s’agit là de problématiques qui ont pour lui de l’importance.

« Les enfants de l’esprit » est donc un roman assez moyen qui a pour principal mérite de donner une fin - provisoire - aux aventures d’Ender.

J'ai lu - 2008

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14 mars 2017

XENOCIDE - ORSON SCOTT CARD

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Sur Lusitania, la planète où humains, piggies et doryphores essayent de vivre en bonne entente, l’heure et grave. Le congrès stellaire a envoyé une flotte avec mission de détruire la planète pour éviter que le virus de la descolada ne soit exporté sur d’autres mondes. La résistance s’organise et Ender essaye de regrouper autour de lui toutes les bonnes volontés. Il aura fort à faire pour concilier des conceptions de l’existence et des points de vue radicalement opposés.

Si « La voix des morts » nous parlait avant tout de tolérance et d’ouverture à autrui, le thème principal de « Xénocide » est sans conteste le libre-arbitre et son corollaire la responsabilité. Agir, décider, pour soi ou pour les autres, s’affranchir de l’autorité de sa famille, des lois de la société ou de celles de son espèce, tels sont quelques-uns des combats qu’Ender et ses compagnons vont devoir mener. Des choix pas toujours faciles et dont il leur faudra aussi assumer les conséquences parfois redoutables.

Parmi les différents principes régissant leur existence qu’ils vont devoir affronter, la religion fait figure d’ennemi  public numéro 1. Qu’elle soit utilisée pour asservir un peuple (les habitants de la planète de la Voie) ou pour servir les ambitions de quelques-uns (l’hérésie de Planteguerre), elle est ici présentée sous son aspect le plus sombre. L’auteur se garde toutefois de raccourcis trop simplistes et s’interroge davantage qu’il ne critique, sur l’intelligence, l’âme ou les origines de la création. Il n’hésite cependant pas à mettre les croyants face aux contradictions de leur culte à l’instar des catholiques de Lusitania contraints d’adapter leurs rites aux spécificités des races autochtones.

Alors vous l’aurez compris, « Xénocide » est un roman dans lequel on utilise davantage sa cervelle que ses muscles. Hormis une scène d’émeute, il n’y a pas la moindre action violente, pas le moindre combat. Cela ne signifie pas pour autant que le roman soit exempt de confrontations, bien au contraire. Les multiples débats entre les nombreux personnages sont éprouvants. Il s’agit de véritables affrontements où l’on domine son adversaire par la seule force de son raisonnement et où certains arguments ont la puissance d’un d’uppercut. Certes il faut faire un petit effort pour suivre l’auteur dans ses théories et les concepts qu’il manie, mais il vulgarise juste ce qu’il faut pour rendre son propos aussi précis que passionnant et chaque découverte fait avancer l’intrigue mieux que n’importe quel autre agissement.

Cela nous donne une intrigue assez proche de celle du tome précédent. Menace, confrontation d’idées et de personnalités, recherches scientifiques puis découverte finale qui résout, momentanément, les problèmes : le canevas est en effet quasi identique. Orson Scott Card a cependant eu l’heureuse idée d’introduire un peu de nouveauté grâce à la planète de la Voie et quelques-uns de ses habitants. Nous faisons ainsi connaissance avec Han Fei-Tzu, sa fille Quing Jao et leur servante Si Wang Mu, des personnages extrêmement intelligents mais atteints de Troubles Obsessionnels Compulsifs qu’ils croient être le signe d’une connexion avec les dieux. Leur histoire, d’abord parallèle, puis intimement imbriquée dans l’intrigue générale permet de s’évader de l’atmosphère parfois pesante de Lusitania et de découvrir un autre petit morceau de l’univers d’Ender Wiggin.

Au final, le seul défaut de ce livre est qu’il appelle une suite puisque la destinée de Lusitania et de ses habitants reste une fois encore en suspens. Ceci étant, si le quatrième volet est de même qualité que les précédents je suis preneur.

J'ai Lu - 1996

 

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09 mars 2017

LA VOIX DES MORTS - ORSON SCOTT CARD

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Bien que reprenant le personnage principal de « La stratégie Ender », "La voix des morts" n’en est pas à proprement parler une suite. Trois mille ans se sont en effet écoulés depuis la victoire d’Ender Wiggins sur les doryphores et la Terre a depuis essaimé à travers l’univers. Toutes ces colonies sont désormais gouvernées par le conseil des cent planètes qui veille au respect de principes propres à assurer la cohésion et la paix entre les différents peuplements humains ainsi qu’à préserver les espèces extra-terrestres.

C’est que depuis le xénocide perpétré sur les doryphores, l'humanité a pris la mesure de ses responsabilités. Aussi, lorsqu'une nouvelle race intelligente est découverte sur la planète Lusitania, elle prend des mesures draconiennes pour éviter d'interférer dans l'évolution des piggies, de petits humanoïdes à faciès de cochon.

L’histoire débute après qu’un biologiste qui étudiait ce « petit peuple » ait été odieusement torturé et assassiné par les sujets de son étude. Ender Wiggins, toujours en vie grâce à ses incessants voyages à la vitesse de la lumière, est devenu porte-parole des morts auxquels il rend hommage en racontant leur vie. Appelé sur Lusitania par un membre de la famille du défunt, il va se livrer à une véritable enquête sur sa vie et déterminer les raisons de son décès, bouleversant les certitudes des uns et les croyances des autres.

Orson Scott Card  nous plonge donc dans une sorte de polar ethnologique où la solution de l’énigme ne réside pas dans les motivations de l’assassin ou la signification de son geste mais dans le décryptage de la biologie intime d’une planète. Tout au long de ce roman riche de réflexions diverses, il invite ses personnages – et ses lecteurs - à reconsidérer leur façon de voir et de juger les autres. Il les encourage à adopter une attitude ouverte et tolérante, à agir en connaissance de cause et pas seulement selon une perspective purement humaine. Enfin  et surtout, il leur enjoint de ne pas décider pour autrui.

Ethnologie, biologie, religion, intelligence artificielle, les thèmes abordés sont nombreux. J’ai rarement lu un roman de SF qui m’ait donné autant de motifs de réflexion. Et l’intrigue n’est pas en reste. On est tenu en haleine de bout en bout par l’envie de percer le mystère de Lusitania et par une foule d’intrigues parallèles. La tension et permanente, les débats entre les divers protagonistes plus que passionnants et la chute sera tout à fait à la hauteur de nos attentes.

Ma seule petite réserve a trait au fait que l’auteur prépare manifestement le terrain à une suite et que cela se voit beaucoup trop. Il n’est ainsi pas bien difficile de deviner que l’intrigue tournera autour de la résistance de Lusitania face au conseil des cent planètes et que les principaux protagonistes en seront, outre Ender, sa sœur valentine et Jane l’intelligence artificielle omnisciente et rancunière.

J'ai Lu - 1998

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05 mars 2017

LA STRATEGIE ENDER - ORSON SCOTT CARD

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Il y a cinquante ans, les doryphores ont été à deux doigts de conquérir la terre et sans les talents de stratège du légendaire Mazer Rackham, la flotte humaine aurait été défaite et les aliens en mesure d'exterminer ou d'asservir les humains. Pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise, la coalition internationale a mis au point un programme de sélection des enfants les plus prometteurs afin de dénicher un nouveau leader de génie capable de défaire l'ennemi. Pressenti pour devenir l’un des futurs commandants de la Flotte Internationale, le jeune Andrew Wiggin est expédié avec d’autres surdoués à l’école de guerre de la ceinture d’astéroïdes où ils débutent leur formation d’élève-officier. Commence alors pour ces enfants souvent très jeunes, une existence rude, entièrement dédiée à l’apprentissage de la stratégie et du combat dans l’espace.

Ender Wiggin à l’école de la guerre.

Et oui, cela semblera peut-être étrange à certains mais par bien des aspects ce roman de Scott Card m’a fait penser au best-seller de J. K. Rowling. Comme le petit sorcier à lunette, le jeune Wiggin est un enfant à part sur lequel repose les seules chances de l’humanité de triompher d’une dangereuse menace. Comme lui, sa réputation de prodige contribue à l’isoler au sein d’un pensionnat un peu particulier où il se fera malgré tout quelques amis. Comme lui aussi, il est surveillé de près par des professeurs qui n’hésitent pas à lui cacher la vérité, voire à le manipuler, pour parvenir à leurs fins. Bon, la comparaison s’arrête là car « La stratégie Ender » n’est pas franchement un roman pour la jeunesse quand bien même la plupart des personnages sont de très jeunes enfants.

Pour le reste, c’est plutôt du côté d’ « Etoiles, garde à vous ! » qu’il faut aller chercher des ressemblances avec ce roman de SF militariste. Car c’est bien de guerre dont il est question tout au long du livre. De la guerre que les humains s’apprêtent à livrer aux vilains doryphores et de celle que l’on enseigne dans cette fameuse école où de petits génies soigneusement sélectionnés se tirent la bourre à longueur de temps. L’essentiel du roman nous propose donc de suivre pas à pas la formation du jeune Wiggin laquelle repose essentiellement sur des simulations de combats de type laser game ou paint ball.

On aurait pu craindre que la répétition de ces séances de combats de groupe ne devienne lassante mais l’auteur maîtrise parfaitement son sujet et nous surprend à tous les coups. Chacune d’entre elles est l’occasion de découvrir les capacités hors nomes du jeune héros. Au cours de ces affrontements en apesanteur, il fait la démonstration de ses qualités de combattant et dévoile ses dispositions pour le commandement. Fin stratège, alliant une inventivité fertile à une très grande réactivité, il manie également parfaitement la psychologie et sait tirer le meilleur parti des équipiers qui lui sont confiés.

Si l’on suit avec un intérêt grandissant l’irrésistible ascension du jeune Wiggin en prenant un plaisir intense à le voir triompher des coups bas et des pièges que lui tendent des professeurs machiavéliques et des concurrents malveillants, on ressent en même temps une sensation de malaise devant l’existence qui est la sienne. Ender est en effet  poussé à l’extrême limite de ses capacités. Jalousé par tous, laissé pour compte, molesté parfois, il vit dans l’isolement et la crainte sans personne à qui se confier et sans jamais pouvoir laisser transparaître la moindre faiblesse. Une situation qui le mènera a plus d’une reprise aux portes de l’abandon, voire du suicide.

D’une façon plus générale, l’idée d’utiliser des enfants pour la guerre en raison de leur attrait pour le jeu et la compétition ainsi que pour leur manque de retenue (morale, religieuse) face aux conséquences de leurs actes est assez dérangeante. Les adultes qui les entourent se posent bien quelques questions sur le bien-fondé de leur méthode d’éducation et sur ses conséquences sur leurs jeunes élèves mais elles sont bien vite balayées par l’importance de l’enjeu : gagner la guerre. Une fois de plus la fin justifie tous les moyens et conduira Ender à endosser la responsabilité d’un véritable génocide pour sauver une race humaine qui semble bien peu mériter une telle hécatombe puisque sitôt la menace alien disparue, elle recommence à se déchirer.

Avec ses personnages fouillés, son action incessante et les réflexions pertinentes qu’il propose, « La stratégie Ender » est un roman passionnant et complet qui mérite assurément son statut de classique. Une reconnaissance d’autant plus justifiée que l'auteur y fait montre d’une vision quasi prophétique des développements futurs de l’outil l’informatique comme moyen d’éducation, de jeu et de réseau social.

J'ai Lu - 1998

 

 

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26 février 2017

FRANCOIS LE CHAMPI - GEORGE SAND

9782253013464-T

Abandonné au beau milieu des champs, d'où son surnom, le petit François est recueilli par la Zabelle, une vieille paysanne démunie. Tous deux sont hébergés dans une vieille masure appartenant à Cadet Blanchet un meunier peu sympathique. Ils peuvent heureusement compter sur la générosité et le dévouement de son épouse Madeleine qui ne ménage ni ses efforts ni sa tendresse pour élever au mieux le petit François. En grandissant, l'enfant trouvé va vouer un amour inconditionnel à sa presque mère...

Je n’avais encore jamais lu de livre de George Sand et ne connaissait son œuvre qu’au travers des adaptations pour le petit écran des plus connus de ses romans champêtres, « La mare au diable », « La petite Fadette » ou « Les maîtres sonneurs ». « François le Champi » appartient lui aussi à cette série d’histoires régionalistes par lesquelles elle a rendu une sorte d’hommage à son Berry tant aimé.

Elle a cherché au travers de ces textes à composer des récits qui garderaient la fraîcheur et l’authenticité d’un conte campagnard tout en étant accessibles à l’ensemble de ses lecteurs. Elle s’est donc attachée à gommer le plus possible la rudesse du parler berrichon tout en conservant une grande simplicité de style et de nombreux emprunts au patois local. Cela donne à son roman la couleur d’un fabliau raconté au coin du feu, un soir de veillée. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle présente son roman dans l’avant-propos : la simple retranscription d’une histoire contée par un chanvreur et la servante du curé.

Outre la fraîcheur de son thème et de son écriture, on retrouve dans ce livre ses idées libérales. Elle y dénonce notamment les a priori et la médisance populaire qui veulent qu’un enfant trouvé soit mauvais par nature. Ce faisant elle démontre que la valeur et les qualités de cœur n’ont rien à voir avec la position sociale et que, à l’instar du bon sauvage de Rousseau, le paysan vaut souvent bien mieux que le citadin.

Pour autant le grand thème du roman reste l’amour. Amour maternel et filial mais aussi amour charnel par-delà la différence de condition et la différence d’âge. On reconnaît là encore les idées d’ouvertures et de tolérance de l’auteur, son affranchissement des conventions sociales de l’époque et sa volonté de vivre pleinement sa vie de femme émancipée.

Le livre de Poche - Classiques

 

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22 février 2017

LES HOMMES SALMONELLE SUR LA PLANETE PORNO - YASUTAKA TSUTSUI

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Une expédition scientifique japonaise explore la planète Nakamura surnommée la planète « Porno » en raison de la tendance de sa faune et de sa flore à copuler et se reproduire à tout va. Lorsque la botaniste de l’équipe tombe enceinte après avoir été fécondée par une spore, une expédition est montée pour se rendre auprès des nunubiens, une race humanoïde dont on pense qu’elle connaît un remède à cette grossesse non désirée.

Yasutaka Tsutsui est principalement connu en France  pour « La traversée du temps », un roman de SF jeunesse adapté avec succès pour le cinéma. Avec « Les hommes salmonelle sur la planète porno » on change de public. Mais attention, malgré son titre racoleur et sa couverture explicite il ne s'agit pas de littérature pornographique. En fait, nous sommes toujours en présence de science-fiction et, pour être plus précis, de hard-science.

Une bonne part de l'histoire de ce court roman consiste en effet en débats scientifiques entre un bactériologiste et un biologiste. L’auteur en profite pour élaborer quelques théories originales à propos de la faune et de la flore de la planète dont une surprenante « théorie de la dégénérescence » qui prend le contre-pied exact de celle de Darwin. Il imagine aussi un écosystème libidinal où les relations entre espèces ne se feraient pas de prédateurs à proies mais consisteraient en une sorte de symbiose sexuelle, quelque chose comme la victoire d'Eros sur Thanatos.

N’allez surtout pas croire au vu de ce qui précède que le texte de Tsutsui soit rébarbatif. L’expédition des professeurs Mogamigawa, Sona et Yohachi à travers la jungle de la planète Nakamura leur réserve bien des surprises,  pas toutes désagréables puisque les rouges-glands, les touches-pipettes et autres farfouilleuses n’en veulent pas à la vie de nos héros mais simplement à leurs attributs virils. Ils devront aussi se méfier des réveille-bobonnes dont le cri provoque des rêves érotiques et des champs de myosotristes dont le parfum provoque un phénomène « Algernon » de perte de mémoire et de régression intellectuelle…

Humour et réflexion sont donc présents en parts à peu près égales et je regrette juste d’en avoir appris si peu sur les nunubiens qui constituent pourtant le but de l’expédition. A part leurs mœurs libérées et leur don de télépathie on n’apprend guère de choses sur eux, leur origine, leur organisation sociale et leur vie sur cette planète obscène et vicieuse. De même, les autres personnages de la mission scientifique entrevus au début de l’histoire sont trop peu utilisés. Il y avait me semble-t-il matière à nous concocter quelque chose comme un MASH spatial avec ces scientifiques et leurs histoires de cul confrontés à un environnement riche de découvertes extraordinairement grivoises.  

Cela n’est cependant pas bien grave puisque j’ai passé une heure bien réjouissante sur cette étonnante planète et je pense m’attaquer très bientôt à « Hell » l’autre roman de Tsutsui édité dans cette collection Iwazaru que les éditions Wombat consacrent aux auteurs nippons.  

Nouvelles Editions Wombat - Iwazaru - 2017

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