SF EMOI

21 juin 2017

LE BOURREAU ET SON DOUBLE - DIDIER DAENINCKX

imagesA peine débarqué à Courvilliers, l’inspecteur Cadin est confronté à un double décès, celui de Claude et Monique Werbel, tous deux employés par les usines Hotch et accessoirement militants pour les droits des travailleurs immigrés. Les premières constatations laissent penser à un crime passionnel suivie d'un suicide. Mais l’inspecteur Cadin n’a pas l’habitude de se contenter des apparences…

A force d’être muté dans les patelins les plus déprimants de l’hexagone, l’inspecteur Cadin devait bien finir par échouer en banlieue parisienne. C’est chose faite avec ce volume qui le voit prendre ses quartiers à Courvilliers (La Courneuve ?) ville typique de Seine Saint Denis avec ses HLM, ses petits délinquants et sa forte population immigrée. Il y a aussi les usines Hotch, fleuron de l’industrie locale et principal employeur de la commune ou, présenté autrement, parangon du capitalisme et négrier des temps modernes.

Daeninckx fait en effet le procès de ces multinationales toutes puissantes qui croient pouvoir s’affranchir des lois et mener leurs petites affaires comme bon leur semble. Il met le doigt sur leurs pratiques déloyales, de la collusion avec le pouvoir au chantage à l’emploi. Il nous montre comment elles découragent  toute résistance grâce à des syndicats maisons à leurs ordres et des services de sécurité qui brisent et déconsidèrent ceux qui s’opposent à elles. Il montre enfin comment elles exploitent la misère du monde, « important » une main d’œuvre à faible coût qu’on laisse sur le carreau sitôt qu’un nouveau conflit ou une nouvelle catastrophe leur en fournit une autre, moins chère ou plus malléable, laissant à l’état et à la collectivité le soin d’assumer leurs responsabilités à leur place.

L’intrigue, elle, ressemble un peu à celle de « Meurtre pour mémoire » puisque  la solution de l’énigme est cette fois encore à chercher dans des faits vieux de vingt ans et parce qu’elle fait revivre les heures sombres de la colonisation française. Elle fait converger deux histoires, deux lieux et deux époques (le suicide d’un syndicaliste et le carnet de route d’un appelé du contingent pendant la guerre d’Algérie) pour mieux nous montrer la persistance de l’horreur et le poids du remord.

Quant à Cadin, il demeure fidèle à lui-même, plus dépressif et seul que jamais, affecté au service de nuit et partageant son lit avec un matou sans gêne. Ca s’arrange pas vraiment !

Gallimard - Folio Policier - 2005

 

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15 juin 2017

COMME UN SEPULCRE BLANCHI - DOMINIQUE ARLY

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Gérard de Chanois est un propriétaire terrien qui vit confortablement de ses rentes dans son château provincial. Bien que déjà âgé, il n’a pas encore renoncé aux choses de l’amour et se laisse aller de temps à autre à quelques privautés sur sa femme de chambre. Aussi, lorsque la ravissante nièce de son intendant vient passer quelques jours dans sa vieille demeure, il tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme au point de faire siennes toutes ses lubies. La jolie Liliane est en effet persuadée d’avoir trouvé dans la chapelle castrale le tombeau de Joseph Balsamo. Depuis, elle croit être guidée par le célèbre alchimiste dans la réalisation du Grand œuvre.  

Deuxième volume de Dominique Arly paru au Fleuve Noir Angoisse, « Comme un sépulcre blanchi » a beaucoup de point commun avec « Les revenantes » qui le précédait de quelques mois seulement au catalogue de la collection à la tête de mort. Les deux romans partagent en effet le même décor (une vieille demeure médiévale dans une petite bourgade provinciale), la même ambiance (un quasi huis-clos dans ledit château) et un même procédé narratif (la confession du principal protagoniste de l’histoire).

Quant à l’intrigue, elle semble presque calquée sur celle des « Revenantes » puisqu’il s’agit là encore d’une histoire de manipulation mentale sur fonds de manifestations surnaturelles et d’évocation d’esprits. Après Barbe bleue et Gilles de Rais, c’est cette fois le fantôme du célèbre comte de Cagliostro qui est appelé à la rescousse. On est donc plongé dans l’univers du célèbre aventurier et on enchaine allègrement les séances de spiritisme et de possession démoniaque. Toute la panoplie de l’apprenti alchimiste est également de la partie avec moult vieux grimoires, athanor et plomb changé en or… et vice versa. Car les expériences de Gérard de Chanois et de ses compagnons vont avoir une fâcheuse tendance à échouer et les réserves de métal précieux du vieux hobereau à fondre comme neige au soleil.

A ce point du récit vous vous direz sans doute que le pauvre homme est en train de se faire plumer par deux arsouilles. Peut-être ? Mais sachez tout de même que le roman se termine sur une jolie pirouette et que, comme dans la fable, tel est pris qui croyait prendre. Le lecteur le premier qui, sûr de lui, commençait à penser que l’auteur était en panne d’imagination. Bien joué monsieur Arly !

Fleuve Noir Angoisse - 1966

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09 juin 2017

COLZA MECANIQUE - KARIN BRUNK HOLMQVIST

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Hening et Albert, deux frères de 68 et 73 ans, vivent paisiblement dans leur maisonnette perdue au fin fonds de la campagne scanienne quand leur tranquillité est mise à mal par deux évènements inattendus : l’installation d’un centre de désintoxication pour femmes et la découverte dans un champ voisin de traces attribuées à des soucoupes volantes. L’effervescence gagne la petite communauté rurale et nos deux bonhommes vont avoir fort à faire pour conserver intact leur mode de vie. 

Jusqu’à présent lorsque je voulais ma petite dose d’humour scandinave je me tournais invariablement vers le finlandais Arto Paasilinna ou le danois Jorn Riel. Avec « Colza mécanique » j’ai découvert qu’il pouvait aussi être suédois. Karin Brunk Holmqvist ne fait toutefois pas dans la bonne grosse loufoquerie ou dans le gros rire qui tâche. Elle nous offre plus modestement une petite chronique villageoise qui met de bonne humeur. Cela ne l’empêche pas de nous donner un joli florilège de scènes cocasses et n’exclut pas non plus un peu de satire sociale.

Pour ce faire elle a appelé à la rescousse deux personnages assez inhabituels. Les frères Anderson n’ont en effet rien de très glamour. Ce sont deux vieux garçons de près de 70 ans qui n’ont jamais quitté leur village natal et qui vivent chichement de leur maigre pension et des petits boulots que leur confie le châtelain local. La description de leur quotidien occupe une grande place dans l’histoire non seulement parce qu’il est tout à fait pittoresque et prête à sourire mais aussi parce qu’il offre un contraste saisissant avec le mode de vie moderne. Et c’est précisément l’irruption de cette modernité dans leur petite existence bien réglée qui va être source de multiples quiproquos et de non moins nombreux bouleversements.

Dans ce monde et cette société qui changent beaucoup trop vite, Henning et Albert, sont comme deux repères, deux chênes centenaires bien enracinés dans leur terroir et leurs habitudes. Leur vie toute simple, dénuée de confort paraît d’abord rétrograde avant que l’on ne se rende compte que, tout bien considéré, c’est peut-être la nôtre qui ne tourne pas bien rond. Que penser en effet d’une société où les jeunes filles s’alcoolisent, où les journalistes sont à l’affût de sensationnel, où les policiers croient aux soucoupes volantes et où les élus s’apprêtent à mettre une région sans-dessus-dessous pour créer quelques emplois alors que la bourgeoisie du cru embauche des ouvriers polonais !

Nos deux papys, eux, continuent de vivre en accord avec leur environnement et en bonne entente avec leurs concitoyens. Ils ne cherchent pas le profit, la célébrité ou les honneurs. Le peu qu’ils possèdent suffit amplement à leur bonheur avec, par-dessus tout, la joie d’être ensemble et de partager.

« Colza mécanique nous donne une petite leçon de vie et d’humilité et par les temps qui courent ça fait plutôt du bien !

Mirobole Editions - 2017

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03 juin 2017

TREMBLEMENT DE TERRE - RUDOLPH WURLITZER

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Depuis le temps qu’on l’attendait il a enfin pointé le bout de son nez. Et le reste avec. Qui ? Le Big One bien sûr ! Le bon gros tremblement de terre qui vous ratatine Los Angeles et la Californie en une poignée de minutes. Au milieu des ruines, dans le bordel sans nom qui suit la grande frousse, la lutte pour la survie prend le pas sur la philanthropie et les bonnes manières. La violence aveugle et l’esprit de meute sont de retour…

Initialement paru en 1976 sous un titre (Quelle secousse !) et une couverture beaucoup plus provoc, c'est sous son titre original que ce roman de Rudolph Wurlitzer a été réédité par les éditions Christian Bourgeois. Pour autant son contenu est toujours aussi transgressif et outrancier et en cela bien représentatif de ce qui se faisait dans les seventies.

Est-ce l’atmosphère de libération sexuelle ou la peur de la fin du monde que faisait alors peser la menace nucléaire mais c’est une histoire totalement radicale que nous propose l’auteur, joyeusement libertaire et résolument nihiliste. Pas de paragraphes, pas de chapitres, rien qu’un long texte entrecoupé de dialogues. Une succession de séquences fortes, sans ordre ni raison, sans causes ni conséquences.

Une vision absolument chaotique de la société ou plutôt de ce qu’il en reste car, en même temps que s’écroulent immeubles et buldings, c’est toute la structure sociale qui s’effondre. Les corps constitués et toute autre forme d’autorité disparaissent laissant les personnalités libres de s’exprimer sans contraintes (« Une petite parenthèse de dépravation où nous pouvons nous ébattre à notre guise »). Et comme on pouvait s’en douter, c’est le pire qui se révèle. Orgies, viols, tortures, exécutions sommaires, l'homme retourne très vite à sa nature animale, laissant libre cours à sa frénésie sexuelle et reprenant la lutte atavique pour le territoire.

"Tremblement de terre" est donc un roman surprenant, une peinture ultra réaliste d'un lâcher prise généralisé dont on se demande toutefois l’utilité. L’auteur ne pose aucune question, n’apporte aucune réponse et n’initie pas la moindre intrigue. Un exercice un peu vain…

Christian Bourgeois - Collection Fictives - 1995

 

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28 mai 2017

LE LIVRE DE SWA - DANIEL WALTHER

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Après la « Grande Déflagration » et la terrible « Guerre de Cristal » qui suivit, la Terre est revenue à sa sauvagerie primitive. Seuls subsistent quelques îlots de connaissance jalousement conservés dans des forteresses gouvernées par une oligarchie religieuse. Jeune apprenti promit à un brillant avenir, Swa trahit les siens et livre sa Citadelle à la horde de Visage-de-l’Ours, un chef nomade en qui il a décelé les qualités d’un dirigeant charismatique et impartial. Poursuivi par la vindicte des zélateurs du Grand Serpent, il doit fuir dans le Nomansland, territoire immense et dangereux qui conserve intactes les séquelles des cataclysmes passés. 

Cette trilogie parue au Fleuve dans les années 80 est l’une des rares incursions de Daniel Walther dans le domaine de la Fantasy. Encore s’agit-il d’une Fantasy timide où la SF n’a pas abdiqué tous ses droits mais qui respecte néanmoins la plupart des codes du genre. Les combats ont lieu à l’arme blanche, il y a des chefs de guerre et de bien méchants religieux et l’histoire s’ouvre sur le traditionnel apprentissage d’un jeune héros promis à un grand destin.

Après un premier tome très conventionnel mais néanmoins bien mené qui se termine sur la promesse d’une confrontation entre deux camps et deux modes de vie, l’histoire s’enlise quelque peu. Les deux volumes suivants traînent en longueur sans pour autant apporter beaucoup de nouveauté, se résumant à une succession de rencontres, presque toujours mauvaises.

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Swa et ses deux compagnons ne cessent de tomber de Charybde en Scylla et l’on ne compte plus les fois ou tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt les trois, se retrouvent prisonniers et doivent subir les sévices de leurs geôliers. Ils seront notamment captifs d’une vieille folle et de ses mutants assoiffés de sang, de robots pas si bêtes mais trop disciplinés et de peuplades nomades où ils subiront les derniers outrages.

Ils font aussi d’autres rencontres moins déplaisantes mais tout aussi répétitives pour le lecteur. Elles permettent cependant de se faire une idée de ce qu’est devenu le monde après une lointaine apocalypse. L’auteur confronte ses personnages aux débris de l'ancienne civilisation, leur faisant ressentir ce qu’elle pouvait avoir de superbement évolué mais aussi d’immensément dangereuse. Swa se frottera ainsi à divers peuplements humains qui survivent tant bien que mal des vestiges du passé mais dont l’avenir s’assombrit de jour en jour.

Car, et c’est une habitude  chez l’auteur, « Le livre de Swa » nous parle de lutte entre civilisation et barbarie, connaissance et ignorance. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ses faveurs ne vont pas forcément aux tenants de la science. Les sociétés évoluées y sont décrites comme corrompues et proches de sombrer tandis que la sauvagerie des jeunes peuplades, sa force brute et destructrice semble porteuse d’un renouveau violent mais salutaire. Bref ses avis sont partagés.

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Pour le reste on se rend compte que Daniel Walther s’est beaucoup amusé à rédiger cette trilogie. Cela se sent notamment dans les noms donnés à certains personnages (Lord Vashar) ou à la longue litanie des titres de Dunja IV de Mahagonny Dumdum, Grande-Duchesse de Carniole, souveraine de Cambrie et régente d’Estrellasz qu’il aime à égrener tant et plus. Ce style un peu précieux ainsi que son goût pour les ambiances baroques et luxurieuses aident heureusement à surmonter l’absence d’une réelle intrigue et nous permettent d’arriver au terme de l’histoire sans trop d’ennui.

Fleuve Noir Anticipation - 1982

 

 

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21 mai 2017

LES CAVALIERS DE LA PYRAMIDE - SERGE BRUSSOLO

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Antonus Crassus Samsalla est à la recherche du trésor d’Ankhnoût qui, selon la légende, serait caché dans les tréfonds d’une pyramide elle-même engloutie dans une poche de sables mouvants. Pour mener à bien son entreprise il lui faut décrypter des hiéroglyphes quasi effacés par l’usure du temps et la seule personne capable d’une telle performance, est une jeune femme sévèrement gardée dans un temple. Il confie son enlèvement à Junia et Shagan, la paire de mercenaires la plus redoutable d’Egypte… 

Serge Brussolo a beau être pourvu d’une imagination époustouflante, il lui arrive parfois d'être moins inspiré et de recycler certaines idées ou certains personnages. C’est le cas avec ce roman dans lequel on retrouve le duo Julia/Shagan, les héros du dyptique du Roi Squelette. Il se permet même de reprendre mot pour mot le récit des origines du cul de jatte et de l’ogresse, s’assurant ainsi une soixantaine de pages à peu de frais.

Tanita Taït est en revanche un personnage tout à fait neuf. Elle rappelle cependant beaucoup celui d'Anouna, l'héroïne des deux volumes que l’auteur a consacré à l’Egypte ancienne (Le labyrinthe de Pharaon & Les prisonniers de Pharaon). Une différence toutefois, Tanita Taït n’a pas d’odorat surdéveloppé mais est dotée d’un sens du toucher et d’une ouïe exacerbés. Quant à l'intrigue, elle reprend plus ou moins celle du premier de ces deux romans puisque nous sommes encore une fois lancés dans une chasse au trésor dans le désert égyptien puis à l’intérieur d’une pyramide recelant quantité de pièges et de périls. 

Bien que dieux, divinités, sorcières et autres fantômes soient fréquemment évoqués, l’histoire ne fait que flirter avec le fantastique. On est incontestablement en présence d’un péplum quand bien même l’Egypte de Brussolo est plus fantasmée que franchement réaliste. Il nous donne cependant ce qu’il faut d’éléments et de détails (vestimentaires, alimentaires, religieux…) pour que  l’immersion soit suffisamment crédible.

Les égyptologues ou, plus modestement, les amateurs de Christian Jacq, seront sans doute déçus d’autant qu’il se permet aussi quelques fameux anachronismes (le scaphandre, les chars à voiles). Mais cela n’est pas bien grave puisqu’au bout du compte, le maître nous régale une fois de plus d’idées aussi grandioses que ridicules : une pyramide coulée dans des sables mouvants, une carte au trésor auditive ou un défilé au vent si abrasif qu’il écorche jusqu’à l’os quiconque a le malheur de s’y hasarder : qui dit mieux !

Le livre de poche - 2004

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14 mai 2017

CARNAGE - CRAZY FARMER

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Clotide et Vanessa viennent d’emménager dans une vieille ferme des Ardennes où elles rêvent d’ouvrir un lieu de culture alternative, un endroit qui leur corresponde, indépendant et atypique. Mais deux jolies nanas seules dans un coin paumé ça suscite forcément des interrogations… et des envies. 

A la lecture du pitch de ce 19ème opus des éditions Trash, je m’attendais à un roman gore on ne peut plus classique, mettant en scène des citadins confrontés à des culs-terreux arriérés façon « Délivrance ». Ce en quoi je ne m’étais guère trompé même s’il me faut avouer que l’auteur est parvenu à me surprendre en détournant légèrement les codes de ce genre de littérature.

Il faut d’abord souligner le fait que Crazy Farmer (un pseudo de circonstance) n’est pas tombé dans l’excès. Si certains passages sont particulièrement éprouvants, le nombre de scènes de violence demeure finalement assez limité. Six morts en tout et pour tout, ce n’est vraiment pas beaucoup pour les amateurs d’hémoglobine. Idem côté sexe puisque, excepté quelques attouchements saphiques, on ne dénombre qu’une malheureuse scène de cul, deux si l’on compte les amours zoophiles de l’un des personnages ! Cela n’empêche toutefois pas « Carnage » de nous fournir quelques séquences bien cracra et très « visuelles » dont un dépeçage en règle réalisée par les deux charmantes héroïnes en tenue d’Eve.

C’est d’ailleurs la façon dont l’auteur utilise ces jolies demoiselles qui donne au récit toute son originalité. Dans le roman gore, les femmes jouent la plupart du temps le rôle de victimes et la violence, la perversion ou la domination y sont presque toujours l’apanage des hommes. Ici, c’est exactement le contraire puisque, perversité mise à part, tous les meurtres sont à imputer à Clotilde ou Vanessa. Renversement de point de vue ? Girl power ? Pas vraiment car si nos deux lesbiennes deviennent meurtrières, c’est à leur corps défendant et pour tout dire un peu par hasard. 

Les circonstances de leurs premiers assassinats sont même carrément burlesques et je dois dire que c’est un ton que j’aurais aimé voir perdurer. Mais cet humour décalé reflue très vite pour se réfugier presque exclusivement dans les titres des chapitres ou dans les monologues intérieurs d’un abruti consanguin. C’est peu mais néanmoins suffisant pour faire de « Carnage » un gore rondement mené qui remplit pleinement son rôle : deux heures d’une lecture bien sympa.

Trash Editions - 2016

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10 mai 2017

L'ILE D'EVE - EDGAR WALLACE

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A la fin du XIXème siècle, un aventurier américain met sur pied une incroyable opération visant à s’approprier un minuscule îlot perdu au milieu de l’Atlantique. Une fois parvenu à ses fins, il n’aura de cesse d’en faire un état indépendant. 

Sympathique petit roman qui nous conte avec un peu d’action et beaucoup d’humour, de quelle manière un homme parvient à réaliser un rêve insensé.

L’un de ses principaux attraits réside dans son mode de narration. L’histoire nous est en effet dévoilée au travers des témoignages de plusieurs des acteurs de cette aventure, ce qui donne un peu de distance à la narration et lui apporte un vernis de réalisme.

Pour le reste, on ne sera guère surpris par une intrigue qui suit son petit bonhomme de chemin entre réceptions mondaines et détournement de navire, course hippique et chasse au trésor.

Nouvelles Editions Oswald - Le Miroir Obscur - 1988

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05 mai 2017

LE DIEU CARNIVORE - CLARK ASHTON SMITH

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Des sept volumes parus chez Néo j’ai déjà lu « Ubbo- Sattlah » et « Les abominations de Yondo ». Je suis donc  familiarisé avec l’écriture pointue et rigoureuse de M. Smith ainsi qu’avec les différents cycles (Zothiques, Poseidonis, Averoigne…) auxquelles se rattachent la plupart de ses nouvelles. Le présent recueil se distingue toutefois par le fait qu’il nous propose huit récits qui, justement,  n’appartiennent à aucun de ces cycles. Quatre nouvelles fantastiques et quatre autres qui s’apparentent à la SF. Des textes la plupart du temps horrifiques et angoissants mais dont l’humour n’est cependant  jamais totalement absent. 

C’est Genius Loci qui ouvre le bal par une histoire de lieu hanté. Non, pas de maison ni de château écossais mais une mare perdue au milieu des prés. Un cadre bucolique propice aux idylles mais qui, sous la plume de Smith, prend des allures de cloaque immonde suscitant chez ceux qui s’en approche des visions morbides qui les poussent au suicide.

Le paysage aux saules a la candeur et la fraîcheur d’un conte pour enfants. Dans la Chine impériale, un vieil érudit est contraint de vendre un à un les trésors dont il a hérité : jades, ivoires, porcelaines. Pourras-t-il  se résoudre à se séparer d’une huile sur soie représentant un paysage agreste où il aime à vagabonder par la pensée ?

Le neuvième squelette et Les cendres du passé sont deux histoires dans lesquelles le narrateur vit une expérience extra lucide : vision du passé pour la première, prémonition pour la seconde. 

Suivent quatre récits de science-fiction : 

Le monde éternel fait irrésistiblement songer à « La machine à explorer le temps ». Comme dans le grand roman de H. G. Wells, un savant parvient à construire un appareil qui lui permet de voyager vers le futur. Une erreur de calcul le projette « au-delà du temps, aux confins d’univers oubliés, là où le temps n’existait peut-être même plus et où, par conséquent, rien ne pouvait jamais se produire. » Un concept intéressant mais pas assez fouillé, l’histoire reprenant trop vite une tournure beaucoup plus conventionnelle.

Science-fiction très classique aussipour La cité première qui nous offre un récit de cité perdue,  protégée par une terrible malédiction. Un texte beaucoup trop court pour accrocher le lecteur en dépit  de descriptions assez convaincantes.

Si Vulthoom ne figurait pas dans un recueil consacré à C. A. Smith, je l’aurais attribué sans l’ombre d’une hésitation à C. L. Moore tant le cadre, l’intrigue et le ton ressemblent à ceux des nouvelles qu’elle a composé pour « Shambleau ».La planète rouge,une demeure sinistre qui dissimule des secrets millénaires, un être aussi puissant que dangereux, deux héros en quête d’aventure… on se croirait bel et bien dans l’une des aventures de Northwest Smith et Jarol. Une différence toutefois, l’histoire se termine mal pour les deux héros.

Dans Mutation cosmique, le pauvre Lemuel Sarkis ne s’en sort pas mieux même si lui est victime de la sollicitude des habitants de la planète Mlok et non de leurs visées expansionnistes ! 

Des trois récits « médiévaux » issus du cycle d’Averoigne, La vénus de Périgon est le plus intéressant grâce à son double niveau de lecture. Peu après la découverte de la statue d’une déesse païenne dans le potager d’une abbaye, un certain relâchement des mœurs est constaté chez la plupart des frères. Un puissant sortilège émane-t-il de la Vénus ou bien sont-ce ses rondeurs de marbre qui tourneboulent les pensées de moines sevrés des plaisirs de la chair ?

Le colosse d’Ylourgne est un classique de l’œuvre de Smith puisqu’il met en scène un redoutable nécromant qui ourdit une terrible vengeance contre les habitants de la ville qui l’a rejeté. Rien de très nouveau mais quelques jolies scènes de ce fameux colosse ravageant une contrée pacifique.

Le satyre est un agréable récit qui nous conte l’infortune conjugale du Seigneur de la Frénaie. Mais alors que l’on pense assister au récit de sa vengeance, Smith passe en un rien de temps de la tragédie à la comédie en introduisant un troisième larron qui vient ridiculiser les deux rivaux ! 

Zothique est un univers qui emprunte à la fois à l’Egypte ancienne et aux contes des mille et une nuits. Rois tous puissants, vils sorciers, jeunes vierges et guerriers courageux évoluent dans un décor oriental fantasmé aussi plaisant à l’œil que dangereux.

Le jardin d’Adompha en est le meilleur exemple qui nous emmène visiter le paradis secret du roi de Sotar, un parc orné d’arbres sur lesquels des morceaux de corps humains - nez, cheveux, seins, mains ou oreilles – ont été greffés grâce à la magie du sorcier Dwerulas…

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Le dieu carnivore nous propose une aventure qui aurait pu être vécue par le célèbre barbare de R. E. Howard. A Zul-Bha-Sair, cité vouée au culte du Dieu Mordiggian auquel sont offerts les cadavres de tous les défunts, Phariom a fort à faire pour récupérer le corps de son épouse cataleptique. Atmosphère angoissante, culte mystérieux et sorciers félons sont à l’honneur dans ce texte où l’action est aussi bien présente. 

Des combats encore avec Le Supérieur noir de Puthuum qui nous emmène à la suite de deux guerriers chargés d’escorter la nouvelle favorite de leur souverain. Dans les profondeurs sauvages et désolées du désert d’Izdrel, Zobal et Cushara vont affronter les maléfices d’Ujuk, fils d’un moine et d’une lamie. Une nouvelle animée qui se conclue sur une note féministe. Si, si !

La fileuse de momies est en revanche beaucoup plus sombre. Sur ordre de leur roi, trois soldats doivent récupérer une momie enfouie dans les ruines de la cité maudite de Chaon Gacca. Une fin funeste les y attend… 

Nouvelles Editions Oswald - 1987

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30 avril 2017

MEURTRES POUR MEMOIRE - DIDIER DAENINCKX

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Le 17 octobre 1961 à Paris, un professeur d’histoire qui s’attarde à regarder les affrontements entre CRS et indépendantistes algériens est assassiné d’une balle dans la tête. Vingt ans plus tard à Toulouse, son fils, est abattu en pleine rue. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Cadin incline à penser que les deux affaires sont liées et que pour trouver l’assassin du fils, il faut  d’abord trouver celui du père.  

Après l’Alsace et le Nord, c’est sous le soleil toulousain que l’inspecteur Cadin mène sa troisième enquête ou, plus justement, qu’il l’entame puisque ses investigations l’obligeront à de fréquents aller/retour à la capitale. La ville rose sert donc surtout de cadre à des péripéties  plus légères (un braquage amusant et les canulars politiques des situationnistes) qui viennent alléger une atmosphère parfois pesante.

Selon un scénario déjà utilisé dans les autres aventures de son flic neurasthénique, l’auteur commence par nous embarquer sur une fausse piste. Cette fois, c’est la guerre d’Algérie et en particulier ses échos sur le sol français qui sert de fil rouge à son intrigue. Cela lui permet de nous parler d’un sujet qui lui tient manifestement à cœur à savoir la violente répression des manifestations du 17 octobre 1961 au cours desquelles de nombreux algériens perdirent la vie.

J’avais déjà eu connaissance de cet épisode peu glorieux de notre histoire récente mais la peinture qui nous en est faite est glaçante. La bêtise et la méchanceté gratuite dont font preuve les forces de l’ordre mais aussi les « honnêtes citoyens » est proprement horrible. Une horreur à laquelle une autre, commise vingt ans plus tôt, viendra répondre un peu plus loin. Une façon de rappeler que le racisme et la haine sont de tous les pays et de toutes les époques.

Outre ses qualités intrinsèques, ce roman revêt pour moi un intérêt complémentaire puisqu’une bonne partie de son histoire se déroule à Paris, rue Notre-Dame de Bonne Nouvelle à l’ombre de l’église du même nom où je fus baptisé, confirmé, communié (à l’insu de mon plein gré, je tiens à le préciser !), bref dans le quartier de mon enfance où je résidais encore lorsque Daeninckx écrivit son roman au début des eighties. Il y a d’ailleurs de nombreuses références à cette époque avec notamment le journal télévisé de Yann Maroussi, le Rubik-cub et les jeux électronique Banzaï (les plus vieux corrigeront d’eux même l’orthographe volontairement inexacte de ces noms). Cela m’a donc permis de visualiser parfaitement les déplacements des personnages et de constater le sérieux du travail de reconstitution de l’auteur.

Signalons encore, c’est assez rare pour le relever, que nous avons ici un Cadin plus joyeux qu’à l’ordinaire et qui s’offre même le luxe d’une gentille amourette. Aurait-il retrouvé confiance dans le genre humain ?

Folio Policier - 2007

 

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