SF EMOI

19 janvier 2020

GARE A LOU ! - JEAN TEULE

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Lou Moaï-Seigneur vit chichement avec sa mère au 276ème étage d’une tour HLM. Un jour qu’un camarade de classe se moque d’elle, la jeune ado constate avec stupeur que les malheurs qu’elle a souhaités au sacripant se réalisent. Utilisant dès lors son don pour punir les fâcheux de tout poil, elle finit par attirer l’attention de l’armée qui voit en elle une arme d’une redoutable efficacité.

Pour son, déjà, 18ème roman, Jean Teulé a laissé de côté les biographies de personnages célèbres (Le Montespan, Je, François Villon…) et les évènements tragiques de l’histoire de France (Mangez-le si vous voulez, Entrez dans la danse) pour renouer avec les ambiances surréalistes et poétiques de ses débuts. Mais c’est surtout avec « Le magasin des suicides » que « Gare à Lou ! »  partage le plus de points communs puisqu’on y retrouve la même atmosphère d’anticipation décalée et un jeune héros confronté à l’univers anxiogène des adultes.

Si l’histoire en elle-même est peu passionnante et un rien moralisatrice (les politiques et les militaires, c’est des méchants !), le ton général du récit reflète bien ce que j’apprécie chez l'auteur : un humour déjanté, des situations extraordinaires et des personnages hors normes. On regrettera sans doute que la découverte de son don par Lou et par les pouvoirs publics soit un peu trop rapide et que les nombreux passages où elle est enfermée dans un bunker en compagnie d’un trio de généraux pas en retraite, soient un tantinet répétitifs.

Il y a en revanche quelques jolies trouvailles linguistiques (les écorches-cieux) et de belles idées dont cette multinationale informatique siglée d'un fruit qui réclame un impôt aux Etats et le Bar des Sanglots où l’on peut commander un Chagrin Noir, une Secousse Nerveuse ou une Peine Infinie… Alors ne boudons pas notre plaisir et laissons-nous emporter par l’imaginaire et la bonne humeur perpétuelle de Teulé qui nous fait une fois de plus passer un agréable moment, tout de poésie et d'humour.

Julliard - 2019

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12 janvier 2020

MOI, MIKKO ET ANNIKKI - TIITU TAKALO

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« Un quartier qui nous ressemble. Un quartier qui nous rassemble – et se battre pour le préserver ». Me fiant à la quatrième de couverture, je m’attendais à découvrir l’histoire d’un couple d’idéalistes bien décidés à sauver de vieux immeubles historiques de la cupidité des promoteurs. Or, s’il est bel et bien question de la vie de Tiitu et de Mikko, de leur installation dans le quartier d’Annikki et du combat qu’ils menèrent pour sa sauvegarde, cette BD va bien au-delà. En fait, c’est toute l’histoire de la ville de Tampere qui nous est dévoilée et, par ricochet, celle de la Finlande.

Le livre de Tiitu Takalo commence même par un petit cours de géologie qui nous explique comment s’est formé le « socle » de la ville et pourquoi la conjonction d’une moraine, de deux lacs et d’un fleuve impétueux décidèrent les populations locales à s’installer dans ces parages.  Puis, remontant le fil de l’histoire, on voit la petite bourgade passer du giron de la Suède à la tutelle de la Russie pour devenir un centre industriel de premier plan. Gonflée par l’afflux de migrants venus chercher du travail, la cité se transforme. Les usines fleurissent et de nombreux logements sont construits en périphérie pour loger cette multitude besogneuse. L’indépendance, les guerres, les révoltes se succèdent. L’urbanisme et une certaine idée du modernisme ont raison de l’habitat ouvrier du XIXème siècle. Mais, grâce à l’engagement et la ténacité d’une poignée d’hommes et de femmes, des îlots de briques et de bois sont préservés de la voracité des lotisseurs afin que soit conservé un témoignage de la façon dont on vivait dans le Tampere d’hier : un lien entre le passé, le présent et le futur.

Entre ces pages d’histoire, s’intercalent des moments plus contemporains et plus intimes. Nous y suivons l’auteur et son compagnon, des prémisses de leur vie commune jusqu’à l’emménagement dans un appartement de ce fameux quartier d’Annikki. Travaux, combat contre la municipalité, manifestations culturelles, nous assistons à  ces étapes de leur vie qui se confondent avec celles de leur futur foyer. Nous découvrons également les sujets qui leur tiennent à cœur, leur envie de partager et d’inventer de nouveaux modes de vie. Tout un idéal écolo et altermondialiste illustré par des planches qui nous parlent de façon toujours amusante de surconsommation, de récup’ et d’entraide.

Parlons un peu graphisme à présent. Le livre de Tiitu Takalo est un joli pavé de 250 pages, une sorte de gros carré de 20cm/20cm, format inhabituel mais néanmoins agréable en main. Si je regrette que les planches soient pour la plupart conçues sur le même modèle – feuille carrée divisée elle-même en quatre carrés d’égales dimensions – j’ai en revanche beaucoup apprécié le gros effort porté sur la colorisation. Classiquement blanc pour les chapitres qui traitent de la vie de Tiitu et Mikko, le fond des pages devient gris, ocre ou beige pour celles qui nous font revivre le passé de la ville. Loin de n’être qu’une originalité, ce « code couleur » structure le livre et permet au lecteur de mieux suivre le cheminement du travail du dessinateur.

Les couleurs des dessins ont aussi une « identité » très marquée. Il s’agit de couleurs un peu passées, un camaïeu de vieux rose et de bleu délavé avec, parfois, des tons plus éclatants pour illustrer des scènes particulièrement joyeuses ( un concert ou une fête) ou au contraire plus sombres lorsqu’il s’agit d’aborder des moments tristes. Ces couleurs estompées sont évidemment liées à la technique de l’aquarelle qui prédomine dans cette BD même si de nombreuses planches sont dessinées de façon plus conventionnelle à l’aide de crayons graphites ou de pastels. Mais, quel que soit la technique utilisée, le rendu est toujours parfaitement raccord avec le sujet et nous donne au final un ouvrage très personnel et bien attachant.

Rue de l'Echiquier - BD - 2019

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08 janvier 2020

LES TENTES NOIRES - MICHEL PEYRAMAURE

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De 1226 à 1276, Foulque de Merle, cadet de petite noblesse limousine, nous conte ses mémoires et notamment sa participation aux croisades de Saint Louis.  

En plus de soixante ans de carrière, Michel Peyramaure a écrit un nombre incalculable de romans historiques et régionalistes. Une œuvre considérable à laquelle il apporte, à près de 97 ans, une nouvelle pierre. Si je salue la performance, je suis en revanche plus réservé quant à la qualité de ce dernier opus.

« Les tentes noires » m’ont en effet laissé une désagréable sensation de survol. Il faut dire que raconter cinquante années d’une vie de chevalier et des pages d’histoire aussi importantes que les croisades en seulement 240 pages, tient un peu de la gageure. Du coup, on reste en surface. La plupart des personnages ne font que jouer les utilités et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. Les batailles et les scènes de combats sont expédiées en quelques paragraphes et les amours de Foulque, pourtant nombreuses, ne sont pas mieux traitées. Tout va beaucoup trop vite et c’est à peine si l’on se rend compte que le jeune héros est devenu un homme mûr puis un vieillard.

Il y a quand même de bons moments et quelques idées intéressantes qui auraient méritées d’être traitées plus en profondeur. Je pense notamment à sa relation assez libre avec une aubergiste assez délurée, ses tentatives pour lier amitié avec les bédouins et pénétrer leur culture ou encore la vengeance dont le poursuit le bandit Aymar le Roux. Il y a aussi tous ces menus détails de la vie dans une petite seigneurie limousine ou dans une commanderie hospitalière qui donnent de la véracité et de la matière au récit.

Malheureusement, toutes ces bonnes intentions s’effacent derrière la Grande Histoire et les personnages historiques. Saint Louis, Joinville, Baybars, Charles d’Anjou et bien d’autres écrasent le récit de leur renommée et l’on a parfois l’impression de lire un livre d’histoire plutôt qu’un roman.

Malgré ces défauts et cette impression de roman un peu bâclé, Michel Peyramaure nous brosse le joli portrait d’un homme de son temps écartelé entre son goût de l’aventure et l’amour de son terroir.

Calmann-Lévy - 2018

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01 janvier 2020

LUHORA - B. R. BRUSS

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C'est une bien belle surprise qui attend l'équipage du Sirm en mission d'exploration sur la planère Harfaz. Ce monde désertique et apparemment inhabité, dissimule en effet un immense palais dont les parois de marbre émettent une curieuse lumière verte. Plus étrange encore, les trois scientifiques qui effectuent une reconnaissance à l'intérieur du bâtiment sont victime d'hallucinations particulièrement convaincantes. Mais s'agit-il vraiment de mirages ? Ne serait-ce pas plutôt l'oeuvre d'une entité extra-terrestre inconnue ? 

Petite déception que cet enième space-opéra de l’un des piliers de la collection Anticipation du Fleuve Noir. Il est vrai que la production de B. R. Bruss était relativement abondante à l’époque où il l’écrivit et sans doute faut-il voir dans ce rythme soutenu le manque d’envergure et pour tout dire, d’intérêt, de ce roman. On y retrouve pourtant ces qualités de conteur hors pair qui lui permettent habituellement de nous embarquer dans des récits joliment troussés et toujours dépaysant. On saluera ainsi la façon intelligente avec laquelle il déroule son intrigue, mélangeant exploration spatiale et expérience scientifique tout en distillant ce qu’il faut de suspense pour maintenir jusqu’au bout l’intérêt du lecteur.

Mais ce qui pêche ici, ce n’est pas la forme, c'est le contenu. On a le sentiment que l’auteur s’est contenté de reprendre à son compte le vieux thème de la « Lost race tale » avec cité perdue et déesse immortelle attendant le retour de son antique amour. D’ailleurs, hormis son cadre purement science-fictionnel, on pourrait croire que cette histoire a été écrite par un Henry Rider Haggard ou un Edgar Rice Burroughs. Luhora c’est She, Ang Bertil ressemble fort à Leo Vincey et Dohilo pourrait sans problème remplacer la cité de Kôr. Alors même si tout cela n’est pas trop mal écrit et plutôt bien amené, ce manque d’originalité, d’imagination même, a quelque peu gâché mon plaisir. Pas grave, on se rattrapera avec un autre opus de l’auteur. Il m’en reste tant à lire…

Fleuve Noir Anticipation - 1972

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26 décembre 2019

BAIGNADE ACCOMPAGNEE - SERGE BRUSSOLO

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A Key West en Floride, Peggy Mitchum gère une réserve naturelle de requins utilisés pour la recherche scientifique. Un boulot pas trop contraignant qui pourrait être sympa si elle n’était harcelée par les victimes de ces dangereux prédateurs qui souhaitent assouvir leur vengeance sur l’un des squales. Alors que la pression se fait jour après jour plus forte, la jeune femme est confrontée à une menace encore plus grande : des trafiquants souhaitent récupérer l’échantillon unique d’une drogue révolutionnaire dissimulée par son compagnon. 

C’est décidément dans le désordre que j’aurai lu les aventures de Peggy Mitchum. Après « Iceberg Ltd » troisième et dernier volet de la série, voici que j’embraye avec cette « Baignade accompagnée » qui le précédait d’une année. Me restera donc à lire « Les enfants du crépuscule » qui introduisait pour la première fois le personnage de Peggy.

Je précise de suite que cette lecture à rebours ne m’a posée aucun souci. La présentation que nous fait l’auteur de son héroïne est tout à fait suffisante pour se faire une idée du genre de personne à laquelle on a affaire, une héroïne brussolienne typique c’est-à-dire totalement borderline et asociale. Les autres personnages ne sont pas plus équilibrés puisqu’on rencontre également un cascadeur dopé à l’adrénaline, un handicapé mystique et revanchard et un vétéran du Vietnam qui vit en ermite au fin fond des Everglades. L’auteur consacre d’ailleurs une bonne part de son récit à brosser leur portrait de façon aussi complète que passionnante.

Côté histoire, on est dans le bon gros thriller avec un récit qui va à cent à l’heure, sans le moindre temps mort ou la plus petite digression. Serge Brussolo nous embarque tout d’abord dans une confrontation entre Peggy et le Club des Dévorés Vifs, une association regroupant les rescapés d’attaques de squales. Puis, très vite, il vient y greffer un nouveau fil narratif où il est question d’une drogue surpuissante capable d’améliorer les performances physiques mais dont les effets secondaires s’avèrent redoutables.

Il mélange un peu tout et n’importe quoi, la science-fiction (la drogue décuple les performances physiques) et le polar (trafic de stupéfiants, braquage de banque), pour un résultat relativement efficace même si l’on est plus impressionné par quelques images chocs et par la tension qui accompagne certaines scènes (la plongée au milieu des requins) que par le contenu de l’intrigue. C’est efficace, rythmé, imaginatif, on est happé par l’histoire, assommé par les idées démentielles de l’auteur mais on ressort de tout cela légèrement déçu, avec l’impression qu’il y manque ce petit rien qui aurait transformé ce chouette divertissement en quelque chose de plus abouti.

Le Livre de Poche - 2000

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18 décembre 2019

MORWENNA - JO WALTON

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Cela fait déjà quelques années que Jo Walton s’est fait une place de premier choix dans le petit monde de la SFFF avec des romans originaux qui apportent une petite touche de nouveauté aux différents genres de cette littérature dite populaire. Pourtant, celui qui lui a apporté notoriété et consécration avec rien moins qu’un Hugo et un Nébula n’a finalement pas grand-chose à voir avec lesdits genres. Dans « Morwenna », la SF n’est en effet présente que par le biais des lectures de l’héroïne et de ses discussions avec son père et ses amis. Quant au fantastique et à la fantasy, ils ne sont là que pour mieux illustrer ses sentiments, comme une sorte de métaphore du combat qu’elle livre contre les coups durs du destin et contre elle-même.

C’est que la vie de Morwenna n’est pas des plus roses. Sa sœur jumelle est décédée dans des circonstances tragiques, sa mère a sombré dans la folie et elle a dû quitter ses Galles natales pour une sinistre pension anglaise. Au travers de son journal intime dans lequel elle consigne jour après jour les grands et les petits évènements de son existence, nous découvrons donc une ado de 15 ans qui tente du mieux qu’elle peut de faire front. Pour résister à la solitude, au déracinement et au manque d’affection, Morwenna se réfugie dans deux univers où son imagination trouve à s’exprimer.

La lecture tout d’abord et pas n’importe laquelle puisque ses goûts la portent presque exclusivement vers la Science-Fiction. Les amateurs du genre seront donc en terrain de connaissance et retrouveront sans doute un peu d’eux même dans l’enthousiasme avec lequel la jeune héroïne découvre les œuvres d’Ursula Le Guinn, de Samuel Delany, de Philip K. Dick et bien d’autres encore. Ses échanges avec son père ou les membres de son club de lecture apportent d’ailleurs des éclairages assez intéressants sur certaines des œuvres évoquées et donnent au lecteur quelques pistes fort sympathiques.

Le second univers dans lequel Morwenna se réfugie est la magie. Une magie dont on a d’abord la tentation de croire qu’elle existe réellement. Il nous semble en effet que la petite héroïne est bel et bien dotée de pouvoirs magiques dont elle use pour faire obstacle aux sombres visées de son abominable mère. Mais, au fur et à mesure que nous faisons sa connaissance et que nous décryptons ses réactions et ses commentaires, on se rend compte qu’il ne s’agit que d’une illusion, d’un moyen qu’elle a trouvé pour échapper à un quotidien qui l’oppresse. Si Morwenna invoque l’esprit de sa sœur, c’est pour essayer de faire son deuil. Si elle pense que sa mère et ses tantes sont des sorcières dont il faut se méfier, c’est parce que ses relations avec elles sont conflictuelles. Si elle compose des charmes et s’entoure d’objets magiques, c’est pour ériger un mur entre elle et les autres élèves de son pensionnat.

Morwenna n’est donc - mais c’est déjà beaucoup - que le portrait d’une enfant solitaire qui finit par réaliser que d’autres personnes partagent ses goûts et ses passions. C’est en même temps une jolie peinture de l’adolescence, période de l’existence parfois douloureuse où l’on pense être le premier à ressentir émois et désillusions, crainte en l’avenir, sentiment de ne pouvoir se dépasser, tentation du suicide…

Un roman qui parlera donc aux passionnés de SF et qui démontrera aux autres que la magie existe bel et bien : il suffit d’ouvrir un livre, n’importe lequel, pour s’en convaincre !

Denoël - Lunes d'Encre - 2014

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11 décembre 2019

SORTIE 32.b - ANTONIO DA SILVA

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Comme son titre le laisse supposer, « Sortie 32.b » emmène son lecteur dans un long voyage autoroutier, un road trip aussi pêchu et survitaminé que la Camaro qui figure sur sa couverture. Toute l’histoire se déroule en effet le long d’une autoroute avec tout juste quelques haltes dans les stations essences ou sur les aires de repos. Impossible de quitter le long ruban d’asphalte. Les sorties sont bloquées par la police ou des barrages d’une nature inconnue et les automobilistes sont contraint de tracer leur route. Lucille et son équipe de basket, Aaron et ses frères se retrouvent lancés dans ce qui ressemble à un jeu vidéo grandeur nature où il faut triompher d’obstacles qu’on croirait inventés par un geek morbide, pour passer au « next level » et conserver une chance de survie.

On sent tout de suite les emprunts à la littérature de genre et notamment à l’univers de Stephen King auquel il fait d’ailleurs un petit clin d’œil. L'atmosphère inquiétante de son roman m’a un peu rappelé celle des Langoliers puisqu'il est là aussi question d'un groupe d’individus d’origines diverses confrontés à un évènement incompréhensible et contre lequel ils n’ont aucune prise. Une grosse différence toutefois : le roman de Da Silva est bourré d'action. Passés quelques chapitres introductifs qui servent à nous présenter les différents protagonistes de l'histoire et les premières manifestations du phénomène contre lequel ils devront lutter, le récit prend un rythme redoutablement vif.

En un crescendo presque exténuant, les personnages sont soumis à une succession d’épreuves aussi folles que dangereusement mortelles et doivent faire preuve d’imagination et de volonté pour rester en vie. Il leur faudra tour à tour affronter des adultes transformés en meurtriers psychopathes, des poulpes volants, des drones canardeurs et bien d’autres mauvaises surprises. C’est intriguant et haletant. On ne sait rien de ce qui se passe, on a quelques idées, on formule des hypothèses mais l’enchainement des évènements les rend vite obsolètes. On finit alors par se laisser porter par le rythme étourdissant du récit en se contentant de frémir et d’espérer pour nos jeunes héros.

La plume d’Antonio Da Silva est idéale pour le public « young adult » auquel son roman est a priori destiné. D’une lecture aisée, sans termes ou concepts trop compliqués (exception faite de certaines explications sur la nature du phénomène dont je ne dirai rien pour ne pas déflorer l’intrigue), son écriture coule facilement et permet d’enquiller les chapitres sans s’en rendre compte. Pour autant l’auteur ne se censure nullement et ses descriptions sonnent justes avec des images parfois dures mais jamais choquantes. En fait, le côté « littérature jeunesse » est surtout palpable au niveau des personnages. Nous suivons en effet des ados de 15-17 ans, un groupe de filles et un autre de garçons, avec toutes les histoires de cœur, les petites rivalités et les clashs auxquels on peut s’attendre de la part de jeunes de cet âge. Les individualités sont bien marquées et les personnalités fouillées. L’auteur parvient à nous les rendre proches grâce à un important travail sur les caractères, nous dévoilant peu à peu leurs qualités et leurs faiblesses, leurs fêlures et leurs espoirs et toute leur histoire intime. Un joli travail sur la psychologie de chacun qui constitue sans conteste l’une des réussites de ce roman.

On est donc d’autant plus surpris du changement radical (dont je ne dirai rien pour ne pas déflorer l’intrigue) qui s’opère chez eux en cours de route. Un bouleversement déstabilisant pour le lecteur, dangereux pour la cohésion du roman et qui, tout compte fait – n’apporte pas de réelle plus-value à l’intrigue. L’auteur s’en sort heureusement bien en conservant l’essentiel, c’est-à-dire l’esprit de corps qui nait des épreuves, l’amitié forgée dans l’adversité et l’amour triomphant des difficultés ! La conclusion m’a en revanche laissé un peu sceptique par son côté un peu trop ouvert. A moins qu’une suite ne soit prévue ?

Editions du Rouergue - Epik - 2019

 

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04 décembre 2019

LA CITE DU FUTUR - ROBERT CHARLES WILSON

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1872 : les hommes du futur ont créé dans les plaines de l’Illinois la cité de Futurity, deux immenses tours jumelles servant de porte d’accès aux touristes du XXIème siécle et de barnum technologique à destination des américains du cru. Pour avoir sauvé la vie du président Grant, Jesse Cullum, un autochtone affecté à la sécurité, se voit proposer une promotion. En compagnie d’une ancienne « marine », il enquêtera désormais sur le trafic d’objets du futur. Leurs investigations vont emmener les deux partenaires bien plus loin qu’ils ne le supposaient 

Le thème du voyage temporel est un sujet qui intéresse visiblement beaucoup Robert Charles Wilson. Il lui a consacré plusieurs romans dans lesquels il a exprimé cet intérêt de façon tantôt classique (A travers temps), tantôt  insolite (Les chronolithes). Ici, l’approche apparaît de prime abord très conventionnelle. Il y a une porte temporelle au fonds d’un bunker ultra protégé qui n’est pas sans rappeler la Stargate de la série télévisée, ainsi que ces inévitables scènes où les héros se tirent d’affaire grâce à leurs connaissances du futur et quelques objets d’une technologie toute neuve. Pourtant, ce n’est pas le voyage en lui-même qui intéresse l’auteur, ni les paradoxes qui l’accompagnent et qui sont d’ailleurs très vite évacués grâce à la notion de futurs multiples. Non, ce qui semble le passionner, c’est la confrontation de deux mondes et les réactions des gens face à l’inconnu et l’incompréhensible.

Ce choc des cultures – presque de civilisation - est plutôt bien restitué. Il occupe l’essentiel de la première des trois parties du livre, laquelle nous permet d’appréhender la nature des relations que les visiteurs du futur entretiennent avec les « locaux ». On est ainsi à même de mesurer le gouffre qui sépare leurs mentalités respectives, les premiers reprochant aux seconds leur racisme et leur misogynie tandis que ces derniers ont bien du mal à s’habituer à ces touristes venus d’un monde « de putains, de tapettes, de chinois et de nègres ». Le roman est riche de détails qui illustrent fort bien l’état d’esprit des uns et des autres, en particulier le sentiment de supériorité des « touristes » qui s’offusquent du manque d’hygiène de leurs hôtes mais s’interrogent aussi sur leurs responsabilités vis-à-vis d’eux (Peut-on influer sur leur destinée ? Est-il juste de leur refuser les connaissances qui permettraient de soulager certains de leurs maux ?).

Côté scénario, j’ai été moins séduit. Passées les deux premières parties où il est question de trafic d’armes du XXIème siècle et de fugitifs qui comptent refaire leur vie dans une jeune Amérique fantasmée, le récit se transforme en un thriller qui reprend le thème archi connu de la gosse de riche qui s’est enfuie pour faire la nique à son paternel et qu’il faut retrouver avant que le fenêtre temporelle ne se referme. C’est mené tambour battant, l’action est au rendez-vous, la reconstitution historique tient la route mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Fort heureusement, tout cela nous est raconté par Jesse, employé local de Futurity, qui traîne derrière lui un passé compliqué et un ennemi aussi vicieux que revanchard. Le duo qu’il forme avec Elisabeth, lui l’homme du passé, elle la femme du futur, et leur impossible histoire d’amour apporte au récit une touche sentimentale qui lui va bien sans toutefois le faire sombrer dans le sirupeux ou le larmoyant.

La qualité de ces personnages et la belle écriture de l’auteur m’ont donc une fois de plus happé dès les premières pages et j’avoue avoir eu du mal lâcher cette histoire avant que de l’avoir fini. D’autant qu’elle n’est pas seulement divertissante mais invite aussi à réfléchir. Peut-être verra-t-on alors dans les reproches adressés à Futurity par Jesse et quelques autres, une critique d’un capitalisme sans conscience qui s’installe, fait des profits en exploitant les richesses et les populations locales et se retire quand il n’y a plus rien à gagner, sans se soucier des conséquences de ses activités.

Denoël - Folio SF - 2019

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27 novembre 2019

LE MAGASIN DES SUICIDES - JEAN TEULE

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« Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort ! » Telle est la devise du magasin des suicides, maison tenue avec passion et professionnalisme par le couple Tuvache. Tous les produits vendus y sont de la meilleure qualité, les lames de rasoir affûtées, les cordes tressées dans le meilleur chanvre et les poisons confectionnés avec le plus grand soin. Les propriétaires, sombres et désabusés comme il se doit, sont toujours disponibles pour vous conseiller sur le meilleur moyen de mettre fin à vos jours. Bref tout va pour le pire dans le moins bon des mondes jusqu’à l’apparition du petit dernier de la famille Tuvache qui, allez savoir pourquoi, a décidé de prendre la vie du bon côté. 

Excellent petit roman, original, drôle et plein de fraîcheur malgré le sujet évoqué. L’humour y est parfois un peu grinçant mais les répliques sont toujours savoureuses et les trouvailles y sont légion. On prend un immense plaisir à suivre la famille Tuvache s’éveiller au bonheur et à la joie de vivre suite au travail de sape entrepris par leur benjamin. Mais, et c’est finalement assez paradoxal, l’intérêt du roman décroît à mesure que le désespoir fait place au bonheur. L’univers décalé perd alors de son intensité et on regrette presque que le petit Allan parvienne à ses fins.

Julliard - Pocket - 2008

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20 novembre 2019

LES RATES - GILLES THOMAS

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Au chômage et sans aucun espoir de retrouver un emploi, Julien Méry accepte de participer à un projet scientifique ultra secret. En compagnie de cinq autres candidats, il se retrouve alors coupé du monde, prisonnier dans un domaine parfaitement clos et gardé par des vigiles peu amènes. Le temps passant, les jeunes cobayes s’interrogent sur leur devenir et l’angoisse s’installe chaque jour un peu plus. 

Les romans de Gilles Thomas représentent ce que la collection Anticipation du Fleuve Noir a produit de mieux : des récits d’aventures sans prétention mais bien construits avec un parfait dosage d’action, de personnages bien caractérisés, de back-grounds fouillés et des intrigues qui tiennent la route. La plupart du temps il s’agit d’histoires de science-fiction qui nous emmènent sur des planètes lointaines où la science la plus évoluée côtoie des peuples rétrogrades dans des ambiances souvent médiévales. Elle s’est aussi essayée avec beaucoup de bonheur au post-apo ainsi qu’en témoigne sa célèbre trilogie de l’Autoroute Sauvage.

« Les ratés » est en revanche un roman d’anticipation dont le thème n’est pas particulièrement original puisqu’il y est question de mutants dotés de pouvoirs psy et de leur inévitable lutte contre les méchants humains qui en sont dépourvus. Ce manque d’audace n’est toutefois pas bien grave puisque l’auteur s’intéresse plus à la manière dont ses héros acquièrent ces capacités hors normes qu’à la façon dont ils les utilisent. Le récit débute d’ailleurs par une longue entrée en matière qui nous montre pourquoi et comment Julien et ses compagnons d’infortune furent contraints de servir de cobaye à des scientifiques et des industriels sans scrupules.

On est de suite immergé dans une France alternative en proie à une gigantesque crise économique et l’on ressent parfaitement le marasme social où se débat le narrateur. Les CV sans réponses, les entretiens avec des cadres méprisants, les économies qui fondent, les repas sautés et la peur de la rue, son quotidien est parfaitement restitué. Il en va de même ensuite pour les conditions de vie dans le centre où doivent avoir lieu les expériences. Le domaine ultra-protégé où les volontaires jouissent d’un confort dont ils n’avaient plus l’habitude a tôt fait de se transformer en prison. Les brimades, la tension, les pressions s’enchaînent jusqu’à ce que souffle l’heure de la révolte… Quant à la façon dont leurs pouvoirs se font jour, elle est aussi très bien amenée de même que cette idée que les « talents » des uns et des autres doivent se conjuguer pour former un tout qui les rend quasi invincibles.

On regrettera sans doute une fin un peu précipitée qui, une fois n’est pas coutume, ne doit rien au format court de la collection mais découle des pouvoirs acquis par les personnages. C’est d’ailleurs toute la limite des histoires de mutants. Devenus tout-puissants, les héros ne risquent plus grand-chose et le lecteur cesse alors de s’inquiéter de leur sort. Un état de fait que j’avais déjà pu constater dans un précédent roman de l’auteur et qui l’avait contraint, là aussi, à hâter sa conclusion.(cf : Les hommes marqués). Mais qu’importe ce petit bémol puisque le voyage en compagnie de Julien, Léna, Michel et les autres aura été bien agréable !

Fleuve Noir Anticiaption - 1989

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