SF EMOI

19 mars 2017

LES ENFANTS DE L'ESPRIT - ORSON SCOTT CARD

jl5622-2008

Si « Les enfants de l’esprit » ne clos pas définitivement le cycle d’Ender (l’auteur a sorti depuis trois recueils de nouvelles) il permet au moins de conclure l’intrigue développée dans les deux précédents volumes. Nous retrouvons donc la planète Lusitania là où nous l’avions laissée, c’est-à-dire sous la menace que fait peser sur elle la flotte stellaire et son désintégrateur moléculaire diligentés par le conseil des cent planètes. Mais les lusitaniens ne manquent pas de ressources. Humains, doryphores et piggies préparent leur évacuation vers de nouvelles colonies tandis que Jane, l’IA toute puissante, et les compagnons d’Ender s’emploient à empêcher l’attaque par divers moyens,

Est-ce parce que Ender en est quasiment absent - même si l’on parle beaucoup de lui – mais j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire. Les autres personnages, Miro, Wang-Mu, Peter et Val ne sont pas parvenus à combler ce vide et leurs aventures sur différentes planètes et dans différentes cultures (japonaise, samoane) m’ont parues bien longues. Il y a beaucoup trop de discussions sur la culture justement, la puissance et l’influence de certains groupes, de certaines pensées ou philosophies. Ce n’est pas inintéressant mais ça ne fait guère avancer l’intrigue. Quant aux amours des couples Jane/Miro et Peter/Wang-Mu, leurs je-t’aime-moi-non-plus incessants finissent par lasser et seule peut-être l’incarnation de Jane et les sensations que lui procurent son corps présentent un certain intérêt.

Il faut attendre le dernier quart du livre pour retrouver ce ton et ce rythme qui faisaient la valeur et l’intérêt des deux précédents. Il est alors de nouveau question d’une menace extra-terrestre et des façons de la comprendre pour y faire échec. Cette manière d’enquête scientifique est toujours aussi passionnante grâce aux débats et confrontations d’opinions qu’elle génère. Elle n’est malheureusement pas au centre de l’histoire et n’influe presque pas sur la destinée de Lusitania et de ses habitants. Quant à la façon dont cette planète parvient à stopper la flotte interstellaire, elle s’avère un tantinet décevante, trop facile et trop simple. L’omnipotence de Jane est une nouvelle fois mise à contribution et l’on en vient presque à se demander si la menace était bien réelle et si nos héros jouaient vraiment leur vie dans cette partie d’échec galactique.

De vie et de mort il est pourtant question d’un bout à l’autre du roman. L’auteur aborde les deux bouts de l’existence sous tous leurs aspects, individuel et collectif, et il est aussi bien question de survie (d’une espèce ou d’un individu seul) que de transmission (de ses gênes ou d’une histoire familiale). Ses personnages se penchent aussi sur l’éventualité d’une vie après la mort, sur l’existence de l’âme et la possibilité de sa migration vers une autre forme d’existence, autant de thèmes qui nous rappellent que Card est mormon est qu’il s’agit là de problématiques qui ont pour lui de l’importance.

« Les enfants de l’esprit » est donc un roman assez moyen qui a pour principal mérite de donner une fin - provisoire - aux aventures d’Ender.

J'ai lu - 2008

Posté par Lekarr76 à 09:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


14 mars 2017

XENOCIDE - ORSON SCOTT CARD

jl4024-1995

Sur Lusitania, la planète où humains, piggies et doryphores essayent de vivre en bonne entente, l’heure et grave. Le congrès stellaire a envoyé une flotte avec mission de détruire la planète pour éviter que le virus de la descolada ne soit exporté sur d’autres mondes. La résistance s’organise et Ender essaye de regrouper autour de lui toutes les bonnes volontés. Il aura fort à faire pour concilier des conceptions de l’existence et des points de vue radicalement opposés.

Si « La voix des morts » nous parlait avant tout de tolérance et d’ouverture à autrui, le thème principal de « Xénocide » est sans conteste le libre-arbitre et son corollaire la responsabilité. Agir, décider, pour soi ou pour les autres, s’affranchir de l’autorité de sa famille, des lois de la société ou de celles de son espèce, tels sont quelques-uns des combats qu’Ender et ses compagnons vont devoir mener. Des choix pas toujours faciles et dont il leur faudra aussi assumer les conséquences parfois redoutables.

Parmi les différents principes régissant leur existence qu’ils vont devoir affronter, la religion fait figure d’ennemi  public numéro 1. Qu’elle soit utilisée pour asservir un peuple (les habitants de la planète de la Voie) ou pour servir les ambitions de quelques-uns (l’hérésie de Planteguerre), elle est ici présentée sous son aspect le plus sombre. L’auteur se garde toutefois de raccourcis trop simplistes et s’interroge davantage qu’il ne critique, sur l’intelligence, l’âme ou les origines de la création. Il n’hésite cependant pas à mettre les croyants face aux contradictions de leur culte à l’instar des catholiques de Lusitania contraints d’adapter leurs rites aux spécificités des races autochtones.

Alors vous l’aurez compris, « Xénocide » est un roman dans lequel on utilise davantage sa cervelle que ses muscles. Hormis une scène d’émeute, il n’y a pas la moindre action violente, pas le moindre combat. Cela ne signifie pas pour autant que le roman soit exempt de confrontations, bien au contraire. Les multiples débats entre les nombreux personnages sont éprouvants. Il s’agit de véritables affrontements où l’on domine son adversaire par la seule force de son raisonnement et où certains arguments ont la puissance d’un d’uppercut. Certes il faut faire un petit effort pour suivre l’auteur dans ses théories et les concepts qu’il manie, mais il vulgarise juste ce qu’il faut pour rendre son propos aussi précis que passionnant et chaque découverte fait avancer l’intrigue mieux que n’importe quel autre agissement.

Cela nous donne une intrigue assez proche de celle du tome précédent. Menace, confrontation d’idées et de personnalités, recherches scientifiques puis découverte finale qui résout, momentanément, les problèmes : le canevas est en effet quasi identique. Orson Scott Card a cependant eu l’heureuse idée d’introduire un peu de nouveauté grâce à la planète de la Voie et quelques-uns de ses habitants. Nous faisons ainsi connaissance avec Han Fei-Tzu, sa fille Quing Jao et leur servante Si Wang Mu, des personnages extrêmement intelligents mais atteints de Troubles Obsessionnels Compulsifs qu’ils croient être le signe d’une connexion avec les dieux. Leur histoire, d’abord parallèle, puis intimement imbriquée dans l’intrigue générale permet de s’évader de l’atmosphère parfois pesante de Lusitania et de découvrir un autre petit morceau de l’univers d’Ender Wiggin.

Au final, le seul défaut de ce livre est qu’il appelle une suite puisque la destinée de Lusitania et de ses habitants reste une fois encore en suspens. Ceci étant, si le quatrième volet est de même qualité que les précédents je suis preneur.

J'ai Lu - 1996

 

Posté par Lekarr76 à 18:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

09 mars 2017

LA VOIX DES MORTS - ORSON SCOTT CARD

jl3848-1994

Bien que reprenant le personnage principal de « La stratégie Ender », "La voix des morts" n’en est pas à proprement parler une suite. Trois mille ans se sont en effet écoulés depuis la victoire d’Ender Wiggins sur les doryphores et la Terre a depuis essaimé à travers l’univers. Toutes ces colonies sont désormais gouvernées par le conseil des cent planètes qui veille au respect de principes propres à assurer la cohésion et la paix entre les différents peuplements humains ainsi qu’à préserver les espèces extra-terrestres.

C’est que depuis le xénocide perpétré sur les doryphores, l'humanité a pris la mesure de ses responsabilités. Aussi, lorsqu'une nouvelle race intelligente est découverte sur la planète Lusitania, elle prend des mesures draconiennes pour éviter d'interférer dans l'évolution des piggies, de petits humanoïdes à faciès de cochon.

L’histoire débute après qu’un biologiste qui étudiait ce « petit peuple » ait été odieusement torturé et assassiné par les sujets de son étude. Ender Wiggins, toujours en vie grâce à ses incessants voyages à la vitesse de la lumière, est devenu porte-parole des morts auxquels il rend hommage en racontant leur vie. Appelé sur Lusitania par un membre de la famille du défunt, il va se livrer à une véritable enquête sur sa vie et déterminer les raisons de son décès, bouleversant les certitudes des uns et les croyances des autres.

Orson Scott Card  nous plonge donc dans une sorte de polar ethnologique où la solution de l’énigme ne réside pas dans les motivations de l’assassin ou la signification de son geste mais dans le décryptage de la biologie intime d’une planète. Tout au long de ce roman riche de réflexions diverses, il invite ses personnages – et ses lecteurs - à reconsidérer leur façon de voir et de juger les autres. Il les encourage à adopter une attitude ouverte et tolérante, à agir en connaissance de cause et pas seulement selon une perspective purement humaine. Enfin  et surtout, il leur enjoint de ne pas décider pour autrui.

Ethnologie, biologie, religion, intelligence artificielle, les thèmes abordés sont nombreux. J’ai rarement lu un roman de SF qui m’ait donné autant de motifs de réflexion. Et l’intrigue n’est pas en reste. On est tenu en haleine de bout en bout par l’envie de percer le mystère de Lusitania et par une foule d’intrigues parallèles. La tension et permanente, les débats entre les divers protagonistes plus que passionnants et la chute sera tout à fait à la hauteur de nos attentes.

Ma seule petite réserve a trait au fait que l’auteur prépare manifestement le terrain à une suite et que cela se voit beaucoup trop. Il n’est ainsi pas bien difficile de deviner que l’intrigue tournera autour de la résistance de Lusitania face au conseil des cent planètes et que les principaux protagonistes en seront, outre Ender, sa sœur valentine et Jane l’intelligence artificielle omnisciente et rancunière.

J'ai Lu - 1998

Posté par Lekarr76 à 21:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

05 mars 2017

LA STRATEGIE ENDER - ORSON SCOTT CARD

jl3781-1998

Il y a cinquante ans, les doryphores ont été à deux doigts de conquérir la terre et sans les talents de stratège du légendaire Mazer Rackham, la flotte humaine aurait été défaite et les aliens en mesure d'exterminer ou d'asservir les humains. Pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise, la coalition internationale a mis au point un programme de sélection des enfants les plus prometteurs afin de dénicher un nouveau leader de génie capable de défaire l'ennemi. Pressenti pour devenir l’un des futurs commandants de la Flotte Internationale, le jeune Andrew Wiggin est expédié avec d’autres surdoués à l’école de guerre de la ceinture d’astéroïdes où ils débutent leur formation d’élève-officier. Commence alors pour ces enfants souvent très jeunes, une existence rude, entièrement dédiée à l’apprentissage de la stratégie et du combat dans l’espace.

Ender Wiggin à l’école de la guerre.

Et oui, cela semblera peut-être étrange à certains mais par bien des aspects ce roman de Scott Card m’a fait penser au best-seller de J. K. Rowling. Comme le petit sorcier à lunette, le jeune Wiggin est un enfant à part sur lequel repose les seules chances de l’humanité de triompher d’une dangereuse menace. Comme lui, sa réputation de prodige contribue à l’isoler au sein d’un pensionnat un peu particulier où il se fera malgré tout quelques amis. Comme lui aussi, il est surveillé de près par des professeurs qui n’hésitent pas à lui cacher la vérité, voire à le manipuler, pour parvenir à leurs fins. Bon, la comparaison s’arrête là car « La stratégie Ender » n’est pas franchement un roman pour la jeunesse quand bien même la plupart des personnages sont de très jeunes enfants.

Pour le reste, c’est plutôt du côté d’ « Etoiles, garde à vous ! » qu’il faut aller chercher des ressemblances avec ce roman de SF militariste. Car c’est bien de guerre dont il est question tout au long du livre. De la guerre que les humains s’apprêtent à livrer aux vilains doryphores et de celle que l’on enseigne dans cette fameuse école où de petits génies soigneusement sélectionnés se tirent la bourre à longueur de temps. L’essentiel du roman nous propose donc de suivre pas à pas la formation du jeune Wiggin laquelle repose essentiellement sur des simulations de combats de type laser game ou paint ball.

On aurait pu craindre que la répétition de ces séances de combats de groupe ne devienne lassante mais l’auteur maîtrise parfaitement son sujet et nous surprend à tous les coups. Chacune d’entre elles est l’occasion de découvrir les capacités hors nomes du jeune héros. Au cours de ces affrontements en apesanteur, il fait la démonstration de ses qualités de combattant et dévoile ses dispositions pour le commandement. Fin stratège, alliant une inventivité fertile à une très grande réactivité, il manie également parfaitement la psychologie et sait tirer le meilleur parti des équipiers qui lui sont confiés.

Si l’on suit avec un intérêt grandissant l’irrésistible ascension du jeune Wiggin en prenant un plaisir intense à le voir triompher des coups bas et des pièges que lui tendent des professeurs machiavéliques et des concurrents malveillants, on ressent en même temps une sensation de malaise devant l’existence qui est la sienne. Ender est en effet  poussé à l’extrême limite de ses capacités. Jalousé par tous, laissé pour compte, molesté parfois, il vit dans l’isolement et la crainte sans personne à qui se confier et sans jamais pouvoir laisser transparaître la moindre faiblesse. Une situation qui le mènera a plus d’une reprise aux portes de l’abandon, voire du suicide.

D’une façon plus générale, l’idée d’utiliser des enfants pour la guerre en raison de leur attrait pour le jeu et la compétition ainsi que pour leur manque de retenue (morale, religieuse) face aux conséquences de leurs actes est assez dérangeante. Les adultes qui les entourent se posent bien quelques questions sur le bien-fondé de leur méthode d’éducation et sur ses conséquences sur leurs jeunes élèves mais elles sont bien vite balayées par l’importance de l’enjeu : gagner la guerre. Une fois de plus la fin justifie tous les moyens et conduira Ender à endosser la responsabilité d’un véritable génocide pour sauver une race humaine qui semble bien peu mériter une telle hécatombe puisque sitôt la menace alien disparue, elle recommence à se déchirer.

Avec ses personnages fouillés, son action incessante et les réflexions pertinentes qu’il propose, « La stratégie Ender » est un roman passionnant et complet qui mérite assurément son statut de classique. Une reconnaissance d’autant plus justifiée que l'auteur y fait montre d’une vision quasi prophétique des développements futurs de l’outil l’informatique comme moyen d’éducation, de jeu et de réseau social.

J'ai Lu - 1998

 

 

Posté par Lekarr76 à 10:07 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

26 février 2017

FRANCOIS LE CHAMPI - GEORGE SAND

9782253013464-T

Abandonné au beau milieu des champs, d'où son surnom, le petit François est recueilli par la Zabelle, une vieille paysanne démunie. Tous deux sont hébergés dans une vieille masure appartenant à Cadet Blanchet un meunier peu sympathique. Ils peuvent heureusement compter sur la générosité et le dévouement de son épouse Madeleine qui ne ménage ni ses efforts ni sa tendresse pour élever au mieux le petit François. En grandissant, l'enfant trouvé va vouer un amour inconditionnel à sa presque mère...

Je n’avais encore jamais lu de livre de George Sand et ne connaissait son œuvre qu’au travers des adaptations pour le petit écran des plus connus de ses romans champêtres, « La mare au diable », « La petite Fadette » ou « Les maîtres sonneurs ». « François le Champi » appartient lui aussi à cette série d’histoires régionalistes par lesquelles elle a rendu une sorte d’hommage à son Berry tant aimé.

Elle a cherché au travers de ces textes à composer des récits qui garderaient la fraîcheur et l’authenticité d’un conte campagnard tout en étant accessibles à l’ensemble de ses lecteurs. Elle s’est donc attachée à gommer le plus possible la rudesse du parler berrichon tout en conservant une grande simplicité de style et de nombreux emprunts au patois local. Cela donne à son roman la couleur d’un fabliau raconté au coin du feu, un soir de veillée. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle présente son roman dans l’avant-propos : la simple retranscription d’une histoire contée par un chanvreur et la servante du curé.

Outre la fraîcheur de son thème et de son écriture, on retrouve dans ce livre ses idées libérales. Elle y dénonce notamment les a priori et la médisance populaire qui veulent qu’un enfant trouvé soit mauvais par nature. Ce faisant elle démontre que la valeur et les qualités de cœur n’ont rien à voir avec la position sociale et que, à l’instar du bon sauvage de Rousseau, le paysan vaut souvent bien mieux que le citadin.

Pour autant le grand thème du roman reste l’amour. Amour maternel et filial mais aussi amour charnel par-delà la différence de condition et la différence d’âge. On reconnaît là encore les idées d’ouvertures et de tolérance de l’auteur, son affranchissement des conventions sociales de l’époque et sa volonté de vivre pleinement sa vie de femme émancipée.

Le livre de Poche - Classiques

 

Posté par Lekarr76 à 12:24 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :


22 février 2017

LES HOMMES SALMONELLE SUR LA PLANETE PORNO - YASUTAKA TSUTSUI

couv_T8

Une expédition scientifique japonaise explore la planète Nakamura surnommée la planète « Porno » en raison de la tendance de sa faune et de sa flore à copuler et se reproduire à tout va. Lorsque la botaniste de l’équipe tombe enceinte après avoir été fécondée par une spore, une expédition est montée pour se rendre auprès des nunubiens, une race humanoïde dont on pense qu’elle connaît un remède à cette grossesse non désirée.

Yasutaka Tsutsui est principalement connu en France  pour « La traversée du temps », un roman de SF jeunesse adapté avec succès pour le cinéma. Avec « Les hommes salmonelle sur la planète porno » on change de public. Mais attention, malgré son titre racoleur et sa couverture explicite il ne s'agit pas de littérature pornographique. En fait, nous sommes toujours en présence de science-fiction et, pour être plus précis, de hard-science.

Une bonne part de l'histoire de ce court roman consiste en effet en débats scientifiques entre un bactériologiste et un biologiste. L’auteur en profite pour élaborer quelques théories originales à propos de la faune et de la flore de la planète dont une surprenante « théorie de la dégénérescence » qui prend le contre-pied exact de celle de Darwin. Il imagine aussi un écosystème libidinal où les relations entre espèces ne se feraient pas de prédateurs à proies mais consisteraient en une sorte de symbiose sexuelle, quelque chose comme la victoire d'Eros sur Thanatos.

N’allez surtout pas croire au vu de ce qui précède que le texte de Tsutsui soit rébarbatif. L’expédition des professeurs Mogamigawa, Sona et Yohachi à travers la jungle de la planète Nakamura leur réserve bien des surprises,  pas toutes désagréables puisque les rouges-glands, les touches-pipettes et autres farfouilleuses n’en veulent pas à la vie de nos héros mais simplement à leurs attributs virils. Ils devront aussi se méfier des réveille-bobonnes dont le cri provoque des rêves érotiques et des champs de myosotristes dont le parfum provoque un phénomène « Algernon » de perte de mémoire et de régression intellectuelle…

Humour et réflexion sont donc présents en parts à peu près égales et je regrette juste d’en avoir appris si peu sur les nunubiens qui constituent pourtant le but de l’expédition. A part leurs mœurs libérées et leur don de télépathie on n’apprend guère de choses sur eux, leur origine, leur organisation sociale et leur vie sur cette planète obscène et vicieuse. De même, les autres personnages de la mission scientifique entrevus au début de l’histoire sont trop peu utilisés. Il y avait me semble-t-il matière à nous concocter quelque chose comme un MASH spatial avec ces scientifiques et leurs histoires de cul confrontés à un environnement riche de découvertes extraordinairement grivoises.  

Cela n’est cependant pas bien grave puisque j’ai passé une heure bien réjouissante sur cette étonnante planète et je pense m’attaquer très bientôt à « Hell » l’autre roman de Tsutsui édité dans cette collection Iwazaru que les éditions Wombat consacrent aux auteurs nippons.  

Nouvelles Editions Wombat - Iwazaru - 2017

Posté par Lekarr76 à 14:13 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

12 février 2017

COMME DES RATS - PATRICK RAMBAUD

comme-des-rats-108951-264-432

Chassés des Halles de Paris à l’occasion de leur transfert à Rungis, la tribu de Martuccio est contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons. Mais trouver des terriers accueillants et suffisamment de nourriture pour vingt mille rats affamés n’est pas chose aisée. Le vieux chef et sa nombreuse progéniture devront faire preuve d’inventivité et de témérité pour trouver un nouveau havre.

Même si les studios Disney en ont fait un héros de dessins animés, le rat continue de provoquer chez la plupart des gens un dégoût instinctif. On a beau le savoir sous nos pieds, dans les égouts, les caves et les tunnels du métro, on a beau lui reconnaître une certaine utilité dans l’élimination de nos déchets, on ne peut s’empêcher de frissonner quand on aperçoit sa silhouette ramassée et sa queue annelée. Bref, à part les gothiques et quelques originaux, le rat n’est pas un animal dont on recherche la compagnie. Cela explique qu’on ne sache finalement que très peu de choses sur ce rongeur qui n’est pourtant jamais bien loin de l’homme.

Le roman de Patrick Rambaud nous permet de combler cette lacune. Grace à lui on apprend pas seulement beaucoup sur les rats mais on devient rat, parcourant le monde au « ras du sol », le nez dans le caniveau et la gueule dans les poubelles. On découvre ainsi un animal particulièrement intelligent, capable de s’adapter à presque toutes les situations et mené par une fringale inextinguible qui l’oblige à une perpétuelle quête de nourriture. Heureusement pour lui le rat fait ventre de tout : poisson, viande, légume, papier, tissu, la moindre parcelle comestible le contentera. Il peut même à l’occasion se faire anthropophage lors des périodes de disette ou après avoir massacré ses ennemis.

C’est que le rat n’est pas commode. Pas question d’empiéter sur un territoire toujours trop petit en raison des quatre à cinq portées annuelles de chaque femelle mature (elles le sont dès trois mois). Cette démographie galopante l’oblige à chercher constamment de nouveaux territoires d’où de fréquents combats avec les tribus voisines. Une existence mouvementée et dangereuse qui explique que la durée de vie moyenne d’un rat sauvage n’excède pas les neuf mois.

Mais neuf mois d’une vie de rat, ça peut être diablement rempli. On s’en rend compte en suivant les tribulations de Gaspardino, Hubert et Eudipe au cœur de Paris. Nous visitons en leur compagnie les coulisses de la capitale, des vieilles Halles aux chambres luxueuses d’un palace, des berges de la Seine aux cuisines de restaurants, des taudis les plus crasseux aux cages aseptisées d’un laboratoire. Bien des surprises attendent nos malheureux gaspards aux cours de leurs escapades, à commencer par les multiples pièges que les « gros », c’est-à-dire nous autres les humains, sèment sur leur route. Poison, sucre additionné de plâtre, glu, tapettes, les périls sont nombreux et presque toujours mortels. Ils doivent aussi compter avec les autres animaux, en particulier les vilains matous, et surmonter des problèmes forts compliqués tels que sortir d’une baignoire aux parois bien lisses et traverser les rues sans se faire ratatiner !

Ce roman éminemment sympathique, souvent drôle, parfois moins (la scène avec le bébé, brrr !!!) est donc une belle occasion de nous documenter sur cet animal que nous qualifions de nuisible. Un qualificatif plutôt paradoxal de la part d’une espèce qui est en train de foutre en l’air sa planète !

Grasset - 2002

 

Posté par Lekarr76 à 10:23 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

05 février 2017

FRANKENSTEIN OU LE PROMETHEE MODERNE - MARY SHELLEY

MarBib0203

Passionné par ses études sur la « philosophie naturelle » et la chimie, le jeune Victor Frankenstein entreprend de percer le secret de la vie. Au bout de longs mois de recherche et d’expérimentation, il parvient à créer un être vivant. Malheureusement, le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances. Le fruit de son travail n’est qu’une caricature d’être humain et, pour achever son désarroi, il lui échappe et entreprend de semer la mort dans son entourage.

Comme beaucoup je pense, j'ai découvert les films consacrés à Frankenstein bien avant de lire l’œuvre originale dont ils étaient tirés. En entamant la lecture du roman de Mary Shelley, j’avais donc présentes à l’esprit un certain nombre d’images bien ancrées désormais dans l’imaginaire collectif. J’en fus pour mes frais. Pas de château isolé ni de de laboratoire dans la plus haute de ses tours, pas de profanation de sépultures ni de cadavres, pas d’orage, pas de foudre et pas plus de paysans brandissant torches et fourches.

Qui plus est, la créature n’est pas ce monstre maladroit et abruti que la Hammer ou Hollywood en ont fait. Son allure est certes monstrueuse au point de faire fuir quiconque l’aperçoit mais sous son apparence repoussante elle dissimule une rare sensibilité. Prévenante, accessible à la beauté, respectueuse de la vie au point de refuser de se nourrir d’êtres vivants, elle se montre supérieur à son créateur à bien des égards. Certes la créature va tuer à plusieurs reprises mais ses crimes seront le fruit de son désespoir et non le résultat d’une quelconque perversion. Rejetée par les hommes et notamment par celui à qui elle doit la vie, affreusement seule, elle ne s’en prend aux proches de Victor Frankenstein que pour le contraindre à lui « fabriquer » une compagne faite à son image.

En comparaison, le savant fait preuve de beaucoup moins de grandeur d'âme. Il délaisse les siens pour s'occuper de son Grand Oeuvre et n’éprouve aucune compassion envers la « chose » qu’il a créée. Tout juste peut-on lui reconnaître un certain courage et une grande pugnacité dans sa traque du monstre qui le mènera jusqu'aux étendues glacées du pôle nord. Et même à l’heure de sa fin, alors que sa créature fait preuve d’un remord sincère, il reste inaccessible à la pitié et continue de se poser en victime, rejetant sur elle la responsabilité de ses malheurs. Victor Frankenstein est donc un homme peu équilibré guidé successivement par la passion, la peur et la vengeance.

On est finalement bien loin des histoires d'horreur auxquelles le nom de Frankenstein est généralement associé. Ceci étant, le titre complet du roman qui nous renvoie au mythe de Prométhée aurait dû me mettre la puce à l’oreille. L’auteur ne voulait sans doute pas tant effrayer le lecteur que lui donner à réfléchir sur la nature humaine et la vanité qui pousse l’homme à s'engager sur le chemin de la connaissance sans réfléchir aux conséquences de ses actes. En ce sens « Frankenstein » nous parle bel et bien de responsabilité. Responsabilité du scientifique à l’égard de la société, responsabilité du père envers son enfant et peut-être, responsabilité de Dieu envers sa création, ces hommes et ses femmes dont il ne semble guère s’occuper….

Marabout 1964

 

 

Posté par Lekarr76 à 11:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

29 janvier 2017

JEAN-BERNARD POUY - NOUS AVONS BRULE UNE SAINTE

product_9782070419630_195x320Une jeune femme violée et estropiée par des touristes anglais décide de se venger de la perfide Albion en s’en prenant à toutes ses représentations en France. La nouvelle Jeanne d’Arc et ses trois compagnons se lancent alors dans une randonnée morbide ponctuée de gags douteux et d’attentats sanglants.

Publié en 1984 dans la série noire de Gallimard "Nous avons brûlé une sainte" est seulement le second roman de Jean-Bernard Pouy. On y trouve déjà cette façon bien à lui de raconter une histoire, en particulier sa préférence pour des héros hors système et son goût pour des constructions tarabiscotées.

Ici, il a choisi de bâtir son intrigue sous le double signe de Jeanne d'Arc et d'Arthur Rimbaud. Si la présence du poète maudit se manifeste essentiellement par des extraits de ses poèmes qui illustrent d’ailleurs parfaitement certaines scènes de son histoire, le patronage de la pucelle de Domrémy le contraint à calquer l'épopée sanglante de ses héros sur le parcours johannique, d'Orléans à Rouen en passant par Reims et Compiègne.

Le mode de narration est aussi un tantinet déconcertant avec un découpage en chapitres extrêmement courts et un changement incessant de point de vus - des différents policiers ou des quatre jeunes terroristes - au milieu desquels s'intercalent des fragments de dépêches sur la chute imminente d'un satellite ou les états d'âmes du leader d'un groupe de rock. Tout cela est un peu brumeux et on se demande parfois où l'auteur veut nous emmener mais J-B Pouy s'en sort néanmoins parfaitement. Mieux il parvient à fournir une fin flamboyante où tout est bien en place, Rouen, le bûcher, Cauchon et les bourguignons…

« Nous avons brûlé une sainte » est donc un roman dont on appréciera le rythme et l’inventivité mais un peu moins son intrigue fort ténue puisque, à moins d’avoir séchés les cours d’histoire au collège, on sait dès le début comment, et même où, tout cela se terminera.

Galliamrd - Folio Policier - 2001

 

Posté par Lekarr76 à 15:27 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

22 janvier 2017

REPLAY - KEN GRIMWOOD

points1569-2009

Après quarante-trois ans d’une vie de merde Jeff Winston est fauché par une crise cardiaque. A sa grande surprise, il se réveille peu après dans sa chambre d’étudiant, âgé à nouveau de dix-huit ans et bien décidé à profiter au mieux de la seconde chance qui lui est accordée. Mais l’argent, le pouvoir et les femmes ne sont pas nécessairement synonymes de bonheur…

Est-ce que vous vous rappelez « Un jour sans fin », ce film dans lequel Bill Murray se retrouve contraint de revivre indéfiniment la même journée ? Oui. Et bien « Replay » en est un peu la version écrite. En beaucoup plus long tout de même puisque ce ne sont pas vingt-quatre heures mais vingt-cinq années de sa vie que le héros de Ken Grimwood doit se coltiner encore et encore. Le sujet est plaisant. Qui n’a jamais rêvé de tout recommencer à zéro, de rejouer sa vie en mieux en évitant les erreurs passées et en influençant le destin pour se faire un avenir en or ? C’est précisément ce que l’auteur nous propose de suivre au travers des multiples existences de son personnage.

Disons-le tout de suite, je n’ai pas été emballé. Malgré quelques idées intéressantes et un traitement correct de la chose, les « replay » ou « recommencements » de son personnage n’ont rien de bien excitant. Je dirais même qu’ils sont tout à fait convenus et c’est sans aucune surprise qu’on le voit tour à tour s’enrichir, s’étourdir dans la drogue et le sexe, mener une vie de famille pépère ou se la jouer ermite-revenu-de-tout.  Il y a bien quelques clins d'œil sympathiques (l’hébergement dans son garage des créateurs d’Apple), quelques belles rencontres (Louis Armstrong à Saint-Germain) et un peu d’humour et de drame pour faire passer le tout mais globalement ça reste d’une grande banalité.

Grimwood n’évite d’ailleurs que d’extrême justesse la lassitude de son lecteur en introduisant un personnage féminin soumis aux mêmes aléas temporels. Cela relance quelque peu l’intrigue avec des confrontations d’idées nouvelles et son lot de rendez-vous manqués. Malheureusement, cela fait aussi sombrer l’histoire dans un mélo larmoyant dont elle ne se remettra pas. C’est d’ailleurs le principal défaut de ce roman que d’avoir envisagé le phénomène et ses conséquences quasi exclusivement sous l’aspect des relations sentimentales. Il y avait pourtant bien d’autres pistes et tant de possibilités !

Il faut en effet garder à l’esprit que Jeff et Pamela ne sont pas des immortels qui auraient une éternité devant eux. Ils ne font que revivre vingt-cinq années de leur existence, toujours les mêmes. Or, excepté un petit commentaire en toute fin de roman (lorsque Jeff se plaint d’écouter toujours la même musique), cet aspect de leur « aventure » n’est que très peu évoqué. C’est pourtant un point qui aurait mérité d’être approfondi car, si l’expérience accumulée leur donne une assurance supérieure, elle les prive aussi de tout imprévu. Leur existence perd l’attrait de la nouveauté. Finies les surprises et l’émotion des « premières fois »,  les héros de Grimwood ne sont plus que des vieillards dans des corps de jeunes adultes.

Autre faiblesse du roman, l’absence de solution à ce bégaiement du temps alors même que les personnages consacrent deux de leurs vies à en comprendre la nature ou la signification. On reste donc sur notre faim avec nos interrogations et nos déductions. C’est d’autant plus dommage que l’auteur a également lâché en cours de route une autre piste intéressante en la personne d’un troisième « replayer » qui se révèle être un serial killer. Une excellente idée riche de nombreuses possibilités mais qui restera là encore à l’état embryonnaire.

Au final, « Replay » n’est ni un bon roman de science-fiction ni une belle allégorie de l’existence avec ses joies et ses peines, ses échecs, ses réussites et sa magnifique incertitude. Au lieu de cela, Grimwood se contente de considérations assez vagues, de lieux communs du genre « carpe diem, profitons de chaque instant sans penser à demain » bref, des idées assez fades. Du coup, j’me regarderai bien « Un jour sans fin » !

Editions du seuil - Points - 2009

 

Posté par Lekarr76 à 10:13 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :