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24 juin 2020

LE MEDECIN DE CAMPAGNE - HONORE DE BALZAC

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Après le sympathique « Colonel Chabert » et l’excellent « Eugénie Grandet », je poursuis ma découverte de l’œuvre de Balzac avec un roman un peu moins connu. « Le médecin de campagne », c’est un fait, n’est pas le plus célèbre des opus de la comédie humaine et maintenant que je l’ai lu, je comprends mieux pourquoi. L’ouvrage souffre en effet d’une construction un peu bancale et d’un manque de cohésion entre ses différentes parties.

Il démarre pourtant de fort belle façon par la rencontre entre un officier en retraite et un médecin qui vit retiré dans une vallée du Dauphiné. Ce dernier est une sorte d’ermite philanthrope que l’ancien militaire est venu trouver pour des raisons qui nous seront révélées plus tard. Passé un accueil un peu froid, les deux hommes font plus ample connaissance et le Docteur Benassis explique à son hôte comment il est parvenu à transformer un pays misérable et arriéré en une contrée riante et prospère.

La seconde partie est tout aussi réussie. C’est une sorte d’illustration par l’exemple des propos du médecin. On y voit les deux hommes se promenant dans la vallée et enchaînant les rencontres avec les habitants du cru qui ont, pour la plupart, bénéficié des bons soins du docteur. Portraits et témoignages se succèdent qui attestent de l’immense bonté du docteur et de l’indéniable réussite de ses entreprises. Il n’est sans doute pas interdit de voir là une illustration des convictions politiques de Balzac avec ce qui ressemble fort à une utopie sociale. Il y développe un véritable modèle économique et social en insistant notamment sur la santé, la nécessité d’un habitat salubre et sa conviction que les bonnes volontés construisent des synergies profitables à tous.

Le troisième chapitre lève le voile sur le passé du médecin et nous comprenons alors les raisons qui l’ont poussé à fuir Paris et le grand monde pour faire le don de lui-même à la communauté villageoise où il s’est retiré. Si le roman s’était arrêté là, il eut constitué un tout cohérent et aurait juste nécessité une petite explication quant aux raisons de la visite de l’officier. Hélas, Balzac a décidé de rallonger la sauce et d’introduire une histoire dans l’histoire. C’est donc reparti pour un nouveau récit qui nous parle cette fois d’amour contrariées, de considérations sur les bienfaits de la nature et des guerres napoléoniennes…

Petite déception donc, mais que je compte bien effacer prochainement avec la lecture du célébrissime « Père Goriot ».

Le Livre de Poche - Classiques - 1999

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17 juin 2020

LE LIVRE DES CRANES - ROBERT SILVERBERG

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Quatre étudiants profitent de leurs vacances pour se lancer dans une longue excursion à travers l’Amérique, de la Côte Est à l’Arizona. Ils espèrent retrouver la trace du mystérieux monastère de la Fraternité des Crânes où se cacherait le secret de l’immortalité. C’est du moins ce que l’un d’eux, expert en philologie médiévale, prétend avoir découvert dans un ancien manuscrit. Réalité ? Légende ? La vérité se trouve au bout du voyage. 

Robert Silverberg est un auteur majeur de la SF américaine à laquelle il a donné quelques-uns de ses chefs d’œuvres. Qu’il aborde la dystopie (Les monades urbaines), l’uchronie (Roma Aeterna) ou même la fantasy (Le cycle de Lord Valentin), il le fait toujours avec la même réussite grâce une culture immense et une écriture fantastiquement immersive. « Le livre des crânes » ne se rattache en revanche à aucun de ces genres. Il y est certes question d’immortalité, on y parle bien d’un vieux grimoire et d’une étrange secte, mais à aucun moment, on n’y rencontre un élément d’ordre fantastique ou surnaturel.

Il s’agit plutôt d’une quête initiatique. Partis à la recherche de l’immortalité, c’est en réalité à la découverte de leur moi profond que les quatre protagonistes de son histoire - l’orphelin avide de reconnaissance, le gosse de riche blasé, le juif complexé et l’homo déluré – vont aboutir. Grâce au procédé du roman choral, Silverberg nous plonge dans leurs pensées les plus intimes. Il nous dévoile leurs secrets et leurs failles, leurs fantasmes et leurs espérances. Il nous montre aussi ce qu’ils pensent les uns des autres, mettant à nue les rancœurs et les jalousies et révélant à cette occasion une société américaine beaucoup plus clivée qu’il n’y parait.

 « Le livre des crânes » est un livre très représentatif de son époque. Ecrit dans les années 70, il illustre le besoin de rupture et de changement alors à l’œuvre dans presque toutes les sociétés occidentales. L’homme a découvert l’atome, il a marché sur la Lune et a définitivement soumis la nature. « Il a échappé à l’ignorance superstitieuse pour tomber dans le vide matérialiste ». En est-il plus heureux pour autant ? Pas sûr. Consommer ne lui suffit plus, il veut à donner un sens à sa vie. Ce sens il va le rechercher dans de nouvelles expériences, dans la drogue, le sexe, la philosophie transcendantale… Le résultat sera-t-il à la hauteur de ses attentes ?

Pocket SF - 1984

10 juin 2020

LES TRANSFORMES - JOHN WYNDHAM

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Des millénaires après un conflit nucléaire, la planète continue de subir les conséquences de la folie des hommes. Les continents demeurent largement inhabitables et l’humanité a régressé à un stade préindustriel. Au Labrador, un semblant de retour à la normale s’est amorcé. Quelques communautés paysannes se développent sur les terres les moins irradiées, éliminant impitoyablement les plantes et les animaux qui ont subis des mutations génétiques. Quant aux hommes et aux femmes « impures », ils sont exilés dans les Franges, ces territoires sauvages où la faune et la flore se sont développés de façon anarchique. Dans la petite ville de Waknuk, le jeune David Strorm comprend très vite qu’il doit cacher à tout le monde, et en particulier à son père, le don qui lui permet de communiquer par la pensée avec d’autres enfants de la région… 

John Wyndham est l’un des auteurs de SF britannique que je préfère. « Le jour des triffides » fait partie de mes post-apo favoris et ses histoires d’invasions extra-terrestres sournoises et insidieuses (Les coucous de Midwich, Le péril vient de la mer), sont excellentes. Et pour couronner le tout, il possède un style agréable et extrêmement fluide, très plaisant à lire. C’est donc sans véritable surprise que j’ai été une fois de plus séduit par ce nouveau roman dont on ne peut pourtant pas dire que l’originalité soit la qualité première. Il faut dire que lors de sa parution, les histoires de mutants n’avaient plus rien de très nouveau. Van Vogt, Sturgeon et quelques autres étaient déjà passés par là et ce type de récits était déjà bien ancré dans la culture SF.

De la même manière, le cadre du récit n’a rien de particulièrement innovant. On peut même dire que Wyndham n’est pas allé le chercher bien loin puisqu’il ressemble presque trait pour trait à l’Amérique des XVIIème et XVIIIème siècles. Nous sommes en effet plongés dans une communauté agricole comme il en existait beaucoup dans les colonies américaines d’alors, une petite bourgade où quelques dizaines de familles de fermiers et d’éleveurs tentent de tirer leur maigre pitance d’une terre ingrate. Remplacez les insurgés des Franges par les amérindiens, les fanatiques de la race pure par les puritains anglicans et la traque des mutants par la chasse aux sorcières et c’est bel et bien l’Amérique de Nathaniel Hawthorne et de Salem qui reprend vie.

Dans ces conditions, tout  le talent de Wyndham va consister à nous immerger dans cet univers et nous faire éprouver les sentiments de peur et de révolte de ses jeunes héros. Il va le faire en prenant tout son temps qui sera aussi celui de leur apprentissage. Lorsque l’histoire débute, David Strorm n’a que dix ans. Il en aura six de plus à la fin du récit. Six années pendant lesquelles il va être amené à comprendre la nature profondément sectaire et injuste de la communauté où il vit. L’extrême rigueur de la société labradorienne nous est donc dévoilée progressivement. Petit à petit, ceux que l’on considérait de prime abord comme de simples bigots arriérés montrent leur vrai visage, celui de fanatiques qui ne se contentent pas de brûler les récoltes génétiquement impures ou d’exiler les mutants, mais qui peuvent aussi torturer et tuer. La montée en puissance est parfaitement maîtrisée. Présente dès les premières pages, la menace qui pèse sur David et ses compagnons se fait de plus en plus précise. Ils doivent développer des trésors de prudence pour échapper aux inspecteurs de la foi et le plus gros du roman est consacré à cet effort constant qu’il doive faire pour dissimuler leur état, rester unis et préparer leur avenir.

Cette lutte d’un groupe d’enfants face à la communauté des adultes est à comparer à celle qui oppose la trentaine de « coucous » aux villageois de Midwich. Dans ce roman les enfants nés de « visiteurs » extra-terrestres sont clairement présentés comme une menace pour l’espèce humaine en raison de leurs capacités supérieure et notamment de leur don de télépathie. Un don que possèdent aussi les petits mutants des « Transformés » sauf qu’ici, ce talent particulier est présenté comme un atout, une évolution bénéfique de l’humanité. Bref, selon le point de vue où l’on se place, la menace n’est pas perçue de la même manière et les victimes changent de camp !

Fleuve Noir Anticipation - 1955

3 juin 2020

LE POINT ZERO - MATSUMOTO SEICHO

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A peine un mois après leur mariage, l’époux de Teiko disparait dans les environs de Kanazawa où il soldait ses derniers dossiers avant de rejoindre son nouveau poste à Tokyo. Elle décide alors de se rendre sur place pour essayer de retrouver sa trace. Mais, ignorant presque tout du passé de son conjoint, sa tâche va vite s’avérer compliquée.  

Seichô Matsumoto est considéré comme le Simenon du pays du Soleil Levant . N’ayant lu qu’un seul roman du grand écrivain belge je ne saurai me prononcer sur cette comparaison. Pour autant, une chose est certaine, « Le point zéro » est un récit où le cadre, temporel, géographique et social, est au moins aussi important que l’intrigue criminelle qui nous est proposée.

Dans ce roman écrit en 1959, l’auteur évoque un Japon encore très marqué par les conséquences, matérielles et morales, de la défaite face aux Etats-Unis. Nous y découvrons un pays qui se remet doucement de la gigantesque crise économique qui suivit la fin de la guerre. Les coutumes reculent devant le mode de vie occidental, l’habitat traditionnel est progressivement remplacé par des demeures modernes et le capitalisme à l’américaine (usines et société de publicité) commence à s’imposer. L’histoire se déroule pour l’essentiel dans une préfecture du nord, coincée entre mer et montagne et subissant du fait de cette situation, la rigueur des éléments et une certaine pauvreté. On côtoie le petit peuple et les notables et la diversité des lieux fréquentés par les personnages (ryokans, salons de thé, bains et toute sorte d’institutions) nous offre un panorama assez complet de la vie dans une ville de province.

Mais là n’est pas le sujet principal du roman. Ce dont Seichô Matsumoto veut nous parler, c’est de ces milliers de japonaises que la misère de l’immédiat après-guerre a contraintes à se prostituer auprès des soldats américains. Ces « pan-pan » que le Japon s’est dépêché d’oublier, il les remet sur le devant de la scène en posant notamment la question de savoir ce qu’elles sont devenues une fois le pays sorti de la misère. Il s’interroge également sur l’influence que ces relations ont pu avoir sur les mentalités dans une société nippone encore très patriarcale, pour ne pas dire carrément machiste.

L’émancipation des femmes est donc au cœur du récit et ce n’est pas un hasard si les principaux personnages sont féminins, à commencer par son héroïne. Pourtant, au début du roman, Teïko apparait comme une femme effacée, subissant l’emprise de sa mère puis celle de son mari. Un mari qu’elle ne connaît guère puisque leur union a été arrangée par un entremetteur comme il était encore de coutume à l’époque. Cependant, en dépit des règles de politesse très pesantes et de la retenue qui s’imposait alors aux femmes, elle va révéler son caractère, faisant preuve d’une perspicacité et d’une persévérance peu commune. Son enquête fera émerger le joli portrait d’une femme volontaire qui doit comprendre qui était son époux afin de découvrir la vérité… à moins que ce ne soit le contraire.

10/18 - Grands Détectives - 2020

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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