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Eugénie est la fille unique de Félix Grandet, un ancien tonnelier qui a fait fortune mais continue de vivre chichement dans l’antique maison familiale. Courtisée par deux prétendants plus intéressés par l’héritage de son père que par elle-même, Eugénie mène une vie morose aux côté de ses parents et de Nanon, leur servante. L’irruption dans son quotidien d’un cousin parisien va lui faire entrevoir une existence différente où les sentiments auraient autant d’importance que la richesse et ses compromissions.

J'ai longtemps été hermétique à la prose de Balzac. Ce ne fut pourtant pas faute d'avoir essayé puisque j'ai tenté à trois reprises de lire "La peau de chagrin" dont le côté fantastique me semblait le plus propre à susciter mon intérêt. Rien n'y fit, je renonçais à chaque fois. Et puis il y a peu, j'ai de nouveau tenté ma chance avec "Le colonel Chabert" et, cette fois, cela a fonctionné. Fort de ce petit succès j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la « Comédie humaine » avec l’un des plus célèbres romans de l’auteur : Eugénie Grandet.

Outre une très belle peinture d'une petite ville de province et de sa bourgeoisie viticole (Saumur en l'occurrence), ce livre nous propose les formidables portraits d’un avare et de sa fille. Dans la première moitié c'est le père Grandet qui tient le haut du pavé. Nous faisons connaissance avec le vieux grigou, découvrons l'état de sa fortune, apprenons de quelle façon il l’a acquise et le plaisir qu'il prend à placer son argent, acheter de l’or et exploiter ses terres. Nous le voyons surtout dans sa vie de tous les jours et notamment dans ses rapports avec sa maisonnée, femme, fille et servante qu’il soumet à une vie austère, rognant sut tout, le bois de chauffage, la chandelle, le beurre…

Face à cet homme de tempérament, intelligent et déterminé, la pauvre Eugénie fait pâle figure. Jeune femme de 23 ans  effacée et soumise, elle n’attire guère l’attention et seul son statut de riche héritière la distingue aux yeux de la « bonne société ». Cependant, l’amour et la compassion vont la transformer en femme de caractère, une vierge farouche qui, malgré la perte de ses illusions, saura garder intactes ses convictions.

De ce point de vue, Eugénie est peut-être aussi pour Balzac, un moyen détourné de critiquer la société d’alors. Sa rébellion contre le pouvoir paternel, la façon dont elle tourne le dos au monde et à ses petits arrangements, son mépris envers les coureurs de dot et la magnanimité qu’elle oppose à l’avidité des ambitieux sont autant de camouflets lancées à la face des bourgeois et des aristocrates qui bradent leur parole et leurs sentiments pour une rente ou une charge.

Le Livre de Poche - Classiques