LE PONT DES SOUPIRS - MICHEL ZEVACO
Pour Roland Candiano, l’avenir s’annonce sous les meilleurs auspices. Jeune et valeureux fils du doge, aimé du peuple vénitien qui voit en lui le successeur de son père, il doit épouser bientôt la ravissante Léonore. Il ignore hélas qu’un quarteron d’arrivistes, dont certains sont de proches amis, conspirent à sa perte. Accusé le jour de ses noces d’un crime qu’il n’a pas commis, il est condamné et emprisonné dans un cul de basse fosse tandis que son père est destitué et aveuglé. Après six ans de captivité, il parvient à s’échapper avec la complicité d’un bandit repenti qui va l’aider à punir les responsables de ses malheurs.
Il fut une époque, désormais bien lointaine, où j’ai lu pas mal de romans de Michel Zevaco et notamment toute la série des Pardaillan. Un temps qui ne risque pas de revenir de sitôt au vu de la grosse déception qui fut la mienne à la lecture des deux forts volumes que sont « Le pont des soupirs » et sa suite « Les amants de Venise ». Ma déconvenue tient à plusieurs choses et tout d’abord au style de l’auteur. Un style certes solide et bénéficiant d’une belle écriture tout de mots choisis et d’expressions recherchées, mais malheureusement aussi beaucoup trop grandiloquent. Cela sonne la plupart du temps terriblement faux et donne au récit des allures de conte ou de légende. A aucun moment on n’arrive à croire aux aventures qui nous sont contées ni à faire nôtres les angoisses et les peurs des personnages.
Ceux-ci sont d’ailleurs beaucoup trop monolithiques et presque totalement dénués d’ambigüité. Les gentils sont parés de toutes les qualités, bonté, pitié, modestie, alors que les méchants ne pensent que pouvoir, crime et luxure. Les premiers se sacrifient, les seconds trahissent sans vergogne. Le couple de héros n’échappe pas à la règle puisque Roland, aussi fort que magnanime, devient l’égal de son illustre homonyme tandis que sa fiancée est le prototype de la vierge antique qui préfère la mort à la souillure. Seul le personnage (réel celui-là) de Pierre l’Arétin, trouillard opportuniste, vaniteux et débauché, tire son épingle du jeu et apporte au roman une note de légèreté et d’humour grâce à sa roublardise et ses bons mots.
Et que dire de l’histoire ? Qu’il s’agit d’un plagiat du Comte de Monte-cristo, c’est évident et ce n’est pas ce qui m’a gêné. Le célèbre roman de Dumas a été copié à de nombreuses reprises, parfois avec bonheur, parfois non. Ce qui ici, m’a vraiment déplu, c’est la façon dont le héros réalise sa vengeance. Alors qu’Edmond Dantès procédait avec méthode et froideur, agissant dans l’ombre et se faisant reconnaître au tout dernier moment, le héros de Zevaco avance à découvert et crie sa colère sur tous les toits. Ses « sentences » manquent aussi de finesse et se concluent presque toujours par la mort du coupable tandis que son modèle ne tuait jamais ses victimes mais utilisait leurs mauvais penchants pour les mener à leur perte.
Le livre de poche - 1972


