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29 janvier 2017

JEAN-BERNARD POUY - NOUS AVONS BRULE UNE SAINTE

product_9782070419630_195x320Une jeune femme violée et estropiée par des touristes anglais décide de se venger de la perfide Albion en s’en prenant à toutes ses représentations en France. La nouvelle Jeanne d’Arc et ses trois compagnons se lancent alors dans une randonnée morbide ponctuée de gags douteux et d’attentats sanglants.

Publié en 1984 dans la série noire de Gallimard "Nous avons brûlé une sainte" est seulement le second roman de Jean-Bernard Pouy. On y trouve déjà cette façon bien à lui de raconter une histoire, en particulier sa préférence pour des héros hors système et son goût pour des constructions tarabiscotées.

Ici, il a choisi de bâtir son intrigue sous le double signe de Jeanne d'Arc et d'Arthur Rimbaud. Si la présence du poète maudit se manifeste essentiellement par des extraits de ses poèmes qui illustrent d’ailleurs parfaitement certaines scènes de son histoire, le patronage de la pucelle de Domrémy le contraint à calquer l'épopée sanglante de ses héros sur le parcours johannique, d'Orléans à Rouen en passant par Reims et Compiègne.

Le mode de narration est aussi un tantinet déconcertant avec un découpage en chapitres extrêmement courts et un changement incessant de point de vus - des différents policiers ou des quatre jeunes terroristes - au milieu desquels s'intercalent des fragments de dépêches sur la chute imminente d'un satellite ou les états d'âmes du leader d'un groupe de rock. Tout cela est un peu brumeux et on se demande parfois où l'auteur veut nous emmener mais J-B Pouy s'en sort néanmoins parfaitement. Mieux il parvient à fournir une fin flamboyante où tout est bien en place, Rouen, le bûcher, Cauchon et les bourguignons…

« Nous avons brûlé une sainte » est donc un roman dont on appréciera le rythme et l’inventivité mais un peu moins son intrigue fort ténue puisque, à moins d’avoir séchés les cours d’histoire au collège, on sait dès le début comment, et même où, tout cela se terminera.

Galliamrd - Folio Policier - 2001

 

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22 janvier 2017

REPLAY - KEN GRIMWOOD

points1569-2009

Après quarante-trois ans d’une vie de merde Jeff Winston est fauché par une crise cardiaque. A sa grande surprise, il se réveille peu après dans sa chambre d’étudiant, âgé à nouveau de dix-huit ans et bien décidé à profiter au mieux de la seconde chance qui lui est accordée. Mais l’argent, le pouvoir et les femmes ne sont pas nécessairement synonymes de bonheur…

Est-ce que vous vous rappelez « Un jour sans fin », ce film dans lequel Bill Murray se retrouve contraint de revivre indéfiniment la même journée ? Oui. Et bien « Replay » en est un peu la version écrite. En beaucoup plus long tout de même puisque ce ne sont pas vingt-quatre heures mais vingt-cinq années de sa vie que le héros de Ken Grimwood doit se coltiner encore et encore. Le sujet est plaisant. Qui n’a jamais rêvé de tout recommencer à zéro, de rejouer sa vie en mieux en évitant les erreurs passées et en influençant le destin pour se faire un avenir en or ? C’est précisément ce que l’auteur nous propose de suivre au travers des multiples existences de son personnage.

Disons-le tout de suite, je n’ai pas été emballé. Malgré quelques idées intéressantes et un traitement correct de la chose, les « replay » ou « recommencements » de son personnage n’ont rien de bien excitant. Je dirais même qu’ils sont tout à fait convenus et c’est sans aucune surprise qu’on le voit tour à tour s’enrichir, s’étourdir dans la drogue et le sexe, mener une vie de famille pépère ou se la jouer ermite-revenu-de-tout.  Il y a bien quelques clins d'œil sympathiques (l’hébergement dans son garage des créateurs d’Apple), quelques belles rencontres (Louis Armstrong à Saint-Germain) et un peu d’humour et de drame pour faire passer le tout mais globalement ça reste d’une grande banalité.

Grimwood n’évite d’ailleurs que d’extrême justesse la lassitude de son lecteur en introduisant un personnage féminin soumis aux mêmes aléas temporels. Cela relance quelque peu l’intrigue avec des confrontations d’idées nouvelles et son lot de rendez-vous manqués. Malheureusement, cela fait aussi sombrer l’histoire dans un mélo larmoyant dont elle ne se remettra pas. C’est d’ailleurs le principal défaut de ce roman que d’avoir envisagé le phénomène et ses conséquences quasi exclusivement sous l’aspect des relations sentimentales. Il y avait pourtant bien d’autres pistes et tant de possibilités !

Il faut en effet garder à l’esprit que Jeff et Pamela ne sont pas des immortels qui auraient une éternité devant eux. Ils ne font que revivre vingt-cinq années de leur existence, toujours les mêmes. Or, excepté un petit commentaire en toute fin de roman (lorsque Jeff se plaint d’écouter toujours la même musique), cet aspect de leur « aventure » n’est que très peu évoqué. C’est pourtant un point qui aurait mérité d’être approfondi car, si l’expérience accumulée leur donne une assurance supérieure, elle les prive aussi de tout imprévu. Leur existence perd l’attrait de la nouveauté. Finies les surprises et l’émotion des « premières fois »,  les héros de Grimwood ne sont plus que des vieillards dans des corps de jeunes adultes.

Autre faiblesse du roman, l’absence de solution à ce bégaiement du temps alors même que les personnages consacrent deux de leurs vies à en comprendre la nature ou la signification. On reste donc sur notre faim avec nos interrogations et nos déductions. C’est d’autant plus dommage que l’auteur a également lâché en cours de route une autre piste intéressante en la personne d’un troisième « replayer » qui se révèle être un serial killer. Une excellente idée riche de nombreuses possibilités mais qui restera là encore à l’état embryonnaire.

Au final, « Replay » n’est ni un bon roman de science-fiction ni une belle allégorie de l’existence avec ses joies et ses peines, ses échecs, ses réussites et sa magnifique incertitude. Au lieu de cela, Grimwood se contente de considérations assez vagues, de lieux communs du genre « carpe diem, profitons de chaque instant sans penser à demain » bref, des idées assez fades. Du coup, j’me regarderai bien « Un jour sans fin » !

Editions du seuil - Points - 2009

 

15 janvier 2017

UNE FILLE DU REGENT - ALEXANDRE DUMAS

FilleRegent

Après la conspiration de Cellamare qu'il nous a rapportée dans "Le chevalier d'Harmental", Dumas nous dévoile cette fois-ci les dessous de la conspiration de Pontcallec, dirigée cette fois encore contre le régent Philippe d'Orléans. Mais l’abbé Dubois, ministre du régent, continue de veiller…

"Une fille du régent" n’est assurément pas le plus trépidant des romans d’Alexandre Dumas. En matière d’héroïsme et d’action guerrière le grand maître du roman historique a fait beaucoup mieux. Ici, peu de faits d'armes à signaler. Pas de batailles, pas le moindre duel, pas même un assassinat. Juste une incarcération à la Bastille et une évasion d'opérette qui ferait bien rire Edmond Dantes.

Il faut bien avouer que la conspiration de nos gentilhommes bretons est assez molle. Les conjurés, malgré leurs convictions et leur enthousiasme, font figure d'amateurs. Leurs ennemis ont toujours un coup d'avance et les mènent en bateau d’un bout  à l’autre de l'histoire.

Gaston de Chanlay, le jeune héros, est le plus naïf de tous. En dépit de sa bonne volonté et d'un sens de l'honneur exacerbé, il paraît plus occupé par ses amours que par sa mission et semble un jouet entre les mains du redoutable abbé Dubois. Sa candeur culmine dans cet épisode où il enlève sa dulcinée à son régent de père pour la confier aussitôt à un homme en qui il pense pouvoir se fier et qui n'est autre que le régent déguisé.

Et que dire de son ami Pontcalec qui croit n’avoir rien à redouter de la justice royale parce qu’une sorcière lui a prédit qu’il se noierait (il périrait par la mer) et qui apprend, mais un peu tard, que le bourreau s’appelle Lamer !

Ces anecdotes, les déguisements de Dubois et du régent et les nombreux quiproquos qui en découlent donnent au texte des allures de vaudeville. On a parfois le sentiment d’être en présence d’une parodie de roman d’aventure et l’on est d’autant plus surpris par une conclusion dramatique qui jure avec l’atmosphère de légèreté dans laquelle l’histoire baignait jusqu’àlors.

Marabout

 

8 janvier 2017

LES REVENANTES - DOMINIQUE ARLY

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Marthe est une vieille fille de trente-cinq ans qui a toujours vécu avec sa mère. Au décès de cette dernière elle décide de trouver l’âme sœur et finit par se marier avec Henri Dautrémont, un quinquagénaire rencontré par l’entremise d’une agence matrimoniale. C’est donc tout naturellement qu’elle s’installe chez son époux dans son vieux château médiéval des environs de La Rochelle. Mais l’entente n’est pas parfaite et Marthe lui prête bientôt de mauvaises intentions à son égard. Après tout, ses deux premières épouses ne sont-elles pas mortes dans d’étranges circonstances ?

En même temps qu’il fournissait avec une belle régularité la collection « Spécial Police » du Fleuve Noir, Dominique Arly approvisionnait aussi sa sœur naturelle, la collection « Angoisse ». Cela explique sans doute pourquoi « Les revenantes » tiennent plus de l’étude de mœurs et de l’intrigue policière que du récit d’épouvante ou d’horreur que l’on trouve habituellement dans la célèbre collection à la tête de mort.

Le titre du roman nous met pourtant sur la piste d’une histoire de fantômes. Une impression que vient confirmer le décor – vieille demeure médiévale avec souterrains et pièces secrètes - et les premiers chapitres où il est question de menus faits étranges et de farces de mauvais goût qui pourraient être l’œuvre d’esprits frappeurs. La piste surnaturelle est cependant très vite écartée au profit d’une intrigue beaucoup plus classique, une histoire de gros sous sur fond de manipulation mentale.

Ceci étant, la montée des craintes dans l’esprit de l’héroïne et l’atmosphère d’angoisse domestique et de folie latente sont bien rendus. La personnalité de Marthe est extrêmement fouillée. Sa solitude et son manque d’assurance en font un être particulièrement fragile et impressionnable. C’est une proie parfaite pour des individus malintentionnés.

Mais c’est surtout par une utilisation très intelligente du mythe de Barbe-Bleue que l’auteur fait la différence. En évoquant tour à tour le personnage de Charles Perrault ou celui, bien réel, de Gilles de Rais, il donne à son récit une dimension particulière et le lecteur, à l'instar de la pauvre Marthe, s’attend effectivement à découvrir quelques cadavres dans le placard !

Fleuve Noir - Angoisse - 1966

 

1 janvier 2017

L'ASSASSIN HABITE AU 21 - STANISLAS ANDRE STEEMAN

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La police londonienne est sur les dents. Depuis quelques semaines un assassin multiplie les meurtres crapuleux en profitant de l’épais brouillard qui pèse sur la capitale britannique, signant chacun de ses crimes avec une carte de visite au nom de "Mr Smith ». Chargé de l’enquête, le superintendant Strickland parvient à remonter sa piste jusqu’à la pension de famille de Mrs Crabtree où résident une douzaine de pensionnaires et par conséquent une douzaine de suspects.

Que ceux qui ont déjà vu le célèbre film d’Henri-Georges Clouzot se rassurent, le roman diffère suffisamment de son adaptation cinématographique pour conserver intact le plaisir de sa lecture.Tout d’abord, l’histoire ne se déroule pas à Paris mais à Londres et l’atmosphère en est résolument british. Il y a des bobies, des reporters et des pubs ainsi qu’un fog particulièrement présent.

Il y a également beaucoup d’humour, britannique lui aussi, très pince sans rire, mélange d’absurde (les pauvres Smith subissant la vindicte de leurs concitoyens) et de répétitions (les inspecteurs qui voient invariablement l’homme qu’ils filent « être littéralement absorbé par le brouillard »). Je ne dirais rien de l’intrigue policière digne d’un Sherlock Holmes ou d’un Roulletabille auxquels l’auteur fait d’ailleurs allusion à travers leurs auteurs respectifs. Elle est en tout cas intelligente et surprendra le lecteur (du moins ceux qui n’ont pas vu le film) par sa grande simplicité et sa non moins grande efficacité.

Mais plus que l’aspect « policier » du roman c’est la qualité de ses personnages qui lui apporte toute sa saveur. Steeman nous en propose toute une galerie, un brin caricaturale il faut bien l’avouer. Nous avons ainsi le militaire en retraite vantard et irascible, un russe au charme redoutable, un fakir hindou, un médecin misanthrope du nom de Hyde, un représentant de commerce avare et émotif, un commerçant dominé par sa femme…

Les rapports et les discussions entre tous ses personnages contraint de cohabiter dans une pension de famille sont source de bien des scènes tragiques ou cocasses. Leurs  rivalités, leurs petites mesquineries, leurs idylles animent le récit mais éclairent aussi beaucoup sur l’état d’esprit et le mode de vie de la classe moyenne avant la seconde guerre mondiale.

Alors précipitez-vous sur ce petit roman typiquement british, écrit en français par un auteur belge !

Le livre de poche - 2008

 

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