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28 mars 2018

LA CHUTE DU BRITISH MUSEUM - DAVID LODGE

9782743628253

Adam Appleby est un jeune doctorant londonien qui a pris l’habitude de travailler à sa thèse dans la salle de lecture du British Museum pour échapper aux jérémiades de ses enfants. Il est vrai que trois gamins, ça fait beaucoup pour un jeune homme de 25 ans, même catholique, que l’éventualité d’une nouvelle paternité n’enchante guère. C’est donc passablement perturbé qu’Adam commence une journée de travail qui va s’avérer riche d’incidents en tout genre. 

J’ai découvert David Lodge il y a déjà un bon bout de temps en lisant « Changement de décor » roman fort drôle dans lequel il se moquait sans ambages du microcosme universitaire. « La chute du British Museum » le précède d’une quinzaine d’années mais on y trouve déjà une critique assez corrosive de ce « tout petit monde » d’enseignants et de chercheurs qui se tirent la bourre pour une chaire rémunératrice ou qui passent des années à plancher sur des thèses absconses qui n’intéresseront que 4 ou 5 spécialistes à travers le monde. Ceci dit, le thème principal de ce roman a surtout trait à la difficulté pour les couples catholiques de concilier une vie sexuelle épanouie avec le respect des préceptes religieux et notamment la prohibition des contraceptifs. Il faut ici préciser que l’auteur est lui-même catholique et qu’il écrivit son histoire en 1965 soit peu de temps après le concile Vatican II qui fit souffler sur l’Eglise une petite brise libérale. Il n’est donc pas interdit de penser qu’il y a un peu de lui-même dans le personnage d’Adam Appleby, dans ses interrogations, dans ses soucis et dans ses espoirs.

Ce sujet délicat, Lodge l’aborde avec un sérieux et un flegme tout britannique qui n’empêchent toutefois pas l’histoire de basculer très vite dans le « nonsense » et l’absurde grâce à une pléthore de situations scabreuses. Son héros anxieux et malchanceux m’a d’ailleurs rappelé les personnages de Tom Sharpe ou de William Boyd, c’est-à-dire des individus timides et vaguement fantasques qui se retrouvent malgré eux plongés dans des problèmes inextricables où, quoi qu’ils fassent, ils s’enfoncent de plus en plus. Sur une seule journée, le pauvre Adam va ainsi accumuler les malentendus et les quiproquos. Il va provoquer l’évacuation de la bibliothèque du British Museum, se retrouver entraîné dans un trafic de manuscrits et frôler de près l’adultère. Il rencontrera aussi quantité d’individus étranges, des bouchers argentins, un curé irlandais, un bibliophile américain, une lycéenne dévergondée et des touristes chinois fans de Karl Marx.

A cette poisse déjà suffisamment copieuse, il ajoute encore une singulière tendance à perdre pied avec la réalité, se transformant à l’occasion en un nouveau Walter Mitty. Mais à la différence du héros de James Thurber qui confondait rêve et réalité, Adam s’imagine revivre les scènes importantes de quelques-unes de ses lectures. Là, il me faut avouer que sans la préface qui fait une analyse très complète de ces passages, je serai passé à côté de la plupart de ces références littéraires ce qui, au demeurant, n’eut pas été si grave tant le roman recèle d’autres qualités.

Amateurs d’humour britannique, de burlesque et d’histoires un peu folles, n’hésitez plus. Précipitez-vous sans crainte sur cette lecture réjouissante ou, pour rester dans le thème, pénétrez-y à tête découverte ! Vous ne le regretterez pas.

Rivages Poche - Bibliothèque Etrangère - 2014

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22 mars 2018

SANG DORE - JACK WILLIAMSON

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Price Durand s'est associé avec Jacob Garth pour monter une expédition au cœur du désert arabique afin de découvrir la ville mythique d’Anz. Si le premier est mû par le désir d’aventures, le second n’est attiré que par les monceaux d’or que l’antique cité est censée renfermer. Très vite, les relations entre Durand et les soldats de fortune engagés par Garth s’enveniment et le jeune homme profite d’une dispute et des premières échauffourées avec les autochtones pour s’enfuir en compagnie d’une jeune captive. Mais, entre les mercenaires d’un côté et les mystérieux habitants d’Anz de l’autre, les deux fuyards vont aller de Charybde en Scylla.

Houlà, grosse déception que ce cinquième volume de la collection jaune des éditions Garancière qui m’avait jusqu’alors habitué à beaucoup plus de qualité avec du très connu (Rider Haggard, Poul Anderson) et du beaucoup moins (Carl Sherrell, Charles Saunders). Pourtant Williamson n’est pas le premier venu, même s’il est davantage réputé pour ses récits de SF que pour ses rares incursions dans le domaine du fantastique.

Ici, on est dans du très, très classique en matière de récit d’aventures et de monde perdu avec ce roman paru en 1933 qui louche copieusement du côté du déjà nommé Henry Rider Haggard pour son histoire d’amour et de haine qui se rejoue à deux mille ans d’intervalle entre la reine immortelle et le guerrier réincarné. Pour le reste, on retrouve tous les attributs du genre : l’expédition montée par un groupe d’individus disparates, l’antique cité, le trésor et les dangereux autochtones.

Ceci étant le manque d’originalité n’est pas forcément rédhibitoire et des romans très classiques sur le fonds ou dans la forme n’en demeurent pas moins très divertissants. Ce n’est toutefois pas le cas ici puisque Williamson pêche autant par la pauvreté de son style que par son absence d’idées. Il se montre notamment incapable de susciter ces visions extraordinaires et dépaysantes qui sont la substance de ce genre de littérature et tout au plus lui concèdera-t-on d’avoir eu la bonne idée d’opter pour un décor moyen-oriental en lieu et place de la jungle africaine, de la cordillère des Andes ou de l’Himalaya.

Ici, place à l’Arabie, ses déserts et ses oasis et je reconnais que les ruines de la cité d’Anz à moitié englouties sous les sables du désert ont éveillé un temps ma curiosité. Mais cela ne dure pas. Ses descriptions restent survolées et l’on ne parvient pas à ressentir l’atmosphère de chaleur et de sécheresse, l’aridité et la soif, la solitude… Il faut aussi compter avec quelques expressions extrêmement agaçantes telle cette « chance des Durand » dont il nous rebat les oreilles à tout bout de champ ou encore les fameux « yeux obliques » de l'un des personnages qui reviennent également tant et plus.

Les scènes de combats sont poussives et répétitives, sans aucun souffle héroïque malgré une intéressante confrontation entre un équipement moderne (tank, avion, mitrailleuse) et des armes moyenâgeuses. Et que dire de cette scène à mourir de rire où le héros, enfermé dans un tombeau et quasi asphyxié en raison du manque d'oxygène, décide de se griller une petite cigarette pour se rafraîchir les idées !

Quant aux personnages, ils ne valent guère mieux. Ils sont monolithiques, sans profondeur ni ambigüité. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Les uns foncièrement mauvais, les autres forcément altruistes et seule Vekyra, la nana aux yeux obliques, m’a parue touchante dans son amour déçu qui se transforme en haine.

On pourra donc aisément se dispenser de cette lecture qui, si elle n’a rien d'un pensum, n’apporte pas grand-chose en termes de distraction.

Garancière - Aventures Fantastiques - 1986

15 mars 2018

UN BILLET DE LOTERIE - JULES VERNE

111111 - 1274

En Norvège, dans la région du Telemark, les Hansen apprennent avec stupeur que le fiancé de Hulda, la cadette de la famille, est porté disparu suite au naufrage de son bateau au large du Groenland. Un malheur qui vient s’ajouter à une situation financière pénible puisque leur auberge risque d’être saisie pour rembourser des placements hasardeux. Seul motif d’espoir dans cet océan de mauvaises nouvelles, le billet de loterie que le naufragé est parvenu à faire parvenir à sa belle grâce à une bouteille livrée aux flots. Hulda conservera-t-elle le dernier souvenir de son fiancé ou le cédera-t-elle pour rembourser les dettes de la famille ? 

« Un billet de loterie » n’appartient pas à la série des « voyages extraordinaires ». Il ne faut donc pas s’attendre à y trouver l’une de ces histoires d’aventures trépidantes matinées de science-fiction qui ont fait la gloire de l’auteur. Ici, on est quelque part entre le récit de voyage et le mélodrame.

Jules Verne connaît la Norvège pour y avoir séjourné en 1861. Ses descriptions sont donc le fruit de ses observations et on les imagine fidèles aux paysages qu’il a pu y admirer. Elles nous montrent un pays encore très rural et peu développé, sans chemin de fer ni routes dignes de ce nom. Voyager, même sur de courtes distances, y est difficile et nécessite beaucoup de temps et d’énergie. Quant aux populations rencontrées, elles vivent chichement de l’agriculture et de la pêche à l’instar de la famille Hansen.

Ole, Joël, Hulda et leur mère sont en effet parfaitement représentatifs de ces gens simples et industrieux, austères mais accueillants que la littérature de l’époque aimait à mettre en avant pour l’édification de la jeunesse. Des personnages forts sympathiques sur lesquels le sort s’acharne mais qui savent rester digne dans l’adversité. Et pourtant, il y a de quoi pleurer dans leur chaumière avec ce fiancé qui disparait en mer, cette mère victime d’un usurier infâme qu’on croirait échappé d’un roman de Dickens et ce fameux billet de loterie, dernier souvenir du malheureux disparu qui doit cependant être cédé pour effacer la dette.

Ils seront heureusement secourus par un ami qui fera preuve d’une volonté et d’une abnégation hors pairs pour leur venir en aide et infléchir les mauvais coups du destin. Sylvius Hog, c’est son nom, est le seul héros véritablement vernien du roman. Ce professeur un peu fantasque qui vit seul avec ses vieux domestiques et qui aime les voyages et les rencontres est un peu le cousin des professeurs Lidenbrock ou Aronnax. Il supporte presque toute l’action du roman sur ses frêles épaules, il est à l’origine des bouleversements finaux et apporte au récit cette touche de gaieté sans laquelle le mélodrame se serait transformé en tragédie.

Il faudra néanmoins l’intervention de la chance pour rétablir la justice. Une chance à ce point outrée (le résultat de la loterie et le sauvetage de Ole) que l’auteur se sent presque obligé de se justifier : « Peut-être trouvera-t-on quelque peu étonnant que ce numéro 9672, sur lequel l’attention avait été si vivement attirée, fut précisément sorti au tirage du gros lot. Oui, on en conviendra, c’est étonnant, mais ce n’était pas impossible, et, en tout cas, cela est. ». Cela permet en tout cas de conclure l’histoire sur une note joyeuse et de prouver que la bonté et la fidélité triomphent toujours de la méchanceté et de l’avarice.

La morale est sauve et au passage, l’auteur en aura profité pour se moquer gentiment des amateurs de sensationnel, des journaux qui font leurs choux gras du malheur des gens et des riches superstitieux prêts à dépenser des fortunes pour acquérir un billet qui n’offre pourtant que bien peu de chances de gagner le gros lot.

Union Générale d'Editions - 10/18 - 1978

9 mars 2018

LA TERRE DEMEURE - GEORGE STEWART

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Jeune étudiant en géologie, Isherwood Williams est mordu par un serpent alors qu’il effectuait une randonnée dans les montagnes californiennes. Après quelques jours de fièvre au cours desquels il frôle la mort, il se sent suffisamment rétabli pour redescendre vers la baie de San Francisco où réside sa famille. Arrivé dans la vallée, il constate que pendant son absence une épidémie extrêmement virulente a presque décimé l’espèce humaine, ne laissant que quelques survivants éparpillés ici et là. Bien que désespéré, il choisit néanmoins de continuer à vivre pour voir ce qu’il adviendra de l’homme et de ses réalisations. Sa rencontre avec une jeune femme et quelques autres compagnons va lui donner de nouvelles raisons d’espérer.   

L’amateur de récits post-apocalyptiques que je suis souhaitait lire depuis longtemps ce roman de Stewart qui jouit d’une réputation de classique du genre depuis sa parution en 1949. Le problème est qu’il n’a été édité que deux fois en France, la première en 1951 chez Hachette sous le titre « Un pont sur l’abîme » et la seconde en 1980 dans l’excellente collection « Ailleurs et demain » des éditions Robert Laffont. Difficile dans ces conditions de mettre la main dessus sauf à l’acheter à un tarif stratosphérique sur Etruc ou Pricemachin. J’ai donc pris mon mal en patience et m’en suis remis au hasard lequel faisant parfois très bien les choses, a fini par me sourire au détour d’une brocante où j’ai pu l’acquérir à un prix plus que raisonnable*.

Mon attente fut amplement récompensée. « La terre demeure » est sans conteste l’un des tout meilleurs romans post-apocalyptiques et a très vraisemblablement servi de modèle à plus d'un auteur. Il s’agit d’un véritable condensé du genre où la plupart des thèmes inhérents à ce type de récit sont évoqués de façon pertinente et passionnante. Qu’il s’agisse de la question de la solitude des rescapés, du désir de reconstruire et de préserver la civilisation ainsi que des inévitables dangers qui guettent le survivant – rats, chiens, pillards - le roman de Stewart aborde tous ces sujets avec la même justesse. Sans jamais sombrer dans l’excès - de violence, de misanthropie ou d’espoir béat – l’auteur nous livre un formidable roman d’aventures doublé d’une excellente réflexion sur l’homme, la civilisation, la transmission du savoir et la quête du bonheur.

Cette incontestable réussite, le roman la doit à deux qualités principales. Il y a d’abord l’extrême minutie avec laquelle nous est racontée l’existence d’Ish et de ses compagnons. Exception faire du voyage de son héros à travers les States pour se rendre compte de la situation du pays, l’action est circonscrite à la seule ville de San Francisco. C’est là, dans un quartier de banlieue avec ses maisons proprettes et ses petits jardinets que les rescapés organisent leur survie. Nous y assistons à la rencontre du héros et de sa future compagne, à la formation d’une petite communauté et à son organisation sociale. Nous les suivons aussi bien dans les menues occupations de leur vie quotidienne que dans les circonstances les plus dramatiques. Il est question de justice, d’éducation, voire même de la nature des relations à entretenir avec d’autres tribus de survivants. C’est pertinent et précis sans jamais être ennuyeux. C’est l’une des grandes réussites de ce roman.

Son second point fort, c’est le spectre temporel très large couvert par son intrigue, laquelle va des premiers jours de la catastrophe à une cinquantaine d’années plus tard. Cela permet à l’auteur de ne pas s’en tenir à la description des bouleversements nés du cataclysme ou aux prémices de la reconstruction. Ici, il peut imaginer comment évolue la vie de ces hommes, de ces femmes et de leur descendance dans un monde où le confort qui était le leur disparait progressivement. Nous les voyons ainsi utiliser les vestiges de la civilisation puis s’adapter peu à peu à la disparition de l’électricité, de l’eau courante, des conserves, de la poudre… Nous comprenons en même temps qu’eux combien il est difficile d’être prévoyant, de former des compétences et de préserver les connaissances. Ce sera d’ailleurs la principale préoccupation du personnage principal.

Tout au long du roman Ish s’acharne à transmettre son savoir et sauver ce qu’il peut de la civilisation. Il créée une école pour les enfants de sa communauté et cherche à les intéresser à la culture, aux sciences puis, plus modestement, à leur inculquer quelques techniques qui pourraient leur servir dans l’avenir. Il en va ainsi de la fabrication des arcs ou de la façon de faire du feu qui n’intéressent que modérément des jeunes gens qui ont encore à leur disposition des fusils, des balles et des allumettes ! Ish se désespère donc de constater qu’après lui ses enfants régresseront inéluctablement et que la société qu’il a connue, sa richesse intellectuelle et son dynamisme disparaîtront.

S’il n’a pas tort pour ce qui concerne le recul technologique auquel sera confrontée sa descendance, il se trompe en revanche lourdement en mettant en balance le monde qu’il a connu et celui qui s’annonce, en mesurant le bonheur d’un peuple à la seule aune de son degré d’avancement scientifique. Malgré son adaptation au monde de l’après, malgré son empathie envers sa communauté, Ish se montre incapable de tourner la page. Il reste prisonnier de sa conception de la société, de sa vision de la culture. C’est un homme de l’ancien monde, un monde dont il n’arrive pas à faire le deuil et ses tentatives pour le préserver sont infiniment tristes et émouvantes.

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, « La terre demeure » est un roman qui mérite d’être découvert. C’est un livre prenant, passionnant et intelligent de bout en bout avec un héros qui s’interroge en permanence et nous pousse à faire de même. Une grande réussite ou, pour paraphraser John Brunner qui en signe la préface, un chef d’œuvre. Je terminerai en signalant que le roman est complété par une étude de Rémi Maure sur les « recommencements post-catastrophiques » où l’amateur de post-apo trouvera une analyse pertinente et détaillée de ce genre littéraire ainsi que bien des pistes de  lecture.

* Le roman vient tout juste d'être réédité aux Editions Fage

Robert Laffont - Ailleurs et Demain - Classiques - 1980

3 mars 2018

LA FILLE DANS LE VERRE - JEFFREY FORD

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1932. Dans une Amérique en proie à la récession économique et au repli sur soi, Thomas Schell et ses deux comparses profitent de leurs talents de magiciens pour plumer de riches crédules. Au cours de l’une de ces arnaques, Thomas à la vision d’une petite fille dont il apprend quelques jours plus tard qu’elle a été enlevée. Perturbé par cette évocation, il décide d’enquêter sur la disparition de l’enfant sans se douter encore des multiples dangers que lui et ses amis vont devoir affronter.  

Mais que vient donc faire ce roman dans la collection « Lunes d’encre » des éditions Denoël ? Ce n’est pas de la SF - pas même de l’anticipation - et encore moins de la fantasy. Quant au fantastique il est à peine présent puisqu'il se limite à la vision d'un spirite, laquelle sera d'ailleurs remise en question à la fin de l'histoire. Les éditions Gallimard ne s'y sont pas trompées qui ont réédité ce livre en "Folio Policier". Alors si vous comptiez lire une histoire de fantômes et de communication avec l’au-delà, vous en serez pour vos frais.

Ceci étant le roman a d’autres arguments à faire valoir. Il y a d'abord son intrigue policière qui, sans être exceptionnelle, est bien amenée avec ce qu'il faut d'investigations et de rebondissements, le tout saupoudré de quelques scènes d'actions avec force coups de poings et rafales de mitraillette. Il y a ensuite le cadre, les Etats-Unis de 1932, et une époque intéressante, celle de la grande dépression et de la prohibition. L’occasion pour l’auteur de mettre en scène des bootleggers, ces contrebandiers d’alcool qui sévissaient sur la côte Est, et les fameux cirques de Coney Island où se produisaient (et étaient exploités) femmes à barbe, homme-araignées et autres phénomènes de foire. L’occasion aussi de nous parler du rapatriement des travailleurs mexicains et de certaines sociétés secrètes qui prônaient la suprématie de la race anglo-saxonne.

Mais c’est bien son trio de héros (l’Hercule de foire, le jeune apprenti et le sage) qui constitue le meilleur atout du roman. On tombe immédiatement sous le charme de Diego, le jeune narrateur qui, entre sa découverte des choses de l'amour et sa brutale confrontation aux saloperies de l'existence, fait une entrée mouvementée dans l'âge adulte. On est aussi attendri par les rapports profonds qui l’unissent à ses deux compagnons : Antony Cleopatra, le géant au grand cœur et bien sûr Thomas Schell, son mentor et son presque père. Quant aux séances de spiritisme truquées grâce auxquelles ils gagnent leur vie, elles apportent au roman quelques pages bourrées d’humour et concourent aussi grandement à l’atmosphère de mystères et de menace qui imprègne le récit.

"La fille dans le verre" est donc un bon petit polar historique qui brille surtout par ses personnages et son décor et dont le principal mérite est de montrer que l’Allemagne n’avait pas le monopole du racisme et des théories eugénistes.

Denoël - Lunes d'Encre - 2007

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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