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27 novembre 2019

LE MAGASIN DES SUICIDES - JEAN TEULE

« Vous avez raté votre vie ? Avec nous vous réussirez votre mort ! » Telle est la devise du magasin des suicides, maison tenue avec passion et professionnalisme par le couple Tuvache. Tous les produits vendus y sont de la meilleure qualité, les lames de rasoir affûtées, les cordes tressées dans le meilleur chanvre et les poisons confectionnés avec le plus grand soin. Les propriétaires, sombres et désabusés comme il se doit, sont toujours disponibles pour vous conseiller sur le meilleur moyen de mettre fin à vos jours. Bref tout va pour le pire dans le moins bon des mondes jusqu’à l’apparition du petit dernier de la famille Tuvache qui, allez savoir pourquoi, a décidé de prendre la vie du bon côté. 

Excellent petit roman, original, drôle et plein de fraîcheur malgré le sujet évoqué. L’humour y est parfois un peu grinçant mais les répliques sont toujours savoureuses et les trouvailles y sont légion. On prend un immense plaisir à suivre la famille Tuvache s’éveiller au bonheur et à la joie de vivre suite au travail de sape entrepris par leur benjamin. Mais, et c’est finalement assez paradoxal, l’intérêt du roman décroît à mesure que le désespoir fait place au bonheur. L’univers décalé perd alors de son intensité et on regrette presque que le petit Allan parvienne à ses fins.

Julliard - Pocket - 2008

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20 novembre 2019

LES RATES - GILLES THOMAS

FnAnt1728-1990

Au chômage et sans aucun espoir de retrouver un emploi, Julien Méry accepte de participer à un projet scientifique ultra secret. En compagnie de cinq autres candidats, il se retrouve alors coupé du monde, prisonnier dans un domaine parfaitement clos et gardé par des vigiles peu amènes. Le temps passant, les jeunes cobayes s’interrogent sur leur devenir et l’angoisse s’installe chaque jour un peu plus. 

Les romans de Gilles Thomas représentent ce que la collection Anticipation du Fleuve Noir a produit de mieux : des récits d’aventures sans prétention mais bien construits avec un parfait dosage d’action, de personnages bien caractérisés, de back-grounds fouillés et des intrigues qui tiennent la route. La plupart du temps il s’agit d’histoires de science-fiction qui nous emmènent sur des planètes lointaines où la science la plus évoluée côtoie des peuples rétrogrades dans des ambiances souvent médiévales. Elle s’est aussi essayée avec beaucoup de bonheur au post-apo ainsi qu’en témoigne sa célèbre trilogie de l’Autoroute Sauvage.

« Les ratés » est en revanche un roman d’anticipation dont le thème n’est pas particulièrement original puisqu’il y est question de mutants dotés de pouvoirs psy et de leur inévitable lutte contre les méchants humains qui en sont dépourvus. Ce manque d’audace n’est toutefois pas bien grave puisque l’auteur s’intéresse plus à la manière dont ses héros acquièrent ces capacités hors normes qu’à la façon dont ils les utilisent. Le récit débute d’ailleurs par une longue entrée en matière qui nous montre pourquoi et comment Julien et ses compagnons d’infortune furent contraints de servir de cobaye à des scientifiques et des industriels sans scrupules.

On est de suite immergé dans une France alternative en proie à une gigantesque crise économique et l’on ressent parfaitement le marasme social où se débat le narrateur. Les CV sans réponses, les entretiens avec des cadres méprisants, les économies qui fondent, les repas sautés et la peur de la rue, son quotidien est parfaitement restitué. Il en va de même ensuite pour les conditions de vie dans le centre où doivent avoir lieu les expériences. Le domaine ultra-protégé où les volontaires jouissent d’un confort dont ils n’avaient plus l’habitude a tôt fait de se transformer en prison. Les brimades, la tension, les pressions s’enchaînent jusqu’à ce que souffle l’heure de la révolte… Quant à la façon dont leurs pouvoirs se font jour, elle est aussi très bien amenée de même que cette idée que les « talents » des uns et des autres doivent se conjuguer pour former un tout qui les rend quasi invincibles.

On regrettera sans doute une fin un peu précipitée qui, une fois n’est pas coutume, ne doit rien au format court de la collection mais découle des pouvoirs acquis par les personnages. C’est d’ailleurs toute la limite des histoires de mutants. Devenus tout-puissants, les héros ne risquent plus grand-chose et le lecteur cesse alors de s’inquiéter de leur sort. Un état de fait que j’avais déjà pu constater dans un précédent roman de l’auteur et qui l’avait contraint, là aussi, à hâter sa conclusion.(cf : Les hommes marqués). Mais qu’importe ce petit bémol puisque le voyage en compagnie de Julien, Léna, Michel et les autres aura été bien agréable !

Fleuve Noir Anticiaption - 1989

13 novembre 2019

LES ENVOUTEES / LA FILLE AU DOUBLE CERVEAU - JEAN DE LA HIRE

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Madeleine et Lucie Font-Romain ont été envoûtées par un puissant médium qui entend faire d’elles ses esclaves. Leurs fiancés, Maxime Lystrac et Paul d’Oria, aidés par Edmond Royer, un policier versé dans les sciences occultes et par Léna Christiansen, une jeune danoise, vont tenter de faire barrage aux sombres visées du spirite. Ils ignorent qu’ils se préparent à affronter une organisation redoutable dirigée par un esprit brillant et sans scrupules.  

Il est des livres qui, alors même qu’ils ne sont pas si vieux que cela, ont vraiment mal vieillis. C’est le cas de ces romans de Jean de la Hire écrits il y a une soixantaine d’années mais qui en paraissent infiniment plus. Tout y est en effet très, très daté. L'écriture est passablement désuète sans pour autant avoir l'intérêt stylistique d'un roman du XIXème et les personnages sont abominablement démodés, lisses et sans saveur. Les héros y sont de beaux jeunes gens bien propres sur eux, courageux et prêt à faire le don de leur vie pour faire triompher l’amour et le bon droit. Les méchants sont d’infâmes crapules ne cherchant qu’à assouvir leurs sinistres passions. Aucune nuance, guère de doutes, les uns sont blancs, les autres noirs et seule la chute nous réserve une petite surprise.

L’histoire quant à elle, fait penser à ces vieux James Bond où il est question d’un dangereux mégalomane qui veut devenir maître du monde grâce à sa fortune ou une invention extraordinaire. Le comte d’Armanza a effectivement tout du Grand Méchant qui dirige ses affidés à partir de son repaire secret, ici un laboratoire ultra moderne caché derrière les remparts d’une forteresse médiévale. Bien qu’il s’agisse d’un sujet maintes et maintes fois utilisées, en littérature comme au cinéma, ce n’est pas ce manque d’originalité qui m’a gêné, mais la façon dont il est traité ainsi que le changement radical qui s’opère entre les deux volumes.

Le premier possède le charme discret d’une histoire un peu provinciale. On séjourne en Touraine, en Bretagne ou dans l'Hérault en compagnie de personnages tout simples projetés au coeur d'une aventure dangereuse. L’enquête est un peu simplette mais bien amenée, riche de détails en tout genre et la lutte inégale qui s’engage entre les victimes et le puissant médium n’est pas déplaisante à suivre.

jaeger15-1954

Avec «  La fille au double cerveau », la donne change. Exit Edmond Royer, Maxime Lystrac, Paul d’Oria et Lena Christiansen. Tous les personnages qui étaient au cœur de l’intrigue ne réapparaîtront plus alors que d’autres apparaissent ex abrupto. Une espionne russe, un diplomate périgourdin, un jésuite entrent dans la danse et l’on est projeté dans une histoire d’espionnage (James Bond again) avec commandos, filatures et séquences de drague dans les meilleurs hôtels de la Riviera. Tout cela se termine comme de juste par la destruction du repaire, la mort de l’affreux et les tendres retrouvailles de nos gentils héros.

C’est donc un récit très convenu que nous a pondu-là le très prolifique Jean de la Hire. On lui reconnaîtra néanmoins le mérite d’avoir tenté de renouveler les bons vieux thèmes de la possession et des médiums en les associant à des éléments d’ordre scientifique (poupées vaudou et hypnose d’un côté, prises de sang, photographies et enregistrements sonores de l’autre). Cela donne un mélange qui aurait pu être passionnant s’il avait été traité avec davantage de maîtrise et de conviction.

 

Jaeger D'Hauteville - Fantastic - 1954

6 novembre 2019

SCORIES - BRUNO POCHESCI

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Il y a cinquante ans, une bombe atomique a pulvérisé un petit bout de France, faisant du même coup basculer le pays dans le repli sur soi et la dictature. C’est dans ces circonstances dramatiques que François, indécrottable anarchiste qui s’accroche envers et contre tout à ses idéaux, a rencontré Pierre-Etienne qui devait devenir le tout-puissant Président de ce qui reste d’une république attaquée de toutes parts. Alors que les deux hommes n’entretiennent plus que des rapports ambigus fondés sur leurs souvenirs communs , Pierre-Etienne fait appel à son vieil ami pour intervenir auprès de terroristes fermement décidés à faire exploser une centrale nucléaire… 

Bien qu’encore tout nouveau sur la scène SFFF française, Bruno Pochesci fait pas mal parler de lui et cela fait déjà un petit moment que je tourne autour de ses nombreuses publications sans oser sauter le pas. C’est désormais chose faite grâce aux Editions 1115 qui nous proposent avec « Scories » une novella percutante et sans complexe.

Ce que l’on remarque au premier abord, c’est la qualité de l’écriture. Une prose brillante, recherchée et inventive qui dénote une grande maîtrise de la langue française même si l’on a parfois le sentiment que l’auteur s'écoute écrire comme d'autres s'écoutent parler, goutant à l’avance l’effet produit par ses bons mots et ses jolies formules. Personnellement cela ne me dérange pas. Je serais même plutôt fan. D’autres en revanche pourraient s’en agacer, d’autant qu’ils ne trouveront peut-être pas leur pitance avec ce récit qui manque de substance et d’unité.

En fait, on ne sait pas trop à quoi on a affaire. Une énième histoire de futur dystopique avec un vilain tyran opposé à de gentils rebelles ? Un road-trip survitaminé avec un as du volant lancé dans une équipée sauvage façon « Route 666 » de Zelazny ? Une utopie post-apocalyptique où les barbus du Larzac se seraient réfugiés à Tchernobyl ? « Scories », c’est un peu tout ça à la fois, sans qu’aucun de ces aspects ne prennent vraiment le dessus. Trois idées, trois atmosphères, trois instantanés d’un futur bien pourri, reliés un peu artificiellement les uns aux autres et ne réussissant pas à former un tout crédible. C'est rapide, c'est nerveux, avec un petit côté pulp au niveau des personnages. L’humour est décapant, les réparties fusent, les cadavres s’empilent mais, n’eut-été la chouette plume de l’auteur, je me serai passablement ennuyé.

Sentiment mitigé donc. Je suis conquis par la forme, beaucoup moins par le fonds. Ceci étant, Bruno Pochesci est indiscutablement une plume à suivre. Je le garde à l’œil. Il n’a qu’à bien se tenir !

Editions 1115 - 2019

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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