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30 décembre 2014

LA BETE ET LA BELLE - THIERRY JONQUET

9782070408627Le commissaire Gabelou aimerait bien que Léon se mette à table. Ce n'est pas que son témoignage soit absolument nécessaire puisque le coupable a déjà été arrêté, mais il y a encore quelques zones d'ombres qu'il aimerait bien éclaircir. Manque de bol, le prévenu s'obstine à rester muet. Il se contente de passer en revue ses souvenirs en essayant de comprendre ce qui a pu les amener, lui au quai des orfèvres, et son ami à l'hôpital, dans un état critique.

Si vous souhaitez lire un polar dont l'intrigue repose sur la recherche et la découverte du coupable, vous vous êtes trompé de bouquin. Dans La belle et la bête, le coupable, on le connaît dès le début. D'ailleurs, le coupable, c'est son nom. C'est du moins comme çà qu'on le nomme. Comme il y a l'emmerdeur, le visiteur, la vieille, le commis et le gamin. Parce que finalement, victimes, assassins ou témoins, leur identité n'a pas beaucoup d'importance ; ce sont eux, mais çà pourrait être d'autres, vous, moi. Des gens ordinaires avec des vies bien ordinaire.

En tout cas, cette absence de patronyme n'aide pas beaucoup à suivre le cours du récit. D'autant que celui-ci nous est raconté par plusieurs voix. Celle de Gabelou, le commissaire, qui nous dépeint la garde à vue du vieux Léon et quelques épisodes de son enquête ; celle du coupable par le biais de son journal intime enregistré sur des cassettes audio ; celle du vieux Léon enfin dont le monologue intérieur éclaire le quotidien et celui de son pote le coupable. Un roman choral donc, avec les approches différentes et les points de vus décalés que cela comporte.

Nous pénétrons ainsi l'intimité de deux inadaptés et revivons leur neuf mois de cohabitation dans un appartement où les poubelles s'amoncellent, restreignant jour après jour leur espace vital. Le premier est un vieux paysan rattrapé par la banlieue et qui n'a jamais réussi à s'intégrer à son nouvel environnement. Le second est l'une de ces personnes trop faibles ou trop respectueuses des règles et des conventions, qui finissent un jour par péter les plombs. Un peu comme une cocotte minute incapable de relâcher la pression en disant merde ou en allongeant une torgnole, il va finir par exploser et sombrer dans la folie. Mais a-t-il pour autant commis les meurtres dont on l'accuse ? (et dont il s'accuse lui-même). Voilà qui n'est pas sûr. Et c'est tout le talent de Thierry Jonquet que de nous faire douter à mesure que l'on fait connaissance avec son personnage et que l'on découvre les raisons de son mal être et les surprenantes manifestations de sa folie.

Parfait exemple de néo-polar, ce policier à la française où la critique sociale est plus importante que l'enquête, La bête et la belle est un roman qui met mal à l'aise. Il fait le constat d'un modèle de société qui a dérapé et nous livre une peinture très juste de la banlieue et de son triste quotidien avec sa cité, son CES et son usine Citroën. Une banlieue clapier, un nid à misère empli de travailleurs sans avenir et d'une jeunesse promise au chômage et à la délinquance.

Gallimard - Folio Policier - 1999

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25 décembre 2014

LES SOUTERRAINS DE L'ENFER - BRIAN STABLEFORD

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Hasgard est une planète bien singulière. Un monde artificiel et glacial construit par des extra-terrestres dont on ignore à peu près tout. Administrée par les paisibles Tétrax, elle est peuplée de toutes sortes d'aventuriers venus là dans l'espoir d'y découvrir des artefacts qu'ils pourraient monnayer auprès de scientifiques ou d'industriels. C'est le cas de Mike Rousseau, un terrien fort en gueule qui va se trouver bien malgré lui embarqué dans une sombre affaire...

Les cinq ou six premiers chapitres de ce roman (de loin les plus intéressants) donnent l'impression d'avoir affaire à un petit space-op à l'ancienne, c'est à dire sans prétention mais bourré d'humour et d'action.

L'histoire débute par une prise de contact avec un personnage fort sympathique doté d'un sens de l'auto-dérision particulièrement marqué. Baroudeur individualiste et un tantinet vénal, Mike Rousseau a un petit côté "Han Solo". Son don pour se fourrer dans les emmerdes, ses démêlés avec un mafieux local ou son irrévérence vis-à-vis des autorités rappellent en effet le célèbre pilote de Star Wars.

En sa compagnie, nous sommes rapidement plongés dans une histoire qui mêle plusieurs intrigues et quantité de protagonistes. Il y a là une histoire de meurtre, un gigantesque complot et la menace d'une guerre interplanétaire. Il y a aussi des malfrats, des scientifiques, des soldats et, bien sûr, de mystérieux ET. Bref, beaucoup de monde pour une seule planète. Mais pas n'importe laquelle ! Hasgard, la planète creuse. Une gigantesque poupée gigogne dont chaque niveau en dissimule un autre et ce, probablement jusqu'en son centre.

Voilà qui promettait quantité de surprises et de rebondissements. Hélas les découvertes réalisées par nos explorateurs n'ont pas été à la hauteur de mes espérances. Ils y trouveront certes la réponse aux questions soulevées et rencontreront même les fameux concepteurs de ce monde étrange mais tout cela se fera de façon un peu trop distanciée. On a le sentiment que les personnages ne pèsent pas franchement sur les évènements et que tout était écrit d'avance. Dommage. Je ne retiendrais de ce roman que quelques débats forts intéressants sur la politique, la biologie et la sociologie.

Opta - Galaxie-Bis - 1983

 

20 décembre 2014

DEGENERATION FUTURE - ALAIN BLONDELON

 

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La petite communauté qu'Alain, Lionel, Jocelyne et Sandrine ont établi sur l'île d'Yeu commence à s'étoffer. Leur situation matérielle s'améliore, des couples se forment et les première naissances arrivent bientôt. Mais au lieu du bonheur et de l'espoir attendus, c'est la consternation. Les nouveaux nés sont atteint de nombreuses malformations dues sans doute aux ondes qui ont ravagées le pays quelques années plus tôt. Pour tenter de comprendre et peut-être d'enrayer cette dégénération, Alain et Jocelyne reprennent la route à la recherche d'un médecin.

Comme beaucoup avant lui, Alain Blondelon a donc succombé à l'envie de donner une suite à son premier roman. Je suis d'habitude assez circonspect à l'égard de ces continuations et autres deuxièmes tomes qui n'apportent pas toujours grand chose au roman initial. Cette fois pourtant, je me réjouis de ce second opus dans lequel l'auteur est parvenu à gommer une bonne part des petits défauts du premier.

Il a notamment choisi de privilégier l'action pure et je dois dire que cela fonctionne beaucoup mieux même si, côté intrigue, il ne fait pas preuve d'une grande originalité. Après les chiens, les rats et les militaires, ses héros affrontent d'énormes frelons (un clin d'oeil aux Furies de Keith Roberts ?) ainsi que la plus dangereuse des créatures : l'homme. Et des hommes ils vont en rencontrer, seuls, par paire ou en groupe, accueillants parfois, souvent hostiles mais toujours méfiants. Ils apprendront à éviter les hordes de pillards sans foi ni loi, devront lutter contre des tyranneaux dans le métro parisien et se frotteront à quelques communautés plus ou moins sectaires. Eh oui ! La vie n'est pas rose dans la France d'après l'Onde de Choc.

Chemin faisant, ses personnages s'affranchissent de l'ancienne morale. Ils s'endurcissent et perdent foi en l'avenir. Cela se ressent sur l'atmosphère générale et donne à l'histoire un côté "no future" qui lui va plutôt bien. Mais, si son couple de héros gagne en épaisseur, il n'en va pas de même des autres protagonistes de l'histoire. On ne compte plus les personnages secondaires que l'auteur fait disparaître sans tambours ni trompettes dès lors qu'ils ont cessés de lui être utiles. Un suicide, une maladie ou, plus ridicule, une chute dans l'escalier, viennent toujours fort opportunément mettre un terme à ces seconds rôles devenus encombrants. Le procédé est un peu grossier, il ne faut pas en abuser.

Je regrette aussi que les personnages de méchants ne soient pas plus étoffés. Succinctement décrits, rarement nommés, il est bien difficile pour le lecteur de les visualiser correctement et d'éprouver à leur égard les sentiments - haine et soif de vengeance- ressentis par leurs victimes. De plus, le désir d'une punition à la hauteur de leurs forfaits doit monter lentement, se nourrir des vicissitudes endurés par les héros pour trouver son aboutissement dans un juste châtiment. Ici, le calvaire supporté par Jocelyne (exploitée, battue, violée) nous est révélé en quelques lignes, et l'exécution de son bourreau expédiée en quelques mots...

Ces petites remarques mises à part, Dégénération future est un bon petit road-book post-apocalyptique. Le style de l'auteur s'est affirmé. Les scènes de combats sont plus maîtrisées, les dialogues servent le récit sans l'alourdir et l'état d'esprit des personnages est raccord avec l'ambiance. Bref, du bon boulot.

L'histoire s'achève sur la promesse d'une suite. C'était en 2012 et depuis, l'ami Blondelon a publié deux autres romans dans des univers bien différents. Verra-t-elle le jour ?

Black Coat Press - Rvivière Blanche - 2012

15 décembre 2014

LA VENGEANCE DU WOMBAT - KENNETH COOK

9782253161790-T

Petit florilège d'anecdotes cocasses et d'aventures désopilantes survenues à l'auteur au cours de ses déambulations dans le bush australien.

On imagine l'Australie peuplée de grosses peluches attendrissantes, mignons koalas ou adorables kangourous. N'en croyez-rien. Les marsupiaux qui peuplent les pages de ce recueil sont tout sauf inoffensifs. Le héros-narrateur en fera l'amère expérience en affrontant tour à tour un wombat rancunier, un kangourou ingrat et un quokka apeuré. De quoi traumatiser un individu qui se décrit lui-même comme un écrivain d'âge moyen en mauvaise forme physique, gras et passablement couard.

Il faut dire aussi que le bonhomme a la fâcheuse habitude de fréquenter des pubs paumés où il rencontre de sympathiques tarés qui l'embarquent invariablement dans les plans les plus foireux. C'est ainsi qu'il se retrouve à chasser le buffle avec un motard qui se shoote au peppermint, à pêcher le requin et le crocodile avec une corde ou à mettre en orbite un lézard à collerette en compagnie d'un gamin de treize ans.

Ceci dit, il n'y a là rien que de très banal si l'on considère que tout cela se passe du mauvais côté du fleuve Darling, région aride et dangereuse, « exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles, de chaleur et de détresse – sauf en hiver, où elle est exclusivement constituée de pourpiers, de sable, de rocailles de froid et de détresse ».

Une espèce de nouveau western peuplés d'aborigènes roublards, de rudes paysans et d'aventuriers en tout genre, chercheurs d'opales ou chasseurs de serpents. Des individus taciturnes, qui ne sortent de leur torpeur alcoolique que lorsqu'il est question de parier. Il font alors preuve d'une détermination sans bornes pour accomplir les défis les plus loufoques : loger une balle à cinq pas dans l'oreille d'un crétin, castrer un cochon sauvage ou faire un bras de fer en tenant une grenade dégoupillée.

Heureusement pour ses lecteurs, ce cher Kenneth Cook sortira intact de ces expériences inoubliables. Sa dignité en revanche...

Le livre de poche - 2012

10 décembre 2014

ORAGES EN TERRE DE FRANCE - MICHEL PAGEL

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Difficile de ne pas penser au Pavane de Keith Roberts lorsqu'on lit ce petit recueil de nouvelles uchroniques. Comme son illustre aîné, Michel Pagel nous fait découvrir un vingtième siècle alternatif où l'église est encore toute puissante. Comme lui, il met en scène des personnages mineurs en compagnie desquels nous faisons connaissance avec un pays où la science est sous contrôle. En revanche, ce n'est pas l'Angleterre qui sert de cadre à ses récits mais une France exsangue après un millénaire de guerre contre la perfide Albion.

Le point de rupture avec l'histoire officielle remonte en effet au moyen-âge. Dans sa réalité à lui, Jeanne d'Arc n'a pas existé, la révolution française a échoué et la rivalité entre les églises gallicane et catholique est venu exacerber un conflit interminable. Ce sont donc quatre instantanés de cette France martyrisée que nous propose l'auteur, quatre destinées, quatre histoires bien distinctes mais formant néanmoins un tout cohérent.

"Ader" a pour personnages deux chercheurs qui construisent dans le plus grand secret la première machine volante. Cette nouvelle permet de prendre contact avec une société rétrograde dans laquelle hommes et femmes doivent composer avec deux menaces permanentes : la rigueur du dogme religieux et l'omniprésence de la guerre. Une nouvelle très noire et sans illusions sur la nature humaine où l'on verra que l'amitié et le respect de la parole donnée pèsent très peu face à la menace ou l'appât du gain.

Le second texte est extrêmement court. Il sert tout juste à présenter une découverte des scientifiques britanniques : la résurrection temporaire des morts afin d'en faire de la chair à canon. Un thème qui sera davantage développé dans la dernière nouvelle du recueil. Il met aussi l'accent sur la bêtise d'une guerre où les habitants changent de suzerain et donc de camp au gré des conquêtes territoriales.

« Le templier » est l'histoire d'un complot visant à ruiner la réputation d'un personnage public. C'est aussi un joli portrait, celui d'un prédicateur austère et néanmoins vedette d'un show télévisé qui va voir sa foi mise à rude épreuve.

« L'innondation » est sans doute la meilleure nouvelle du recueil. La plus triste aussi puisqu'elle met en scène les destins croisés de deux déserteurs et d'une espionne qui vivent leurs derniers jours sur la ligne de front.

Mais il n'y a pas que le fonds qui soit réussi. Michel Pagel fait aussi preuve d'une qualité d'écriture bien supérieure à celle de ses autres romans parus au Fleuve Noir. Son récit est très maîtrisé, tout en retenue et finesse avec juste ce qu'il faut de sensibilité et d'ironie.

Fleuve Noir Anticipation - 1991

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5 décembre 2014

MEMOIRE DE SANG - JEAN-LOUP PHILIPPE

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Atteinte d'une tumeur au cerveau incurable, Hélène n'a plus que quelques mois à vivre. Sur les conseil de son médecin, elle accepte de contacter un neurologue allemand qui lui propose de tenter une greffe partielle de cerveau. Contre toute attente, l'opération est un succès et, après une courte période d'observation, Hélène et son époux peuvent reprendre le cours de leur existence. Mais, au bout de quelques temps, la miraculée est victime de cauchemars dans lesquels elle voit une jeune fille subir toutes sortes de sévices. Elle commence aussi à ressentir d'irrésistibles pulsions meurtrières...

Le thème du malade à qui on greffe un membre ou un organe qui a conservé la « mémoire » du donneur est un classique de la SF. Il offre aux auteurs qui s'en inspirent le choix entre deux trames aussi intéressante l'une que l'autre. Soit le malade découvre un évènement de la vie du défunt qui le pousse à enquêter sur ce dernier et/ou à le venger (crime dont il fut le témoin ou la victime), soit un conflit s'installe entre l'esprit du donneur et celui du receveur, celui-ci se trouvant alors confronté à une redoutable schizophrénie.

Jean-Loup Philippe a choisi d'utiliser les deux. On assiste dans un premier temps au dédoublement de personnalité dont est victime l'héroïne. Petit à petit, l'esprit de la donneuse prend le dessus sur celui de son hôte et modifie son comportement. Comme de juste, l'intruse est une dangereuse psychopathe qui va pousser l'héroïne à commettre quantité de crimes. Le récit bascule donc progressivement dans la violence et les meurtres se succèdent. L'auteur ne manque d'ailleurs pas d'imagination (noyades en mer ou dans des sables mouvants, défenestration) et sait manier l'humour macabre (aveugle abandonnée au milieu d'une nationale).

Puis l'héroïne décide de réagir et entreprend de découvrir l'identité de la donneuse. Le récit prend alors des allures d'enquête policière. On remonte sa trace et découvre les raisons de sa violence tandis qu'un trafic d'organes est mis à jour. Tout cela se lit donc sans déplaisir mais manque cruellement de sel. L'intrigue ne recèle quasiment aucune surprise et, mis à part le couple Hélène/Charles, les personnages sont beaucoup trop stéréotypés, sans profondeur, ni saveur. Il y a aussi quelques petites invraisemblances comme le fait que tous les berlinois que côtoient les personnages parlent français et que, le croirez-vous, ces mêmes allemands ont coutumes de faire la sieste l'après-midi. Moi, je croyais que c'était en Espagne !

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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