Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
24 novembre 2018

MALBOIRE - CAMILLE LEBOULANGER

atalante869-2018

Après que la Grande Première eut recouvert la planète de ses eaux salées, toutes les ressources en eaux potables de la planète ont été irrémédiablement dégradées. Les quelques survivants qui échappèrent à la catastrophe en sont réduits à vivoter au milieu de marais pestilentiels ou sur des terres où plus rien ne pousse. Un vieux sage, la cheffe d’une bande de pillards, un jeune idéaliste et sa compagne, s’acharnent chacun à leur manière, à donner un sens à leur vie et, peut-être, à faire renaître l’espoir. 

Comme le dit fort justement la quatrième de couverture, ce roman est une petite fable écologique dans laquelle l’auteur nous montre les conséquences possibles, voire même probables, des activités humaines sur notre environnement et en particulier sur la plus importante de nos ressources : l’eau. Le monde que nous a concocté l’auteur est en effet presque totalement dénué d’eau potable. Exception faite de la pluie et de quelques rares sources profondément enterrées, le précieux liquide est devenue extrêmement rare au point de devenir une richesse inestimable, voire une monnaie d’échange.

Pourtant, de l’eau, le monde de la Malboire n’en manque pas. Mais comme son nom l’indique, elle est presque toujours impropre à la consommation. A cause de la folie des hommes et de leur recherche immodérée de productivité et de profit, la terre est désormais pourrie, polluée par les pesticides, par le sel des océans qui submergèrent les continents, par toutes les saloperies qu’on lui fit subir année après année. Elle demeure cependant au centre des préoccupations des personnages qui devront tout au long du roman composer avec ses diverses manifestations : marais putrides, neige et rivières, flots libres et fuyants ou prisonniers d’un barrage ou d’une digue, l’eau sera tour à tour synonyme de danger ou d’espoir.

Une omniprésence qui nous rappelle à quel point elle est précieuse et combien il est nécessaire de la préserver et de la partager. L’auteur se livre d’ailleurs dans les derniers chapitres de son roman à une critique sévère des puissants qui, possédant tout, se goinfrent le monde pour leur seul plaisir, sans soucis des conséquences. Il nous renvoie aussi à nous-même qui continuons à consommer comme si de rien n’était, nous voilant la face derrière nos cartes de crédit et nous donnant bonne conscience en faisant du tri sélectif ou en installant un bac à compost dans le fond du jardin.

Finalement, le seul vrai souci avec ce roman – car il y en a un – c’est qu’il a été écrit en 2018. Or, le post-apo est un sous-genre déjà fort ancien dans lequel il est désormais bien difficile de tracer son sillon. Tout ce que l’auteur y mentionne, tous les rebondissements de son intrigue - les groupements humains qui essayent de maintenir un semblant de civilisation, les bandes de pillards qui rendent leur existence précaire, les religions farfelues qui prospèrent sur la désespérance des gens et, last but not least, une terre inhospitalière sur laquelle tout ce beau monde tente de survivre – tout cela a déjà été écrits maint et maint fois.

Pour autant, Camille Leboulanger le fait plutôt bien. Son écriture est d’une belle simplicité et il sait alterner les passages durs et violents avec d’autres beaucoup plus tendres. Il sait aussi susciter de belles images (les engins agricoles qui continuent à martyriser la terre, les adeptes du Grand Clapot qui attendent le moment de surfer la grande vague) et nous réserve une conclusion si ce n’est surprenante, du moins parfaitement raccord avec son intrigue.

Et puis il y a Zizarre, le héros de cette histoire, dont l’innocence agace autant qu’elle émeut et qui fait penser à ces enfants qui ont besoin de se brûler pour comprendre qu’il faut se méfier du feu. Malgré les mises en garde, malgré les risques, il tente, il essaye, encore et encore, tout à son idée d’améliorer ce qui peut l’être. Il y a aussi Mivoix, sa compagne au verbe rare, qui peut se montrer aussi obstinée que lui lorsqu’il s’agit de protéger leur amour, Arsen le vieux sage et quelques autres qui viennent illuminer de leur présence cette farce sombre. Des personnages peu nombreux mais auxquels on s’attache immédiatement et que l’on accompagne avec grand plaisir.

Je recommanderai donc ce roman à celles et ceux qui n’ont pas encore l’habitude de ce type de récit. Il constitue une belle porte d’entrée dans ce genre très particulier et souvent prophétique qui nous renvoie à nos peurs en nous faisant entrevoir un avenir pas forcément très rose mais malheureusement fort plausible.

L'Atalante - La Dentelle du Cygne - 2018

Publicité
11 novembre 2018

EMPIRE DU SOLEIL - JAMES GRAHAM BALLARD

51MZDWZRRVL

Rendu célèbre par le film qu’en a tiré Steven Spielberg, « Empire du soleil » est un roman quasi autobiographique qui nous raconte les trois années que l’auteur a passé dans un camp d’internement japonais pendant la seconde guerre mondiale. Alors âgé de 11 ans, le jeune James vivait une vie heureuse et aisée dans le Shanghai des concessions occidentales, au sein d’une famille de riches expatriés britanniques. L’entrée en guerre du Japon va le sortir de son quotidien d’enfant pourri-gâté pour le plonger de la plus brutale des façons dans le monde des adultes. Séparés de ses parents, Jamie va faire le difficile apprentissage de la débrouille. Il va un temps errer dans les quartiers chics en visitant les villas abandonnées des relations de son père en quête d’abri et de nourriture puis, après quelques semaines de vagabondage, il est finalement arrêté par les soldats nippons.    

Commence alors le récit de sa captivité dans le camp de Longhua où sont regroupés une partie des ressortissants britanniques. Récit qui va occuper la majeure partie du roman et qui m’a interloqué par sa surprenante parenté avec d’autres livres qui traitent de la vie dans les camps (de concentration, de prisonniers, de travail…). Je pense en particulier à ceux de Primo Levi et Soljenitsyne qui ont avant lui parfaitement décrit le processus de déshumanisation à l’œuvre dans ces lieux où la survie engendre un égoïsme forcené. Celui de Ballard se rapproche de ces textes par la très grande précision avec laquelle il décrit le quotidien de son petit héros ainsi que par l’absence de réquisitoire contre ceux qui les tiennent enfermés.

Nous avons donc tout le temps de faire connaissance avec Jamie et voir comment il parvient à s’en sortir en dépit des privations, des maladies et des multiples dangers d’une guerre omniprésente. Nous le suivons dans tous les aspects de sa vie de prisonniers et notamment dans sa recherche constante de nourriture. Troc, vol, petits services rendus aux surveillants, il utilise tous les moyens à sa disposition pour améliorer un ordinaire franchement insuffisant, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve à l’occasion d’altruisme et d’empathie. En fait, il sera tout au long de sa captivité écartelé entre les deux figures tutélaires que représentent Basie et le Dr Ransome. Le premier est un soldat américain manipulateur et débrouillard auprès duquel Jamie va apprendre l’art de la démerde. Mauvais génie ou ami dévoué (sans doute quelque part entre les deux), Basie est un personnage ambigüe dont l’influence est heureusement contrebalancée par celle du Dr Ransome qui aidera son protégé tant au niveau matériel que du point de vue de l’éducation et du sens moral.

Deux exemples, deux soutiens qui vont lui permettre de traverser toutes les épreuves sans y laisser sa peau. En revanche, sa personnalité et sa vision de l’humanité en ont sans doute été modifiés à jamais. Les multiples scènes d’horreur, les combats, les innombrables cadavres, les destructions dont il fut témoin, toutes ces visions apocalyptiques ont très vraisemblablement imprégnés son esprit et expliquent peut-être sa fascination pour le morbide, pour les atmosphères de pourrissement et les images de fin du monde. « Empire du soleil » nous propose donc une vision particulière de la guerre, celle d’un enfant confronté à la violence et la dureté de l’homme mais qui saura conserver intacte sa volonté de survie et sa capacité à rêver.

Gallimard - Folio - 1990

4 novembre 2018

PARANOIA - CHRISTOPHE SIEBERT

Paranoia

Ce roman de Christophe Siebert me laisse perplexe. Je sais que j’ai aimé mais je serai bien en peine de vous dire exactement pourquoi. D’ailleurs je ne sais même pas vraiment ce que j’ai lu. Ca ne ressemble à rien de ce que je connais ou plutôt, ça ressemble à trop de choses à la fois. Tâchons d’y voir plus clair.

Premier indice, le roman est publié par les éditions Trash. On aurait donc naturellement tendance à penser qu’il s’agit d’un roman gore. Pourtant, ce n’est pas franchement le cas. Il y a bien quelques scènes de cul et pas mal de meurtres mais on ne tombe jamais dans l’excès. La violence et le sexe sont utilisés, si j’ose dire, à bon escient. Les descriptions sont précises, presque anatomiques, sans que le narrateur ne laisse passer la moindre émotion. Le but n’est pas de choquer mais d’informer, de montrer les choses dans leurs crudité et leur réalité.

Alors si ce n’est pas du gore qu’est-ce donc ? De la SF peut-être puisqu’il est question d’une invasion de la planète par une armée de robots qui viendraient se substituer aux humains. C’est effectivement une piste. Plusieurs personnages sont en effet convaincus de la présence de ces androïdes et de l’existence d’un complot planétaire visant à éradiquer la race humaine. Le problème, c’est que les dits personnages ne sont pas exactement dignes de foi. Alcoolos ou camés, paranoïaques échappés de leur hôpital psychiatrique, ces hommes et ces femmes n’inspirent pas confiance. On aurait même plutôt tendance à croire que leurs visions sont dues aux substances qu’ils s’envoient dans le gosier ou les narines et qu’un régime au pain sec et à l’eau aurait tôt fait de les ramener à de plus saines occupations.

Ce n’est donc pas tout à fait de la SF mais ce n’est pas non plus du fantastique pur jus. On y cause bien des grands anciens, de Nyarlathotep et de ses petits copains, il y a des messes noires au fond d’une crypte et le maître de cérémonie s’envoie en l’air avec un gigantesque crapaud. Mais là encore il est difficile de faire la part des choses entre la réalité et le cauchemar, entre le délire et les faits.

Reste donc une seule possibilité : le polar. C’est sans doute de ce genre que « Paranoïa » se rapproche le plus. Mais un polar social alors, genre néo polar à la française, à la façon d’un Jonquet ou de ces auteurs pour lesquels l’ambiance, la forme et le cadre comptent au moins autant que l’intrigue. Siebert est en plein dedans. D’une écriture nerveuse, sèche et tranchante, il nous montre une frange de la société qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer, les SDF et les laissés pour compte, les malades mentaux et les drogués, les masures sordides et les hôtels miteux. On s’en prend plein la gueule. C’est sombre et désespéré, c’est triste, c’est violent, c’est dégueu, mais c’est vrai.

Trash Editions - 2016

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité