Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
30 octobre 2019

LA TOILE DU PARADIS - HARADA MAHA

51bcw7cv2dL

Avant de se tourner vers l’écriture, Harada Maha a longtemps travaillé comme conservatrice de musée, au Japon et à New York. Cela explique ses connaissances en matière de peinture et, bien évidemment, le sujet de son roman.

"La toile du paradis" a en effet pour cadre le monde l'art. Nous y suivons plus particulièrement un assistant-conservateur du MoMA et une historienne de l’art, tous deux grands admirateurs de l’œuvre du douanier Rousseau. Et ça tombe bien puisqu’ils sont conviés par un richissime collectionneur bâlois à venir expertiser un tableau inconnu de ce peintre. Les voici donc partis pour le pays du chocolat et des coffres forts où leur commanditaire leur réserve une belle surprise. Non seulement ils vont pouvoir admirer la fameuse peinture mais ils vont aussi avoir accès à un manuscrit qui relate les dernières années de l’artiste. Un récit en sept parties qui doit leur permettre de se faire une opinion sur l’authenticité du tableau et qu’ils découvriront à raison d’un chapitre par jour.

Le récit se déroule donc sur deux plans. Il y a d’abord l’histoire relatée dans le manuscrit qui fait revivre le Paris des années 1906 à 1910. On y côtoie Picasso et Apollinaire, on passe du Bateau-Lavoir aux galeries des marchands d’art et on accompagne un Rousseau qui use ses dernières forces à la création de son ultime chef-d’œuvre. L’érudition de l’auteur fait merveille. On y apprend beaucoup sur l’art naïf et les débuts du surréalisme et sur la façon dont quelques peintres novateurs ont révolutionné leur art.

L’autre fil narratif se déroule en 1983 et tourne autour de la fameuse expertise. On se trouve alors plongé dans un beau panier de crabes où s’affairent des marchands véreux, des collectionneurs sans scrupules, des voleurs, des faussaires. Si les enjeux économiques qui entourent l’apparition sur le marché d’une telle œuvre sont plutôt bien explicités, les autres idées de l’auteur m’ont parues assez éculées. Le tableau est-il une œuvre volée ? Est-ce un faux ? Dissimule-t-il une autre peinture ? Toutes ces pistes ont déjà servies dans maints récits du genre et ce ne sont pas la petite intrigue sentimentale ou les rebondissements de derrière minute, hélas très prévisibles, qui changent la donne.

Philippe Picquier - 2018

Publicité
23 octobre 2019

CINQ SEMAINES EN BALLON - JULES VERNE

ldp02028-1979

Le docteur Samuel Ferguson a mis au point une montgolfière dotée d’un système révolutionnaire lui permettant de rester gonflée en permanence. Pouvant désormais parcourir des distances considérables, il décide de tenter la traversée de l’Afrique d’est en ouest, de Zanzibar au Sénégal. Son ami Dick Kennedy et Joe son serviteur se joignent à son entreprise. 

S’il est le premier des 62 volumes que Jules Verne consacra à sa série des « voyages extraordinaires »,« Cinq semaines en ballon » n’en est assurément pas le meilleur. On y trouve pourtant déjà tout ce qui fera le charme de ses futurs chef d‘œuvres et notamment sa triple volonté de dépayser, de divertir et d’instruire ses lecteurs.

Côté spéculation scientifique, on est encore à des années lumières de l’inventivité dont il fera preuve plus tard en envoyant ses héros dans l’espace, sous la terre ou au fonds des océans. Il faut ici se contenter d’un voyage en ballon qui, s’il était encore très peu usité à l’époque, fera sourire le lecteur du XXIème siècle. D’autant que la montgolfière en question n’est pas des plus maniable. Comme un bateau dépourvu de gouvernail, elle doit s’en remettre à la fantaisie des vents et dérive donc au gré des courants d’air, des orages et des tempêtes. La comparaison avec un navire est d’ailleurs constante. Equipée d’une ancre qui lui permet de s’arrimer aux arbres, l’aéronef fait de fréquentes haltes pour s’approvisionner en eau et en viande fraîche et, bien sûr, pour explorer.

Comme des marins abordant une terra incognita, le Docteur Fergusson et ses compagnons découvrent un continent encore largement méconnu. Par l’entremise de son professeur de héros, Jules Verne en profite pour nous faire un exposé assez complet des différentes missions entreprises par les européens pour percer le secret des sources du Nil, remonter le cours du fleuve Niger ou pénétrer au plus profond des jungles. On fait donc connaissance avec les Mungo Park, les Livingstone, les Speke et autres Burton tandis que nous sont révélés leurs exploits ou leurs échecs.

Pour intéressante qu’elle soit, la leçon de géographie est heureusement entrecoupée par les nombreuses péripéties qui émaillent l’épopée volante de nos trois héros. Confrontés aux caprices de mère nature, ils devront protéger la fragile enveloppe de leur ballon des griffes des rapaces et des éclairs, affronter les bêtes sauvages et survivre à la faim et à la soif au cœur de l’immensité désertique. Il leur faudra aussi compter avec les autochtones, échapper aux rebelles musulmans, triompher des tribus cannibales et donner une belle leçon au cheikh de Mosfeia.

Ils se tireront toutefois d’affaire grâce à la science de Fergusson, au fusil de Dick Kennedy et, surtout, au dévouement et à l’esprit d’à-propos de Joe. Ce valet qui préfigure le Passe-Partout du « Tour du monde en 80 jours » est peut-être le véritable héros du récit. C’est en tout cas celui dont le rôle s’étoffe le plus. Aussi drôle que courageux, il sera pour beaucoup dans la réussite de leur entreprise alors que les deux gentlemen qui l’accompagnent ne feront finalement guère plus que ce que l’on attendait d’eux.

Le Livre de Poche - Collection Jules Verne - 1979

16 octobre 2019

LA TÊTE DE LENINE - NICOLAS BOKOV

51VOPZhcmhL

Contraint de se réfugier dans le mausolée de Lénine pour échapper à la police, un voleur conçoit le surprenant projet de subtiliser la tête de l’illustre personnage. Son méfait va engendrer une succession d’évènements cocasses et dramatiques et agiter le régime des soviets jusqu’au sommet de l’état. 

Savez-vous ce qu’est un Samizdat ? Non. Et bien moi, si. Depuis deux jours. Depuis que j’ai lu « La tête de Lénine », une nouvelle de Nicolas Bokov écrite en 1970 et diffusée sous le manteau en union soviétique. Ah ! Vous commencez à avoir une petite idée de la chose. Alors autant abréger votre attente. Les samidzats étaient ces textes écrit par les dissidents à l’époque du rideau de fer, reproduits avec les moyens du bord et distribués clandestinement. Le but était donc clairement de critiquer le régime soviétique et ses dérives totalitaires.

Et c’est précisément ce que fait Nicolas Bokov. Avec beaucoup d’humour et toutes les apparences du non-sens, il nous conte les mésaventures d’un pickpocket dans la Russie de Krouchtchev ou de Brejnev. Mais ce qui ressemble au délire d’un junkie sous acide n’est qu’à peine exagéré : le culte du héros, les épurations (fosses communes), le gouvernement par la terreur (les suicides des officiers ayant échoués), les rivalités au sein de l’armée (l’antagonisme entre Biglov et Sourdinguov), tout cela a bel et bien existé. La réalité a largement dépassé la fiction et la grosse farce dissimule à peine une critique extrêmement corrosive d’un système basé sur le mensonge, la manipulation et la répression.

Libretto - 2019

9 octobre 2019

TOUS NE SONT PAS DES MONSTRES - MAUD TABACHNIK

cvt_Tous-ne-sont-pas-des-monstres_774

La France est au bord du gouffre. La colère des banlieues si longtemps contenue a fini par exploser, ouvrant la voie à l’islamisme le plus radical. Téléguidés par des terroristes à la solde de puissances étrangères les jeunes banlieusards ont instaurés autour des grandes villes des zones de non droit et, malgré la promulgation de l’état d’urgence, les forces de police ne parviennent pas à les déloger et essuient même quotidiennement de cuisants revers. Nathan, un professeur d’histoire féru d’occultisme a reconnu derrière ces évènements l’influence d’une entité surnaturelle. Pour inverser le rapport de force, il décide de faire appel aux mystères de la kabbale. 

J’ai toujours apprécié de voir des auteurs s’essayer à d’autres genres que ceux où ils ont leurs habitudes et même, de temps à autre, les mélanger entre eux. Cela donne des romans originaux avec des approches nouvelles et un ton bien particulier. Mais, s’il est vrai que les métissages font en général de jolis bébés, Maud Tabachnik a ici accouché d’un vilain petit canard. Ce n’est pas que son roman soit foncièrement mauvais mais il souffre de défauts si flagrants qu’ils ôtent au roman toute forme d’intérêt.

En premier lieu, on sent que l’auteur n’est pas à l’aise avec le fantastique et c’est sans doute la raison pour laquelle celui-ci n’a finalement qu’une place assez maigre dans son roman. C’est dommage car l’idée d’une confrontation entre un djinn et un golem avait de quoi séduire. Elle aurait pu permettre de pénétrer l’imaginaire et les traditions de deux cultures moyen-orientales, de les confronter ou les rapprocher bref, d’en tirer une intrigue captivante et originale. Malheureusement ce duel, pour audacieux qu’il soit, tourne court. Il n’est que très peu question de ces deux créatures et on ne les voit quasiment pas à l’œuvre. Un seul et unique chapitre traite de leur affrontement et encore cela nous est-il présenté d’une façon plutôt allégorique.

De la même manière, les passages consacrés à la recherche du golem dans le vieux Prague, à l’évocation de la créature ou à la figure du fameux rabbi Löw baignent dans une ambiance onirique. Il y manque de la matière, du « vécu ». On a le sentiment que tout cela est irréel et n’est que le fruit de l’imagination de Nathan. D’un bout à l’autre du récit, le pauvre héros apparaît dépassé par les évènements et semble n’être qu’un jouet entre les mains des puissances qu’il a invoquées. Son périple pragois et son intervention dans la lutte contre les terroristes islamistes pâtissent terriblement de cette absence d’implication.

En fait les meilleurs moments du livre sont ceux qui mettent en scène le personnage de Pascale, une fliquette de la BAC qui ne manque pas de sang-froid. On voit de suite que l’auteure est mieux à son affaire avec l’univers du polar comme le montre aussi sa description des scènes d’émeutes et, d’une façon générale, les scènes qui se rapprochent d’une enquête policière. Le souci, c’est que son approche manque là encore de finesse. Son discours est très manichéen avec les méchants arabes d’un côté, les gentils juifs de l’autre et au milieu de pauvres gaulois trop empêtrés dans les remords de leur passé colonialiste pour oser remettre à sa place un islam dévoyé. Je passe sur les nombreuses critiques d’un gouvernement émasculé qui préfère discuter plutôt qu’agir et sur les lieux communs concernant les banlieues et leurs habitants. Maud Tabachnik a une vision simpliste et outrée d’une situation extrêmement complexe même si son approche n’est pas dénuée de vérité ainsi que la France a, depuis, chèrement payé pour le savoir (le roman date de 2007).

Quant au lien entre ce roman et le fameux Club Van Helsing, il est aussi ténu qu’artificiel. Il se résume à la courte visite du héros au Bedlam Asylum qui nous est hâtivement narrée dans le prologue et l’épilogue et qui n’apporte aucune valeur ajoutée à l’intrigue.

Baleine - Club Van Helsing - 2007

2 octobre 2019

LA TRACE DES RÊVES - JEAN-PIERRE ANDREVON

51KS4RAWH3L

Treize hommes s’éveillent en même temps dans les profondeurs d’une caverne, sans autres connaissances que leur nom. Après quelques instants de stupeur, ils s’aventurent à l’extérieur où ils découvrent une faune et une flore étonnante ainsi que bien d’autres surprises : des femmes, d’autres hommes, des dieux… 

S’il n’avait pas été écrit par Jean-Pierre Andrevon, j’aurai sans doute eu beaucoup de mal à aller au bout de ce roman de plus de 300 pages. Ce n’est pas que l’histoire soit mauvaise, mais l’intrigue – disons plutôt le fil conducteur – est tellement ténue et prévisible qu’elle n’incite guère à persévérer dans notre lecture. Heureusement, la belle écriture de l’auteur et cette façon bien à lui de traiter des rapports humains ont une fois de plus fait merveille. Il faut dire qu’en la matière, il avait largement de quoi faire. Il nous propose en effet de suivre quelques dizaines d’individus sortis d’un long sommeil cryogénique et ayant tout oublié de leur existence. Une idée qui lui permet de nous montrer par le menu l’éveil à la conscience de ces hommes et de ses femmes ainsi que le lent apprentissage de leur condition humaine.

Il fait preuve pour cela d’une belle imagination et d’un grand sens de la déduction pour nous faire ressentir leurs premières sensations (faim, soif, fatigue) et leurs premiers sentiments (colère, amitié, amour). On assiste à la transformation de ces chasseurs-cueilleurs un peu frustes en membres d’une communauté villageoise soudée où chacun se spécialise et où les découvertes (feu, artisanat, écriture..) se succèdent à un rythme effréné. Malheureusement, d’autres concepts tels que la religion et la guerre seront également de la partie… C’est donc tout un pan de l’histoire de l’humanité que nous revivons en accéléré, un peu comme si des générations et des générations de Cro-Magnon défilaient sous nos yeux pour nous faire revivre leur longue épopée sur le chemin de la connaissance et de l’organisation sociale.

L’histoire prend une tournure radicalement différente lorsque la petite communauté tombe sur les traces des humains qui les ont précédés. Voyant en eux leurs créateurs ou leurs dieux, ils se lancent alors dans la dangereuse quête de leurs origines dont, ainsi que je l’ai dit plus haut, on imagine assez facilement sur quoi elle va aboutir. Après quelques vilaines rencontres et des scènes fortes en émotions, les survivants obtiendront toutes les réponses à leurs questions métaphysiques, et plus encore. Quant au lecteur, il aura passé un agréable moment en compagnie de personnages attachants en qui il se reconnaîtra sans doute un peu.

Le Livre de Poche - 1995

Publicité

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité