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29 juillet 2020

LES MAL LUNES - PIERRE SINIAC

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Amateur de polars bien formatés avec crime, enquête et révélations, passez votre chemin ! Ce roman n’est assurément pas pour vous. Avec ses « Mal lunés », Pierre Siniac semble avant tout s’être fait plaisir en s’offrant une bonne grosse pochade où le burlesque s’efface progressivement au profit du tragique. Il ne s’encombre donc pas d’une intrigue bien fouillée et son scénario est des plus simples.

Un trio d’affreux composé d’un ancien milicien, d’un mercenaire sur le retour et d’un flic réformé végète dans un bidonville près d’une cité balnéaire de la côte atlantique. Alors qu’ils hésitent à cambrioler une bijouterie, leur attention est attirée par une pièce de théâtre qui se joue non loin de là et qui va cristalliser leur rancœur envers une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Il faut dire que le sujet du spectacle a de quoi les démanger. Il s’agit d’une critique virulente des dictatures et de leurs méthodes musclées, torture et répression. Se sentant personnellement visés à raison de leurs parcours respectifs, Delaurier, Hennoque et Susquin s’invitent à l’une des répétitions à laquelle a été conviée une partie de l’intelligentsia parisienne.

Passés les premiers chapitres destinés à familiariser le lecteur avec l’ensemble des protagonistes, l’histoire se transforme très vite en un huis-clos halluciné au cours duquel nos trois anti-héros vont laisser parler leurs mauvais penchants. La confrontation est radicale, en paroles comme en actes. D’un côté la France d’en bas, l’avenir bouché, l’argot. De l’autre des bobos satisfait d’eux-mêmes, beaux esprits amateurs de petits fours, langage châtié et parole acérée. Quant aux acteurs, pris entre deux feux, ils vont faire les frais de l’histoire, contraints de jouer pour de vrai les scènes de torture de la pièce de théâtre avec gégène, baignoire et le toutim.

Et finalement, en dépit de leur bêtise et de leur méchanceté, on se surprend à éprouver un peu de sympathie pour ces trois brutes pathétiques. Le contraste avec les « intellectuels parisiens » y est sans doute pour beaucoup mais il y a aussi un petit quelque chose de poignant dans leur chant du cygne… avant qu’il ne tourne au carnage. En bref, « Les mal lunés » c’est corrosif, c’est méchant, c’est violent mais, dussé-je passer pour un sadique, je dois avouer que je me suis régalé !

Rivages Noir - 1995

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25 juillet 2020

BARBARELLA UNE SPACE ODDITY - VERONIQUE BERGEN

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Avant toutes choses, je dois avouer que je n’ai jamais lu les bandes-dessinées de Jean-Claude Forest. Je ne connais donc Barbarella qu’à travers le film de Roger Vadim et son héroïne a pour moi les traits - et la plastique - de Jane Fonda. Je comptais donc sur cet ouvrage de Véronique Bergen pour faire plus ample connaissance avec la célèbre aventurière interplanétaire, avec les mondes qu’elle visite et la faune et la flore extra-terrestre qu’elle y rencontre.

Et de ce point de vue je n’ai pas été déçu. Véronique Bergen nous offre une étude extrêmement fouillée des quatre albums qui composent ses aventures. Des aventures qu’elle explore sous presque tous les aspects : scientifique, psychologique, politique, écologique, symbolique… C’est réellement passionnant mais j’ai tout de même éprouvé un peu de mal à la suivre dans tous ses développements. Je n’étais sans doute pas suffisamment armé pour apprécier son analyse à sa juste valeur et j’ai souvent eu l’impression de lire une communication universitaire et non un ouvrage destiné à un public plus large. Les termes techniques, les concepts compliqués, les tournures alambiquées, tout concoure à rebuter le simple amateur de SF ou de BD qui souhaite juste approfondir un peu ses lectures. J’ai également beaucoup regretté que l’ouvrage ne soit  illustré d’aucuns dessins ni d’aucunes photos. Parti pris artistique ou simple question de droits, cette absence est véritablement regrettable s’agissant d’un livre consacré à une héroïne picturale et ajoute encore à l’aridité de l’ensemble.

Quoiqu’il en soit, le livre de Véronique Bergen m’a dévoilé une héroïne fascinante, éprise de liberté, luttant contre tout ce qui aliène et rejetant tous les pouvoirs, exercés ou subis. Une héroïne que je vais m’empresser de retrouver avec l’une quelconque de ses aventures aux titres évocateurs : « Les colères du mange-minutes », « Le semble Lune », « Le miroirs aux tempêtes »…

Les Impressions Nouvelles - La Fabrique des Héros - 2020

22 juillet 2020

CHASSE COSMIQUE - LYON SPRAGUE DE CAMP

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Le lecteur qui se contenterait de lire le premier chapitre de ce livre pourrait facilement se croire en présence d’un roman noir très basique puisqu’il y est question d’un privé engagé par un richissime homme d’affaire pour retrouver sa fille qui vient de fuguer en compagnie d’un bellâtre possiblement coureur de dot. Oui mais voilà, Victor Hasselborg n’est pas Humphrey Bogart et la planète Krishna n’a pas grand-chose à voir avec New-York. Et puis surtout, c’est Lyon Sprague de Camp qui est aux commandes et forcément la SF ne saurait tarder à pointer le bout de son nez. De fait, on est rapidement transporté aux confins de l’univers, sur une planète bien différente de cette bonne vieille Terre.

« Chasse cosmique » appartient en effet au cycle des « Viagens Interplanetarias » qui met en scène des terriens contraints pour diverses raisons de se rendre dans le système de Ceti et de séjourner sur l’une de ses planètes : Vishnu, Ganesha et surtout Krishna dont les habitants sont les plus proches des humains. Il s’agit de romans de science-fantasy dans lesquels les personnages découvrent à leurs dépens les particularités de mondes aussi étranges que peu évolués, le tout dans une ambiance le plus souvent fort drôle.

Et c’est exactement le cas ici. Quelques soient les circonstances et même lorsque le héros est confronté aux pires situations (emprisonnement, duel, combat..) c’est l’humour qui prédomine. On ne ressent jamais vraiment les dangers auxquels Hasselborg doit faire face et l’on sait d’avance qu’il va s’en sortir par une pirouette ou grâce à une solution de dernière minute tirée de son savoir de terrien civilisé. Cette absence de dimension dramatique nuit beaucoup à l’histoire. Là où il y avait matière à un bon récit d’aventures mâtiné d’humour, c’est exactement le contraire qui s’est produit et « Chasse cosmique » ne dépasse jamais le niveau de la bonne grosse farce.

L’anachronisme entre le caractère médiéval de la société gozashtandoue et le statut d’homme moderne de Victor Hasselborg constitue donc le seul véritable attrait du récit. Bien plus que sa mission ou ses démêlées avec des trafiquants d’armes, ce sont toutes les petites péripéties liées à sa méconnaissance des krishniens et de leurs coutumes qui assurent pour l’essentiel, l’intérêt du roman. Et pour le coup l’imagination de Sprague de Camp fait merveille. Non content de nous transporter sur une planète rétrograde, il fait preuve d’une grande inventivité dans tous les domaines (faune, flore, religions, transports…) et nous distrait par les multiples découvertes de son héros et par ses non moins nombreuses déconvenues.

Il est en cela bien aidé par des personnages bien campés, au premier rang desquels un héros hypocondriaque qui aura fort à faire sur une planète où la nourriture et les conditions d’hygiène rudimentaires lui seront un soucis constant. Mais bien d’autres viennent ajouter leur grain de sel à ses déboires dont la belle Fouri et ses velléités matrimoniales ou bien le pusillanime Hasté, grand prêtre d’un culte en perte de vitesse.

Sans prétentions mais non sans qualités, « Chasse cosmique » est une lecture divertissante qui n’apportera pas grand-chose à votre culture SF mais vous offrira deux ou trois heures de dépaysement et d’humour. Ce n’est déjà pas si mal !

Librairie des Champs-Elysées - Le Masque SF - 1976

15 juillet 2020

BREBIS GALEUSES - KURT STEINER

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Pour avoir osé émettre une opinion contraire au dogme étatique, le pauvre Rolf B40 se voit inoculer le virus du rhume. A première vue la peine peut paraître bien légère mais, dans une société où toutes les maladies ont été éradiquées, une toux, un reniflement ou un nez qui coule vous conduisent inexorablement à la déchéance. Relégué parmi les tuberculeux, les cancéreux et les exclus de tout poil, Rolf va faire le difficile apprentissage de la survie. 

Si ma dernière rencontre avec Kurt Steiner m’avait laissé perplexe, voilà une lecture qui me réconcilie avec l’auteur. Pourtant, le thème et l’atmosphère de « Brebis galeuses » sont au premier abord, très proches de ceux de « Tunnel ». Même société totalitaire, même exclusion des déviants dans les zones les plus pourries, même personnage mis au banc de la société et qui entreprend de mener la révolte populaire. Sauf qu’ici, un peu plus de légèreté dans le ton et davantage de simplicité dans le style permettent au lecteur de plonger très facilement dans ce roman pourtant très pessimiste.

L’auteur nous y raconte la descente aux enfers d’un petit fonctionnaire du Centre de Coordinations des Opérations. Une journée abominable qui le verra enchainer les mauvaises rencontres et les mésaventures et passer du statut de bon citoyen à celui de paria. Quoiqu’il fasse tout se retourne en effet contre lui. Qu’il agisse honnêtement ou se conduise comme un malfrat, qu’il tente de conserver son emploi ou de se livrer au trafic de médicaments, qu’il use de la violence ou de la fuite, le sort lui demeure contraire et le pauvre Rolf s’enfonce encore et encore. Heureusement, tout cela nous est narré avec pas mal d’humour même s’il faut convenir qu’il est plutôt noir. Un ton et un contenu qui ne sont pas sans rappeler le « Brazil » de Terry Gilliam avec lequel ce roman partage le loufoque de certaines situations et la critique d’une société individualiste et autoritaire.

Celle que nous décrit l’auteur est d’un égoïsme forcené. C’est le règne du chacun pour soi et de la satisfaction immédiate de ses envies et de ses petits plaisirs. Aucune solidarité, pas la moindre empathie envers ceux qui souffrent. Ignorés, craints, les malades, comme les SDF de nos villes, sont impitoyablement rejetés. Ils suscitent un sentiment de dégoût et, au lieu de leur venir en aide, on les chasse ou on les tue. Mais n’allez surtout pas croire que Kurt Steiner fasse dans le manichéisme le plus grossier avec les vilains riches d’un côté et les gentils pauvres de l’autre. Dans son monde, il n’y a pas plus d’aide et de réconfort entre les nantis qu’entre les réprouvés et ces derniers s’exploitent les uns les autres sans le moindre remord et avec un acharnement plus marqué envers les moins mal lotis : « Au pays des aveugles, on attrape les borgnes à tâtons et on leur crève l'œil ».

En fait, seul son héros parviendra à surmonter ses préventions et tentera de venir en aide à ses compagnons d’infortune. Sans doute parce qu’il aura partagé leur sort mais peut-être aussi parce que, au passage, il aura découvert la beauté et la force de ces drôles de sentiments que sont l’amour et l’amitié.

Fleuve Noir Anticipation - 1989

8 juillet 2020

APPARITION DES SURHOMMES - B. R. BRUSS

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Sorti la même année que « Les Plus qu’humains » de Sturgeon, deux ans avant « Les transformés » de Wyndham et seulement 13 années après « A la poursuite des Slans » de Van Vogt, ce roman prouve que la SF française n’a guère perdu de temps pour emboiter le pas aux auteurs anglo-saxons en matière d’histoires de mutants. Avec ce livre, Bruss nous donne en effet sa propre vision du surhomme. Stade ultime de l’évolution humaine, les siens sont supérieurement intelligents et son histoire commence d’ailleurs par la manifestation de leur puissance.

Il nous emmène pour cela en Suisse où un phénomène étrange et inexpliqué vient de survenir. Une barrière invisible autant qu’infranchissable isole du reste du monde la ville de Neufchâtel et ses environs. Impossible d’entrer en communication avec ceux qui sont restés à l’intérieur et que l’on cesse bientôt de discerner à cause de l’opacité qui recouvre peu à peu la zone isolée. Les scientifiques du monde entier se penchent sur l’inquiétant prodige. Les théories les plus farfelues sont avancées mais aucune explication convaincante n’est trouvée. Lorsque la zone opaque se met à s’étendre et que des aéronefs d’une technologie futuriste apparaissent au-dessus des capitales pour réclamer toutes sortes de richesse, les gouvernements du monde entier commencent à prendre peur… Toute cette première partie nous est contée sur un ton résolument impersonnel, un peu comme un rapport administratif ou une leçon d’histoire. Aucun personnage ne vient occuper le devant de la scène, exception faite peut-être du professeur Doorn, le scientifique qui a pris la tête des recherches et qui jouera un rôle important à la fin du roman.

Il faut donc attendre la seconde partie pour voir l’histoire s’incarner en la personne de Georges Bardin, jeune artiste peintre de 25 ans enlevé par les Agoutes (les surhommes en question) et contraint de les servir dans une mystérieuse cité souterraine. A partir de là, le récit consiste principalement dans la relation qu’il nous fait de son existence dans la cité des Agoutes et des merveilles technologiques qu’il y découvre. Mais le plus intéressant reste sans conteste sa rencontre avec leur chef et le récit que ce dernier lui fait de son existence et des circonstances qui l’ont amené à entreprendre la domination du monde.

Cette seconde partie qui se déroule pour l’essentiel sous Terre m’a beaucoup rappelée « La race à venir » d’Edward Bulwer-Lytton. Dans ce vieux roman datant de 1870, il était en effet déjà question d’une race d’humanoïdes extrêmement évolués, également pourvus d’ailes et réfugiés sous Terre dans l’attente de leur avènement. Il s’agissait là encore de nous présenter leur écrasante supériorité scientifique et le récit se terminait sur la promesse d’une confrontation dont l’espèce humaine n’aurait pas lieu de se réjouir.

Or, je ferais à ce roman de Bruss le même reproche que j’avais fait à celui de son illustre devancier. Dans les deux cas le récit manque cruellement d’action. De l’enlèvement du héros jusqu’à son évasion, il se passe fort peu de choses et ce n’est pas son amourette avec une autre captive qui suffit à enflammer l’histoire. Celle-ci à néanmoins le mérite de se terminer sur l’affrontement tant attendu, une bataille aussi rapide que définitive. A votre avis, qui a gagné ?

Le Livre de Poche - SF - 1977

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1 juillet 2020

MARUNE : ALASTOR 933 - JACK VANCE

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Deuxième des trois volumes que Vance a consacré à l’univers d’Alastor, Marune ressemble beaucoup au premier opus pour ce qui est de l’intrigue. Dans les deux cas il est en effet question d’un individu de retour sur sa planète natale et qui se retrouve confronté à l'antagonisme d'une famille qui cherche à le dépouiller de sa situation et de ses biens, de voisins un peu trop entreprenants et, d'une manière générale, d'individus acharnés à sa perte. L'essentiel de l'histoire va donc tourner autour des chausses trappes que lui tendent toutes ces "bonnes âmes" et à la façon dont Efraïm, le sympathique et déterminé héros, se tire d'affaire.

Toute l’originalité du présent roman tient donc à un détail d’importance : Efraïm est amnésique. D’ailleurs, le roman débute alors qu’il erre sans but sur une planète fort éloignée de son monde d'origine, sans la moindre idée de son identité et sans un seul appui pour l'aider dans ses recherches. Ce long passage qui nous fera visiter les planètes de Bruse-tansel et Numénès ainsi que le palais du Conatic (le tout puissant dirigeant de l'amas d'Alastor) est le seul où il soit vraiment question de science-fiction car, dès le retour d’Efraïm sur sa planète d’origine, celle-ci se fait toute petite et laisse la place à une ambiance plutôt médiévale.

Jack Vance nous emmène en effet sur Marune et plus précisément en pays Rhunes, un ensemble de petites principautés belliqueuses où le sens de l’honneur et l’étiquette sont portés à leur paroxysme. Nous y découvrons une société particulièrement étrange où les manifestations physiologiques considérées comme trop animales font l'objet d'interdits. Ainsi, l’alimentation y est jugée aussi malséante que la défécation et ne s'effectue qu'en privé, seul ou bien dissimulé derrière un paravent. Quant aux relations sexuelles, tenues pour particulièrement répugnantes, elles ne sont autorisées que lors de la journée des « ténèbres »  au cours de laquelle toutes les folies sont permises.

C’est donc dans une société austère et sclérosée que notre héros sans passé va tenter de re-trouver sa place. Etranger parmi les siens, il lui faudra batailler pour récupérer son rang et ses prérogatives. Il devra pour cela chercher des indices, trouver des témoins, interroger et menacer, tirer ses déductions, bref se livrer à une véritable enquête policière. Il devra surtout se méfier de tout et de tous… Une recherche de la vérité qui s’avèrera aussi dangereuse que passionnante même si elle se conclue d’une façon un peu trop hâtive à mon goût.

J'ai Lu - 1983

 

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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