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29 janvier 2023

LES DISPARUS - ANDRE DHÔTEL

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Quelques années après que son ami Casimir eut disparu dans les environs de Sommeperce, Maximin revient s'installer dans la petite ville avec l'idée de retrouver sa trace. Dans cette bourgade tranquille dirigée par les descendants des comtes de Rouzy, le jeune homme va découvrir qu’il est des vérités que tous ne sont pas prêts à entendre.

« Le village pathétique » est le titre du second roman d'André Dhôtel mais il conviendrait tout aussi bien à son trente-huitième. "Les disparus" nous transporte en effet dans une petite bourgade des Ardennes sur laquelle pèse la chape de plomb de la tradition et du conformisme. A Sommeperce, chacun doit rester à sa place. Les notables sont regroupés dans la ville haute, les commerçants et les artisans occupent le centre de la bourgade au bas de la colline et les touristes sont cantonnés au camping. Les comportements "originaux" y sont bannis et si vous vous hasardez à jouer de la trompette ou de l'harmonica, nul doute qu'un édile vienne bientôt vous conseiller de changer de passe-temps.

Dans cet univers morose et monotone où chaque jour ressemble au précédent, il n'est pas étonnant que les petits riens d'hier et d'aujourd'hui prennent une dimension singulière. La mort d'un hobereau, la disparition de quelques jeunes du village, des actes de vandalisme, il n'en faut pas plus pour créer un sentiment d'insécurité et évoquer les puissances surnaturelles. Les faits divers se mêlent alors aux anciennes légendes et la forêt toute proche cristallise les passions et les peurs.

Comme souvent chez l'auteur, l'énigmatique et le merveilleux finiront par s'effacer derrière une réalité bien plus prosaïque. L’assassinat du dernier comte de Rouzy n’est peut-être qu’un banal accident de chasse et la clairière magique où disparaissent les jeunes du village n’a de fantastique que sa beauté sauvage et presque vierge. Les légendes et les commérages ne font que masquer la vérité et éviter de regarder la réalité en face. Mais qu’importe ! Une fois de plus André Dhôtel nous aura embarqué dans une aventure extraordinaire à partir de presque rien, un relais de chasse perdu au fonds des bois, les restes d'une tapisserie, l'envie d'ailleurs d'une jeunesse qui s'ennuie.

Phébus - Libretto - 2005

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22 janvier 2023

HORS NORMES - P-J HERAULT

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Après que l'ordinateur de leur centre-édu ait bogué alors qu'ils n'avaient que treize ans, les enfants qui y résidaient se sont retrouvé livrés à eux-mêmes. Pendant les douze années suivantes ils ont donc occupé leur temps libre comme bon leur semblait, étudiant les matières de leur choix et s'adonnant aux occupations les plus diverses sans soucis de leur avenir. Lorsque deux enquêteurs en mission de contrôle s'aperçoivent de la situation ils lancent la procédure d'élimination physique afin de supprimer ces inadaptés, incapables de s'intégrer au monde civilisé. Ayant échappés de justesse à l'extermination, Kavan et huit autres "hors normes" doivent désormais survivre dans un monde hostile et sous la menace constante des autorités.

"Hors normes" est un Herault pur jus où l'on retrouve les thèmes chers à l'auteur : la lutte d'un petit groupe d'amis contre des institutions liberticides et la recherche d'un havre de paix où vivre en accord avec ses principes et en harmonie avec la nature. Il diffère toutefois de ses autres opus par la nature de ses personnages. Alors que la plupart du temps ses héros sont des soldats confirmés, militaires d'active ou vétérans, les hors-normes n'ont en revanche aucune connaissance des armes et pas la moindre idée de la vie sur le terrain.

Cette inexpérience est d'ailleurs l'un des aspects les plus forts du roman puisque la survie des neuf jeunes gens en milieu hostile occupe la plus grosse partie du récit. Leur fuite désespérée dans un environnement inconnu et dangereux, la mise en commun de leurs maigres connaissances pour se sortir d'affaire et leur rencontre avec des trappeurs au grand cœur en constituent les étapes clés mais l'histoire s'agrémente aussi de quelques combats bien menés et d'une jolie idylle.

L'autre intérêt de ce roman est qu'il lève une partie du voile sur les centres-édu, ces espèces de couveuses où les enfants conçus par procréation artificielle sont "fabriqués" puis élevés jusqu'à l'âge d'homme et de femme. L'auteur les évoque dans presque tous ces livres sans jamais s'appesantir sur la question. On a donc ici l'occasion de découvrir ces installations entièrement automatisées où les futurs citoyens grandissent en vase clos et où chacun reçoit une éducation spécialisée qui lui permettra de tenir son rôle dans la société.

Malgré un format trop court pour lui permettre d'approfondir la psychologie des personnages et l'environnement dans lequel ils évoluent, P. J. Herault nous propose avec "Hors-normes" une histoire plaisante et rondement menée ou action et bons sentiments sont au rendez-vous.

Fleuve Noir Anticipation - 1992

15 janvier 2023

VIPERES VORACES - JOËL JENZER

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Répondant à l'invitation d'un confrère suisse, l'herpétologue Adrian Thompson se rend dans le val d'Anniviers pour étudier une variété inconnue de vipères. Une mission qui pourrait être anodine si nous n'étions en 1941 alors que les nazis avancent leurs pions en territoire neutre.

L'intrigue de ce septième "Gore des Alpes" est construite autour du thème du savant fou qui voit sa créature échapper à son contrôle. La créature en question - ou plutôt les créatures - ce sont ces fameuses vipères qui donnent son titre au roman. D'une taille peu commune, agressives et donc particulièrement voraces, elles s'attaquent à tous les imprudents qui croisent leur chemin sur les petits sentiers des montagnes valaisannes.

Comme de juste, cela nous donne quelques scènes bien sanguinolentes où les vilaines bestioles se repaissent de la cervelle et des viscères de leurs victimes. Mais cela n'ira pas plus loin. Le roman de Joël Jenzer est d'un gore très léger qui ne provoque ni peur, ni dégoût, à peine l'ombre d'un frisson. C'est beaucoup trop peu pour un livre du genre, d'autant que l'histoire se déroule en 1941 et met en scène de faux résistants, de vrais fascistes et quelques nazis bref, une belle brochette de bourreaux potentiels.

Si l'auteur n'a pas su tirer parti du cadre historique de son récit, il s'en sort en revanche beaucoup mieux dans la composition de ses personnages. De l'infâme collabo qui porte sur sa gueule les vilaines pensées qui l'habitent au garde forestier bas-de-plafond et imbu de lui-même en passant par le directeur d'hôtel un peu précieux, la bimbo écervelée ou le scientifique introverti , il nous offre un joli panel de personnages un peu caricaturaux mais néanmoins parfaitement croqués. Les relations entre les uns et les autres sont plaisantes à suivre, les dialogues bien menés mais ça ne suffit pas à masquer la faiblesse de l'ensemble. Dommage.

Gore des Alpes - 2020

8 janvier 2023

LA DECOUVERTE DE L'ATLANTIDE - DENNIS WHEATLEY

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Le mythe de l‘Atlantide a inspiré un grand nombre d’écrivains et je pourrai citer de mémoire une bonne demi-douzaine de romans où il est question de la redécouverte de ce continent légendaire. Celui de Dennis Wheatley se situe dans une honnête moyenne, sans toutefois se démarquer de la production de ses compatriotes britanniques. Qu’il s’agisse du style ou de ses descriptions du monde des atlantes, on y trouve en effet bien des points communs avec les livres que Rider Hagard, Conan Doyle ou Bulwer-Lytton ont consacrés à ce thème.

Pourtant, c’est aux romans d’Agatha Christie que « La découverte de l’Atlantide » m’a tout d’abord fait songer. Avec ses personnages issus du beau monde (il y a une riche héritière, un prince roumain, un acteur américain, un militaire en retraite, un savant allemand…) ses parties de tennis ou de bridge, ses diners à l’hôtel et ses sorties en mer, on se croirait dans un remake de « Mort sur le Nil ». Et puis il y a aussi une sombre histoire de rapt et d’escroquerie qui vient renforcer cet aspect « detective novel », à tel point que la plongée au fond des océans apparaît presque comme une conséquence involontaire de cette intrigue policière.

Cette immersion va se faire au moyen d’un bathyscaphe tout ce qu’il y a de commun. Dennis Wheatley n’est pas Jules Verne et l’aspect technique des aventures qu’il nous propose n’est pas sa priorité. La descente dans les profondeurs abyssales s’avère néanmoins tout à fait crédible, davantage en tout cas que la façon dont ses héros émergent dans une Atlantide préservée des flots et du manque d’oxygène.

Rien de grave cependant. On suspend notre incrédulité et on découvre une sorte de jardin d’Eden où une vingtaine d’atlantes vivent en harmonie depuis des siècles. Une vie simple et austère, très proche de la nature en dépit de leurs connaissances extrêmement évoluées. En fait, ces ultimes rescapés du continent perdu sont presque parvenus à se détacher de la matière et passent le plus clair de leur temps en longues stases hypnotiques qui leur permettent de voyager par l’esprit. Quant aux relations sociales, elles sont peu codifiées. Les mœurs y sont fort libres et l’amour se donne et se reçoit selon l’envie du moment.

Hélas, l’immixtion d’étrangers au sein de cette société libertaire va rompre son délicat équilibre. Dennis Wheatley nous refait le coup de la pomme et du serpent et, tels Adam et Eve, ses aventuriers involontaires seront bannis du paradis terrestre.

Nouvelles Editions Oswald - 1984

1 janvier 2023

LE MINISTRE ET LA JOCONDE - BOURHIS . BOURGERON . TANQUERELLE . MERLET

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Depuis qu'elle a rejoint le musée du Louvre, la Joconde a rarement quitté sa cimaise. En 1963 pourtant, sur la demande insistante du ministre de la culture, elle fut expédiée à New-York pour être exposée au MoMA et, accessoirement, contribuer au réchauffement des relations diplomatiques entre l'Exagone et les States. Voilà donc Mona Lisa embarquée sur le France en compagnie du conservateur du Louvre, d'un service de sécurité étoffé et du ministre lui-même. Ce ministre c'est André Malraux,et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il va lui voler la vedette.

L'histoire dévoile en effet certains aspects de la vie de l'illustre personnage. Elle s'attarde notamment sur ses zones d'ombres (les failles de son passé de résistant, ses activités de trafiquant d'art au Cambodge...) ainsi que sur ses addictions. Les auteurs forcent un peu le trait et c'est un Malraux mégalomane et complètement déjanté qui s'offre à nous. Cela nous donne quelques scènes irrésistibles au cours desquelles l'homme politique sera contraint d'admettre que tout le monde ne partage pas la haute estime qu'il a de lui-même.

Il est en revanche bien dommage que l'intrigue autour de la Joconde soit si légère. Sa disparition momentanée et l'enquête qui s'ensuit auraient pu déboucher sur des scènes beaucoup plus amusantes et plus variées. Ici, à part une discrète allusion à la situation algérienne, elle reste centrée sur le personnage de Malraux qui étouffe tous les autres. D'autres idées méritaient pourtant d'être étoffées : la rivalité entre le ministre et le chef d'orchestre Herbert Von Karayan, sa mésentente avec la conservatrice du Louvre qui voit d'un mauvais œil le précieux tableau servir de monnaie d'échange entre nations...

En revanche le décor est plutôt bien utilisé. Le France fournit un cadre à la hauteur de l'histoire. Du pont à la soute en passant par les cabines, les salons, la salle de concert... on visite tous les recoins de l'immense et luxueux paquebot à la rencontre de son petit peuple d’employés et de riches croisiéristes.

Quant aux dessins, ils m'ont rappelés ceux des caricaturistes que l'on trouvait dans les journaux, les dessins de Jacques Faizant, ceux de Cabu (le chef de la sécurité) et le personnage de Malraux est superbement croqué. Son regard halluciné, son allure tantôt survoltée, tantôt déprimée, reflètent parfaitement son caractère et font de lui un personnage de BD particulièrement efficace. Une suite ?

Casterman - 2022

 

 

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