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30 mai 2018

L'HYDRE DE TSWAMBA SALU - MICHEL HONAKER

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De retour d'une expédition au Kenya, Parsifal Crusader sauve in extremis le docteur Urquardt des griffes d'une tribu d'indigènes particulièrement coriaces. Quelques semaines plus tard, à Londres, ce même docteur est assassiné alors qu’il vient de révéler à Parsifal l’existence d’un secret d’état entourant la région de Tswamba Salu et la mystérieuse tribu des hommes-lunes. Le jeune aventurier se lance alors dans une dangereuse enquête qui le conduira de nouveau au cœur de l’Afrique et de ses insondables mystères.

« L’hydre de Tswamba Salu » est le premier des trois volumes que l’auteur a consacré au personnage de Parsifal Crusader. Les tomes 1 et 2 sont parus dans la collection « Aventures et Mystères » du Fleuve Noir tandis que le troisième a eu les honneurs de sa collection SF.

Dans cet opus, Michel Honaker ne perd pas beaucoup de temps à nous présenter son héros. Quelques descriptions et réflexions éparses suffisent néanmoins à dresser un portrait assez complet de ce jeune lord britannique immensément riche qui combat son ennui en risquant sa vie dans les endroits les plus dangereux de la planète. Et oui, les riches ont décidément bien des soucis ! C'est en tout cas un personnage bien sympathique, peut-être un peu anachronique (un gars de la haute qui entretient une histoire d'amour avec une employée, passe encore mais avec une demoiselle Massaï, c'est assez improbable en ce début de 20ème siècle !). Plus classiques en revanche, "verniens" même, le fidèle valet qui le seconde toujours très opportunément et un grand méchant proprement ignoble avec œil de verre et tout et tout…

Tous vont trouver à employer leur énergie au cours d’aventures trépidantes qui les conduiront des très sélects clubs londoniens aux prisons tanzaniennes. Ils visiteront des égouts et des morgues, escaladeront des toits et voyageront en voilier ou en montgolfière. Mais c’est bien au cœur de l’Afrique, sur ce continent qui commence tout juste à livrer à l’occident quelques-uns de ses secrets immémoriaux que se déroule l’essentiel de l’histoire. Et là, l’auteur ne se contente pas de nous refaire le coup de l’antique civilisation perdue au fin fond de la forêt équatoriale. Il innove même carrément en remplaçant la traditionnelle déesse immortelle par une entité plus étonnante et ô combien plus dangereuse ainsi qu’en adossant à son intrigue africaine une sombre histoire de trafic d'influence et de marchands d’armes.

Tout cela nous donne un chouette roman d'aventures comme il s'en faisait dans les années trente ou quarante chez Tallandier et Ferenczy mais avec un ton beaucoup plus jeune et dynamique.

Fleuve Noir - Aventures et Mystères - 1995

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24 mai 2018

LE JARDIN ARC-EN-CIEL - OGAWA ITO

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Izumi, une trentenaire maman d’un jeune garçon vient à peine de divorcer quand elle s’éprend de Chiyoko une lycéenne de 19 ans rejetée par ses parents en raison de son homosexualité. Toutes deux décident de fuir la capitale pour s’installer dans une région reculée où elles espèrent vivre leur amour sans contrainte.  

Ce troisième roman d’Ito Ogawa ressemble beaucoup à son premier opus. Elle y met de nouveau en scène des citadins qui quittent Tokyo pour un petit village de montagne et nous raconte les péripéties de leur installation parmi les autochtones. Cette fois encore elle nous entraîne dans une petite bourgade idyllique où l'air est pur, les voisins bourrus mais charmants et les problèmes d'acclimatation vite résolus. Aussi, lorsque les deux héroïnes ouvrent leurs chambres d’hôtes et accueillent leur premier client j’ai cru qu’elle allait nous faire un copié-collé du « Restaurant de l’amour retrouvé ». Mais fort heureusement, « Le jardin arc-en-ciel » s’en distingue par bien des aspects même s’il comporte tout de même beaucoup de points communs, à commencer par son cadre et son atmosphère.

En premier lieu la forme du récit y est tout à fait différente. L'histoire nous est racontée tour à tour par les quatre principaux personnages, chacun prenant le relais du précédent. Si ce mode de narration n’autorise pas les points de vue multiples puisque le récit de l’un commence là où celui du précédent s’était arrêté, il permet en revanche de pénétrer la pensée de chaque personnage et de le découvrir par d’autres yeux que ceux de ses proches. Les sentiments des uns et des autres nous sont donc dévoilés avec sincérité, et l’on découvre peu à peu la nature des relations qu’ils entretiennent.

Une découverte progressive qui se déroule sur dix-sept années. Un laps de temps assez important qui nous permet de voir grandir et vieillir tous les membres de la famille Takashima, Izumi et Chiyoko construisent patiemment leur histoire, font grandir leur amour dans ce qui ressemble à un petit cocon de bonheur et de tolérance. Leurs enfants entament leur existence, font des choix et des erreurs, s’émancipent ou ont du mal à couper le cordon. Les caractères s’affirment, évoluent et nous réservent même quelques surprises…

« Le jardin arc-en-ciel » est aussi un roman plus « sérieux ». Il traite de sujets de société tels que l’homosexualité, le mariage gay, la maladie, le suicide. Il le fait avec beaucoup de simplicité et de pudeur sans pour autant faire l’impasse sur les scènes difficiles dont le décès et les funérailles de l’un des personnages. Cela permet de se rendre compte de la façon dont ces sujets sont abordés et vécus au Japon et, d’une façon plus générale, ce livre m’a permis d’en apprendre davantage sur la mentalité des japonais, laquelle est encore largement différente de celle des occidentaux.

Editions Philippe Picquier - 2016

18 mai 2018

LES CHRONOLITHES - ROBERT CHARLES WILSON

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En 2021 Scott Warden réside avec sa femme et sa fille en Thaïlande quand surgit près de Chumphon le premier chronolithe, un monument célébrant la victoire d’un certain Kuin survenue en 2041. Il ignore alors qu'il s'agit du premier d'une longue série et que son existence et celles de ses proches seront étroitement liées à ces étranges manifestations du futur.

Avant d’entamer la lecture de ce roman je comptais déjà deux RCW à mon compteur : « Darwinia » et « A travers temps ». Le premier comportait une idée époustouflante mais bien mal exploitée. Pour le second c’était exactement l’inverse : un sujet extrêmement classique (le voyage temporel) mais traité de fort agréable manière. Avec « Les chronolithes », l’auteur a réussi la synthèse de ces deux exigences : originalité et traitement intelligent.

Pour ce qui est de l'originalité il est vrai que l'on est dans le haut de gamme même si c'est une nouvelle fois le temps et ses paradoxes qui sont conviés. Imaginez de gigantesques obélisques qui surgissent un peu partout sur Terre et qui commémorent les victoires d'un conquérant... 20 ans plus tard ! Un tel postulat pose naturellement un grand nombre de questions dont on espère des révélations exceptionnelles. Qui est ce fameux Kuin qui figure sur ces incroyables monuments, est-il de nature humaine ou extra-terrestre, comment s’y prend-il pour les faire surgir dans le passé et bien sûr pourquoi ? La réponse à ces interrogations sera bien évidemment au cœur du récit avec une autre, sans doute la plus importante de toutes : peut-on empêcher ce futur angoissant de se produire.

Pour enquêter sur ce phénomène l’auteur a bien sûr réuni quelques grosses têtes. Il y a là Sulamit Chopra, une physicienne de renom aux théories aussi surprenantes que son physique et quelques autres scientifiques en compagnie desquels nous faisons connaissance avec des théories aussi absconses que les turbulences Tau ou les espaces Calabi-Yau. Heureusement, il y a aussi Scott Warden, le héros de l’histoire, dont la présence dans l’équipe de Sulamit oblige les scientifiques à se mettre à son niveau – et au notre- et à vulgariser ce qu’il faut pour nous empêcher de lâcher prise. Malgré tout, j’ai craint un moment que l'histoire ne bascule dans la hard-science pure et dure et que l’auteur ne finisse par nous endormir avec ses spéculations difficilement compréhensibles. Mais non. Il nous ramène très vite à un niveau plus intime et à des considérations plus terre à terre.

Dès la seconde partie (sur les trois que compte le roman), Scott reprend sa liberté pour s'occuper de sa famille. L'intrigue prend alors un tour bien différent qui s'apparente même le temps de quelques chapitres à une enquête policière avec exfiltration et tout et tout. Dès lors, l’histoire s’attache au quotidien de Scott, à celui de son ex, de sa fille, de sa nouvelle compagne… L’histoire couvre en effet une période d’une vingtaine d’années qui nous permettent de constater de quelle façon leur vie est impactée par cet évènement.

Robert Charles Wilson a particulièrement soigné le back-ground. Ses descriptions d'un futur pas très lointain ou le monde est confronté à une redoutable crise ecolomique (ou éconogique, c'est vous qui voyez !) et où les progrès scientifiques (télécommunications, santé) voisinent avec une misère d’un autre siècle (tickets de rationnement, troc, soupe populaire…) sont sobres mais frappantes. Mais l’influence des chronolithes se fait aussi sentir sur le plan moral et l’émergence de mouvements et de sectes favorables au conquérant du futur jouera aussi un rôle de premier plan.

Pour autant, RCW n’a pas oublié son sujet en cours de route. Il explore plus particulièrement la notion de « Boucle de rétroaction », un concept passionnant selon lequel la connaissance d’un évènement du futur agirait inconsciemment sur nos actes et favoriserait donc sa réalisation. Une idée qui n’est pas du goût de Sulamit Chopra qui lui oppose sa conviction que rien n’est jamais écrit et que le futur se forge dans le présent et non pas le contraire...

Denoël - Lunes d'Encre - 2003

11 mai 2018

LES MAITRES SONNEURS - GEORGE SAND

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A Saint-Chartier, en Berry, Joset est un jeune homme qui se passionne pour la musique. Bien décidé à devenir joueur de cornemuse, il se rend dans le Bourbonnais pour y recevoir l'enseignement d'un maître sonneur réputé. Il va entrainer dans ses aventures Tiennet et La Brûlette, deux amis d'enfance avec lesquels il se retrouvera au cœur d’un méli-mélo sentimental.

Publié en 1853 "Les maîtres sonneurs" est le dernier des romans champêtres de Georges Sand. Il n'est donc pas surprenant d'y retrouver un peu de ceux qui l'ont précédé, en particulier au niveau des personnages. Il y a ainsi de La petite Fadette chez sa Brûlette qui lutte elle aussi contre la médisance des villageois tandis que Joset rappelle beaucoup le Sylvinet du même roman par son caractère excessif et ses problèmes de santé. Il y a aussi un Champi qui n’a, en revanche, guère à voir avec le célèbre François.

Ceci étant, le roman apporte tout de même quelques nouveautés. Tout d’abord, Georges Sand y fait une petite infidélité à son cher Berry puisqu’elle situe une partie de son histoire dans le Bourbonnais voisin, pays montagneux, plus austère et plus mystérieux que les environs de Nohant. Il est ensuite question de compagnonnage et de confréries avec leurs rites et leurs secrets propices, une fois n’est pas coutume, à quelques scènes d’action dans les profondeurs de la forêt ou dans l’obscurité des souterrains.

Mais, mis à part ces quelques passages un peu mouvementés, l'histoire n'a pas grand intérêt à moins d'être amateur d'intrigues sentimentales. Elle se résume en effet presque uniquement aux peines de cœur des cinq personnages principaux : Tiennet aime La brûlette qui lui préfère Huriel, lequel le lui rend bien mais n'ose se déclarer pensant qu'elle en tient pour Joset. Joset aime effectivement La brûlette sans être payé de retour et reporte son affection sur Thérence qui l'aimait mais qui, lasse de l’attendre, finit par tomber amoureuse de... Tiennet. Et hop, la boucle est bouclée ! J'ignore si le récit de Georges Sand est représentatif des amours campagnardes de l'époque mais quatre cent pages de déclarations d'amour, de protestations d'affection et de serments entrecoupés de doutes et de reculades sont venues à bout de ma patience.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans ce roman où l’on apprend beaucoup sur les mœurs berrichonnes (les fêtes religieuses, les fêtes de villages, le déroulement d’une noce…) et sur certains métiers d’alors. Georges Sand met notamment en lumière trois professions - les fendeux (bûcherons), les musiqueux et les muletiers - qui ont en commun l’itinérance ce qui, dans un pays très rural où les axes de circulation demeurent limités, fait de ses membres des individus à part, suspects et parfois même redoutés.

Gallimard - Folio Classique

5 mai 2018

PETITE CHANSON DANS LA PENOMBRE - ANNE DUGÜEL

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Ceux qui connaissent l’œuvre d’Anne Dugüel ne seront pas surpris de découvrir dans « Petite chanson dans la pénombre » une nouvelle histoire d’enfance brisée par la bêtise et la méchanceté des adultes. Cette fois-ci elle nous plonge dans les pensées d’un fantôme, celui d’une gamine de douze ans violée et tuée par un fermier voisin de ses parents, cinquante ans plus tôt. Au moment où commence le récit cela fait donc un demi-siècle que la petite Jeanne - ou plutôt son esprit - est prisonnière de l’étable où son meurtrier a enterré son corps. Un demi-siècle qu’elle ressasse sa haine contre son bourreau et qu’elle rêve de s’incarner pour réaliser enfin sa vengeance. Jusqu’à présent seuls quelques vaches et quelques oiseaux lui ont prêté leur corps mais les choses pourraient bien changer avec le rachat puis l’installation d’un couple de parisiens dans le vieux bâtiment.

Les deux bobos ont en effet une fille, une petite Zoé âgée de huit ans qui va très vite devenir son amie et lui offrir le moyen d’approcher l’assassin, toujours vivant et toujours impuni. Je ne vous dirai rien de la façon dont elle s’y prendra pour régler ses comptes - le châtiment sera à la hauteur du crime - mais cette vengeance est accomplie alors qu’on en est à peine à la moitié du livre. On se dit alors que le pire n’est peut-être pas derrière nous et que l’auteur nous réserve une surprise pas piquée des vers.

Et, de fait, c’est exactement ce qui nous attend. « Petite chanson dans la pénombre » est une histoire à double détente. Après nous avoir fait aimer la petite Jeanne, nous l’avoir fait plaindre et encourager, l’auteur va nous la faire détester. Le gentil fantôme se transforme en ectoplasme rancunier et décide de rejouer son drame avec de nouveaux acteurs et en redistribuant les rôles…

Toute cette histoire nous est racontée avec le langage d’une ado de douze ans. L'auteur rend à merveille les pensées faussement innocentes de son héroïne, ses regrets, ses envies, ses colères, tout un panel de sentiments exacerbés, macérés dans la haine et le désespoir. Elle a aussi des mots fantastiquement sobres et justes pour décrire le gâchis de cette jeune existence fauchée si tôt (« Une vie qui s’arrête à douze ans parce qu’un salopard a voulu se vider le ventre, qu’est-ce que c’est moche ! ») et parvient même à introduire un peu d'humour et de légèreté au milieu de pages beaucoup plus rudes.

Florent-Massot - Poche Revolver Fantastique - 1996

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