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27 novembre 2022

LA GRANDE PANNE - THEO VARLET

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J'aime bien fouiner dans les brocantes ou les vides greniers. On y trouve parfois quelques raretés, quelques vieilleries surprenantes. Il en va de même en littérature. Lorsque je pioche dans les vieux romans de SF, je tombe de temps à autre sur des œuvres étonnantes qui ont ouvert la voie à de nouvelles idées ou contribué à codifier tel ou tel genre. C'est un peu le cas de ce roman écrit en 1930 dans lequel Théo varlet nous décrit les conséquences politiques, économiques et sociales d'une invasion de lichen extra-terrestre qui prolifère au détriment de toutes les sources d'énergie électrique.

D'une écriture très fluide qui ne fait absolument pas son âge, l'auteur nous montre comment la "xénobie" est introduite sur Terre et de qu'elle manière elle se répand à travers la France. Il le fait très intelligemment, passant l'air de rien de la farce scientifique au roman catastrophe. Ainsi, ce qui n'est tout d'abord qu'un léger désagrément entraînant selon les cas des démangeaisons ou une baisse d'intensité lumineuse des ampoules se transforme en une calamité qui affecte la société dans son entier. Désorganisation des transports, fermetures des usines,  chômage généralisé, émeutes... la disparition progressive de l'électricité provoque des réactions en chaîne qui mettent à mal la sécurité du pays et du monde.

Théo Varlet nous montre ainsi que notre dépendance à l'électricité n'est pas neuve. Il démontre surtout la fragilité de nos économies qui peuvent s'écrouler du jour au lendemain dès lors qu'elles ne disposent plus de l'énergie ou des matières premières sur lesquelles elles sont fondées. Serge Simon Held dans "La mort du fer" et Georges Blond dans "Les naufragés de Paris" suivront un schéma identique avec le fer et le papier. Malheureusement, si la démonstration de l'auteur est bien amenée, elle est parasitée par l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes du roman. Les serments d'amour de l'un, le dévouement filial de l'autre et toutes ces minauderies très XIXème siècle appesantissent le récit sans lui apporter la moindre valeur ajoutée.

Le roman se conclue sur la question de la responsabilité des scientifiques dans l'utilisation, notamment militaire, de leurs découvertes. Une réflexion d'autant plus intéressante que le roman a été écrit peu avant la seconde guerre mondiale qui vit, entre autres monstruosités, la première utilisation de l'arme nucléaire.

L'Amitié par le Livre - 1936

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20 novembre 2022

UNE COLONIE - HUGH HOWEY

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Après qu'une avarie de leur vaisseau ait causé la mort de la plupart de leurs compagnons, une soixantaine de jeunes colons se retrouvent isolés sur une planète inhospitalière. Dotés de maigres ressources, sans expérience, les robinsons commencent à s'organiser avec l'aide de "Colony", l'intelligence artificielle de leur engin spatial. Mais peuvent-ils réellement lui faire confiance ?

Même s'il peut être lu sans déplaisir par un lecteur de SF confirmé, "Une colonie" est indubitablement un roman "jeunesse". Le thème, les personnages, le style, tout concoure en effet à produire une œuvre accessible aux ados avec bien sûr, les limites du genre.

Dans ce planet opera qui flirte avec la robinsonnade, Hugh Howey a donc choisi de mettre en scène de jeunes héros. Je n'aurais rien vu de gênant à cela si la psychologie des personnages n'avait été aussi sommaire. Sentiments, intentions, réactions, dialogues, tout est très convenu. On reste à la surface sans que l'auteur ne parvienne à nous intéresser à l'avenir de ces gamins de quinze ans livrés à eux-même sur une planète assez peu accueillante. Les luttes d'influence pour le pouvoir, les rivalités amoureuses, les motivations des uns et des autres ne sont pas assez approfondies pour qu'on se passionne pour leurs tentatives de s'organiser en une petite société.

Cet aspect du récit est d'ailleurs assez vite abandonné et l'intrigue se focalise sur la découverte de leur environnement. Hélas, là encore, l'auteur se contente du service minimum. Ses descriptions se limitent à quelques arbres gigantesques dans les frondaisons desquels les jeunes héros vont vivre des aventures surprenantes. Certaines scènes vécues dans la canopée sont très naïves. (l'ascension à dos de chenille et la descente sur des feuilles transformées en luges), d'autres sont en revanche nettement plus dramatiques.

D'une manière générale, Hugh Howey n'épargne pas ses personnages. Il fait mourir bon nombre d'entre eux et les place devant des responsabilités qui ne sont pas de leur âge. Il a opté pour une littérature jeunesse sans mièvrerie ni bons sentiments et se permet même une jolie attaque contre les états et les entreprises toutes puissantes qui cherchent le profit au mépris de toute autre considération.

Au final, "Une colonie" est un roman distrayant qui se lit avec une grande facilité mais qui conviendra sans doute davantage aux jeunes lecteurs qu'aux vieux briscards de la SF.

Actes Sud - Exofictions - 2020

13 novembre 2022

LA BANDERA - PIERRE MAC ORLAN

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Recherché pour meurtre, Pierre Gilieth est contraint de passer en Espagne pour fuir la justice française. Après quelques semaines de misère à Barcelone, il s'engage dans la légion étrangère. Un membre de la police secrète espagnole s'enrôle en même temps que lui dans l'espoir de le démasquer et toucher la prime promise pour sa capture. Bientôt les deux hommes sont expédiés au Maroc où Gilieth fait la conquête d'une entraîneuse...

Entamer ce roman de Mac Orlan en ayant déjà vu le film que Julien Duvivier en a tiré oblige à faire de gros efforts d’abstraction. Difficile en effet d’oublier la fantastique interprétation de Jean Gabin et Robert Le Vigan ou les superbes paysages du Rif marocain. Les images du film se juxtaposent à celles suscitées par la plume de l’auteur et le lecteur paresseux a tendance à mettre en veille son imaginaire. Pourtant, le roman en vaut la peine. Bien des scènes ont été passées sous silence sur la pellicule et le cheminement psychologique des personnages est beaucoup plus nuancé dans le livre.

L'histoire ne s'y résume pas à un récit d'aventures coloniales célébrant les vertus militaires et l'amitié virile. Le cadre exotique avec sa casbah, ses bédouins et ses fortins perdus dans le djebel lui apporte bien cette dimension, mais il s'agit surtout pour l'auteur de créer les conditions d'un bouleversement radical dans l'existence de ses héros.

Loin de chez eux, coupés de leurs habitudes et de leur relations, ils subissent une transformation profonde. Gilieth devient un autre homme à mesure qu'il se fait une place dans la légion et bénéficie d'une forme de confiance de ses supérieurs et de respect de ses compagnons d'armes. Il conserve bien une attitude de marlou dans ses relations avec la belle Aïscha mais c'est surtout parce qu'il se sert d'elle pour se prémunir contre Lucas. Chez ce dernier, la métamorphose est encore plus radicale. La fidélité à ses supérieurs et l'appât du gain vont s'effacer derrière l'amour fou qu'il éprouve pour cette même Aïscha.

Mac Orlan décrit très bien le jeu du chat et de la souris qui s'instaure entre l'assassin et le policier puis la lutte ouverte qui les oppose pour la possession de l'envoûtante prostituée.  Un combat qui s'avérera finalement assez vain et dont ni l'un ni l'autre ne sortiront véritablement gagnant.

Gallimard - Folio

6 novembre 2022

TANTINE CHEVROTINE - JORDI GABIOUD

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Comme ses petits camarades de la collection Gore des Alpes, Jordi Gabioud nous transporte au cœur du massif alpin avec ce roman qu’on pourrait presque qualifier de régionaliste. Un village niché au creux d’une charmante vallée, des pâturages recouverts par le blanc manteau neigeux, de mignons chalets, le décor de « Tantine Chevrotine » est à première vue paradisiaque. Mais ces paysages de carte postale dissimulent une réalité beaucoup moins idyllique. Remaret est un bourg isolé qui suinte l’ennui. Une bourgade où l’on passe son temps à s’épier, où tout se sait et où ce qui ne se sait pas se suppose ou s’invente. Les jalousies et les rancœurs y sont nombreuses, les conflits familiaux tenaces.

L’histoire débute alors que le dégel vient de mettre au jour le cadavre de l’aïeul des Fournier, une famille d’abrutis consanguins qui sèment la terreur dans les environs. La nouvelle pourrait être anecdotique si ces derniers n’étaient pas persuadés que leur ancêtre a été assassiné par le vieux Simon dont Monique est la dernière descendante. Poussés par un patriarche vindicatif, la tribu entreprend de se venger sur cette dernière, mais ils vont tomber sur un os…

C’est donc à une bonne vieille vendetta de derrière les fagots que nous convie l’auteur. D’un côté une famille de psychopathes alcooliques, de l’autre une mamie de septante piges qui en a encore sous la pédale. Les menaces et les insultes cèdent rapidement la place aux vexations de toutes sortes et le récit prend alors des allures de western. Fusillades, prise d’otages, attaque de chalets, on s’étripe joyeusement sous le ciel bleu des Alpes.

La montée en puissance du règlement de compte est parfaitement orchestrée, mais Jordi Gabioud ne nous raconte que cela. Pas de surprise, pas de révélation, pas de petite pirouette finale. Rien. Rien que ce à quoi l’on pouvait s’attendre : une succession de morts violentes, affreuses, obscènes et, oui, parfois amusantes. A condition bien sûr d’aimer l’humour noir.

Gore des Alpes - 2020

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FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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