LA GRANDE PANNE - THEO VARLET
J'aime bien fouiner dans les brocantes ou les vides greniers. On y trouve parfois quelques raretés, quelques vieilleries surprenantes. Il en va de même en littérature. Lorsque je pioche dans les vieux romans de SF, je tombe de temps à autre sur des œuvres étonnantes qui ont ouvert la voie à de nouvelles idées ou contribué à codifier tel ou tel genre. C'est un peu le cas de ce roman écrit en 1930 dans lequel Théo varlet nous décrit les conséquences politiques, économiques et sociales d'une invasion de lichen extra-terrestre qui prolifère au détriment de toutes les sources d'énergie électrique.
D'une écriture très fluide qui ne fait absolument pas son âge, l'auteur nous montre comment la "xénobie" est introduite sur Terre et de qu'elle manière elle se répand à travers la France. Il le fait très intelligemment, passant l'air de rien de la farce scientifique au roman catastrophe. Ainsi, ce qui n'est tout d'abord qu'un léger désagrément entraînant selon les cas des démangeaisons ou une baisse d'intensité lumineuse des ampoules se transforme en une calamité qui affecte la société dans son entier. Désorganisation des transports, fermetures des usines, chômage généralisé, émeutes... la disparition progressive de l'électricité provoque des réactions en chaîne qui mettent à mal la sécurité du pays et du monde.
Théo Varlet nous montre ainsi que notre dépendance à l'électricité n'est pas neuve. Il démontre surtout la fragilité de nos économies qui peuvent s'écrouler du jour au lendemain dès lors qu'elles ne disposent plus de l'énergie ou des matières premières sur lesquelles elles sont fondées. Serge Simon Held dans "La mort du fer" et Georges Blond dans "Les naufragés de Paris" suivront un schéma identique avec le fer et le papier. Malheureusement, si la démonstration de l'auteur est bien amenée, elle est parasitée par l'histoire d'amour entre les deux principaux protagonistes du roman. Les serments d'amour de l'un, le dévouement filial de l'autre et toutes ces minauderies très XIXème siècle appesantissent le récit sans lui apporter la moindre valeur ajoutée.
Le roman se conclue sur la question de la responsabilité des scientifiques dans l'utilisation, notamment militaire, de leurs découvertes. Une réflexion d'autant plus intéressante que le roman a été écrit peu avant la seconde guerre mondiale qui vit, entre autres monstruosités, la première utilisation de l'arme nucléaire.
L'Amitié par le Livre - 1936




