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26 octobre 2017

COMMENT VIVRE EN HEROS ? - FABRICE HUMBERT #MRL17

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« Vivre en héros ?». Que voilà un vaste programme ! Mais avant de chercher à l’appliquer, encore faut-il savoir ce qu’est un héros ? Ce qu’est un acte héroïque et, par opposition, ce qu’est une attitude lâche. C’est ce que Fabrice Humbert se propose de nous expliquer, du moins dans la première partie de son roman. Il a choisi pour cela un personnage tout simple, un individu lambda mis dans une situation finalement assez ordinaire : prendre ou non la défense d’une personne agressée dans le métro ou le train.

Devenir un héros ou se transformer en lâche, c’est donc ce qui attend Tristan Rivière. Il sera tour à tour l’un et l’autre. Lâche tout d’abord en laissant son ami se faire défoncer la tronche par trois loubards. Héros ensuite lorsque, quelques années plus tard et dans des circonstances similaires, il sauve une jeune femme de ses agresseurs. Deux évènements qui vont à chaque fois changer profondément sa vie. Et pourtant, dans l’un ou l’autre cas, il demeure foncièrement le même. Il s’en faut même d’un rien qu’il ne passe d’un état à un autre, qu’il agisse sans réfléchir ou qu’il pèse trop les risques et les conséquences. Réflexe ou réflexion, voilà peut-être ce qui sépare le héros du lâche. Pas grand-chose finalement.

Ce qui pèse en revanche c’est le regard des autres et le jugement que l’on porte sur soi. Et cela est parfaitement évoqué par l’auteur. De la déception d’un père lui-même héros de la résistance à la réaction d’une jeune femme qui place son sauveur sur un piédestal, il fait passer son personnage sous les fourches caudines de l’opinion publique. Nous voyons alors à quel point la rumeur peut rendre la vie compliquée, faire sombrer dans le spleen ou donner des envies de revanche, faire prendre tous les risques pour obtenir une sorte de rédemption.

Outre l’impact sur la vie de son personnage, l’auteur examine aussi la notion d’héroïsme sous un angle plus général. Et là encore il met le doigt sur des notions intéressantes, notamment sur le fait que l’héroïsme soit la plupart du temps envisagé sous la forme du courage physique alors que bien d’autres actes peuvent mériter cette étiquette. Plus généralement encore il nous montre à quel point la force est, dans certains milieux, plus et mieux respectée que l’intelligence ou la diplomatie. Il nous rappelle aussi à quel point notre société voue un culte aux héros guerriers, aux combattants, aux résistants même qui, souvent, doivent leur gloire à des actions violentes.

L’auteur soulève enfin bien d’autres sujets de réflexion. Il traite ainsi d’école et d’éducation, du rôle des parents, du problème des banlieues, d’aménagement du territoire. C’est parfois pertinent mais ça n’a la plupart du temps rien de bien original. Et c’est là le principal bémol que je mettrai dans mon appréciation de ce livre. Fabrice Humbert enfonce quand même pas mal de portes ouvertes. C’est bien écrit, c’est agréable et fluide avec aussi un sens de l’humour certain, mais ça a déjà été dit ou lu bien souvent. En fait, dès qu’il installe son héros dans sa vie de père de famille, son roman prend un tour trop conventionnel. Ce qui arrive à son fils, sa fille, ses beaux-parents n’ont plus grand-chose à voir avec son sujet et il se borne alors à nous démontrer que la vie est faite d’incertitude, qu’elle peut à tout moment prendre un tour imprévu mais que, malgré tout, elle en vaut quand même la peine. Mais qui en doutait ?

Alors finalement, c’est quoi « vivre en héros » ? C’est peut-être simplement essayer de vivre la vie que l’on s’est choisie et non celle que notre entourage veut nous imposer. C’est aller au bout de ses envies, de ses idéaux sans se laisser détourner de son objectif par ses parents, son conjoint, ses enfants… Mais, et c’est paradoxal, vivre en héros c’est aussi être attentif aux autres, être capable, par amour ou altruisme, de faire passer ses intérêts ou ses rêves après ceux des autres. Une combinaison bien difficile à trouver : tout le monde n’est pas un héros !

Gallimard - 2017

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20 octobre 2017

LA VILLE SANS JUIFS - HUGO BETTAUER

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« Les juifs hors d’Autriche ! » C’est avec ce mot d’ordre que le Dr Schwertfeger, chef du parti social-chrétien a fait campagne. Devenu chancelier, il met en œuvre son programme en promulguant une loi qui oblige les non-aryens à quitter le pays. Mais tout ne va pas se passer comme il l’espérait et les autrichiens vont vite se rendre compte qu’un pays ne se prive pas de ses forces vives sans en subir les conséquences.

Ecrit en 1922, soit une dizaine d’années avant qu’Hitler ne s’empare du pouvoir en Allemagne, « La ville sans juifs » prouve que les théories nazies étaient déjà largement répandues dans la société autrichienne. C’est même très vraisemblablement pour cela que Hugo Bettauer a jugé nécessaire de les brocarder en proposant à ces concitoyens cet ouvrage qui a pris depuis une résonance toute particulière.

L’idée de son roman est fort simple. Il s’agit de démontrer par l’absurde que les autrichiens d’origine juive ne sont pas responsables des problèmes auquel le pays est confronté et que, loin d’améliorer la situation, leur départ ne ferait qu’aggraver les choses. Son récit commence donc par leur expulsion d’Autriche et notamment de Vienne où se déroule l’essentiel de l’histoire. Celle-ci se compose d’une succession de tableaux qui nous montrent les effets de cette décision sur la population et en particulier sur Léo Strakosch et Lotte Spineder, des Roméo et Juliette viennois dont les amours contrariées jouent un peu le rôle de fil conducteur.

L’ambiance est d’abord à la joie et l’allégresse. Les viennois se félicitent de trouver des logements vacants et de récupérer les emplois des juifs. L’Etat confisque une partie des biens des expulsés et les spéculateurs se frottent les mains. Seuls quelques grincheux trouvent motif à se plaindre : un député qui a voté la loi se rend compte un peu tard que son gendre est un juif converti et que ses petits enfants vont le suivre en exil, un avocat antisémite se plaint d’avoir perdu ses bouc-émissaires favoris et des femmes de petite vertu regrettent une clientèle fidèle et généreuse. Et puis, petit à petit, les choses s’enveniment. L’inflation s’installe, l’économie est en berne et l’avenir s’annonce sombre. Les commerçants peinent à gagner leur vie, les entrepreneurs font faillite, les ouvriers pointent au chômage et tous regrettent bientôt l’atmosphère de prospérité qui avait cours du temps des juifs.

Le livre de Bettauer est une satire extrêmement corrosive. Le monsieur n’y va pas avec le dos de la cuillère pour critiquer l’état d’esprit de ces concitoyens. Le trait est forcé et parfois même outrancier. Il est en effet difficile d’admettre que la situation économique et culturelle de l’Autriche puisse sombrer en l’espace d’une seule année. Difficile aussi de croire que les autrichiens soient si peu doués qu’ils ne parviennent pas à commercer, à diriger une banque ou une grande société ni même à écrire une pièce de théâtre digne de ce nom. Mais en montrant ses compatriotes aussi démunis après le départ des juifs Hugo Bettauer ne fait que démontrer la stupidité du discours antisémite selon lequel ces derniers accaparent les richesses et tiennent les leviers économiques, politiques et culturels du pays. Prenant ce postulat au pied de la lettre, le retournant à son profit, il nous montre tout à fait logiquement des chrétiens incapables d’exercer des tâches et des métiers qui n’étaient pas les leurs.

Il se moque également de l’aspiration des autrichiens – qui sera aussi celles des nazis - à un retour aux traditions germaniques et campagnardes. On ne s’habille plus qu'en loden ou en flanelle, on ressort les costumes tyroliens et bientôt la capitale prend des allures de grand village, un peu comme si avec le départ les juifs, l’esprit viennois et le rayonnement international de la ville s’en étaient allés.

Mais satire et dérision ne veulent pas nécessairement dire légèreté. L’humour n’enlève rien à la gravité des faits dénoncés et derrière la farce transparaît toute l’ignominie de l’idéologie nazie. On retrouve dans la bouche des dirigeants et des gens du peuple sa rhétorique assassine (la juiverie internationale, le complot maçonnique, la définition de ce qu’est un aryen de souche…) et, même s'il n'est pas question de solution finale, il est tout de même prévu de supprimer les juifs qui ne quitteraient pas le pays ou tenteraient d'y revenir.

Le roman de Bettauer se termine néanmoins par une happy-end et une vision de l’avenir plutôt optimiste. L’histoire lui donnera malheureusement tort. Trois ans plus tard il tombera sous les balles d’un nazi et les décennies suivantes verront les juifs d’Europe subir le sort que l’on sait.

Belfond - Vintage - 2017

14 octobre 2017

LA ROUTE - CORMAC McCARTHY

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A sa sortie en 2006 "La route" a immédiatement rencontré le succès. Il a fait un tabac en librairie, obtenu dans la foulée le prix Pulitzer et fut adapté au cinéma avec l’excellent Viggo Mortensen dans le rôle principal. Une réussite relativement étonnante pour un roman qui, bien que paru dans une collection de littérature blanche, est incontestablement une œuvre de S-F.

Les amateurs du genre ne seront donc pas surpris par le thème ou l’univers explorés. On est là dans du très classique, du post-apo presque banal avec ses ingrédients habituels : terre inhospitalière, pillards de la pire espèce et le danger partout présent. Peu de confrontations pourtant et quasiment pas de violence. Juste quelques rencontres, la plupart du temps mauvaises, et la solitude, la méfiance, la peur de l’autre qui, dans ce monde dévasté, ne peut être qu’un ennemi ou un rival dans la lutte pour la survie.

L’intrigue est extrêmement simple et pour tout dire linéaire. Un homme et son fils cheminent le long d’une route, traînant un caddie qui contient toute leur fortune, couverture, conserves, eau. Ils marchent le jour, visitant les maisons abandonnées à la recherche de la moindre parcelle de nourriture. Le soir, ils se réfugient dans les bois pour y passer la nuit dans une relative sécurité. Chaque jour ressemble au précédent. Les mêmes séquences se répètent inlassablement (marcher, allumer le feu, manger, dormir) avec seulement d’infimes variations et de rares surprises (un abri anti atomique débordant de nourriture, un bateau échoué…).

L’absence de repères ajoute à l’ambiance de désolation et de monotonie qui imprègne le récit. Les personnages n’ont pas de nom (l’homme, le petit) et les lieux sont également anonymes. L’histoire se passe aux Etats-Unis – ou ce qu’il en reste- mais elle pourrait aussi bien se passer n’importe où et presque n’importe quand. Quant à la cause de l’apocalypse, elle demeure aussi inconnue même si les conditions météo (nuages de cendres, absence de soleil, froid glacial) font penser à un hiver nucléaire qui serait la conséquence d’une guerre atomique ou de la collision d’un météore. Toujours est-il que cela nous donne un paysage uniformément gris et désolé, sans végétation ; rien que des arbres calcinés, de la neige et des ruines.

Le style adopté par l'auteur vient encore renforcer ce sentiment de dépouillement et de précarité. L’écriture de Cormac McCarthy est minimaliste, sans chapitres et presque sans ponctuation. Les conversations sont lapidaires et se limitent la plupart du temps à des échanges de questions/réponses, de consignes du père auxquelles l'enfant répond d’un sempiternel "d'accord". Les phrases sont tout aussi sobres, construites sans guère de recherche, avec notamment une accumulation de "et". Elles sont réduites à leur fonction d'information, de description un peu clinique sans aucun souci d'esthétisme. Enfin, peu d’introspection, quelques vagues souvenirs et de rares projections vers le futur, vers un sud chimérique toujours plus lointain et inaccessible.

Cela recentre tout naturellement le récit sur la relation entre l'homme et l'enfant. L’amour inconditionnel que le père éprouve pour son fils est en effet au cœur de l’histoire. Sa volonté de lutter - contre les éléments, contre les autres, contre l’évidence - va même au-delà de l'amour paternel. Il s'agit pour lui de conserver l’espoir d’un après, d'un recommencement. En protégeant l'enfant il se donne un but qui lui permet de continuer à avancer et à croire encore en un avenir qui ne serait pas tout à fait aussi affreux que le présent.

Alors « La route » mérite-il son Pulitzer ? Si on le juge sous l’angle du roman de science-fiction post-apocalyptique, il faut reconnaître qu’il y a déjà eu bien mieux, plus passionnant, plus émouvant, plus révoltant. Si on le considère du point de vue du procédé narratif, c’est en revanche une incontestable réussite avec ce style surprenant, quasi hypnotique et tout à fait raccord avec le contenu. S’il faut enfin le voir comme un avertissement lancé à la face d’une humanité aveugle et autodestructrice, le résultat est là aussi particulièrement probant. Mais dans tous les cas cette « Route » mérite bien qu’on y fasse un petit détour.

Editions de l'Olivier - Points - 2009

8 octobre 2017

L'ARCHIPRETRE ET LA CITE DES TOURS - JEAN D'AILLON

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1357, dans une France mise à feu et à sang par la guerre que se livre anglais et français, les trois bourgs qui ne forment pas encore la cité d’Aix en Provence ont décidé de s’unir pour préserver leur indépendance et assurer leur protection face aux multiples dangers qui les menacent. Ils sollicitent auprès de la ville de Florence un prêt qui doit leur permettre d’équiper leurs soldats afin de résister à Arnaud de Cervole, l’un des mercenaires les plus redoutés du royaume. C’est Pietro da Sangallo qui est mandaté par la république italienne pour convoyer l’argent. Mais à son arrivée, les cités sont en émoi. Deux des partisans de l’unité ont été assassinés et un troisième ne tarde pas à subir le même sort. Pour préserver sa vie et les intérêts de sa ville, le jeune toscan va devoir faire la lumière sur une affaire où les suspects sont légion. 

Jean d’Aillon est l’un des grands maîtres du polar historique français. Avec des personnages récurrents tels que Louis Fronsac, Guilhem d’Ussel ou Lucius Gallus il nous entraîne dans des enquêtes qui ont pour cadre la France à différentes périodes de son histoire, l’antiquité, le moyen-âge ou encore l’ancien régime. « L’archiprêtre et la cité des Tours » est quant à lui un one-shot qui se déroule à Aix en Provence pendant la guerre de cent ans. Une époque troublée qui vit s’affronter les royaumes de France et d’Angleterre au cours d’un conflit aussi complexe que meurtrier. Un back-ground très intéressant que l’auteur utilise au mieux pour nous livrer une intrigue bien embrouillée où le politique et le guerrier vont le disputer au policier.

Car c’est bien l’ombre de Machiavel qui flotte sur ces pages où l’on voit s’affronter différentes factions aux intérêts et ambitions divergents. Roi de France, reine de Naples, empereur germanique ou pape, tous avancent leurs pions sur l’échiquier provençal où des acteurs locaux - petits seigneurs, bourgeois et ordres religieux - se disputent également le pouvoir et les prébendes qui l’accompagne. Pour compléter ce tableau déjà bien rempli, il faut y ajouter les nombreuses bandes de mercenaires, ces fameux bandoulliers qui mettent le pays à feu et à sang, pillant les campagnes et rançonnant les cités.

Et c’est dans ce nid de vipères que l’auteur plonge son héros. Il a fort heureusement choisi un personnage qui a du répondant. Capitaine de la milice de Florence, sachant lire et écrire et ayant même quelques notions de médecine, Pietro da Sangallo n’est pas un perdreau de l’année. Il maîtrise aussi bien le métier des armes que les arcanes de la diplomatie et s’avèrera l’homme de la situation. Néanmoins et malgré l’attachement que l’on ne tarde pas à lui porter, j’ai été un peu déçu par ce héros au cœur un peu trop tendre. Pietro est en effet présenté comme un ancien condottiere, l’un de ces chefs de guerre qui ravageaient la péninsule italienne en se vendant au plus offrant, c’est-à-dire un mercenaire tout aussi sanguinaire que ceux qu’il affronte en Provence. J’ai donc eu un peu de mal à admettre qu’un homme habitué à torturer les hommes et violer les femmes puisse changer aussi radicalement au point de risquer sa vie pour, entre autres choses, assurer le bonheur de deux jeunes tourtereaux…

Ceci étant, l’enquête où il se trouve plongé s’avère absolument palpitante. L’auteur ne lui laisse pas le temps de souffler et ses investigations lui font courir les plus grands risques : emprisonnements, évasions, assassinats et quantité de combats. Quant au siège final, parfaitement orchestré et « lisible » grâce aux nombreuses précisions distillées tout au long du récit sur la défense d’une cité et son organisation militaire, il conclut parfaitement une histoire où l’on ne s’ennuie pas une seconde.

Pour être tout à fait honnête je reprocherai à l’auteur quelques ficelles un peu trop grosses (la dissimulation d’une corde et de clefs sur les lieux de l’évasion de Pietro comme s’il savait à l’avance qu’il aurait besoin de pénétrer à nouveau dans sa prison ou encore le personnage de Calagaspague qui semble n’avoir d’autre utilité que de lui permettre de rencontrer Arnaud de Cervole) et une happy-end presque anachronique avec ses trois gentils mariages. Mais ces petits défauts sont largement compensés par des explications passionnantes et précises sur la façon dont est organisée une ville médiévale avec ses juridictions civiles et religieuses ainsi que par la jolie peinture de l’Aix du XIVème siècle encore profondément marquée par son passé romain.

Le Masque - 2017

2 octobre 2017

SUCCUBES - JEAN-MARC LIGNY

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« Succubes » est le second volume du cycle des chimères, un ensemble de romans de fantasy écrits par différentes plumes de la SF française : Bruno Lecigne et sa comparse Sylviane Corgiat à l’origine du concept, mais aussi Alain Paris, Jean-Pierre Hubert, Pierre Vernay. Chaque ouvrage s’insère dans un univers et un cadre définis. L’univers c’est Galova, un monde où les vivants doivent composer avec la présence des chimères, des entités immatérielles issues d’Avolag, la face sombre, le reflet inversé de Galova. La cadre lui est tout à fait classique, médiéval et merveilleux, avec de vilains religieux, de puissants sorciers, des nobles arrogants et des héros ballottés en tous sens par une destinée cruelle. Dans le présent volume, nous suivons plus particulièrement les aventures croisées de Feïn le berger et Thazi la petite pêcheuse de Fleijo appelés à renverser le pouvoir des Manes et des Raconteurs.

N’ayant lu que le présent opus je me garderai bien de juger le projet dans son ensemble. Je peux en revanche vous assurer que ce « Succubes » ne restera pas dans les annales du genre. Jean-Marc Ligny y déploie un style grandiloquent, fait d’envolées lyriques et de tournures alambiquées qui mettent beaucoup trop de distance entre l’action et sa narration, entre le lecteur et les personnages. Ses dialogues, ses scènes de combat et même ses scènes de cul manquent de consistance. On ne s’attache à aucun des protagonistes de l’histoire et j’ai eu souvent l’impression de lire un récit de la table ronde ou bien ces contes et légendes avec leurs héros mythiques mais désincarnés.

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L’auteur eut gagné à prendre son temps afin de donner au récit plus de matière et de concret que d’effets de manche même si je reconnais que son écriture est solide et parfois même fort poétique. Ses héros sont trop vite jetés dans le vaste monde, au cœur d’une lutte qui les dépasse et dont ils ne comprennent pas les enjeux. Leurs caractères sont trop peu dessinés et les relations entre les uns et les autres ont quelque chose d’artificiel.

L’autre défaut de ce roman est de nous laisser trop longtemps dans le flou le plus complet concernant les dessous de l’intrigue. On a beaucoup de mal à relier ensemble les différents fils de l’histoire et à comprendre la nature des forces en présence, ce que Feïn et Thiza doivent accomplir et pourquoi. L’auteur nous fournira bien toutes les réponses mais il le fera in extremis et d’un bloc, juste avant la fin. Voilà qui manque de finesse et gâche un peu le plaisir de la découverte !

Fleuve Noir Anticipation - 1990

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FLEUVE NOIR
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ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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