Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
31 janvier 2014

CLAUDINE A L'ECOLE - COLETTE & WILLY

claudi11

Au début du XXème siècle, une adolescente raconte sa dernière année à l'école communale et, plus généralement, son quotidien dans une commune rurale.

"Je m'appelle Claudine, j'habite Montigny ; j'y suis née en 1884 ; probablement je n'y mourrais pas". Ainsi commence le journal de Claudine, gamine de 16 ans aussi dégourdie que délurée. Une gosse de riche élevée à la campagne en compagnie de filles de paysans et d'ouvriers dont le seul rêve est d'intégrer l'école normale afin de devenir institutrices. Profitant de la liberté que lui laisse un père qui a tout du professeur Tournesol, elle mène sa vie comme elle l'entend, vagabonde dans les forêts, court les rues et règne sur ses petites camarades.

Son récit nous plonge dans le quotidien d'une école publique de province. On découvre son organisation, les matières étudiées dont certaines font aujourd'hui sourire (la couture...), les corvées de bois ou de lessivage. On se balade dans ses classes à odeur de craie ou dans les dortoirs des internes. On prépare dans une atmosphère de fête l'inauguration des nouveaux bâtiments et l'on assiste au concours d'entrée à l'école normale, véritable decathlon intellectuel que peu de bacheliers d'aujourd'hui réussiraient.

Tous ces lieux sont bien sûr peuplés de personnages hauts en couleur : Mlle Sergent et la belle Aimée, les deux institutrices disciples de Sapho, le docteur Dutertre député local à la main baladeuse, Antonin Rabastens l'assistant Marseillais à l'accent si savoureux. Et bien sûr, toutes les copines de classe. La grande Anaïs, Marie Belhomme et la jolie Luce.

On a l'impression bien agréable de s'immerger dans des temps et des lieux où tout paraît plus simple et plus sain. Peut-être aussi est-ce l'état d'esprit de Claudine qui déteint sur nous, son humour, sa franchise, une certaine forme d'innocence. C'est frais, c'est désarmant, c'est revigorant. Colette c'est bon, lisez-en.

Livre de Poche

Publicité
23 janvier 2014

HIER, LES OISEAUX - KATE WILHELM

img

Pollution, changements climatiques, pénurie des ressources alimentaires : la fin du monde est proche. Ou plutôt, la fin de l’humanité. Une extinction à laquelle la famille Summer ne se résout pas. Elle a de l’argent, des terres, des moyens quasi illimités et compte parmi ses membres des scientifiques de premier ordre. Son objectif : sauver l’espèce humaine. Elle y parviendra mais le résultat sera-t-il à la hauteur de ses espérances ? 

Le roman de Kate Wilhelm se partage en trois époques bien distinctes.

La première suit le parcours de David Summer et de quelques autres membres de sa famille dans leur lutte pour préserver un îlot d’espoir pour l’espèce humaine. Nous les voyons organiser leur survie tandis que la société s’écroule, construire un hôpital et aménager un laboratoire à l’intérieur d’une grotte. Là, ils espèrent cloner les rares survivants, devenus stériles, afin de donner à l’homme la possibilité d’un nouveau départ.

La seconde débute plusieurs générations plus tard alors qu’une nouvelle société basée sur le clonage a vu le jour. Les individus sont créés par familles entières en fonction de leurs aptitudes et des besoins de la communauté. Une jeune femme, Molly, refuse cette vie sans  relief et cherche à vivre sa différence.

La dernière partie met en scène Marc, le fils naturel de Molly, et sa révolte contre cette nouvelle humanité qui commence à montrer ses limites.

Kate Wilhelm a une bien jolie plume. Elle nous conte avec beaucoup de délicatesse ce que pourrait être notre futur si nous n’y prenons garde. Elle nous propose aussi des éléments de réflexion sur le devenir de l’homme, sur les bienfaits de la diversité et aborde fort justement certains des risques liés au clonage.

Son roman est aussi un très bel hymne à la beauté d'une nature redevenue sauvage et épanoui car libérée des contraintes que l’homme faisait peser sur elle.

Denoël - Présence du Futur - 1977

 

18 janvier 2014

LES PORTES SANS RETOUR - GILLES THOMAS

img

Gyall Dara est pilote d'astronef et gagne sa vie en transportant du fret sur les planètes des confins. Sur Allègre, il rencontre Missie Oléone, fille d'un potentat local qui lui propose un engagement un peu particulier. Il s'agit de partir à la recherche de son frère jumeau, Axin, disparu après avoir emprunté l’une des « portes sans retour ». Risquant la prison sur Allègre à la suite d'une rixe, Gyall est contraint d’accepter son offre et c'est ensemble qu'ils tenteront d'élucider le mystère des dangereuses et énigmatiques portes.  

Gilles Thomas nous offre une fois encore un roman de SF qui se lit d’une traite grâce à une plume alerte et un indéniable sens de l'action. Pourtant, le thème du bouquin est fort simple, simpliste même. Il se résume à une succession de saynètes ayant pour cadre des univers aussi différents que dangereux et constituant pour nos héros autant d'épreuves dont il faut triompher.

Les personnages seront ainsi confrontés à un souterrain truffé de pièges, un Paris futuriste subissant un gouvernement fasciste, une société primitive adorant un dieu avide de sacrifices, des pirates de l’espace et joueront même un temps le rôle de curiosité zoologique.

La chute du livre n'est pas non plus franchement extraordinaire mais a le mérite de proposer une explication aux interrogations des héros (ainsi qu'aux nôtres !) ce qui n'est pas toujours le cas des livres du genre qui privilégient l'action plutôt que l'intrigue, la castagne plutôt que les solutions.

Bref, un livre qui, s'il n'est pas le meilleur de l'auteur, constitue quand même un bon petit divertissement, un moment de pure détente où l'aventure et l'amitié indéfectible sont au rendez-vous.

Mention spéciale pour la première page du roman que j’ai trouvée fort poétique.

Fleuve Noir Anticipation - 1994

13 janvier 2014

DANS LES PROFONDEURS DU MIROIR - ALAIN VENISSE

imgRégisseur pour le cinéma, Axel Masson doit dégotter un vieux manoir gothique pour tourner les scènes du film d'épouvante sur lequel il travaille. Le château de la famille Wallenstein près de Nancy répondant en tout points à ses attentes, il décide de s'y rendre afin de solliciter une autorisation de tournage. A peine arrivé, un orage incroyablement violent le contraint à devenir l'hôte involontaire du baron Wallenstein et de sa fille Irina. Sitôt la nuit tombée, la jeune femme s'introduit dans sa chambre et se livre en sa compagnie à des jeux érotiques surprenants de la part d'une personne jusque là si réservée. Mais est-ce bien Irina qui lui a rendu visite ? Et si oui, son attitude étrange a-t-elle quelque chose à voir avec les caves du château dont l'entrée est si bien protégée ?

Je l'ai déjà dit ici ou , Alain Vénisse est un bon artisan qui sait proposer de solides romans d'horreurs, pas forcément très originaux mais toujours agréables à lire. Cette fois-ci, c'est dans le roman gothique qu'il verse, piochant sans vergogne dans les canons du genre avec une histoire de malédiction séculaire et d'objet maléfique.

Rien d'étonnant donc à ce qu'on y retrouve la vieille demeure médiévale et ses souterrains, sa salle de torture, ses torchères et ses lits à baldaquin. La filiation est tout aussi flagrante côté personnages puisque le vieux sage et la jolie vierge de service sont bien au rendez-vous tout comme le jeune étranger qui va servir de catalyseur au drame qui se prépare.

Si la première moitié du livre sert indéniablement de mise en train, elle constitue aussi une histoire dans l'histoire. Prologue, meurtre, poursuite du double d'Irina et happy-end, le roman pourrait presque s'arrêter ici. Et puis, alors que l'on croit nos héros hors de danger, l'intrigue rebondit pour un bis repetita encore plus dramatique mais aussi plus moderne. Adieu châteaux et souterrains, bonjour Paris, Montmartre et le cinéma. C'est désormais à la poursuite du double d'Axel que nous assistons. Une partie plus enlevée où meurtres et révélations se succèdent à vive allure.

L'idée d'un double maléfique n'est pas nouvelle mais Alain Vénisse s'en sert avec bonheur. On frémit à l'évocation de cette copie conforme capable de prendre votre place, s'installer dans votre quotidien, côtoyer vos amis, coucher avec votre copine... Mais quand en plus, elle se met à jouer les émules de Jack l'éventreur, çà devient carrément flippant. Comment prendre au piège un individu qui vous connais aussi bien que vous-même, raisonne comme vous et devine vos pensées ? Dans de telles conditions, la course d'Axel après cet autre lui-même devient réellement passionnante.

La fin du roman nous réserve aussi une jolie surprise qui vient ajouter une petite touche d'imprévu non négligeable et permet de conclure de façon plus que satisfaisante ce bon petit bouquin.

Fleuve Noir - Frayeur - 1994

8 janvier 2014

NOIRE EST LA COULEUR - JOHN BRUNNER

imgDe retour à Londres après un long séjour en Espagne Mark Hanwell cherche à renouer avec son ancienne vie. Il se met donc en quête de Louisa, une jeune chanteuse avec laquelle il avait eu une relation éphémère. Ses recherches l'amènent à écumer les pubs où son amie est susceptible de se produire. C'est ainsi qu'il atterrit au Hoopla club, un bar fréquenté par la communauté noire, où il est témoin d'une cérémonie vaudou dont il se moque ouvertement. Un peu plus tard, il retrouve par hasard une Louisa encore plus mal en point que lui, sortant à peine d'une relation destructrice avec un diplomate sud africain sadique et raciste. Déjà bien éprouvés l'un et l'autre, ils vont être confrontés à la vindicte d'Azikikadze, le sorcier dont Mark s'est moqué. Il trouveront heureusement de l'aide auprès de Barrett, un musicien, et Deirdre, une fort jolie sorcière avec lesquels ils découvriront que vaudou et politique ne sont pas incompatibles.

Plutôt étrange ce roman de John Brunner. Plus politique que réellement fantastique. On peut même se demander s'il a bien sa place dans une collection de SF puisqu'à aucun moment l'auteur n'impose un point de vue surnaturel.

Son personnage principal, pourtant victime du sorcier Azikikadze, ne sera jamais totalement convaincu d'avoir été envoûté et continuera de privilégier des explications rationnelles. Une attitude qui semble raisonnable puisque les faits en question sont perçus soit par des personnes originaires de pays où ces pratiques sont coutumières (caraïbes, Afrique), soit par des individus psychologiquement affaiblis. Deirdre elle-même, malgré la réussite apparente de sa magie ne fanfaronne pas et se contente d'exprimer sa foi de façon très simple : « Appelez cela comme vous voulez, je l'appelle de la magie. C'est son véritable nom ».

De fait, même s'il est beaucoup question de magie blanche et de pratiques vaudou, le livre prend surtout des airs de roman d'espionnage. De ce point de vue sa construction est assez réussie et rien ne laisse présager les développements de l'histoire.

Les mésaventures de Mark et Louisa semblent longtemps n'avoir rien de commun puis finissent par se rejoindre pour aboutir à une intrigue politique originale. Il y est question d'apartheid et de luttes souterraines entre ségrégationnistes et militants blacks. Un thème bien rarement évoqué dans les littératures de l'imaginaire et qui trouve ici un traitement intéressant. Ce livre est donc une petite curiosité qui mérite le détour.

Pocket - SF - 1984

Publicité
3 janvier 2014

SI C'EST UN HOMME - PRIMO LEVI

 sans-titreL'histoire de la captivité de l'auteur dans le camp de concentration d'Auschwitz, de sa capture en 1944 à sa libération par les troupes soviétiques.

Le récit de Primo Levi est un témoignage, rien qu'un témoignage. Il n'y aborde que ce qu'il a vécu lui-même, vu de ses yeux et ressenti dans sa chair. Les tortures, les expériences sordides, tous ces actes de barbarie dont ont sait qu'ils se sont déroulés à Auschwitz et ailleurs ne sont donc pas évoqués. Il n'en a pas été témoin, n'a jamais vu de chambre à gaz et ne connaît des fours crématoires que la sinistre fumée qui s'échappait de ses cheminées.

Son propos, c'est le « Lager », le camp, et seulement lui. Il ne se livre à aucune attaque contre le nazisme et se contente de laisser parler des faits qui sont suffisamment éloquents. C'est d'ailleurs ce qui fait toute la force de son récit. Une relation fidèle et minutieuse de l'horreur quotidienne : la fatigue, le froid, la faim, la maladie et toujours la peur de faire partie de la prochaine "selektion" pour les chambres à gaz.

Il insiste plus particulièrement sur le processus de déshumanisation qui est à l'œuvre dans les camps. Elle commence dès la descente du train avec la séparation des familles et l'abandon des effets personnels puis continue avec le tatouage. Les gardiens ne les considèrent plus que comme des animaux, un vaste troupeau qu'on mène au travail ou à l'abattoir. Les prisonniers eux-mêmes finissent par perdre la conscience de leur humanité. Ils deviennent peu à peu imperméables à la misère de leurs compagnons d'infortune et ne sont plus guidés que par l'idée de leur propre survie.

On entend souvent parler dans les médias du devoir de mémoire. C'est exactement  le but que recherchait Primo Levi avec ce livre. Il le résume parfaitement avec cette phrase écrite à propos de la haine nazie: « Si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire, par ce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtres aussi. »

Pocket - 1988

Publicité

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité