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30 octobre 2015

LES GENS DE LA RUE DES RÊVES - MIYAMOTO TERU

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A Osaka, quelques épisodes de la vie des commerçants d'une rue populaire.

Entre roman et recueil de nouvelles « Les gens de la rue des Rêves » est une peinture intelligente et sensible du Japon d'aujourd'hui. Un Japon populaire bien éloigné de l'image un peu lisse de modernité et de tradition que nous renvoient les reportages ou les magazines. Ici ni tours de verre ni temples shintoïstes, pas plus d'ailleurs que d'ingénieurs en costards ou de de lycéennes branchées. Juste de petites gens et une rue, une seule, semblable à des milliers d'autres.


Dans cette rue, on trouve quantité de petits commerces, un restaurant, un bar, un débit de tabac, une boucherie, un horloger, un photographe, un coiffeur... Des boutiques tenues par des individus à la personnalité bien marquée et auxquels la rumeur publique attribue petites manies et vices cachés. Mais Miyamoto Teru ne s'en tient pas à ces on dits. Il nous fait franchir le seuil de ces échoppes pour s'immiscer dans la vie de leur propriétaire. Nous partageons leurs secrets, leurs passions, leurs regrets ou leurs espoirs. Nous les découvrons tels qu'ils sont vraiment, au-delà de leur réputation.


Nous comprenons ainsi pourquoi la patronne du bar couvre son visage d'un maquillage outrancier ou pourquoi le vieux Kikujirô refuse obstinément de vendre son vieil entrepôt désaffecté. Nous rencontrons la vieille Iseki Tomi qui a reporté son amour pour son défunt fils sur les hirondelles qui nichent sous son toit et Ryûichi le fils du boucher qui doit vivre avec ses erreurs de jeunesse. Il y a aussi le photographe homosexuel, l'horloger et son fils cleptomane et tant d'autres encore qui nous dévoilent un peu de leur passé, éclairant d'un jour nouveau leur vie présente ou leur caractère.


La plupart de ces tranches de vie pleines de tendresse et d'humour nous sont racontées par un apprenti poète qui loge au-dessus de l'un des magasins. Satomi Haruta est le spectateur privilégié, parfois même l'acteur, des joies et des peines de ses voisins. Un jeune homme un peu naïf, la bonne poire à qui les gens se confient et demandent d'accomplir les démarches embarrassantes. La timidité et l'indécision de ce personnage seront aussi cause de quelques scènes amusantes qui le verrons notamment passer à côté de l'amour ou d'un héritage inattendu.


"Les gens de la rue des Rêves" est donc un livre plein de fraîcheur qui vous donne envie d'aller vers les autres pour apprendre à les connaître au lieu de se contenter de jugements à l'emporte-pièce.

 Philippe Picquier - 2011

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25 octobre 2015

HROLF KRAKI - POUL ANDERSON

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Réécriture de la saga médiévale éponyme narrant les exploits de quelques rois Danois du haut moyen-âge.

« Hrolf Kraki », est le roman idéal pour qui veut découvrir les sagas scandinaves sans avoir à se frotter à l'aridité de ces textes médiévaux. Poul Anderson les a dépoussiérés juste ce qu'il fallait pour les rendre lisibles sans pour autant les dénaturer. Son récit a donc conservé pour une bonne part la forme de ces longs poèmes en prose que les scaldes composaient pour chanter la gloire des rois vikings. Cela nous donne un curieux mélange de faits historiques et de légendes nordiques, à la fois travail d’historien et œuvre de conteur.


On y apprend donc beaucoup sur le Danemark du haut moyen-âge et sur ses souverains qui ne sont encore guère plus que des roitelets, tantôt fermiers et tantôt chefs de guerre. On découvre leur mode de vie mêlant agriculture et artisanat, commerce et rapine et on observe leurs rapports tumultueux avec les peuples voisins, suédois, saxons et autres vikings.


Mais le roman de Poul Anderson a le plus souvent des allures de conte de fées. Il y est question d’oncles malveillants qui usurpent le trône de leurs neveux, de sorcières et de malédictions. Il y a aussi des épées magiques et des créatures maléfiques, bref tout l’arsenal de la magie et du merveilleux est au rendez-vous.


J'ai d’ailleurs été surpris de la grande ressemblance qui existe entre l'épopée de ce roi danois et la légende arthurienne. Les points communs entre la vie romancée de ces deux monarques sont en effet nombreux. On y trouve à chaque fois un roi sage et respecté entouré de champions, une naissance dans des circonstances particulières, la trahison d’une sœur et jusqu'à leur mort à l’issu d’un combat épique.


Pour être tout à fait honnête j'avouerai que je me suis tout de même bien ennuyé. Passe encore la première partie, riche d’intrigues et de rebondissements. Helgi, le papa de Hrolf, est en effet un personnage haut en couleur, pas forcément sympathique mais doté d’un gros tempérament. Sa difficile conquête du trône, ses démêlées avec ses vassaux et ses aventures galantes font de sa vie un combat continuel très agréable à suivre.

Les pages consacrées à la vie de Hrof Kraki sont en revanche beaucoup moins passionnantes. Le célèbre roi ne mouille d’ailleurs guère le maillot, laissant à  ses champions le soin de tuer le troll ou le dragon. Les exploits des uns et des autres se succèdent donc, presque toujours selon le même scénario, et cette redondance finit par devenir lassante.

Garancière - Aventures fantastiques - 1985

20 octobre 2015

SUEUR AUX TRIPES - LEO MALET

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Lorsqu'il fait la rencontre de Jeanne, Paulot a du mal à croire à sa chance. Une fille comme ça, pour lui, un escroc minable qui foire tout ce qu'il entreprend et pétochard comme pas un... pas possible. Et pourtant, la jolie môme semble avoir le béguin au point de vouloir se mettre en ménage. Mais pour ça, il faut du pognon. Et c'est là que les choses se gâtent. Braquage, meurtre, flics aux fesses, Paulot se retrouve bientôt dans une situation impossible... 

« Sueur aux tripes » est la troisième pépite extraite de cette excellente trilogie noire qui, mieux que les "Nouveaux mystère de Paris", dévoile toute l'étendue du talent de Léo Malet.

En compagnie de Paulot le Foireux, nous repartons pour une nouvelle plongée dans le populo crasseux, celui des macs et des demi-sels, des mères maquerelles et des malfrats. Nous faisons le tour des guinguettes miteuses d'un Paris qui a encore, çà et là, des airs de campagne. Nous pénétrons dans les bordels les plus sordides où des prostituées en fin de carrière enquillent les clients les moins regardants, dans les hôtels garnis où l'électricité vous est comptée, dans les foyers insalubres où s'entassent les sans-abris. 

Toux ceux que l'on croise, du tenancier de bar alcoolo et voyeur au proxénète indicateur de police, sont pourris jusqu'au trognon et pas un ne viendra en aide au pauvre Paulot au cours de sa cavale. Les femmes valent à peine mieux et le seul secours qu'il recevra sera celui d'une bourgeoise un peu frappée qui voit en lui le bandit héroïque et non pas l'homme aux abois qui a désespérément besoin d'aide et de compréhension. 

Pourtant, tout n'avait pas si mal commencé. Le premier tiers du roman était même presque fleur bleue. Une histoire d'amour éclose sur un tas de fumier entre une entraineuse et un escroc de bas étage. Mais les choses changent bien vite et la vraie nature des amants se révèle. D'un côté une femme manipulatrice, de l'autre un pauvre type souffrant d'une grande mésestime de soi et qui finit par ne plus croire à l'amour ou en l'amitié.

Bien sûr, tout cela finira mal. Mais que les braves gens continuent à dormir sur leurs deux oreilles, Dame Justice étouffera bien vite ce nouveau cri de rage contre une société qui laisse sur le bord de la route ceux qui n'ont ni la force, ni le courage de lutter.

Pocket - 2010

15 octobre 2015

RITE DE PASSAGE - ALEXEI PANSHIN

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Voilà presque deux siècle que la Terre, et avec elle le système solaire, a explosé. Seules quelques centaines de milliers d’hommes et de femmes ont pu quitter à temps le berceau de l’humanité à bord de gigantesques nefs spatiales. Depuis, plusieurs dizaines de planètes ont  été colonisées au prix, bien souvent, d’une régression technologique assez considérable. Une « aristocratie de la science » a toutefois survécu, composée de celles et ceux que le travail de la terre rebutait. Ils continuent de voyager dans les étoiles, n’entretenant que de vagues contacts avec les colonies humaines. Une vie consacrée à la recherche et l’épanouissement personnel mais réservée à ceux qui surmonte « l’épreuve » : survivre, seul, pendant trente jours sur l’un des mondes colonisés. Facile ? Peut-être. Sauf quand on a quatorze ans et que vos cousins humains ne vous portent pas précisément dans leur cœur…

Ce roman d'Alexeï Panshin est pour moi le prototype du bon space-opera à savoir un récit captivant et intelligent qui mêle à justes doses l'action à la réflexion sans oublier bien sûr des personnages profonds et attachants. Le procédé narratif est également intéressant  puisque c’est par les yeux d’une enfant de douze ans que nous faisons la découverte de ce gigantesque vaisseau où s'est réfugié ce qui restait de l'humanité avant qu'elle ne parvienne à essaimer sur de nouvelles planètes.

Nous faisons donc connaissance avec Mia, une jeune fille qui a des préoccupations de son âge, s'inquiète de perdre ses amis à cause de son déménagement et entretient des relations difficiles avec un père trop occupé et une mère absente. Nous la suivons dans ses occupations quotidiennes, ses cours, les parties de football, les expéditions dans le système d’aération du vaisseau... Le ton est gai, léger, presque insouciant.


Pourtant, le propos d'Alexeï Panshin est beaucoup plus sérieux qu'il n'y parait au premier abord. Si l'on considère en effet le récit de Mia, non par les yeux de l'enfant qui ne comprend pas encore toutes les implications de ce qu'elle voit, mais avec ceux d'un adulte réfléchi, on s'aperçoit que son monde n'a finalement rien d'idyllique. On découvre que si Mia et ses amis sont enfants uniques, c'est que le vaisseau pratique un contrôle des naissances rigoureux  ; que si leurs parents vivent rarement ensemble et n'élèvent pas leur progéniture c'est qu'ils n'ont pas forcément choisi leur partenaire ni même d'avoir des enfants mais se sont soumis aux suggestions de l'eugéniste ; que si le sixième niveau est totalement désaffecté c'est que la population du vaisseau est réduite à trente mille âmes alors qu’elle en a compté trente fois plus.


On comprend alors que la politique à l’œuvre dans le vaisseau est élitiste, égoïste et liberticide. Les voyageurs de l'espace ne sont pas de gentils esthètes occupés à de nobles tâches scientifiques ou artistiques. Ils ont aussi des comportements beaucoup moins louables. Ils marchandent leurs connaissances auprès des colons dispersés à travers l'univers et n'hésitent pas à condamner à  un exil synonyme de mort presque certaine ceux qui ne respectent pas leurs lois. Enfin, ils imposent à leurs enfants une dangereuse épreuve que plus rien ne justifie et dont beaucoup ne reviennent pas.


La société dans laquelle vit Mia est une société sclérosée, repliée sur elle-même et qui se meurt sans en avoir encore conscience. Mia elle, finira par s'en rendre compte. Ses lectures, ses échanges avec son professeur et ses amis mais surtout l'expérience vécue à l'occasion de son "rite de passage" à l'âge adulte, changeront sa façon de voir les choses. Elle comprendra la responsabilité qu'il lui faut assumer, celle du puissant envers le faible, du scientifique envers l’ignorant.

Opta - Galaxie Bis - 1973

10 octobre 2015

CEUX D'EN BAS - MARIANO AZUELA

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Pendant la révolution mexicaine contre la dictature de Porfirio Diaz puis du général Huerta, les aventures picaresques d'un groupe de paysans révoltés.

A l'instar de l’un des personnages de son roman, c’est en tant que médecin que Mariano Azuela a vécu la révolution mexicaine. Peut-être même avait-il lors de son engagement  aux côté des révolutionnaires, la même vision romantique de la guerre civile avec les gentils peons d'un côté et les vilains propriétaires terriens de l'autre. Mais si tel était le cas, il n'a pas tardé à réviser son jugement si l'on en croit la manière dont il nous présente ses anciens camarades de combat.


"Ceux d'en bas" nous montre en effet des combattants qui n'ont rien de Robin des Bois. Les personnages de Mariano Azuela luttent certes contre les fédéraux du général Huerta mais se conduisent aussi en véritables soudards. Ils pillent, volent et violent à qui mieux mieux et s'en prennent aussi bien aux riches caciques qu'aux pauvres paysans. Ils passent leur temps à boire et festoyer et l'on ne sent plus guère d'idéal dans leurs motivations. Ils ne savent d'ailleurs plus très bien pourquoi ils se battent. La révolution est devenue une fin en soi. Ils n'en espèrent plus rien si ce n'est quelques galons d'opérette et de vagues promesses de richesse.


Le point fort de ce roman est donc de nous présenter ces évènements sous un jour réaliste loin de la légende qui entoure les faits d'armes d'un Emiliano Zapata ou d'un Pancho Villa. Cela ne nous empêche pas pour autant d'éprouver de la sympathie à l'égard de ses pauvres hères qui n'ont pas choisi de prendre les armes. Ils y ont été contraint par les exactions et l'oppression subie jour après jour, par la misère sans cesse recommencée. Leur révolte est sanglante mais sans doute aussi légitime. C’est  l’ultime manifestation de leur désespoir.

Malgré ce sujet relativement sombre "Ceux d’en bas"  n'a rien de triste, bien au contraire. C'est presque toujours dans la bonne humeur que Demetrio Macias et les membres de sa troupe, Pancracio, La Caille, la Poudrée ou La Grosse se rencontrent, se battent, s'aiment, vivent. Le roman aurait d'ailleurs pu prendre la forme d'une pièce de théâtre. Les scènes comiques abondent et les dialogues sont omniprésents. Les propos échangés ont le plus souvent la saveur de l’argot populaire même si quelques envolées lyriques surgissent çà et là : « Et il croit avoir découvert un symbole de la Révolution dans ces nuages de fumée et de poussière qui fraternellement s’élèvent, s’embrassent, se confondent et se dissipent dans le néant ».

Les éditions de l'Herne ont donc eu une très bonne idée en rééditant ce texte vieux d’un siècle et qui plus est dans un format poche très agréable avec sa couverture à rabats, son papier de qualité, ses jolies illustrations et le choix d'une encre bleue du plus bel effet.

Editions de L'Herne - 2009

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5 octobre 2015

BESTIALITE - JEAN ROLLIN

fn-frayeur28-1995

Pourquoi Robert de la Fresnaye, ancien consul de France en Inde, est-il retourné vivre dans la vieille demeure familiale, conviant près de lui sa fille qu'il n'a pas vue depuis près de vingt ans ? Quelle étrange créature dissimule-t-il dans les combles du château ? Et que sait Miarka, la vieille bohémienne qui fut un temps sa maîtresse ? De bien lourds secrets pèsent sur les uns et les autres qui trouveront leur aboutissement dans un déchaînement de bestialité.

Après avoir lu les cinq volets consacrés aux aventures de ses orphelines vampires, j'étais curieux de voir ce que Jean Rollin était capable de faire sur un sujet différent. Je dois dire que j'ai été agréablement surpris même si son histoire ne brille pas par son originalité, que ce soit au niveau du thème (la lycanthropie), de l'intrigue (la malédiction familiale) ou du décor (vieux château et forêt solognote). Elle m'a cependant parut plus homogène et plus cohérente qu'à l'accoutumée.

Il évite notamment de partir dans tous les sens et de faire intervenir un trop grand nombre de personnages. Cette fois, son récit est centré sur une famille et sur les relations extrêmement tendues qu'entretiennent ses membres. Car ce qui se joue au château de la Fresnaye, c'est la rébellion de deux filles contre leur père, c'est l'acceptation de leur différence (Sita est rejetée autant pour sa lycanthropie que pour ses origines indiennes) et c'est le châtiment mérité des mauvaises actions passées.

Mais l'affrontement n'est pas que psychologique. Loup-garou oblige, nous avons droit à de nombreuses scènes d'égorgement et autres mises à mort bien sanglantes. Les pelles décapitent les pleureuses dans les cimetières, les fusils fauchent les louves assoiffées de sang tandis que les gitans font parler couteaux et crochets avant d'être victime de la vindicte populaire. Bref, rien de très neuf, mais plutôt bien traité.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

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FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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