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30 juin 2016

LA CHASSE ROYALE - PIERRE MOINOT

51T6G38F4HLHenri Guifred a convié son ami Philippe Lussac à venir chasser sur ses terres situées au cœur de la forêt vosgienne. A leur arrivée dans le Herrenberg, le garde-chasse les informe que des braconniers sont à l'œuvre dans la région et sollicite leur aide pour mettre fin à leurs activités nuisibles. Les trois hommes se lancent alors dans une fouille systématique du massif et enchaînent les séances d'affût. Mais c'est un tout autre gibier que Philippe va débusquer en la personne d'Hélène Servance, jeune et sauvage héritière de hobereaux locaux. 

Je ne suis pas adhérent à Greenpeace. Je ne suis pas non plus un militant de la cause animale. Je ne suis même pas végétarien. Pourtant s'il est une chose qui me hérisse le poil, c'est bien la chasse. Je n'arrive pas à comprendre comment des individus a priori sains d'esprit peuvent trouver du plaisir à abattre des animaux.

Lorsqu'ils évoquent leur passion, les chasseurs vous répondent que la chasse ne se résume pas à cela. Ils vous disent qu'il s'agit avant tout de partage entre amis et de respect des traditions. Ils vous parlent de leur amour de la nature, du plaisir qu'ils éprouvent à s'y promener et à observer les animaux dans leur milieu naturel. Mais alors, est-il vraiment nécessaire de les tuer ? Qu'est-ce donc qui, dans leur esprit, transforme soudain l'animal en gibier ?

J'ai trouvé dans ce roman de Pierre Moinot une petite phrase qui, me semble-t-il, donne un élément d'éclaircissement sur la motivation réelle du chasseur. Cette phrase, la voici : « Mais je ne tire pas non plus sur tout le gibier que je vois. Je passe des heures à le surprendre, pour le regarder, parce que je l'aime. Je l'aime, comprenez-vous ? Alors, parfois, je ne peux pas supporter de le voir m'échapper et je tire. ». Cet acte violent que rien ne justifie, ni le danger, ni la faim, est effectivement une manifestation d'égoïsme. Le chasseur ne se contente pas d'observer l'animal, il lui faut aussi le posséder. En ce sens la chasse est symptomatique de notre attitude vis à vis de notre environnement. Nous voulons à toute force nous l'approprier, le soumettre à nos besoins et à nos désirs, ne pensant qu'à nous-même et rarement aux autres espèces avec lesquelles nous le partageons.

Un petit mot tout de même de ce roman qui fut cause de cette longue digression. "La chasse royale" date de 1953 et cela se sent dans le romanesque de son intrigue. Je lui ai d'ailleurs trouvé une certaine ressemblance avec les œuvres de Pierre Benoit, notamment parce qu'on y trouve une héroïne au caractère bien trempé ainsi que des personnages marqués par le destin et prisonniers de leur famille, de leur milieu, de leur passé. L'histoire teintée d'un soupçon de violence est finalement assez secondaire. Elle passe en tout cas après la magnifique évocation de la forêt vosgienne qui vous donne envie d'enfiler vos chaussures de rando pour aller baguenauder par les bois et les prairies. Le livre me paraît enfin assez sérieux en matière de cynégétique mais je manque bien évidemment de connaissance en la matière pour l'affirmer.

Voilà, vous l'aurez compris, je n'aime pas la chasse même royale. Mais tout le monde ne partage pas mon sentiment. La preuve : la France compte un million de chasseurs. C'est beaucoup comparé à la vingtaine d'ours qui tentent de survivre dans les Pyrénées...

Gallimard - Folio - 1981

 

 

 

 

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25 juin 2016

LA HORDE DU CONTREVENT - ALAIN DAMASIO

foliosf271-2015Dans un monde livré à la férocité de rafales et de bourrasques aussi puissantes que meurtrières, un groupe d’hommes et de femmes avance pied à pied afin de gagner l’Extrême-Amont et découvrir la source du vent. Une quête longue et dangereuse où se sont déjà perdues trente-trois hordes pareilles à la leur… 

Enfin un bouquin de Fantasy foncièrement original qui ne soit pas une resucée de Tolkien ou de Howard. Une originalité qui ne réside pas dans des détails tels que sa pagination inversée ou dans les symboles qui précèdent chaque prise de parole de l’un des personnages de ce roman choral ; une coquetterie qui aurait même plutôt tendance à nous embrouiller si l’éditeur n’avait pas eu la bonne idée de nous fournir un marque page récapitulatif. Non, la singularité de ce roman et l’audace de l’auteur résident dans son univers construit sur un concept unique : le vent. Histoire, religion, métiers, technologies, langage, philosophie, tout s’articule autour de cet élément intangible et pourtant si puissant.

Du début à la fin du roman c’est lui qui donne le La. Il sculpte les décors, détermine l’ambiance, influence l'économie, les déplacements, les combats... Alain Damasio a réussi la performance de nous rendre ce vent palpable, présent dans chaque aspect de la vie, titillant chacun de nos sens. Pour ce faire il a fait preuve d’un travail remarquable sur le langage avec quantité de trouvailles linguistiques évoquant son mouvement et sa fluidité, son rythme ou son imprévisibilité. Ce n’est pas un simple exercice de style mais une vraie réflexion sur la manière de faire passer des sensations.

Mais il n’y a pas que la forme qui soit intéressante. Le fonds l’est tout autant avec en premier lieu cette horde composée d’hommes et de femmes formés depuis l’enfance à une unique tâche et contraint de vivre ensemble leur vie entière. Les relations entre ces personnages aux caractères bien marqués occupent en conséquence une bonne part du roman. Il y a de la matière puisque l’auteur a convoqué un peu de tout, un guerrier, des chasseurs, une guérisseuse et même un troubadour. Tout ce petit monde s’aime et s’engueule, se jalouse et s’estime. La cohabitation est parfois difficile mais l'entraide est toujours là. Ce roman est d'ailleurs pour beaucoup une histoire d'amitié et de partage, de confiance en l'autre et de dépassement de soi.

Il lui manque peut-être un peu, non pas d’action, mais de surprises et de rebondissements pour animer une intrigue par trop linéaire. La lutte constante de la horde contre toutes les manifestations du vent est certes dantesque mais d’autres aspects de sa quête auraient mérités d’être approfondis. Je pense notamment à quelques pistes ou allusions dont on attend en vain qu’elles s’étoffent. Ainsi en est-il de cette "Poursuite" qui cherche à empêcher les hordes successives de mener à bien leur mission ou de la rivalité avec les "Obliques"  qui utilisent d’immenses chars à voile pour se déplacer.

J’aurais également préféré que l’auteur rabatte une ou deux centaines de pages à son roman. Certes, le Damasio maintient de bout en bout un haut niveau d’exigence littéraire mais certains passages sont affreusement longs et d’autres absolument inutiles. La fin surtout m’a paru fastidieuse avec ses trop nombreuses digressions sur la nature des chrones et sur les sentiments des hordiers confrontés à la disparition de leurs compagnons et à la certitude de leur mort prochaine. C'est certes l'occasion de bien jolies réflexions sur la vie, la mort et ce qui reste de nous après le grand saut mais à ce stade du roman, c’est-à-dire avec déjà 600 pages dans les mirettes et plus guère de patience à gaspiller, elles m'ont profondément ennuyé.  Dans ces conditions j’ai éprouvé autant de difficulté que la horde à venir à bout des pentes de Norska et je n’étais sans doute plus en état d’apprécier la chute à sa juste mesure. Une fin qui n’est peut-être pas tout à fait à la hauteur de mes attentes mais qui possède malgré tout un je-ne-sais-quoi de grandiose… et de dérisoire. Comme la vie.

Gallimard - Folio - 2015

20 juin 2016

MORT AUX CONS - CARL ADERHOLD

9782253124870-T

S'étant rendu compte qu'un petit nombre d'individus empêchent la majorité de vivre sereinement, un homme entreprend de se débarrasser de tous les gêneurs qu'il rencontre. Ce faisant, il développe une théorie de la connerie.


De temps à autre, je pioche dans les rayonnages de ma bibliothèque municipale un roman humoristique, histoire de passer quelques heures tranquilles sans trop m'épuiser les neurones. Avec « Mort aux cons », j'ai tout de suite su que j'avais mis la main sur le livre parfait. Rien que le titre semblait une invitation à la déconnade et cette histoire de tueur de cons promettait quelques délicieux moments de plaisir sadique et régressif. Et je n'ai pas été déçu car Carl Aderhold m'a fourni exactement ce que je cherchais, et même un peu plus.


Si son bouquin fonctionne si bien c'est que l'on se retrouve un peu dans son personnage. Qui n'a jamais été confronté à l'un de ses individus insupportables qui vous bouffe l'existence ? Qui n'a jamais eu envie d'utiliser la manière forte face à un voisin tapageur ou une personne grossière ? Avec lui, le rêve devient réalité. Il punit à notre place les malappris de tout poil et l'on peut apprécier sans mauvaise conscience le juste châtiment de tous ces emmerdeurs. On le fait d'autant plus volontiers que la mortelle croisade de ce drôle de héros n'est jamais crédible. Carl Aderhold reste toujours dans la grosse farce évitant ainsi de donner au récit un côté par trop dérangeant. J'ai donc suivi avec beaucoup d'amusement les aventures de ce héros peu ordinaire qui commence par supprimer les nuisibles de son entourage avant de se lancer dans une véritable croisade contre la connerie.


Mais qu'est-ce qu'un con ? La question est plus compliquée qu'il n'y paraît. La connerie n'a rien à voir avec la bêtise. On peut être intelligent et con ; l'un n'exclue pas l'autre. C'est ailleurs un des postulats de base du personnage : les cons sont partout, dans toutes les professions et toutes les classes sociales. Alors comment faire pour les reconnaître ? Il y a bien sûr les cons évidents, le raciste, le chauffard, le chasseur. Mais la liste est loin d'être exhaustive. Il faut donc déterminer ce qui caractérise le con, tenter une définition.


Pour cela, il se lance dans une véritable nomenclature de la connerie, traquant ses multiples manifestations. Il croit d'abord l'avoir débusquée sous la forme de l'abus de pouvoir, de la domination réelle ou psychologique exercée sur les faibles. Puis il penche pour une tendance à la victimisation : le con n'est jamais responsable, c'est toujours la faute d'autrui ou de la société. Il se déterminera finalement en faveur de l'absence d'humanité et de valeur morale. Par égoïsme, indifférence, intérêt ou mépris, le con est celui qui opprime ses semblables.


Mais qu'on se rassure, le roman ne tourne pas au traité philosophique. Les réflexions de son personnage, pour pertinentes qu'elles soient (sur l'entreprise, la religion et la société en général) ne nuisent pas au bon déroulement de l'histoire. Il continue d'éradiquer les gêneurs, faisant preuve d'une imagination sans limite pour les faire disparaître. Des assassinats exécutés avec beaucoup d'humour et d'à-propos et souvent accompagnés de commentaires non moins amusants. Ainsi de sa DRH qui, pour avoir mis fin aux heures supplémentaires verra ses jours supplémentaires supprimés. Mais il y a bien d'autres scènes fort drôles tel ce tournage d'un film X au cours duquel toute l'équipe, scénariste, techniciens et acteurs discutent amour platonique.


"Mort aux cons" est donc un excellent divertissement, truffé de bons mots et délicieusement immoral. C'est aussi une très fine observation de la nature humaine et, si son héros est un misanthrope de la pire espèce, je pense qu'il en va tout autrement de l'auteur. Pour peindre les gens avec autant de précision, cons ou pas, Carl Aderhold  a du longuement les observer, quasi amoureusement.

Hachette - Le Livre de Poche - 2009

15 juin 2016

IL FAUDRA BIEN SE RESOUDRE A MOURIR SEUL - JEAN-PIERRE ANDREVON

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Ainsi que l’indique la quatrième de couverture, la thématique commune aux huit nouvelles qui composent ce recueil est la solitude. Mais pas n’importe laquelle. C’est de la solitude du dernier homme ou de la dernière femme que nous parle Jean-Pierre Andrevon. Ce sont les derniers jours de l’espèce humaine qu’il évoque ou, à tout le moins, la fin de sa présence sur Terre. Celle-ci ne s’en trouve d’ailleurs pas plus mal. Le berceau de l’humanité peut très bien se passer de ses enfants turbulents et si peu reconnaissants. Les animaux sont prêts à prendre la relève, à moins que l’avenir ne soit aux machines, ordinateurs ou robots.

Huit textes divisés en quatre catégories : Les femmes, Les machines, Les enfants, Les animaux, chacun illustrant une facette du suicide généralisé auquel se livre l’homme avec ses guerres incessantes, ses pollutions ou, plus généralement, son mépris pour son milieu naturel.

C’est « Durer, c’est s’économiser » qui ouvre le bal. Une nouvelle amusante et sinistre à la fois, avec un personnage absolument détestable, égoïste, raciste et misogyne. Un récit habilement construit qui dévoile progressivement l’étendue de ses turpitudes.

« Haute solitude » m’a beaucoup moins emballé même si elle confirme l’idée que je me fais d’une humanité tellement égoïste qu’elle n’hésitera pas à laisser la Terre face à ses problèmes sitôt qu’elle aura trouvé une planète de remplacement.

Comme son titre le laisse deviner « Un nouveau livre de la jungle des villes » est un hommage au célèbre roman de Rudyard Kipling. Bagheera et Baloo ont laissé leur place à Kasawaki 530 et IBM 2060 mais l’histoire est bien celle d’un enfant qui découvre sa vie d’homme en compagnie d’une autre espèce que la sienne. La chute est en revanche radicalement différente…

« Les enfants ont toujours raison » est la seule nouvelle fantastique du recueil. Si comme l’a dit Sartre « L’enfer c’est les autres », Jean-Pierre Andrevon nous démontre que sans les autres, c’est aussi l’enfer.

« La tigresse de Malaisie » est sans doute la nouvelle la plus triste du roman, la plus classique aussi. Une jolie balade post-apocalyptique dans la moitié sud de la France, émaillée de rencontres amusantes ou dramatiques. Si la mort n’est pas absente de l’histoire, celle-ci est en revanche exempte de violence. Les hommes et femmes ne sont plus assez nombreux pour s’exterminer. L’entraide a pris le pas sur la convoitise mais elle arrive un peu tard pour laisser encore une chance à l’humanité. Dans cette France désertée, une femme essaie désespérément de trouver un homme qui puisse la féconder.

Au désespoir de cette femme en manque d’enfant répond celui du héros de « Alpha » qui, au terme d’un long voyage dans l’espace, découvre la vie de tristesse et de frustration qui l’attend. Une nouvelle qui baigne dans une atmosphère onirique jusqu’à ce que le personnage se réveille et se prenne (et nous avec) la réalité en pleine gueule.

« La nuit des bêtes » et « Le temps de la nuée grise » sont deux nouvelles qui, peut-être, préfigurent ce roman majeur de l’auteur qu’est « Le monde enfin » On y trouve notamment quelques jolies visions d’un Paris réinvestit par la faune sauvage.

Denoël - Présence du Futur - 1983

10 juin 2016

A TRAVERS LA SIBERIE ORIENTALE - IVAN GONTCHAROV

Couverture_Gontacharov_Sibérie

Me fiant au titre de ce petit recueil, je pensai être parti pour un récit de voyage qui allait me faire découvrir la Sibérie du XIXème siècle, son froid légendaire et les peuples qui y vivent. Je me suis hélas bien trompé car, si Gontcharov a bel et bien trouvé la matière de la nouvelle-titre dans ses souvenirs de voyage, son texte n’a pas grand-chose à voir avec cet exercice littéraire.

Nous sommes plutôt en présence d’une sorte de journal, de compte rendu un peu brut de ses rencontres avec les membres de la bonne société de Yakoutsk et d’Irkoutsk. Nous faisons connaissance avec le gouverneur, l’archevêque et tout ce que ce coin de Sibérie compte comme notables et aristocrates. C’est une succession de portraits sans grand intérêt et seul celui d’Ivan Ivanovitch Andreïev et de ses quarante vodkas journalières m’a un peu amusé. Mais tout cela reste très mondain et ne sert qu’à prouver que Gontcharov connaissait du beau monde. Bref, un exercice assez vain, une déception. 

L’auteur en a d’ailleurs pleinement conscience puisqu’il conclut son récit sur ces mots : « Ces « Souvenirs de Yakoutsk » ne sont pas grand-chose dira le lecteur. Que faire ? En mon temps, j’ai écrit ce que je pouvais, et qui se trouve dans le livre que j’ai publié. J’écris le reste de mémoire, à travers la brume du passé : il n’est pas étonnant que le résultat soit brumeux… ».   

« Est-il bien ou mal de vivre en ce monde ? » ne m’a pas plus emballé.  Ecrite dans un style extrêmement pompeux, cette « étude philosophico-esthétique » est extrêmement ennuyeuse. L’auteur y fait dans l’envolée lyrique, célèbre les arts et les lettres mais oublie chemin faisant qu’il a un lecteur à satisfaire !  

Finalement, le seul texte qui m’ait un peu intéressé est le premier. « La soupe de poisson » est une petite nouvelle égrillarde qui, l’air de rien, met le doigt sur divers aspect de la société russe : le fossé entre les classes sociales, la très grande religiosité du petit peuple et une certaine liberté de mœurs dans l’aristocratie.  

« A travers la Sibérie orientale » est donc un recueil disparate, plutôt décevant mais sans doute pas très représentatif de l’œuvre de Gontcharov. Il faudra que j’y revienne pour me faire une idée plus précise.

Editions de L'herne - 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2016

LES CHRONIQUES DE VONIA - HUGUES DOURIAUX

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Après un siècle de guerre contre l'empire de Tehlan, Vonia peut enfin croire à l'avènement de la paix. Le roi Illert a épousé Elka la fille de son ancien ennemi et tous deux s’apprêtent à gouverner le puissant royaume. Hélas le souverain sombre dans la folie laissant à sa jeune épouse les rênes du pouvoir. Ses puissants vassaux se sentent alors pousser des ailes et commencent à contester son autorité…  

Avec ses sept volumes et ses presque deux mille pages, « Les chroniques de Vonia » s’annonçaient comme une bonne grosse saga de fantasy pleine de bruit et de fureur. De ce seul point de vue, il me faut avouer ne pas avoir été déçu. Beaucoup de personnages, de villes et de contrées, des duels et des combats en veux-tu en voilà, de la magie blanche ou noire bref, on n’est pas volé question quantité. Pour ce qui est de la qualité en revanche, c’est une autre affaire.

Tout d’abord le roman de Douriaux est beaucoup trop manichéen. Seul le personnage d’Elka, partagée entre sa passion pour Khor Varik et son amour du pouvoir, est véritablement digne d’intérêt. Les autres se contentent de faire (en bien ou en mal) ce que l’on attend d’eux et, à de très rares exceptions près, ne nous surprennent jamais. Et c’est bien dommage car avec des vassaux se retournant contre leur suzerain, un chambellan qui complote contre sa reine, un héritier qui convoite le trône de son père, des barbares et une guerre de religion, il avait matière à nous concocter quelque chose comme un « Game of Thrones » à la française.  

Hélas, malgré un gros travail sur le background (coutumes, lieux, religions, histoire...) et la volonté de n'épargner aucun personnage, l'histoire ne décolle jamais vraiment. L'intrigue demeure convenue et, pire encore, tout semble écrit d'avance puisque les humains ne sont apparemment que les pions d'un jeu conçu par les dieux.

L'autre aspect du roman qui m'a un tantinet gêné est l'activité sexuelle débridée des personnages. Je ne pense pas être particulièrement prude mais en matière de littérature, je n’apprécie le sexe (ou la violence) que s’il est mis au service de l’intrigue. Or, dans la saga de Douriaux, c’est presque le contraire. Le nombre de scène de cul est tel qu’on a l’impression que l’histoire n’a été conçue que pour lui permettre de décrire les ébats amoureux de ses personnages. Le monsieur a certes une imagination fertile en la matière mais à raison d'une galipette par chapitre on finit tout de même par se lasser de la chose.  

Il semble d’ailleurs s’en être rendu compte puisqu’il fait dire à l’une de ses héroïnes : « Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais qu’est-ce que ça compte, le sexe, dans cette histoire ! Vous imaginez, non ? Bâtir des intrigues à partir des poils de cul des reines ? ». Il ne se prend dès lors plus beaucoup au sérieux et le dernier tome de sa saga prend des allures de parodie. Il s’y moque de sa propre intrigue, soulignant ce qu’elle peut avoir de ridicule et termine son histoire sur une note joyeusement farfelue. 

Fleuve Noir Anticipation - 1990

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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FLEUVE NOIR
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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