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31 janvier 2021

IKEBUKURO WEST GATE PARK II - ISHIDA IRA

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Et revoilà Makoto, le "solutionneur" d’embrouilles du quartier d’Ibebukuro, toujours prêt à rendre service aux « loosers de cette société gouvernée par les lois du marché ».

Si j’ai une nouvelle fois été séduit par l’écriture simple et efficace de Ishida Ira et par la fraîcheur de son personnage, ce second volume m’a toutefois moins emballé que le précédent. Il m’a paru un peu trop formaté avec ses quatre épisodes de soixante-quinze pages chacun et leur schéma quasi identique.

Les deux premiers récits se ressemblent énormément. Dans chacun d’eux, Makoto sympathise avec un enfant qui zone dans le quartier, fait la connaissance de la maman puis se trouve amené à résoudre les problèmes de la petite famille :

« Le môme-compteur » est une banale histoire d'enlèvement avec rançon. Une entrée en matière sans grand intérêt qui permet cependant de reprendre contact en douceur avec les personnages et ce quartier de Tokyo qui sert de décor à leurs aventures.

« Fille à emporter 1ère rue ouest » se déroule dans l’univers des travailleurs du sexe. Bars à filles, souteneurs et petits malfrats sont au menu de cette histoire où la mère de Makoto vient prêter main forte à son fils.

Un peu de nouveauté avec « Un dieu vert pomme » dont le déroulement ressemble pourtant à une enquête policière tout à fait classique. Makoto y joue les détectives, interrogeant témoins et suspects, émettant des hypothèses, rendant compte à son « employeur » lequel n’est pas aussi blanc qu’il y parait. Une petite ambiance de film noir, la bouteille de whisky et le borsalino en moins. Son sujet est également plus convaincant. On y parle monnaie locale et trafic de faux billets, écologie et économie solidaire.

C’est « Casseur d’os » qui clôture le recueil, un chouette récit mélangeant rock underground et plongée dans l’univers des SDF. Des clochards sont agressés dans l'indifférence générale tandis qu'un groupe de rock enflamme la jeunesse d'Ikebikuro grâce à un son particulièrement entêtant. Y aurait-il un rapport entre les deux ?

Malgré les quelques réserves signalées plus haut, cet opus se lit fort bien. Le personnage de Makoto avec son empathie et sa modestie ainsi que ses relations avec le "monde de l'envers" est toujours aussi plaisant à suivre. Il est au diapason de la fibre sociale de l’auteur qui n'hésite pas à mettre en scène les exclus du système tout en s'interrogeant sur la possibilité de mettre en œuvre des politiques alternatives.

Philippe Picquier - Picquier Poche - 2009

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24 janvier 2021

PAYSAGES DE MORT - JEAN-PIERRE ANDREVON

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L’humanité n’ira jamais dans les étoiles. Elle n’ira pas même sur Mars et la Lune sera sa seule conquête. Collée à la Terre, les pieds dans la fange originelle, elle restera victime de ses éternels travers et sa technologie n’y pourra rien. La famine, la guerre, la pollution, la surpopulation viendront à bout de ses meilleures intentions. Les hommes et les femmes peuvent bien continuer à s’agiter, à s’adonner au grand jeu de la vie, leur destin est déjà tracé et leur fin programmée. Ce sera le grand éclair nucléaire, la lente dégradation de la maladie ou la boucherie militaire. Chair à canon, chair à fantasme, chair à scalpel, faites votre choix, le résultat sera le même ! Chez Jean-Pierre Andrevon, l’avenir s’annonce rarement sous les meilleurs auspices. Dans « Paysages de mort » il est d’un noir profond. Noir comme le deuil. Profond comme la tombe.

Le recueil débute par une nouvelle étrange. « Ici » nous conte le quotidien d’un homme dans sa maison, ses menues occupations, ses petits plaisirs, ses maigres espoirs. Il s’en dégage une sensation de vacuité légèrement dérangeante. Et si la vie, ce n’était que ça.

On poursuit avec « Les rats » où quand l’histoire militaire de l’humanité, ses empires, ses conquérants, ses réformateurs se rejoue au fond d’une cave. Homme, rat, même combat ?

« Le grand combat nucléaire de Tarzan » nous prouve quant à lui que même les héros subissent les outrages du temps. Il nous rappelle également que pas un pays, pas une région, pas même les forêts de l’antique Opar, ne sont à l’abri des effets pervers de la civilisation, de l’industrialisation, du nucléaire, de la pétrochimie… Et ce n’est pas le dernier sursaut d’orgueil du grand singe blanc qui y pourra grand-chose !

« Jour de sortie » nous fait pénétrer dans un abri antinucléaire. Un cylindre de 12 mètres de diamètre sur 22 de haut où six hommes et cinq femmes ont trouvés refuge pour échapper aux radiations. La promiscuité, l’ennui, la jalousie, la rancœur font faire leur lot de victimes jusqu’à la sortie tant attendue. Mais que trouveront les survivants ?

Dans la France d’après la guerre atomique, on survit comme on peut. On mange son Extracanigou ou son Superonron, on boit son eau recyclée et on évite au maximum de quitter sa cellule  pressurisée par peur des radiations, des Brigades de Dépopulation, des voisins... : « Ainsi vont les jours ».

« Musique pour un départ » se présente sous la forme d’un dialogue. Une femme tente de retenir son homme – son mari ?, son amant ? – qui part combattre les alnubiens. Au fil de la conversation transparait l’embrigadement que l’homme a subit. Mais les militaires n’ont pas modifié que ses pensées.

« La grande révolte des robots de juin 2134 » est une nouvelle tragique et amusante qui nous démontre que le tout automatisé n’est pas forcément une panacée.

Avec « Opération de routine », on apprend que dans le futur, il sera possible de vivre sans travailler. Grâce à la rente de libre citoyenneté, on peut passer ses journées à glander, à baiser, à se camer, à s’envoyer en l’air de toutes les façons possibles. Rien à payer en retour. Enfin presque. Juste un petit don. Un peu de soi-même. Une nouvelle glaçante avec une chute à double détente !

« La dérive » reprend le thème de ces soldats japonais qui, des décennies après la fin de la seconde guerre mondiale, pensaient être toujours en guerre et continuaient de tenir leur poste sur des îles perdues dans le Pacifique. Ici, quatre militaires livrent, jour après jour, un combat acharné contre les insectoïdes de Sigma du Verseau. Mais le conflit est-il bien ce qu’on leur en a dit ? Sont-ils vraiment en route pour les colonies stellaires d’Epsilon où bien sont-ils encore sur Terre à lutter contre Dieu sait qui ?

« Sur le bord de la route » est une nouvelle qui aurait facilement sa place en littérature blanche. L’histoire de cette famille pauvre échouée en bordure de la forêt vierge, cultivant une terre ingrate et passant son temps à observer des convois militaires qui ne cessent de circuler sur la route toute proche pourrait en effet se situer n’importe où sur Terre. On pense bien sûr à l’Amazonie mais cela pourrait aussi bien être l’Indonésie ou l’Afrique équatoriale, ces régions où la misère et les dictatures poussent les populations à l’assaut des forêts et des minorités ethniques.

« Paysage des morts » est un récit étrange qui nous montre quelques-uns des différents aspects que la mort peut emprunter. Maladie, accident, homicide, à chacun sa chacune !

On remarquera enfin qu’entre chaque texte s’intercale une très courte nouvelle d’à peine une petite page et que le recueil s’achève sur un épilogue en forme de réflexion sur la destinée de l’homme et de sa planète.

Denoël - Présence du Futur - 1978

17 janvier 2021

UN BON CRU - PETER MAYLE

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Le sort semble s'acharner sur le pauvre Max Skinner. Criblé de dettes et licencié sans la moindre indemnité, il apprend le même jour le décès de son oncle. Seule consolation, le vieil homme lui lègue un petit domaine viticole dans le sud de la France. Plus rien ne le retenant dans son pays, le jeune homme part prendre possession de son héritage avec l'espoir de relancer l'exploitation et de s'installer au soleil. Il ignore alors qu'il aura fort à faire. Le vin de sa propriété est une abominable piquette, son métayer ne semble pas ravi de l'accueillir et sa jolie notaire lui fait des cachotteries. Il pourra heureusement compter sur la bonne humeur de son ami Charlie et sur l'aide inattendue d'une mystérieuse cousine. Et puis il y a Fanny, la ravissante serveuse du restaurant du village...

J'avais jusqu'à présent volontairement dédaigné les romans de cet anglais lubéronophile qui me semblaient écrits pour ses compatriotes, curieux de découvrir la Provence et les petits travers des méridionaux. En cela je ne m'étais qu'à moitié trompé. Malgré sa connaissance de la France, Peter Mayle ne parvient pas à s'affranchir des préventions des britanniques à l'égard des grenouilles. Il nous dépeint comme d'impénitents séducteurs, esclaves de leur estomac et un tantinet paresseux ou bien comme de dangereux chauffards doublés d'affreux exhibitionnistes dont l'haleine empeste l'ail. Quant à notre pays, il prend sous sa plume des allures de tiers monde. Une contrée où il fait certes beau et chaud mais dans lequel il faut renoncer au confort de la vie moderne.

On devine cependant que ces petites piques tiennent plus de l'amicale taquinerie que de la vraie moquerie. A l'instar de son personnage, Peter Mayle semble réellement amoureux de la Provence et du french way of life. Il ne se lasse pas de décrire les mille et un petits riens qui rendent la vie si douce : les marchés et ses myriades de saveurs, les flons-flons et les accordéons de la fête du village, les repas pantagruéliques et, forcément, les inévitables parties de boules.

C'est d'ailleurs la peinture de cette atmosphère qui constitue le principal, pour ne pas dire le seul, attrait du roman. La minuscule intrigue sur les méandres du négoce viticole et les arsouilles qui sévissent dans le milieu n'est que prétexte à une timide immersion dans le monde du vin tandis que ses personnages, s'ils sont joliment croqués, n'en restent pas moins assez convenus.

Cette histoire pleine de bonhomie constitue donc un gentil divertissement qui égayera vos vacances. Celles d'hiver, lorsque la pluie et le ciel gris vous donnerons des envies de soleil, de cigale et de pastis.

Nil Editions - Point Romans - 2006

10 janvier 2021

A L'IMAGE DU DRAGON - SERGE BRUSSOLO

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Ils sont dix. Dix jeunes chevaliers-quêteurs envoyés aux confins du désert immense. Leur but : traquer le peuple des caméléons et tuer autant d’ennemis qu’il est possible. Le temps leur est compté. La saison des pluies approche et le peuple des hydrophobes auquel ils appartiennent ne peut vivre sans les rayons du soleil dont ils se nourrissent, sans leur chaleur régénératrice. Pire encore, la moindre goutte d’eau, la plus petite parcelle d’humidité provoque sur leurs corps des boursouflures qui les conduisent inexorablement à la mort. Déjà le vent se lève, annonciateur des premiers nuages. Comme ses neuf compagnons, comme tous ceux qui les ont précédés années après années, Nath sait que leur mission est une mission sans retour. Saura-t-il la mener à bien ? 

Malgré une production pantagruélique couvrant à peu près tous les genres de la littérature, Serge Brussolo ne s’est que rarement aventuré en terre de Fantasy. A ma connaissance il n’a publié que quatre ou cinq romans du genre, la plupart édités dans la collection Anticipation du Fleuve Noir (je ne compte pas les rééditions ou les éditions jeunesse). Parmi ceux-ci, « A l’image du dragon » n’est pas un pur exemple de « médiéval fantastique » puisque de nombreux indices laissent supposer que l’origine du monde dont il est question serait à chercher du côté de la science et non de la magie ! Ceci étant il est indéniablement à classer parmi ce type de récits avec sa quête, ses combats à l’arme blanche et l’ambiance fantastique dans laquelle il baigne.

Ceci étant précisé, que dire de cette histoire ? Qu’elle ne nous laisse pas un instant de répit ? C’est vrai. Qu’elle est bien sombre et bien angoissante ? C’est encore vrai. Qu’on y trouve des idées génialement folles ? Normal, c’est du Brusssolo ! Mais ici, le cocktail est parfait. La montée en puissance des périls que ses personnages doivent affronter est parfaitement gérée, tout comme le cheminement intérieur du jeune héros qui, peu à peu, en vient à douter du bienfondé de sa mission.

Au gré des rencontres et des interrogations qu’elles suscitent, Nath remet en cause les principes et les dogmes qu’on lui a inculqués et finit par se persuader que, dans le conflit qui oppose les hydrophobes aux caméléons, il n’est pas forcément dans le bon camp. Boa, son écuyère, n’a pas les mêmes scrupules. Totalement embrigadée, elle voit aussi dans leur quête l’occasion de se hisser à un statut auquel ses origines ne lui permettaient pas de prétendre. La relation entre le chevalier-quêteur et sa servante est donc au cœur du récit. Au fur et à mesure que Nath perd la foi, Boa s’évertue à le maintenir dans le droit chemin, allant même jusqu’à le malmener et prendre sa place, un peu comme si Sancho Pança avait pris l’ascendant sur Don Quichotte.

Pour le reste, l’auteur à recours à un processus narratif qui lui est coutumier et qu’on retrouvera presque à l’identique dans les aventures de Shagan et Junia à savoir de longs flash-backs qui nous dévoilent l’histoire des deux héros et les contours de la société où ils évoluent. Il y a aussi quantité de détails qui viennent égayer le tout et apporter de l’épaisseur à l’ensemble. Surtout, il y a cette idée force autour de laquelle s’articule tout le roman : une planète marquée par deux saisons aux climats extrêmes, l’une sèche où le soleil triomphant transforme la planète en un vaste désert et l’autre humide pendant laquelle la végétation reprend ses droits grâce à des pluies abondantes. Une planète, deux saisons, deux peuples que tout oppose et qui s’affrontent. Une idée qu’il triture, malaxe et étend à l’infini avec des trouvailles démentielles comme ces villes peuplées de statues parmi lesquelles les caméléons se dissimulent pendant leur hibernation, les femmes éponges dont le corps absorbent l’humidité, les pierres-miroirs dont l’éclat amplifie l’éclat du soleil et tant d’autres…

Un excellent opus - le deuxième publié au Fleuve - dont on regrettera toutefois la fin abrupte qui nous laisse dans l’expectative la plus complète…

Fleuve Noir Anticipation - 1982

6 janvier 2021

KALOS KAGATHOS - DJORDJE MILOSLAVJEVIC & MILAN JOVANOVIC

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Kalos Kagathos est une BD originale à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’il s’agit d’une BD serbe ce qui, encore aujourd’hui, n’est pas si fréquent. Alors imaginez à l’époque où elle fut écrite, c’est-à-dire il y a près de trente ans, alors que la Serbie était embourbée dans la guerre sui suivit l’éclatement de la Yougoslavie.

En second lieu par son sujet. Il s’agit d’une BD historique (et un peu plus que cela…) dont l’action se situe à une époque et en un lieu extrêmement intéressants. Constantinople,  529 after J-C. Une époque et un lieu charnière. L’antiquité vient tout juste de laisser la place à un moyen-âge balbutiant et la capitale de l’empire byzantin constitue, plus que jamais, la porte de l’orient.

Et il s’en passe des choses dans la vaste cité ! L’empereur désire ouvrir la voie au commerce avec l’extrême orient et convoite de secret de la fabrication de la soie. Il charge un trio d’aventuriers - un chevalier, un marchand et un cartographe - d’accomplir la redoutable mission. Les trois héros vont ainsi se retrouver mêlés à un jeu de pouvoir où la religion, le commerce et la politique sont étroitement liés. Ils devront surmonter maints dangers et composer avec les secrets que chacun d’eux dissimule tout en tentant de réaliser leurs propres ambitions.

L’histoire ne manque ni d’action ni de surprises. Il y a des complots et des voyages. Il y la mer et le désert, des palais et des souterrains. On y croise des savants érudits, des lépreux, des voleurs. On s’y bat, on s’y trahit, on s’y tue... J’ai d’abord éprouvé un peu de mal à suivre les différents fils de l’intrigue. Le nombre important de personnages, surtout dans trente premières pages, engendre une certaine confusion. Mais passé ce cap, les choses se mettent tranquillement en place et le rythme devient plus tranquille. Le récit gagne en lisibilité et le lecteur peut se concentrer à la fois sur l’histoire et sur les dessins.

Le graphisme justement, en surprendra plus d’un. Hormis les sept ou huit pages du prologue et de l’épilogue (que je soupçonne l’auteur d’avoir ajoutées après coup pour les besoins de la présente édition), le style n’a rien à voir avec celui de la couverture. Il est beaucoup plus brut, avec des couleurs vives et peu nuancées. Cela donne une impression de force et d'immédiateté, un peu comme s'il s'agissait de croquis pris sur le vif.

Les choses changent avec la deuxième partie. Le trait se raffermit et se fait plus doux. Les dessins deviennent plus classiques mais gagnent en précision. On voit que du temps s'est écoulé entre les deux BD (le présent volume est une intégrale) et que le travail de Milan Jovanovic a considérablement évolué. Il faudrait que je lise un ouvrage plus récent pour voir ce qu'il en est désormais. Pourquoi pas « La bête noire » publié par ces même éditions Inukshuk qui ont réalisé avec « Kalos Kagathos » un remarquable travail.

Inukshuk - 2019  

 

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3 janvier 2021

MES VRAIS ENFANTS - JO WALTON

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A près de 90 ans Patricia est atteinte de la maladie d’alzheimer. Dans la maison de retraite où elle finit ses jours elle songe à ce que fut sa vie. Ou plutôt ses vies. Car si le présent de Patricia est désormais confus elle se souvient parfaitement de ses deux existences. L’une avec Mark, brillant professeur mais piètre époux, l’autre avec la merveilleuse Bee. Avec chacun de ses conjoints elle a eu des enfants. Mais laquelle de ses deux vies est réelle, laquelle est fantasmée ? Et quels sont ses vrais enfants ?

"Mes vraies enfants" n'est pas la première incursion de Jo Walton en terre uchronique. Elle a connu ses premiers grands succès avec ce type de récit où il est question de savoir ce qu'il serait advenu si tel ou tel évènement s'était déroulé différemment, si l'invincible armada avait envahi l'Angleterre, si Hitler était mort pendant la première guerre mondiale, si, si...

Ici, nous sommes en présence d'une uchronie extrêmement légère. D'ailleurs s'agit-il réellement d'une uchronie ?L'évènement à partir duquel l'histoire bifurque n'a de conséquence que sur l'héroïne. Certes, les mondes dans lequel les deux Patricia évoluent ne sont pas identiques mais ce n’est pas sa décision qui influe sur le cours du temps. Si son choix change quelque chose, c’est sa vie. Et encore. Les deux existences de Patricia ne sont pas totalement déterminées par ce choix unique : épouser ou non Mark. Dans les deux cas, elle garde la possibilité de prendre une direction différente, de décider autrement, de changer.

D'ailleurs, Tricia dont la vie de couple est un échec, finira par se prendre en main et quitter son époux. Elle s'investit dans quantité de luttes (contre le nucléaire, pour la paix, pour la préservation du patrimoine) et cet engagement, son attention aux autres, ne sont peut-être pas étrangers au monde apaisé et évolué qui est le sien comparé à celui dans lequel vit son alter ego. Patsy, heureuse en ménage, professionnellement épanouie, à l'abri du besoin, n'éprouve pas le besoin de changer les choses. Elle s'inquiète de l'insécurité du monde, regrette les préjugés qui l'empêchent de vivre son amour au grand jour, mais reste globalement auto centrée. Elle subit.

Jo Walton veut-elle faire passer un message ? Essaye-t-elle de nous rappeler que si nous n'avons pas toujours la main sur les évènements, nous pouvons cependant, à notre petit niveau, tenter de peser sur le cours des choses ? Et en effet, rien n'est écrit. Et si agir ne suffit pas toujours, ne rien faire ne conduit assurément nulle part. Quoi qu'il en soit, "Mes vrais enfants" est un très beau récit, tantôt mélancolique, tantôt joyeux, qui aborde de jolie manière l’émancipation des femmes et le combat qu’elles durent mener - et mènent encore -  pour s’affranchir d’une société patriarcale et misogyne.

Denoël - Lunes d'Encre - 2017

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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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