Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
SF EMOI
Publicité
26 mars 2017

PAULINE - ALEXANDRE DUMAS

product_9782070412303_195x320Le narrateur, Alexandre Dumas lui-même, rencontre chez leur maître d’arme commun son vieil ami Alfred de Nerval. Ce dernier lui raconte alors l'étrange aventure survenue à Pauline de Meulien et à laquelle il fut en partie mêlé.

Hasard de mes lectures, « Pauline » est, après le « Frankenstein » de Mary Shelley, le deuxième récit enchâssé que je lis en l’espace de quelques semaines. Ces deux romans écrits au cours de la première moitié du XIXème siècle – respectivement en 1838 et 1818 –  partagent toutefois bien autre chose que cette construction façon « poupées russes » puisqu’on y trouve aussi les courants littéraires alors en vogue : le gothique et le romantisme.

Le premier est particulièrement prégnant dans le récit des aventures que vit Pauline dans la demeure normande de son époux. Portes dérobées, passages secrets, souterrains, abbaye en ruine, tous les ingrédients du genre sont présents jusqu’à la petite touche d’exotisme que représentent le serviteur malais d’Horace de Beuzeval et les aventures indiennes de son maître. Mais bien d’autres éléments (la nuit, le cachot, la substitution de cadavre) viennent encore ajouter à cette ambiance oppressante et quasi horrifique.

Le romanesque, lui, est presque entièrement contenu dans le caractère passionné et excessif des personnages. Leurs sentiments sont exacerbés par le sens de l’honneur et du devoir ainsi que par un besoin de changement et d’évasion qui viendraient fouetter leur petite existence terne et sans saveur. Pauline, Alfred et Horace sont de riches désœuvrés, des "enfants du siècle" mal dans leur époque, qui refusent le mode de vie de leurs parents mais désespèrent aussi de trouver un avenir à leur goût. Pour preuve cette tirade que Dumas fait dire à son héroïne : « Le grand malheur de notre époque est la recherche du romanesque et le mépris du simple. Plus la société se dépoétise, plus les imaginations actives demandent cet extraordinaire, qui tous les jours disparait du monde pour se réfugier au théâtre ou dans les romans ».

Mais si Alfred se laisse aller tout entier à sa passion dévorante pour Pauline tandis que cette dernière succombe à l’aura de mystère qui entoure la personnalité de son époux, seul Horace assume véritablement sa nature profonde dissimulée derrière un vernis d’honorabilité. Il est en cela le personnage le plus ambivalent et le plus fascinant du roman, le seul à mettre véritablement en pratique le mode de vie qui lui convient, fait d’aventures et de transgression.

Ambiance et personnages font donc de « Pauline » un très bon petit roman. Une œuvre qui n’a peut-être ni le souffle ni l’inventivité des grands succès d’Alexandre Dumas mais qui possède déjà une maîtrise certaine qui laisse entrevoir ses succès futurs.

Gallimard - Folio Classique - 2016

 

Publicité
19 mars 2017

LES ENFANTS DE L'ESPRIT - ORSON SCOTT CARD

jl5622-2008

Si « Les enfants de l’esprit » ne clos pas définitivement le cycle d’Ender (l’auteur a sorti depuis trois recueils de nouvelles) il permet au moins de conclure l’intrigue développée dans les deux précédents volumes. Nous retrouvons donc la planète Lusitania là où nous l’avions laissée, c’est-à-dire sous la menace que fait peser sur elle la flotte stellaire et son désintégrateur moléculaire diligentés par le conseil des cent planètes. Mais les lusitaniens ne manquent pas de ressources. Humains, doryphores et piggies préparent leur évacuation vers de nouvelles colonies tandis que Jane, l’IA toute puissante, et les compagnons d’Ender s’emploient à empêcher l’attaque par divers moyens,

Est-ce parce que Ender en est quasiment absent - même si l’on parle beaucoup de lui – mais j’ai eu du mal à m’intéresser à l’histoire. Les autres personnages, Miro, Wang-Mu, Peter et Val ne sont pas parvenus à combler ce vide et leurs aventures sur différentes planètes et dans différentes cultures (japonaise, samoane) m’ont parues bien longues. Il y a beaucoup trop de discussions sur la culture justement, la puissance et l’influence de certains groupes, de certaines pensées ou philosophies. Ce n’est pas inintéressant mais ça ne fait guère avancer l’intrigue. Quant aux amours des couples Jane/Miro et Peter/Wang-Mu, leurs je-t’aime-moi-non-plus incessants finissent par lasser et seule peut-être l’incarnation de Jane et les sensations que lui procurent son corps présentent un certain intérêt.

Il faut attendre le dernier quart du livre pour retrouver ce ton et ce rythme qui faisaient la valeur et l’intérêt des deux précédents. Il est alors de nouveau question d’une menace extra-terrestre et des façons de la comprendre pour y faire échec. Cette manière d’enquête scientifique est toujours aussi passionnante grâce aux débats et confrontations d’opinions qu’elle génère. Elle n’est malheureusement pas au centre de l’histoire et n’influe presque pas sur la destinée de Lusitania et de ses habitants. Quant à la façon dont cette planète parvient à stopper la flotte interstellaire, elle s’avère un tantinet décevante, trop facile et trop simple. L’omnipotence de Jane est une nouvelle fois mise à contribution et l’on en vient presque à se demander si la menace était bien réelle et si nos héros jouaient vraiment leur vie dans cette partie d’échec galactique.

De vie et de mort il est pourtant question d’un bout à l’autre du roman. L’auteur aborde les deux bouts de l’existence sous tous leurs aspects, individuel et collectif, et il est aussi bien question de survie (d’une espèce ou d’un individu seul) que de transmission (de ses gênes ou d’une histoire familiale). Ses personnages se penchent aussi sur l’éventualité d’une vie après la mort, sur l’existence de l’âme et la possibilité de sa migration vers une autre forme d’existence, autant de thèmes qui nous rappellent que Card est mormon est qu’il s’agit là de problématiques qui ont pour lui de l’importance.

« Les enfants de l’esprit » est donc un roman assez moyen qui a pour principal mérite de donner une fin - provisoire - aux aventures d’Ender.

J'ai lu - 2008

14 mars 2017

XENOCIDE - ORSON SCOTT CARD

jl4024-1995

Sur Lusitania, la planète où humains, piggies et doryphores essayent de vivre en bonne entente, l’heure et grave. Le congrès stellaire a envoyé une flotte avec mission de détruire la planète pour éviter que le virus de la descolada ne soit exporté sur d’autres mondes. La résistance s’organise et Ender essaye de regrouper autour de lui toutes les bonnes volontés. Il aura fort à faire pour concilier des conceptions de l’existence et des points de vue radicalement opposés.

Si « La voix des morts » nous parlait avant tout de tolérance et d’ouverture à autrui, le thème principal de « Xénocide » est sans conteste le libre-arbitre et son corollaire la responsabilité. Agir, décider, pour soi ou pour les autres, s’affranchir de l’autorité de sa famille, des lois de la société ou de celles de son espèce, tels sont quelques-uns des combats qu’Ender et ses compagnons vont devoir mener. Des choix pas toujours faciles et dont il leur faudra aussi assumer les conséquences parfois redoutables.

Parmi les différents principes régissant leur existence qu’ils vont devoir affronter, la religion fait figure d’ennemi  public numéro 1. Qu’elle soit utilisée pour asservir un peuple (les habitants de la planète de la Voie) ou pour servir les ambitions de quelques-uns (l’hérésie de Planteguerre), elle est ici présentée sous son aspect le plus sombre. L’auteur se garde toutefois de raccourcis trop simplistes et s’interroge davantage qu’il ne critique, sur l’intelligence, l’âme ou les origines de la création. Il n’hésite cependant pas à mettre les croyants face aux contradictions de leur culte à l’instar des catholiques de Lusitania contraints d’adapter leurs rites aux spécificités des races autochtones.

Alors vous l’aurez compris, « Xénocide » est un roman dans lequel on utilise davantage sa cervelle que ses muscles. Hormis une scène d’émeute, il n’y a pas la moindre action violente, pas le moindre combat. Cela ne signifie pas pour autant que le roman soit exempt de confrontations, bien au contraire. Les multiples débats entre les nombreux personnages sont éprouvants. Il s’agit de véritables affrontements où l’on domine son adversaire par la seule force de son raisonnement et où certains arguments ont la puissance d’un d’uppercut. Certes il faut faire un petit effort pour suivre l’auteur dans ses théories et les concepts qu’il manie, mais il vulgarise juste ce qu’il faut pour rendre son propos aussi précis que passionnant et chaque découverte fait avancer l’intrigue mieux que n’importe quel autre agissement.

Cela nous donne une intrigue assez proche de celle du tome précédent. Menace, confrontation d’idées et de personnalités, recherches scientifiques puis découverte finale qui résout, momentanément, les problèmes : le canevas est en effet quasi identique. Orson Scott Card a cependant eu l’heureuse idée d’introduire un peu de nouveauté grâce à la planète de la Voie et quelques-uns de ses habitants. Nous faisons ainsi connaissance avec Han Fei-Tzu, sa fille Quing Jao et leur servante Si Wang Mu, des personnages extrêmement intelligents mais atteints de Troubles Obsessionnels Compulsifs qu’ils croient être le signe d’une connexion avec les dieux. Leur histoire, d’abord parallèle, puis intimement imbriquée dans l’intrigue générale permet de s’évader de l’atmosphère parfois pesante de Lusitania et de découvrir un autre petit morceau de l’univers d’Ender Wiggin.

Au final, le seul défaut de ce livre est qu’il appelle une suite puisque la destinée de Lusitania et de ses habitants reste une fois encore en suspens. Ceci étant, si le quatrième volet est de même qualité que les précédents je suis preneur.

J'ai Lu - 1996

 

9 mars 2017

LA VOIX DES MORTS - ORSON SCOTT CARD

jl3848-1994

Bien que reprenant le personnage principal de « La stratégie Ender », "La voix des morts" n’en est pas à proprement parler une suite. Trois mille ans se sont en effet écoulés depuis la victoire d’Ender Wiggins sur les doryphores et la Terre a depuis essaimé à travers l’univers. Toutes ces colonies sont désormais gouvernées par le conseil des cent planètes qui veille au respect de principes propres à assurer la cohésion et la paix entre les différents peuplements humains ainsi qu’à préserver les espèces extra-terrestres.

C’est que depuis le xénocide perpétré sur les doryphores, l'humanité a pris la mesure de ses responsabilités. Aussi, lorsqu'une nouvelle race intelligente est découverte sur la planète Lusitania, elle prend des mesures draconiennes pour éviter d'interférer dans l'évolution des piggies, de petits humanoïdes à faciès de cochon.

L’histoire débute après qu’un biologiste qui étudiait ce « petit peuple » ait été odieusement torturé et assassiné par les sujets de son étude. Ender Wiggins, toujours en vie grâce à ses incessants voyages à la vitesse de la lumière, est devenu porte-parole des morts auxquels il rend hommage en racontant leur vie. Appelé sur Lusitania par un membre de la famille du défunt, il va se livrer à une véritable enquête sur sa vie et déterminer les raisons de son décès, bouleversant les certitudes des uns et les croyances des autres.

Orson Scott Card  nous plonge donc dans une sorte de polar ethnologique où la solution de l’énigme ne réside pas dans les motivations de l’assassin ou la signification de son geste mais dans le décryptage de la biologie intime d’une planète. Tout au long de ce roman riche de réflexions diverses, il invite ses personnages – et ses lecteurs - à reconsidérer leur façon de voir et de juger les autres. Il les encourage à adopter une attitude ouverte et tolérante, à agir en connaissance de cause et pas seulement selon une perspective purement humaine. Enfin  et surtout, il leur enjoint de ne pas décider pour autrui.

Ethnologie, biologie, religion, intelligence artificielle, les thèmes abordés sont nombreux. J’ai rarement lu un roman de SF qui m’ait donné autant de motifs de réflexion. Et l’intrigue n’est pas en reste. On est tenu en haleine de bout en bout par l’envie de percer le mystère de Lusitania et par une foule d’intrigues parallèles. La tension et permanente, les débats entre les divers protagonistes plus que passionnants et la chute sera tout à fait à la hauteur de nos attentes.

Ma seule petite réserve a trait au fait que l’auteur prépare manifestement le terrain à une suite et que cela se voit beaucoup trop. Il n’est ainsi pas bien difficile de deviner que l’intrigue tournera autour de la résistance de Lusitania face au conseil des cent planètes et que les principaux protagonistes en seront, outre Ender, sa sœur valentine et Jane l’intelligence artificielle omnisciente et rancunière.

J'ai Lu - 1998

5 mars 2017

LA STRATEGIE ENDER - ORSON SCOTT CARD

jl3781-1998

Il y a cinquante ans, les doryphores ont été à deux doigts de conquérir la terre et sans les talents de stratège du légendaire Mazer Rackham, la flotte humaine aurait été défaite et les aliens en mesure d'exterminer ou d'asservir les humains. Pour éviter qu'un tel scénario ne se reproduise, la coalition internationale a mis au point un programme de sélection des enfants les plus prometteurs afin de dénicher un nouveau leader de génie capable de défaire l'ennemi. Pressenti pour devenir l’un des futurs commandants de la Flotte Internationale, le jeune Andrew Wiggin est expédié avec d’autres surdoués à l’école de guerre de la ceinture d’astéroïdes où ils débutent leur formation d’élève-officier. Commence alors pour ces enfants souvent très jeunes, une existence rude, entièrement dédiée à l’apprentissage de la stratégie et du combat dans l’espace.

Ender Wiggin à l’école de la guerre.

Et oui, cela semblera peut-être étrange à certains mais par bien des aspects ce roman de Scott Card m’a fait penser au best-seller de J. K. Rowling. Comme le petit sorcier à lunette, le jeune Wiggin est un enfant à part sur lequel repose les seules chances de l’humanité de triompher d’une dangereuse menace. Comme lui, sa réputation de prodige contribue à l’isoler au sein d’un pensionnat un peu particulier où il se fera malgré tout quelques amis. Comme lui aussi, il est surveillé de près par des professeurs qui n’hésitent pas à lui cacher la vérité, voire à le manipuler, pour parvenir à leurs fins. Bon, la comparaison s’arrête là car « La stratégie Ender » n’est pas franchement un roman pour la jeunesse quand bien même la plupart des personnages sont de très jeunes enfants.

Pour le reste, c’est plutôt du côté d’ « Etoiles, garde à vous ! » qu’il faut aller chercher des ressemblances avec ce roman de SF militariste. Car c’est bien de guerre dont il est question tout au long du livre. De la guerre que les humains s’apprêtent à livrer aux vilains doryphores et de celle que l’on enseigne dans cette fameuse école où de petits génies soigneusement sélectionnés se tirent la bourre à longueur de temps. L’essentiel du roman nous propose donc de suivre pas à pas la formation du jeune Wiggin laquelle repose essentiellement sur des simulations de combats de type laser game ou paint ball.

On aurait pu craindre que la répétition de ces séances de combats de groupe ne devienne lassante mais l’auteur maîtrise parfaitement son sujet et nous surprend à tous les coups. Chacune d’entre elles est l’occasion de découvrir les capacités hors nomes du jeune héros. Au cours de ces affrontements en apesanteur, il fait la démonstration de ses qualités de combattant et dévoile ses dispositions pour le commandement. Fin stratège, alliant une inventivité fertile à une très grande réactivité, il manie également parfaitement la psychologie et sait tirer le meilleur parti des équipiers qui lui sont confiés.

Si l’on suit avec un intérêt grandissant l’irrésistible ascension du jeune Wiggin en prenant un plaisir intense à le voir triompher des coups bas et des pièges que lui tendent des professeurs machiavéliques et des concurrents malveillants, on ressent en même temps une sensation de malaise devant l’existence qui est la sienne. Ender est en effet  poussé à l’extrême limite de ses capacités. Jalousé par tous, laissé pour compte, molesté parfois, il vit dans l’isolement et la crainte sans personne à qui se confier et sans jamais pouvoir laisser transparaître la moindre faiblesse. Une situation qui le mènera a plus d’une reprise aux portes de l’abandon, voire du suicide.

D’une façon plus générale, l’idée d’utiliser des enfants pour la guerre en raison de leur attrait pour le jeu et la compétition ainsi que pour leur manque de retenue (morale, religieuse) face aux conséquences de leurs actes est assez dérangeante. Les adultes qui les entourent se posent bien quelques questions sur le bien-fondé de leur méthode d’éducation et sur ses conséquences sur leurs jeunes élèves mais elles sont bien vite balayées par l’importance de l’enjeu : gagner la guerre. Une fois de plus la fin justifie tous les moyens et conduira Ender à endosser la responsabilité d’un véritable génocide pour sauver une race humaine qui semble bien peu mériter une telle hécatombe puisque sitôt la menace alien disparue, elle recommence à se déchirer.

Avec ses personnages fouillés, son action incessante et les réflexions pertinentes qu’il propose, « La stratégie Ender » est un roman passionnant et complet qui mérite assurément son statut de classique. Une reconnaissance d’autant plus justifiée que l'auteur y fait montre d’une vision quasi prophétique des développements futurs de l’outil l’informatique comme moyen d’éducation, de jeu et de réseau social.

J'ai Lu - 1998

 

 

Publicité

FLEUVE NOIR
fl no
ANTICIPATION

 

 

Publicité
SF EMOI
  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité