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26 janvier 2018

L'ABBAYE AUX LOUPS - PAUL COUTURIAU

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Son mari s’étant croisé, la jeune Isabelle de Sion doit veiller seule sur leur vaste domaine. Elle s’en sortirait plutôt bien si le chapelain du château, un être odieux et cupide, ne s’acharnai pas à sa perte. Elle va heureusement trouver un soutien inattendu auprès de Wulff, un mystérieux meneur de loups arrivé au village à l’occasion des fêtes de Noël. 

Ce n’est pas un hasard si « L’abbaye aux loups » a été édité dans la collection « Romans Terre de France » des Presses de la Cité. Nous sommes bel et bien en présence d’un roman régionaliste avec ses codes et ses figures imposées dont une action circonscrite aux strictes limites d’un terroir. Ici, c’est un petit bout de Lorraine à l’époque des croisades que Paul Couturiau a choisi de nous faire découvrir. Nous sommes aux environs de Metz, dans le village de Saint-Martin, une petite bourgade avec son château, son abbaye et bien entendu ses habitants qui vont être évoqués le temps de faire revivre des temps et des mœurs révolus depuis belle lurette.

Il y parvient plutôt bien, sans trop user de mots ou d’expressions d’un autre temps qui, sous prétexte de « faire vrai », viennent trop souvent alourdir la prose des romans historiques médiévaux. Il s’est également bien documenté et illustre son récit de quantité d’informations sur la vie au XIIIème siècle. Il le fait parfois maladroitement mais le plus souvent ces renseignements sont parfaitement intégrés au récit. Il en va ainsi de toutes les précisions qu’il apporte sur la lèpre et la façon dont est organisé l’ostracisme des lépreux.

Côté intrigue, son histoire sent un peu trop la romance à mon goût avec sa châtelaine passionnée mais fidèle à son croisé de mari, une ribaude au grand cœur et un beau chevalier qui tentera de gagner le cœur de sa belle. Si l’histoire s’était limitée à cela, j’aurai bien vite refermé ce livre. Heureusement elle comporte aussi un personnage particulièrement intéressant, un grand méchant que l’on prend plaisir à détester et qui, d’un bout à l’autre du roman, n’aura de cesse de causer le malheur d’autrui. Cela n’étonnera personne, c’est un cureton qui endosse ce rôle. Mais le bonhomme le fait bien. Il est diablement intelligent et utilise parfaitement la superstition et la peur pour arriver à ses fins. C’est même la meilleure idée de Paul Couturiau que d’avoir construit son intrigue sur les peurs du siècle : celle de l’étranger (les forains), des maladies (la lèpre), de la mort et de l’au-delà bref, de tout ce qu’ils ne connaissent ou ne comprennent pas.

Presses de la Cité - Terres de France - 2010

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22 janvier 2018

PAS MÊME UN DIEU - JEAN MAZARIN

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A la suite d'une bataille stellaire un homme est projeté sur une planète restée à un stade médiéval. Il y rencontre une jolie et peu farouche « indigène », la féconde et disparaît en lui laissant... un pistolet laser. Devenu adulte, leur fils, élevé dans le culte du père, entreprend la conquête du pouvoir à l’aide de cette arme « magique ». 

La seule qualité de ce titre de Jean Mazarin est de me permettre d’expédier ma critique en deux coups de cuiller à pot. Franchement, j'ai beau me creuser le cervelet, je n'ai presque rien à dire, du moins de gentil, sur ce roman bâclé. Les personnages sont convenus et sans relief, l’intrigue est inexistante et la chute – altération du continuum espace/temps – est grotesque. Seul un collectionneur de FNA conservera ce livre pour ne pas dépareiller ses étagères. Les autres s'en sépareront avec soulagement.

Fleuve Noir Anticipation - 1976

19 janvier 2018

JANUA VERA - JEAN-PHILIPPE JAWORSKI

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Lorsque j’ai commencé à lire de la fantasy au début des années quatre-vingt, il s’agissait alors d’un genre presque exclusivement anglo-saxon dominé par l’imaginaire tolkiennien et les récits pleins de fureur de Robert Ervin Howard. Depuis, les choses ont bien changé. Les petits français s’y sont mis, tâtonnant, imitant puis s’affranchissant des maîtres américains ou anglais pour finir par nous livrer des œuvres de qualité et souvent originales. Aujourd’hui la fantasy française se porte bien avec une production abondante et quelques auteurs se sont fait une belle renommée, tout à fait justifiée. Parmi ceux-là, Jean-Philippe Jaworski fait figure de chef de file.

Avec ses récits du Vieux Royaume – quatre volumes à ce jour – il a créé en quelques années un univers dense et cohérent mis en lumière par une écriture d’une qualité rare. Pourtant son monde est tout à fait classique pour qui a l’habitude de ce genre de littérature avec son back-ground médiéval, ses dieux, ses sorciers et ses différentes races. Il se distingue toutefois de ses confrères par une utilisation très sobre du fait magique et par le peu de place accordée aux elfes, nains et autres créatures fantastiques. Mais ce qui caractérise le plus son œuvre, c’est le choix de ses personnages et la façon dont il les utilise. Chez lui, pas de légende en marche, de prophétie à réaliser ou de quête à entreprendre. Nous restons toujours au plus près des individus. Qu’ils soient chevaliers ou paysans, assassins ou hommes d’église, c’est dans leur vie de tous les jours que nous les suivons, faisant notre leur existence et découvrant l’histoire du Vieux Royaume par le petit bout de la lorgnette.

Le recueil s’ouvre sur la nouvelle qui lui donne son nom, un texte très court et assez anodin dont le principal mérite est de nous présenter la Léomance, le royaume mythique dont l’éclatement donna naissance aux différents pays dans lesquels se déroulent les textes suivants.

« Mauvaise donne » nous emmène dans la très colorée république de Ciudalia. Ciudalia c’est l’Italie de la renaissance. C’est la Florence des Médicis, la Rome des Borgia. C’est Machiavel surtout avec cette intrigue complexe et retorse où se mêlent politique et commerce, alliances et conflits d’intérêts et où l’on joue sa vie sur sa capacité à duper autrui.

Avec « Le service des dames » nous partons pour le Brochmail, ce duché dont les incessantes guerres féodales furent évoquées dans la nouvelle précédente. Il y est question de preux chevaliers et de gentes dames, d’honneur et d’amour courtois. Mais, si le récit commence bel et bien à la façon d’un roman de Chrétien de Troyes il se termine de manière beaucoup plus prosaïque sur une histoire de vengeance, d’intérêts financiers et de manipulation. Une belle réussite.

« Une offrande très précieuse » est la nouvelle la plus faible du recueil. Elle commence pourtant sur les chapeaux de roues par l’embuscade dont est victime une horde de pillard d’Ouromagne sur les terres du duché de Bromael. Jaworski nous donne un récit âpre et sans concessions. Nous sommes au cœur de la mêlée. Pas d’héroïsme ou de grandeur d’âme, il s’agit de sauver sa peau sans s’occuper de celle de ses compagnons. Il faut tuer ou être tué, le plus efficacement et le plus rapidement possible. C’est court, c’est violent, ça somme terriblement juste. Mais la nouvelle ne s’arrête pas là et la suite n’est malheureusement pas du même tonneau. Un peu de magie, un peu de psychologie à deux balles et une fin pas très convaincante. Passons…

Avec « Le conte de Suzelle » Jaworski se fait en revanche l’égal d’un Maupassant. Suzelle est une autre Jeanne qui, comme l’héroïne « d’Une vie », verra ses rêves d’amour et ses espérances se heurter aux réalités de l’existence. Un superbe récit sur le temps qui passe, sur le poids de la famille, de la société… et une chute qui vient clore la nouvelle de façon aussi subtile que cruelle.

Changement de ton et d’atmosphère pour « Jour de guigne ». Jaworski donne cette fois dans la grosse farce pour nous conter les mésaventures de Maître Calama, copiste-adjoint polygraphe de l’Académie des Enregistrements de Bourg-Preux. Malédiction, créature démoniaque et un soupçon d’enquête policière font de ce récit un petit bijou de drôlerie.

Les deux dernières nouvelles ont en commun d’avoir pour personnage principal un prêtre du culte du desséché. Dans « Un amour dévorant », le gyrovague Phasma est confronté aux « appeleurs » de Noant-le-Vieux, deux fantômes aux façons un peu particulières. Une nouvelle qui permet aussi à l’auteur de faire défiler toute une galerie de portraits : une vieille herboriste, un gardien de pourceaux, un charbonnier…

« Le confident » est un texte plus intimiste. Du fond du caveau où il vit reclus après avoir fait vœu d’obscurité, un prêtre nous raconte sa vie, des circonstances de sa vocation à son attente de la mort. Un récit sombre qui nous apprend beaucoup sur les adeptes du Desséché et qui se termine sur une jolie pirouette.

Gallimard - Folio SF - 2009

13 janvier 2018

LE CHANT DE L'EQUIPAGE - PIERRE MAC ORLAN

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« Le chant de l’équipage » est incontestablement un hommage à « L’île au trésor ». Comme dans le roman de Stevenson l’histoire débute dans une pension de famille en bord de mer et il y a une carte au trésor, un voilier, un équipage de forbans, une île déserte… Mais hommage ne veut pas dire copie. Le livre de Pierre Mac Orlan diffère beaucoup de son illustre modèle par son ton parodique, un humour parfois très ironique et une chute étonnamment grinçante.

Le premier tiers du récit n’a d’ailleurs rien d’un roman d’aventures. Nous sommes quelque part entre Lorient et Pont-Aven, dans un petit coin de Bretagne sur lequel plane encore l’ombre de Gauguin et où le folklore celte conserve toute sa force. En cette année 191X les hommes sont au front et seuls demeurent les femmes, les vieux et… les étrangers. Parmi ceux-là on trouve Joseph Krühl, un hollandais fortuné et passionné par la mer et les histoires de pirates. Sa fortune et sa marotte vont donner à Simon Eliasar, un jeune escroc réformé, l’idée de monter une belle arnaque pour délester le riche batave d’une partie de ses picaillons.

Une fausse carte, quelques complices et hop, les voilà partis pour une chasse au trésor plus vraie que nature. Bien sûr, nous savons dès le départ que les dés sont pipés et que l’expédition vers les Antilles n’est qu’une gigantesque, une superbe mystification. Et pourtant, l’aventure est bien au rendez-vous. Joseph Krühl, et le lecteur avec lui, est embarqué dans une succession d’épisodes faussement héroïques. Il revit quelques scènes de la vie de ses héros littéraires, aborde un navire, se saoule dans des bouges infâmes ou folâtre avec une ravissante métisse. Il est mené en bateau, moqué et volé mais il vit l’aventure dont il rêvait. La facture sera sacrément salée mais réaliser ses phantasmes n’est pas donné à tout le monde !

Gallimard - Folio - 1999

7 janvier 2018

LA HORDE - SIBYLLE GRIMBERT

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C’est l’été. Laure, 10 ans, et ses parents viennent d’arriver dans le village de vacances où ils comptent profiter au mieux de leurs congés. Ils ignorent que le démon Ganaël a jeté son dévolu sur l’enfant et qu’il est sur le point de prendre possession de son corps… 

En entamant ce livre d’une autrice et d’une maison d’édition qui œuvrent habituellement dans la littérature blanche, je m’imaginais que l’argument fantastique n’y serait qu’un moyen détourné de discuter de problèmes tout à fait réels et non pas une fin en soi. Ce en quoi je me suis bien trompé car, s’il ne manque pas d’interrogations et de réflexions sur différents sujets (éducation, rapport à l’autre…), nous sommes bel et bien en présence d’un roman fantastique centré sur l’histoire d’un démon qui a décidé de s’incarner.

Ce thème de la possession est l’un des plus courus en matière de récits fantastiques. Les cinéphiles penseront bien sûr à « L’exorciste » tandis que les lecteurs évoqueront plus volontiers Lovecraft ou Graham Masterton. Pour ma part, c’est à « Petite chanson dans la pénombre » de la regrettée Anne Dugüel que j’ai immédiatement songé. Les deux romans partagent en effet l’idée d’une petite fille qui devient le jouet d’un esprit maléfique, fantôme chez d’Anne Dugüel, démon dans celui de Sibylle Grimbert. Dans les deux cas cet esprit tente, avec plus ou moins de réussite, de soustraire sa volonté à celle de l’enfant et ce sont ces essais et leurs conséquences sur la victime et son entourage qui nous sont décrits. La comparaison s’arrête toutefois là car dans « La horde », le combat que se livrent le démon et l’enfant est autrement plus difficile et plus subtil. Moins manichéen aussi puisque « possesseur » et possédée font tour à tour preuve de compassion et de méchanceté, le démon s’humanisant et la fillette découvrant son potentiel démoniaque.

Les relations entre l’un et l’autre sont donc au cœur du roman. Sibylle Grimbert prend tout son temps pour nous montrer de qu’elle manière Ganaël cherche à soumettre sa victime, comment il lutte contre sa volonté, usant de persuasion puis de violence et de contrainte. Toutefois, si le démon connaît bien l’espèce humaine pour l’avoir observée depuis fort longtemps, il va se rendre compte que vivre leur vie de l’intérieur est une expérience surprenante. Il découvre des sensations nouvelles et surtout la force des sentiments, la colère, l’amour... Du point de vue de l’enfant, l’expérience est tout aussi passionnante. La petite Laure ne s’en laisse pas conter et, après la surprise des premiers moments puis une période de déni, elle va devoir choisir entre la lutte ou l’acceptation de son hôte avec ses inconvénients mais aussi ses avantages.

Tout cela nous est raconté avec une extrême minutie et c’est lentement, jour après jour, que nous assistons à cet affrontement. Sibylle Grimbert a eu la bonne idée de situer l’action de son roman sur une courte période et dans un espace limité, en l’occurrence un village de vacances le temps des congés d’été. Cela lui permet de faire évoluer sa petite héroïne dans un cadre particulier où elle peut échapper à l’attention de ses parents, vivre de nouvelles expériences et se forger un caractère, une personnalité. On se rend ainsi compte que les enfants ne sont pas aussi innocents que l’on pourrait le croire et qu’ils peuvent faire preuve de duplicité et de méchanceté dans leurs relations avec les autres. Les parents de Laure, son entourage, ses amies et même Ganaël vont en faire l’expérience…

« La horde » est donc un bon roman fantastique qui nous propose une histoire de possession intimiste, sans effets de manches ni violence inutile. Si le fait de paraître dans une collection blanche peut lui permettre d’amener au fantastique un public habituellement peu féru du genre, je ne suis pas sûr en revanche que les amateurs de SF ou de fantastique le remarque d’autant que ni le titre, ni la couverture ne sont explicites. Et ce serait vraiment dommage car ils y trouveraient tout à fait leur compte.

Editions Anne Carrière - 2018

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