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29 mars 2015

L'ILE DE BETON - J. G. BALLARD

ldp5326Robert Maitland, architecte de trente cinq ans, marié, deux enfants, une Jaguar et une maîtresse, est un homme qui a réussi. Mais un après-midi où il circule trop vite sur le périphérique londonien, sa voiture fait une embardée et atterrit sur un terrain vague coincé en contrebas de plusieurs bretelles d’autoroute. Blessé et incapable de franchir le flot des véhicules qui l’entourent ou d'attirer l’attention des automobilistes, il se retrouve prisonnier de cette "île de béton" qui accueille déjà deux Vendredi : Proctor, un ancien trapéziste un peu simplet, et Jane, une prostituée. Ayant besoin de leur aide pour parvenir à s'évader de sa "prison", Mailtand va chercher à prendre l'ascendant sur ses compagnons qui, pour d’obscurs motifs, ne souhaitent pas rompre leur isolement.

 

Ce roman de J. G. Ballard est le second de sa célèbre « Trilogie de béton » à laquelle appartiennent aussi Crash et I.G.H. Dans chacun d'eux, l'auteur explore divers aspects de la société moderne et étudie l’attitude d'hommes et de femmes confrontés à certaines de ses dérives. Il parvient de la sorte à peindre d’admirable façon leur désarroi face à un mode de vie qu’ils ne contrôlent plus et qui, par bien des aspects, ne répond plus à leurs besoins essentiels.

Pour cela, nul besoin de recourir à la SF ni même à l'anticipation. Le monde qui sert de décor à ses romans, c'est le notre, ni plus, ni moins. Ballard se contente juste de forcer le trait, d'exagérer un tantinet pour faire mieux ressortir les aberrations qu'il souhaite dénoncer. Ce faisant, il appuie là où ça fait mal et nous met face à nos contradictions.

L'île de béton est bien entendu une critique d'une l'urbanisation excessive et incontrôlé, un réquisitoire contre ces espaces totalement déshumanisés, pensés pour la circulation ou le commerce mais guère adaptés à la vie sociale. L'exemple retenu par Ballard est celui des nœuds routiers, périphériques, bretelles d'autoroutes et autres voies d'accès sur lesquels l'homme ne fait que passer. Des zones désertées de toute présence humaine, véritables no man's land où l'on ne peut circuler qu'en voiture, cet autre symbole de la société du XXème siècle.

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le récit emprunte au genre de la robinsonnade. Son roman est une histoire de survie en milieu hostile, une lutte d'autant plus paradoxale qu'elle se déroule à deux pas de Londres et de ses millions d'habitants. 

Ceci dit, nos trois robinsons sont-ils vraiment prisonniers de leur « île » ? Rien n'est moins sûr. D'ailleurs, dès lors qu'elle l'a décidé, Jane parvient à s'en échapper aisément. Assurément, Mailtand pourrait en faire de même. S'il ne le fait pas c'est que, en dépit des apparences, il accepte son isolement.

Il s'agit là encore d'une image. Par paresse et facilité nous acceptons l'existence toute faite que la société de consommation nous vend. Nous ne nous rendons même plus compte de notre asservissement et si, par extraordinaire nous en faisons le constat, nous n'avons pas le courage de lutter contre.

Le Live de Poche - 1979

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24 mars 2015

LES BLANCS ET LES BLEUS - ALEXANDRE DUMAS

BlancsBleusDe 1793 à 1798, les grandes heures de la toute jeune république française confrontée à ses ennemis, à l'intérieur comme à l'extérieur.  

« Du reste, on doit le remarquer dans l'œuvre que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs, nous sommes plutôt historien romanesque que romancier historique. Nous croyons avoir fait assez souvent preuve d'imagination pour qu'on nous laisse faire preuve d'exactitude, en conservant toutefois à notre récit le côté de fantaisie poétique qui en rend la lecture plus facile et plus attachante que celle de l'histoire dépouillée de tout ornement. »

C'est ainsi qu'Alexandre Dumas définit le contenu de son ouvrage : un livre d'histoire romancée plutôt qu'un véritable roman historique. Il ne faut donc pas s'attendre à y suivre les rebondissements aventureux et sentimentaux d'une petite histoire qui viendrait se mêler à la grande. C'est tout juste s'il prend le temps de nous présenter la mystérieuse confrérie des Compagnons de Jéhu (dont il sera abondamment question dans le roman éponyme) et d'initier un embryon d'intrigue où l'on devine que la vengeance de Diane de Fargas et le courage suicidaire de Roland de Montrevel tiendront le devant de l'affiche.

Pour le reste, ce sont les douloureux évènements qui ont accompagnés la naissance de la première république qui sont à l'honneur. De la convention au consulat en passant par le directoire, nous revivons quelques-unes des grandes dates de ces années terribles. Le 13 vendémiaire et le 18 fructidor, la campagne d'Italie et l'expédition d'Egypte, l'armée du Rhin, le pont d'Arcole... de quoi réviser nos cours d'histoire.

Les grandes figures de cette période troublée sont bien sûr au rendez-vous. Saint-Just, Barras, Pichegru et Napoléon défilent sous nos yeux tandis que quelques personnages imaginaires viennent se mêler à ces grands noms et jouer le rôle de fil rouge. Ainsi du baron Charles de Sainte Hermine ou Coster de Saint Victor, côté royaliste, des vétérans Falou et Faraud, côté républicain. Mais leurs aventures restent secondaires et s'effacent derrière la vérité historique et l'ombre de Bonaparte.

Marabout Géant

 

19 mars 2015

KAMARDE - PASCAL FRANCAIX

fn-frayeur23-1995

Pour approvisionner son petit théâtre des horreurs, Garrigou fait régulièrement affaire avec Luther, un antiquaire capable de redonner vie à des cadavres. Il dispose ainsi d'une petite troupe de "monstres" qu'il exhibe dans les foires et maltraite sans vergogne jusqu'à ce que l'un d'eux lui échappe...

Le premier tiers de ce roman m'a fait penser au Freaks de Tod Browning. Nous y suivons les pérégrinations d'un camelot qui parcourt les routes de Flandres pour exhiber de pauvres hères affublées d'un physique improbable. Mais alors que je m'attendais à une histoire de revanche des "monstres" sur leur persécuteur, le roman prend une toute autre direction.

Nous partons pour la Bretagne où l'un d'eux a choisi de se réfugier. Un choix peu judicieux lorsqu'on a l'apparence d'un squelette et que les habitants de cette région arriérée (le récit doit se dérouler au XIXème siècle puisque, s'il est question de journalistes, on s'éclaire encore à la bougie) vous prennent pour l'Ankou.

A partir de là, le récit devient extrêmement confus. Une épidémie de peste se déclare, la population désespérée se livre à d'effroyables bacchanales tandis que l'homme-squelette est poursuivi par la foule et par un journaliste qui semble avoir une idée derrière la tête. Pour finir, une partie des personnages se retrouve de nouveau en Flandres pour une séance de nécromancie assez pathétique.

On le voit, le l'histoire manque cruellement d'unité. Pascal Françaix enchaîne les scènes effrayantes mais n'arrive pas à construire une intrigue cohérente. Il manque aussi quantité d'explications (comment le nécromant s'y prend pour redonner vie aux cadavres, pourquoi ses créations se nourrissent de la peur des gens) ce qui nuit à la bonne tenue de l'histoire.

Kamarde vaut donc principalement pour sa galerie de personnages (le montreur de monstres, la créature qui tente de trouver sa place dans une société qui le rejette, un nouvel Orphée qui pourchasse l'Ankou pour le forcer à lui rendre sa défunte épouse), pour son l'atmosphère cafardeuse et pour l'utilisation d'un vocabulaire argotique fort savoureux.

Fleuve Noir - Frayeur - 1995

14 mars 2015

LES BRONTOSAURES MECANIQUES - MICHAEL CONEY

pp5196-1985Après les dramatiques conséquences de l'effet relais survenues deux ans plus tôt, la planète Arcadie est au bord de la faillite. Une bonne partie de ses habitants a choisi d'émigrer, les commerces ferment les uns après les autres et la main d'œuvre commence à manquer dans les grandes exploitations agricoles. Bientôt, les arcadiens doivent se résoudre à accepter la proposition de l'Organisation Hetherington : lui louer leur planète, terre, mer, villes et infrastructures compris, pour une durée de cinq années en échange d'une remise à flot de son économie et d'une politique migratoire ambitieuse. Mais peuvent-ils réellement se fier à la toute puissante multinationale ?

Deux années seulement séparent les évènements de "Syzygie" de ceux qui nous sont narrés dans "Les brontosaures mécaniques". En dépit de cette proximité chronologique et bien que les deux romans partagent décor et personnages, le second ne constitue pas à proprement parler une suite au premier. On y retrouve néanmoins avec grand plaisir la petite cité de Rives et quelques uns de ses habitants emblématiques : Mark et Jane Swindon bien sûr, mais aussi l'acariâtre Mrs Earnshow ou encore Tom Minty, le sale gosse local.


Ce sont toutefois de nouveaux personnages qui occupent les premiers rôles. Il y a là Ralph Streng, individu misanthrope et imbu de lui-même, Kli A Po un extra-terrestre fermier et philosophe
et Mort Barker un publicitaire sans scrupules... Il y a surtout Kev Moncrieff, un ingénieur nautique venu chercher fortune sur Arcadie et par la bouche duquel l'histoire nous est dévoilée ainsi que Suzanna la jolie terrienne dont il va tomber éperdument amoureux et qui le soutiendra dans sa lutte contre l'impérialisme économique de l'Organisation Hetherington.

Le roman a en effet pour thème principal la résistance des habitants d'une petite colonie face aux ambitions hégémoniques d'une multinationale aux méthodes plus que discutables. Michael Coney nous y propose une critique discrète du capitalisme au travers de cette entreprise redoutable, véritable quintessence de ces grandes sociétés pourries jusqu'au trognon, manipulant l'information et les gens et prêtes à tout pour parvenir à leurs fins. L'enjeu est il est vrai d'autant plus important qu'elle pense avoir trouvé sur Arcadie le moyen d'asservir définitivement les consommateurs...

Écrit dans les années soixante-dix, on sent dans ce roman l'influence des idées en vogue à l'époque et notamment l'aspiration à une société nouvelle, plus pacifique, plus écologique et plus juste. Elle se manifeste au travers de l'activisme politique des personnages (grève, actions coup de poing, mise en place d'un système alternatif de paiement) et par une vision un peu utopique du rapport de force entre citoyens et institutions. Les adversaires ne luttent pas à armes égales et le pot de terre n'a aucune chance face à un pot en acier trempé.

Mais comme je l'ai dit plus haut, la critique de l'auteur est timide. Si les méchants sont clairement désignés, il s'en sortent finalement sans trop de dommage. Il leur suffira de dégainer le chéquier pour s'en aller l'esprit tranquille en laissant derrière eux quelques cadavres et beaucoup de vies brisées.

Michael Coney, ou du moins ses personnages, semble s'en accommoder, jugeant impossible d'obtenir plus. Et c'est là où je ne le rejoins pas. Selon lui, une entreprise n'est qu'une entité immatérielle qui ne saurait être condamnée, pas plus d'ailleurs que les individus qui la représentent : le PDG parce que trop éloigné des réalités du terrain, les employés parce qu'ils ne font qu'appliquer les ordres reçus et les actionnaires parce qu'ils n'ont fait qu'investir leurs économies.

Je pense pour ma part précisément le contraire. Tous sont coupables ou du moins responsables, dès lors qu'ils agissent en connaissance de cause. Un employé peut toujours refuser d'exécuter un ordre manifestement illicite et les actionnaires peuvent s'abstenir d'acheter les actions des groupes sans morale. Quant aux dirigeants, prétendre qu'ils ne peuvent influer sur la politique de leur entreprise, c'est un peu nous prendre pour des cons. Le choix est toujours possible. Difficile sans doute, mais possible.

L'une des particularité du style de Michael Coney réside dans l'extrême minutie avec laquelle il dépeint les relations entre ses personnages. Cela ralentit considérablement le déroulement de l'intrigue et d'aucun trouveront ses romans un peu lents. Mais c'est un rythme qui me convient. Il nous laisse le temps de nous imprégner de l'atmosphère de la petite ville, d'en connaître tous les habitants, leur tempérament et leurs habitudes. On a l'impression de les côtoyer depuis toujours, d'être l'un des leurs. On se trouve alors dans une position idéale pour appréhender leurs réactions et comprendre leurs motivations ce qui est une bonne chose puisque le roman traite aussi (c'est une constante chez l'auteur), de notre rapport à l'autre.

Ici, il le fait de manière détournée grâce aux amorphes, une espèce extra-terrestre tout à fait étonnante qui a développé une technique de survie originale consistant à adopter l'apparence et l'état d'esprit le plus susceptible de plaire à l'être auquel ils sont confrontés. Mis en présence d'un humain, ils ont ainsi tendance à se transformer en l'homme ou la femme modèle aux yeux de ce dernier.

Or, si l'Organisation Heterrington les utilise surtout comme des esclaves serviles, les habitants de Rives vont vite voir en eux le moyen le plus rapide de trouver l'être idéal. Pourquoi en effet faire des efforts vis à vis d'autrui, conjoint ou ami, pour le conquérir ou pour conserver son amitié alors que l'amorphe vous accepte comme vous êtes et se conforme à tous vos désirs sans même que vous les ayez exprimés ?

Kev se rendra toutefois compte que les amorphes ne sont pas une panacée. Il le découvrira notamment en constatant le vide laissé par la disparition de Strengh et de Barker, des individus détestables mais intellectuellement stimulants : vivre au milieu de bénis oui-oui n'a rien de bien réjouissant et sans contradiction la vie est finalement bien fade.

Bref, encore un excellent roman de l'auteur dans lequel action et réflexion font bon ménage, sans oublier une chute surprenante et particulièrement belle, à la fois triste et pleine d'espoir.

Pocket - SF- 1985

9 mars 2015

LA ROSE DE JAVA - JOSEPH KESSEL

sans-titre

1919. Deux jeune aviateurs regagnent la France après une longue mission en Sibérie. En transit au Japon, ils s'embarquent sur un cargo hollandais qui doit rallier Shangaï. Alors qu'ils trompent leur ennui dans l'alcool et les cartes, ils découvrent que le navire abrite une femme d'une grande beauté,  confinée dans sa cabine. Dès lors, les deux amis n'auront de cesse de faire la conquête de la ravissante inconnu, sans conscience du danger qui les menace.

La lecture de ce roman de Joseph Kessel a été pour moi une petite déception. En premier lieu parce que je n'y ai pas trouvé l'histoire d'amour et d'aventure que je m'attendais à découvrir. Pourtant, avec son décor extrême oriental et ses personnages bien typés (l'ignoble contrebandier, les héros de la grande guerre et la troublante eurasienne), il y avait largement de quoi faire. Mais l'auteur a préféré s'en tenir à un huis-clos trouble et étouffant à bord d'un navire, nous embarquant dans un drame psychologique beaucoup moins passionnant à mon goût.

Le second point qui m'a un peu surpris est la façon dont les femmes sont traitées tout au long du livre. Volages, vénales et soumises, le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne sont pas présentées sous leur aspect le plus flatteur. Pour autant, la façon dont les personnages masculins se conduisent envers elles est proprement ignoble. A leurs yeux elles ne constituent qu'un vaste troupeau dans lequel ils peuvent puiser sans remords pour satisfaire leurs désirs. De simples objets qu'ils peuvent acheter, violenter, prendre et laisser...

Je veux bien admettre que les héros de Kessel soient de jeunes hommes ayant survécus à la grande boucherie de 14-18 qui souhaitent s'étourdir dans l'alcool, le jeu et les femmes pour oublier les horreurs par lesquelles ils sont passés, mais leur comportement dépasse de beaucoup le simple égoïsme du séducteur.

On ne sent heureusement nulle sympathie de l'auteur à leur égard. Pas de condamnation non plus. Il se contente d'exposer les faits dans toute leur crudité. A nous de voir quel jugement porter sur leur attitude.

Gallimard - Folio

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4 mars 2015

H SUR MILAN - EMILIO DE' ROSSIGNOLI

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Dans une ville réduite à un tas de ruine, un couple tente péniblement de survivre en dépit des multiples dangers qui le guettent. 

Ce roman particulièrement sombre et pessimiste reflète parfaitement les craintes d'une époque. Lorsqu'il est écrit en 1967, la guerre froide bat son plein et le souvenir d'Hiroshima est encore vivace. L'apocalypse nucléaire n'est pas une menace en l'air et tout le monde a en tête le spectre de la bombe. Emilio De' Rossignoli donne corps à cette menace en décrivant de façon très précise les conséquences d'un conflit atomique.

Son récit débute quelques heures après l'explosion d'une bombe H et s'étale sur une poignée de journées. Il n'est donc pas question pour lui d'explorer les possibilités offertes par cette "remise à plat", de nous faire assister à la transformation d'un monde ou d'accompagner sa reconstruction. Pour reconstruire, il faudrait vivre. Or, dès le début du roman le narrateur exprime ses doutes quant à son avenir. L'ampleur de la catastrophe, les destructions, les irradiations laissent en effet peu de chances aux rares survivants de s'en sortir autrement qu'à moyen terme.

L'auteur se contente donc de promener ses personnages dans une ville dévastée. De longues déambulations parmi les ruines de la capitale lombarde qui lui permettent de nous offrir une succession de scènes dignes d'un tableau de Boch : enfants enterrés vifs dans les décombres d'un cinéma, longues processions d'aveugles, cimetière éventré vomissant ses cercueils et partout des corps, vitrifiés, carbonisés, vaporisés.

Ses descriptions sont parfois pénibles. De' Rossignoli s'appesantit longuement sur les manifestations affreusement variées des irradiations. Cela donne lieu à des scènes très dures telle la lente décomposition de "Barbichette" mangé par la gangrène radioactive ou encore la peinture minutieuse des patients d'un hôpital transformé en véritable antichambre de l'enfer.

Mais la bombe n'est pas seule responsable de toutes ces horreurs. La lutte pour la survie et la résurgence des instincts primaires qui l'accompagne y ont aussi leur part. On croise des milices qui brûlent les contaminés au lance-flammes, des travestis qui scalpent les femmes pour se parer de leurs chevelures sans oublier les vieilles haines qui s'exaspèrent entre "polenta" et "terùns", milanais de souche et immigrés du sud, « survivants contre survivants pour accélérer l'avènement du néant ».

De fait, les rencontres que font nos deux héros sont rarement amicales. L'entraide est quasiment inexistante et les rapports humains réduits à l'essentiel. La disparition des sentiments est d'ailleurs l'un des aspects les plus marquants du récit. L'amour, comme la pitié ou la compassion n'ont plus cours. Eperdus de souffrances, hagards, les survivants n'ont en tête que la satisfaction de leurs besoins immédiats : manger, boire, se protéger.

Les personnages principaux ne font pas exception à la règle. La relation entre Milva et le narrateur ne dégage aucune chaleur. S'ils sont ensemble, c'est davantage pour ne pas rester seul que par véritable amour. Lui est un individu cynique et désabusé, sans illusion sur l'avenir mais néanmoins déterminé à profiter encore des minuscules plaisirs que lui offre la vie. Milva, elle, n'est guère plus sympathique et cherche surtout une protection dans ce monde bouleversé qui l'effraye.

On sent dans ce roman la volonté de démontrer que non seulement une guerre nucléaire ne résoudrait rien mais qu'elle sonnerait aussi le glas, si ce n'est de l'espèce humaine, du moins de la civilisation. Ne nous leurrons pas, il n'y aura pas d'après ou, s'il y en a un, ce sera celui des loups et des renards, des brutes et des opportunistes. Un retour aux temps les plus sombres de notre histoire. Noir et désespéré de bout en bout ce roman est à ranger avec Fausse Aurore ou La fin du rêve dans la catégorie des post-apo les plus sombres. Sans doute les plus réalistes.

Denoël - Présence du Futur - 1967

 

 

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fl no
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  • Blog consacré à mes lectures dans les domaines de la fantasy, du fantastique et de la science fiction. Mais comme je ne suis pas sectaire et que mes goût sont assez éclectiques, il n'est pas exclu que j'y parle aussi d'un bon polar ou d'un essai.
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