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26 mai 2019

UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE

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Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre. 

Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.

Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.

La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.

Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.

Pocket SF - 1984

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23 mai 2019

LES CHIENS - ANDRE RUELLAN

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Henri Féret, médecin d’une quarantaine d’années, achève à peine son installation dans une cité dortoir de la banlieue parisienne que les premiers patients affluent déjà. Mais ce n’est pas à une épidémie de grippe qu’il doit la visite des habitants de cette banlieue poussée trop vite. La plupart viennent le voir afin qu’il soigne les séquelles d’agressions physiques et, le plus souvent, de morsures. Il se rend vite compte que cette violence n’est pas seulement le fait de jeunes délinquants ou de ces immigrés que l’on pointe du doigt. Les partisans de l’auto défense y ont aussi leur part et notamment leur leader, l’inquiétant Morel, éleveur et dresseur de chiens. 

A sa sortie, dans les années 80, ce roman pouvait avoir un côté spéculatif qu’il a aujourd’hui totalement perdu. Il faut dire que les lieux et les faits qui y sont décrits constituent désormais le quotidien de centaines de milliers de français et que les thèmes évoqués (délinquance, racisme, conditions de vie des immigrés) sont malheureusement toujours d’actualité.

Toutefois, si cela lui fait perdre une partie de son intérêt, il n’en conserve pas moins toute sa force de dénonciation et constitue une critique virulente de l’auto défense.

A noter que André Ruellan a écrit « Les chiens » en parallèle au scénario du film éponyme de Alain Jessua.

J-C Lattès - Titres SF - 1979

19 mai 2019

AUTOUR DE LA LUNE - JULES VERNE

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Suite et fin des aventures des membres du Gun Club de Baltimore bien décidés à envoyer un boulet « habité » sur la Lune. 

J’ai lu « De la Terre à la Lune » lorsque j’avais dix ou onze ans c’est-à-dire il y a presque quarante ans. Inutile de vous dire qu’au moment d’entamer sa suite il ne m’en restait plus que de très vagues souvenirs. Fort heureusement, Jules verne débute son histoire par un chapitre préliminaire qui résume cette « première partie ». Cela permet de renouer connaissance avec le Président Barbicane et le Capitaine Nicholl, dont l’antagonisme scientifique aboutit à l’étonnant projet d’envoyer un boulet sur la Lune, ainsi qu’avec Michel Ardan, le fantasque français qui eut l’idée de s’enfermer dedans.

Le présent roman est donc le récit d’un aller-retour puisque, comme son titre le laisse supposer, nos héros ne mettront jamais les pieds sur l’astre de la nuit. Cela limite forcément les rebondissements et les découvertes d’autant que la face cachée de la Lune plongée dans une obscurité absolue, ne leur permettra rien de plus que quelques extrapolations et autres suppositions. Il n’y aura donc pas de rencontres avec de mystérieux sélénites, pas de civilisation extra-terrestre ou de merveilles lunaires. Tout juste auront nous droit à quelques petits rebondissements liés pour la plupart aux conditions particulières du voyage spatial. Nos trois héros devront ainsi composer avec l’absence de gravité, le froid intersidéral, l’ébriété due à un excès d’oxygène dans leur bolide ou encore le passage d’un météore. Cela permet, le temps de quelques pages, de rompre la monotonie du voyage mais ne suffit toutefois pas à secouer l’ennui qui nous guette.

Cat il faut bien l’avouer, cette histoire est dans l’ensemble assez soporifique. Enfermé dans leur « astronef », nos trois héros n’ont guère à se mettre sous la dent que les observations qu’ils peuvent faire au travers des hublots et qu’ils confrontent avec leurs connaissances. Le récit est donc fort logiquement émaillé de nombreux dialogues au cours desquels les hommes de science que sont Barbicane et Nicholl font étalage de leur culture devant un Michel Ardan qui joue le rôle du Candide de service. Un Candide heureusement fort drôle et qui évite au roman de sombrer dans une aridité technique absolument imbuvable. Ceci dit, on reconnaîtra à l’auteur le mérite de s’être copieusement documenté puisqu’il se montre capable de nous dresser un historique des observations humaines de la lune et de sa cartographie depuis Galilée ! Cela ne manque pas d’intérêt et permet de se faire une idée assez précise de l’état de l’astronomie au milieu du XIXème siècle mais ça ne suffit malheureusement pas à sauver le roman.

Heureusement, les trois aventuriers finiront par redescendre sur Terre pour nous faire vivre, in extremis, quelques instants de suspens suivit d’un happy end bien mérité !

Le livre de poche - 1969

16 mai 2019

EVEIL - MATSUMOTO TAIYÔ

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Dans un lointain futur – ou un passé tout aussi éloigné – les habitants d’un village vivent au plus près de la nature qu’ils vénèrent par l’entremise de danses rituelles. Pour communier avec les esprits, les danseurs du clan des Oiseaux ont besoin des masques réalisés par celui des Fleurs. Or, le chef des sculpteurs s’apprête à choisir un successeur parmi ses fils. Choisira-t-il le trop sensible Yuri qui vit reclus dans son atelier ou l’ambitieux Tsubaki qui envie le talent de son frère ? 

Je ne suis pas un gros lecteur de BD et ma préférence en matière de livres va incontestablement aux romans. Aussi, sans être insensible à la beauté des dessins, à la construction, la mise en page, le rythme, je n’apprécie véritablement ces histoires dessinées qu’à la condition qu’elles nous racontent quelque chose. Or, un bon scénario, c’est précisément ce qui manque à cette œuvre de Matsumoto Taiyô. Ici, la trame est très légère. Beaucoup trop. On comprend bien qu'il est question de transmission (du savoir, de l'histoire familiale...), de choix de vie et de place dans la société mais cela ne va pas beaucoup plus loin. C’est dommage. La rivalité entre les deux castes ou celle entre les sculpteurs de masques, l’un jalousant l’autre, aurait pu déboucher sur une intrigue plus fournie et prendre par exemple une tournure dramatique. Mais non. On reste au niveau des intentions. Tout n'est que suggéré et l'on a le sentiment que rien ne se passe, si ce n’est le défilement des saisons. C’est une sorte d’allégorie que nous propose l’auteur. Poétique mais ennuyeuse.

Mon impression est en revanche beaucoup plus positive en ce qui concerne le dessin de Taiyô. Exception faite de la jaquette et des deux premières pages, la BD est en noir et blanc. Un noir et blanc bien tranché. Ombre et lumière, jour et nuit, hiver ou été, le contraste est permanent. Cela donne à chaque case une grande intensité d’autant que le trait est toujours vigoureux. L’auteur utilise beaucoup les hachures et ses dessins ont un aspect un peu brut avec des formes heurtées, rarement arrondies ou adoucies, contrairement à ce que l’on pourrait penser au vu de la couverture. Il fait aussi preuve d’une certaine originalité dans sa mise en page, s’autorisant à peu près tout (pleine pages ou double page, découpage atypique…) et utilisant finalement très peu les phylactères. J’ai particulièrement aimé une succession de quatre pages divisées chacune en quatre bandeaux horizontaux qui illustrent une scène de repas familial d’une manière très cinématographique, un peu comme si une pellicule défilait sous nos yeux.

La forme l’emporte donc largement sur le fonds et l’on est ici plus près du livre d’art que de la vraie BD. La très belle couverture, la qualité du papier et de la reliure participent d’ailleurs grandement à cette impression.

Kana - 2019

12 mai 2019

LA GUERRE DU NAAMA - CHARLES SAUNDERS

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Tandis que la flotte du Cush et de ses alliés fait voile vers le Naama pour opérer leur jonction avec celles du Monomatapa avant de livrer l’ultime bataille contre les Erritem, Imaro se lance à la recherche de Bohu pour lui faire expier le meurtre de sa femme et de son fils. Mais dans la lutte millénaire entre les Mashataan et les Arpenteurs de nuages, la frontière entre le bien et le mal semble plus floue que jamais.  

J’ai découvert Imaro grâce aux éditions Garancière qui publièrent à la fin des années quatre-vingt dans leur « Collection Jaune » les trois premiers volets des aventures de ce « Conan africain ». Manque de bol, ladite collection baissa le rideau avant que ne paraisse le quatrième et dernier épisode du cycle. J’eu cependant la chance de lire ces trois romans en 2013 soit quelques mois seulement avant que les éditions Mnémos n’ait la très bonne idée de publier une intégrale dans laquelle figurait la conclusion tant attendue sur laquelle je me jetai comme un crève-la-faim.

Comme son titre le laisse présager, « La guerre du Naama » est un récit presqu’exclusivement guerrier. Batailles navales ou terrestres, sièges et embuscades, duels et combats singuliers, tout l’arsenal de la littérature guerrière est présent. Charles Saunders nous démontre une fois encore qu’il est parfaitement à l’aise dans ce type d’exercice. Il ne se contente pas de nous montrer des guerriers balèzes qui se démontent la gueule à grands coups de tranchoirs. Il sait créer des ambiances, faire monter la pression et susciter l’attente. Qu’il nous surprenne par une attaque éclair ou qu’il fasse durer le plaisir en retardant le face-à-face tant attendu, chaque confrontation arrive au bon moment. Et ce ne sont pas toujours les bons qui gagnent ! Dans cet enième affrontement des forces du mal contre les partisans du bien, les victimes se comptent par dizaines de milliers et Imaro lui-même n’est pas toujours à la fête. Il ira d’ailleurs au tapis à deux reprises et le plus beau duel ne sera pas son combat final contre Bohu, mais celui que son cousin remporte face à un redoutable géant.

Car c’est une autre qualité de l’auteur que de savoir donner leur chance à tous les personnages. Loin d’être de simples faire-valoir, ils existent par eux-mêmes et ont tous un rôle à jouer. Le récit suit d’ailleurs plusieurs intrigues parallèles dans lesquelles ces seconds rôles apportent leur contribution, grande ou modeste, à la résolution du conflit. On verra ainsi la Kandisa utiliser sa puissante magie pour tenir en respect la sorcellerie des Erritem et les parents d’Imaro déjouer une tentative de coup d’état. Certains se sacrifient pour faire triompher leur cause, d'autres la trahissent mais, qu’ils soient portés par l’ambition, la vengeance ou la peur, tous sont actifs et chacun d’entre eux, même les plus humbles, bénéficie d’une belle mise en lumière.

Tout cela donne à l’histoire une allure à la fois moins manichéenne qu’il n’y parait au premier abord et surtout moins monolithique. Imaro ne porte pas sur ses seules épaules la responsabilité de la victoire et, même si l’on se doute qu’il finira par faire triompher la cause du bien, on comprend également très vite que le prix à payer sera très élevé. Le héros de Saunders qui, dans les premiers volumes de ses aventures, rappelait surtout Conan par sa stature de guerrier indomptable, acquiert ici d’une destinée moorcockienne, torturée et solitaire, qui lui donne ainsi une dimension supplémentaire et fait de ses aventures l’une des meilleures sagas de fantasy.

Mnémos - 2013

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9 mai 2019

JE N'INVENTE RIEN - MARTIN VEYRON

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J’ai eu la chance de rencontrer Martin Veyron il y a une dizaine d’années à l’occasion de Normandie Bulles, le festival de BD de Darnétal-les-Rouen où il était venu présenter sa dernière création : Papy Ploof. Je me souviens qu’il pleuvait abondamment ce jour-là et que le site de l’exposition consacrée à l’auteur étant situé en un lieu distinct des autres stands, nous nous trouvâmes, mon épouse, ma fille et moi-même, à peu près seuls en sa compagnie pendant une bonne demi-heure. Cela nous permis d’échanger assez longuement sur son travail et notamment sur son dernier album où il abordait déjà des thèmes de société tels que la vieillesse et les retraités, le tourisme ou encore les conflits générationnels et les problèmes démographiques.

Dans « Je n’invente rien » nous retrouvons ce regard aiguisé qui lui permet de croquer avec autant d’humour que de tendresse nos petits défauts et nos gros travers. Pas de BD cette fois-ci mais un florilège de dessins de presse parus pour la plupart dans Le Nouvel Observateur et Le Point et répartis en cinq thèmes : l’éducation, la santé, le travail, l’amour et les modes de vie bref, tout ce qui occupe l’existence d’un français moyen.

Il s’agit la plupart du temps de vignettes uniques qui vont droit au but. Pour autant le travail reste soigné. Qu’elles soient de taille modeste ou s’étalent sur une double page, elles s’accompagnent presque toujours d’un décor minutieusement dessiné et enrichit de couleurs vives. A noter aussi, la présence presque systématique de phylactères. Heureusement d’ailleurs puisque certains des dessins qui en sont dépourvus me sont restés totalement hermétiques. Ces textes contribuent au moins pour moitié à l’humour de l’ensemble grâce à leur ton percutant et mordant. Martin Veyron possède le sens de la formule et du mot juste et j’ai particulièrement apprécié ceux des dessins qui comportaient de véritables dialogues entre les personnages. Cela m’a donné envie de me replonger dans l’une des BD de l’auteur, un « Bernard Lermitte » ou un autre de ses albums délicieusement irrévérencieux et politiquement incorrects ! 

« Je n’invente rien »  est donc un bel objet, joliment présenté avec un papier de qualité qui en rend la manipulation agréable et qui a le mérite de donner un coup de projecteur sur le travail de dessinateur de presse de l’auteur.

Höebeke

5 mai 2019

LES AFFINITES - ROBERT CHARLES WILSON

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C’est grâce au soutien financier de sa grand-mère qu’Adam Fisk peut étudier dans une école d’art de Toronto. Quand elle décède soudainement, il pense un temps à retourner chez son père avec lequel il entretient pourtant des rapports extrêmement tendus. Il trouve heureusement une aide aussi inattendue qu’efficace auprès des membres de la communauté Tau, l’une des 22 affinités révélées par le test de Meir Klein. Intégré à ce nouveau groupe social composé d’individus avec lesquels il partage un même profil psychologique, un avenir vaste et serein semble s’ouvrir devant lui. Mais les vieux pouvoirs politiques et économiques sont-ils prêts à passer la main ? 

« On choisit ses amis mais on ne choisit pas sa famille ». Cette expression de la sagesse populaire aurait pu servir de sous-titre à ce roman tant elle résume parfaitement la situation de son héros. D’un bout à l’autre de l’histoire il est en effet question des relations qu’Adam entretient avec les uns et les autres et de la difficulté de choisir entre liens du sang et liens amicaux. Il faut dire à sa décharge que ses amis sont d’un genre un peu particulier. Sélectionnés comme lui sur des critères scientifiques, émotionnellement et intellectuellement très proches, il paraît effectivement logique que se crée entre eux une certaine alchimie et qu’il soir plus facile de communiquer, de travailler et bien sûr de s’entendre avec des individus qui ont le même profil psychologique que vous. Mais est-ce pour autant le gage d’une vie heureuse ? C’est tout le propos de RCW qui va d’abord nous montrer les avantages de cette fameuse communauté Tau avant d’en dénoncer les mauvais côtés.

La tâche n’est pas difficile quand on considère la famille dont est issu Adam. Entre un père raciste et dominateur qui refuse de lui payer ses études d’art (des études de lopette), un frère violent, une belle-mère effacée et un demi-frère perturbée, on comprend qu’il ait envie d’aller voir ailleurs. Surtout quand vos nouveaux amis solutionnent vos problèmes de logement et d’argent et qu’une charmante jeune femme vous ouvre le chemin de son cœur. Mais leur sollicitude ne s’arrête pas là comme le prouve ce passage où le groupe (la tranche) auquel appartient Adam réagit comme un seul homme à la menace qui pèse sur l’une d’entre eux (un ex jaloux et dangereux). Bref, des gens sur qui compter pour tout et en toute circonstances, quoi de plus rassurant dans une époque dure (crise économique) et un monde dangereux (le conflit indo-pakistanais).

Malheureusement, cette affection qu’ils portent aux membres de leur communauté est si forte qu’il n’en reste plus guère pour les autres. « L’affinité » montre alors sa face sombre : le repli communautaire et l’exclusion des autres. Des autres considérés comme des ennemis ou des concurrents (les membres des différentes « affinités »), ou comme des êtres sans intérêt et vaguement inférieurs, des « brides » qui vous attirent ou vous retiennent hors du groupe. Tout cela est très bien amené sur fond de guerre larvée entre affinités et de menace sur la paix mondiale. Les personnages sont, comme toujours chez l’auteur, particulièrement soignés et même les rôles secondaires ont droit à une belle mise en lumière. Ils ne font pas que jouer les utilités pour faire avancer le récit mais sont également travaillés en profondeur.

« Les affinités » nous offre donc une dystopie très sage. On est bien loin de la SF pure et dure, à peine dans l’anticipation. Et c’est sans doute pour cela que le sujet nous parle tant. A l’heure de la mondialisation et des réseaux sociaux informatisés, Robert Charles Wilson nous invite à nous interroger sur l’émergence de nouvelles communautés fondées sur des concepts différents de ceux de nation, de religion ou de famille. Une idée séduisante mais qui – le roman le démontre – n’exclue pas le communautarisme ou la dérive sectaire. Et puis, n’oublions pas qu’il  n’y a qu’un seul groupe social qui compte vraiment : l’humanité.

Denoël - Lunes d'Encre - 2016

2 mai 2019

MA ZAD - JEAN-BERNARD POUY

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Je ne pensais pas que ça arriverait un jour et pourtant il me faut bien l’avouer, j’ai été déçu par le dernier roman de J-B Pouy. Le bonhomme est pourtant toujours aussi à l’aise pour nous narrer avec son style acrobatique et bourré d’humour, la vie des humbles et les saloperies du grand capital. Mais cette fois, je n’ai été embarqué ni par l’intrigue, ni par les personnages. La faute à mes attentes plus qu’à la qualité du livre. Car voyez-vous, son titre me faisait espérer une chouette histoire de résistance d’un groupe d’utopistes face à de vilains bétonneurs épaulés comme il se doit par l’état et sa police avec derrière tout ça une histoire bien malpropre de gros sous et de corruption.

Je crus dans un premier temps que mes vœux allaient être exhaussés. L’auteur nous emmène dans le nord de la France où nous faisons connaissance avec Camille Détroit, un quadra qui vivote entre un boulot chiant à l’hyper du coin et la vieille ferme qu’il a hérité de ses parents. Une vie un peu morose qui se trouve bouleversée le jour où des zadistes sont brutalement évacués d’un site proche de chez lui. Interpellé en même temps que les activistes, licencié puis tabassé par les hommes de main des notables locaux, Camille entre en résistance.

Jusque-là  tout se passait à merveille. Le sympathique héros transforme sa ferme en Fort Alamo altermondialiste, il s’entoure de joyeux hippies et de black-blocs, mène quelques actions coup-de-poing contre la richissime famille Valter et trouve même le temps de tomber amoureux. Et puis, le roman prend une direction radicalement différente pour se transformer en une histoire de vengeance et de manipulation. Pas mauvaise d’ailleurs, rondement menée, efficace et pourtant la déception - ma déception – demeure. Comme quoi, il ne faut jamais trop se fier au titre d’un livre.

Gallimard - Folio Policier - 2019

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