UN MONDE D'AZUR - JACK VANCE
Treize générations se sont écoulées depuis qu’un astronef chargé de détenus de droit commun s’est abîmé sur une planète totalement dénuée de continents. Leurs descendants se sont parfaitement adaptés à ce monde aquatique où ils mènent une vie simple et non dénuée de charme. Tout irait donc pour le mieux s’ils n’étaient contraints d’entretenir le Kragen, une gigantesque créature semi-intelligente qui les protège de ses congénères plus petits en échange de nourriture. Le marché semble à priori équitable mais à mesure que le monstre grandit, ses appétits se font plus féroces. Sklar Hast, un jeune transmetteur fougueux et épris de justice, va rompre ce fragile équilibre.
Beaucoup de romans de Jack Vance mettent en avant des personnages en rébellion contre le système. La plupart du temps il s’agit d’une révolte individuelle (Emphyrio) et souterraine (La vie éternelle), mais elle prend parfois des allures de révolution où la destinée d’un homme se confond avec celle d’un peuple. C’est le cas dans « Les chroniques de Durdane » où Gastel Etzwane combat seul la dictature de l’Anome avant d’être rejoint dans sa lutte par d’autres citoyens. C’est le cas aussi dans « Un monde d’azur » dans lequel l’insubordination de Sklar Hast va déboucher sur une crise politique qui verra se rejouer l’éternel conflit entre les anciens et les modernes, entre les conservateurs et les forces de progrès.
Pourtant, le héros de ce roman court et bondissant n’est pas un révolté dans l’âme. S’il remet en cause l’organisation sociale et politique de son peuple c’est simplement parce qu’il estime que les puissants ne remplissent pas leurs obligations vis-à-vis des humbles. Ce qu’il conteste, c’est un système qui écrase le commun au profit d’une classe, celle des arbitres et des médiateurs - autrement dit les politiques et les religieux - qui ne produisent rien, profitent de la communauté et assoient leur autorité sur la peur et l’ignorance.
La rébellion de Sklar est d’ailleurs très progressive. Après avoir tenté de supprimer ce Roi Kragen qui opprime son peuple, il tente très humblement de rallier ses concitoyens à ses idées. Il lui faudra pour cela convaincre les hésitants et lutter contre « l’establishment ». Sa lutte est donc avant tout politique et ce n’est que forcé et contraint qu’il prendra les armes pour faire échec aux partisans de l’immobilisme qui protègent leurs intérêts. Mais alors que d’action ! Les rebondissements se succèdent à un rythme effréné et nous plongent dans une atmosphère très guerrière où il est question d’espionnage, de batailles navales et d’exécutions.
Si l’histoire ne manque pas d’animation, elle est en revanche moins riche de ses petits détails ethnologiques qui sont pourtant l’une des caractéristiques des romans de Jack Vance. Cela est en partie dû à la nature de la planète sur laquelle il situe son histoire. Ce monde d’azur est en effet entièrement recouvert par les océans. Les habitants y vivent sur des sortes d’archipels constitués par les feuilles de plantes aquatiques qui affleurent à la surface de l’eau, un peu comme le font celles des nénuphars. Un univers minimaliste dont la principale caractéristique est l’absence de matériaux solides. Pas de métaux, pas de roches, tous les objets, toutes les structures sont construits à partir de fibres végétales ou d’ossements. Cela donne à cette société et à ses réalisations un côté fragile et éphémère tandis que ses membres prennent des allures de robinsons obligés de faire preuve d’ingéniosité et de persévérance pour survivre. D’ailleurs, la recherche et les expériences de toutes nature occupent une grande place dans ce récit où la découverte du moyen de fabriquer du fer sera la clé de la victoire.
Pocket SF - 1984








