LE PONT DES ASSASSINS - ARTURO PEREZ-REVERTE
Alors qu'ils se reposent à Naples après la terrible bataille navale des Bouches d'Escanderlu, le capitaine Alastriste et Inigo Balboa sont approchés par leur vieil ami Francisco de Quevedo. Celui-ci leur propose de participer à une mission secrète extrêmement risquée où il est question, ni plus ni moins, d'assassiner le doge de Venise. Et voici nos deux héros et quelques un de leurs compagnons en route vers la sérénissime où va se jouer l'une des parties les plus dangereuses de leur aventurière existence.
J'ai découvert le Capitaine Alatriste en 2000 lors de la sortie en poche des trois premiers épisodes de ses aventures. Je me rappelle les avoir lus d'une traite et avoir ensuite guetté avec impatience la sortie des suivants. Pourtant, j'ignore pourquoi, la sortie de ce septième opus m'avait totalement échappée. Erreur désormais réparée : je l'ai englouti en un week-end, retrouvant avec plaisir tous les ingrédients qui m'avaient alors enchanté.
Ce cycle de romans de cape et d'épée est en effet un must en matière de roman historique. Arturo Perez-Reverte se glisse juste ce qu'il faut dans les interstices de l'Histoire pour conférer à son récit toute les apparences de la vérité sans pour autant dénaturer la réalité historique. Une réalité qu'il connaît parfaitement comme en attestent les nombreuses références aux évènements de l'époque, diplomatiques ou politiques. Il est d'ailleurs tout aussi pointu dans l'ensemble de ses descriptions qu'elles concernent les objets usuels (vêtements, armes, repas) ou les mœurs d'alors.
J'apprécie tout particulièrement le fait que ses personnages agissent et raisonnent en individus de leur époque. Ici pas d'actes ou de sentiments anachroniques. L'époque est rude et les hommes le sont tout autant. Soldats ou sicaires, l'auteur les dépeint tels qu'ils sont vraiment, c'est à dire des hommes dont le métier est de tuer et qui ne s'encombrent pas de réflexions superflues. Le capitaine Alatriste ou le jeune Inigo Balboa ne bénéficient d'ailleurs d'aucun traitement de faveur. On les verra même à l'occasion abandonner leurs compagnons pour sauver leur peau ou frapper une femme pour lui faire avouer sa trahison. Il n'y a ni bons ni méchants, ni blancs ni noirs. Chacun est à sa place, ni plus ni moins.
Sa Venise est également fort bien évoquée avec son grand canal et ses monuments emblématiques (on visite l'Arsenal et la basilique Saint-Marc) mais surtout le dédale de ses ponts, places et ruelles si propices aux embuscades. Le fait que l'action se déroule en hiver apporte une touche supplémentaire de mystère. La neige étouffe le bruit des pas, le brouillard estompe les silhouettes conférant au tout une atmosphère délicieusement fantomatique.
Côté intrigue, "Le pont des assassins" revient à une trame plus classique après un sixième volume empreint de guerre et de fureur. Un épisode très intéressant puisqu'il réunit côte à côte et non l'un contre l'autre, le brave capitaine et son plus fidèle adversaire : Gualterio Malatesta. Cette cohabitation forcée des deux ennemis jurés constitue l'un des aspects les plus plaisants du roman. Les conversations entre les deux bravi usés par l'âge et les blessures ne manquent pas de lucidité et de dérision. L'inimitié reste entière mais un respect mutuel se fait jour.
Je suis en tout cas ravi du retour de l'assassin italien (que j'avais cru ne plus revoir après son arrestation à la fin du 5ème volume) car, l'avouerai-je, il est sans conteste mon personnage favori. Pour le reste, complot, espionnage et coups de main font de ce volume un fort bon millésime qui démontre que Perez-Reverte n'a rien perdu de son talent.
Editions du Seuil - 2012




